Chapitre 1 – Chroniques de Salfia Tome 1

Voici les Chroniques de Salfia. C’est le deuxième roman que j’ai commencé à écrire, début 2015, et le premier que j’ai fini! Je le publierai courant 2019, selon l’avancement du graphiste. Sur ce blog vous aurez une grosse démo représentant les 60% du bouquin. En corrigé et en version finale.

J’ai commencé ce roman de fantasy parce que je trouvais (et trouve toujours) que c’est un genre qui peine à se renouveler, à cause d’auteurs qui préfèrent reprendre le background de Tolkien que de créer le leur… Marre d’un manque d’originalité qui est censé faire ce magnifique genre de littérature. Alors je vous présente mon gros bébé, début d’un univers énorme qui prendra plus de dix tomes en ligne droite, plus des spin-offs et préquels. Autant dire que vous aurez de quoi faire!

Acte I : Des liens naissants

Chapitre 1 : L’évasion

La pejûle se plaça face au piédestal. Elle s’apprêtait, comme chaque jour à 14 heures, à prodiguer sa leçon d’histoire. C’était un moment de la journée inratable pour toutes les jeunes filles du couvent sirionîte. Jallie s’en lassait… Cette jeune humaine de 15 années, aux cheveux blonds comme le blé et aux yeux bleus, ne s’était jamais sentie à sa place parmi ces religieuses. Malgré l’envie de soupirer qui la submergeait, elle se força à écouter la pejûle. Les pejûls étaient les prêtres et prêtresses sirionîtes, appartenant à la religion du dasim, et croyaient en une seule divinité : leur dieu Sirion. La pejûle s’éclaircit la voix. Elle débuta son récit :

-« Aujourd’hui, enfants de Sirion, je vais vous conter l’histoire de la découverte de La Faille, qui, comme vous le savez, a perturbé le monde d’il y a quelques années pour qu’il devienne celui qu’il est aujourd’hui. Tout commença avec un humain nommé Spal Donata. Il était le seigneur d’une petite contrée du nord-est de Salfia, mais n’était pas satisfait de ce statut. En effet, l’homme désirait plus de pouvoir et estimait que la renommée de sa famille lui valait d’être le roi d’un royaume tout entier. Il tenta de nombreuses fois de faire assassiner son souverain, sans succès. Alors, un jour, Spal se dit que si l’on ne voulait pas lui accorder une région connue, il n’aurait qu’à en découvrir une autre, ainsi personne ne pourrait contester son droit de règne. Il songea alors qu’au nord-est de sa contrée se trouvait une forêt que personne n’avait jusque-là franchi complètement. La raison était simple, cet endroit était réputé pour être extrêmement dangereux.

Ainsi, Spal prit avec lui une escorte et entreprit un raid pour découvrir ce que la forêt cachait derrière elle. Durant la traversée de ces bois, son escorte fut décimée petit à petit. Spal Donata se retrouva seul, mais il n’abandonna pas, sa soif de gloire, typiquement humaine, se révélant être plus forte que sa peur de la mort. Il finit par sortir de la forêt, et de l’autre côté se trouvaient de petites collines couvertes de roches aux couleurs orangées. Un peu plus loin se tenaient deux falaises couvertes de ces mêmes roches. Il était impossible de contourner ce relief, il n’y avait aucun chemin, excepté… une fissure dans la roche. L’ouverture était bien assez large pour permettre à un humanoïde de passer, ce qui poussa Spal à y pénétrer. Quelques mètres plus loin, la fissure se transformait en canyon. Ce passage est aujourd’hui tristement célèbre, connu sous le nom de La Faille. Il menait plusieurs centaines de mètres plus loin à une autre brèche, très certainement la sortie. Spal comprit alors que de l’autre côté de La Faille résidait une terre inconnue de tous. Mais il commit là une terrible erreur, car c’était bel et bien la terre sacrée de Sirion qui y résidait. Notre dieu ne permit pas à Spal d’avancer plus encore et le terrassa d’un rayon de lumière. Depuis lors, il punit le peuple de Salfia pour sa curiosité et sa cupidité. Il le fit en provoquant l’apparition de monstres partout sur nos terres, ainsi que du terrible Doln, monstre gigantesque qui dévaste les villes salfiennes, prions Sirion pour qu’il ne s’attaque pas à ce couvent. Quelqu’un ici peut nous rappeler ce que signifie Doln? »

Une fille, vêtue d’une robe turquoise, réagit immédiatement à la question. Les robes bleu azur munies d’une capuche blanche étaient le vêtement porté par les filles de couvent. Celles des pejûles étaient vertes, ornées de la même capuche blanche. L’adolescente était une harnassienne, race semblable aux humains. Les harnassiens avaient la peau pâle, légèrement lumineuse, très souvent colorée et étaient dépourvus d’oreilles, sans pour autant l’être de l’ouïe. Elle répondit à l’interrogation soulevée par son aînée :

-« Doln est le mot pour cupidité, en ancien galter. »

-« Bien. C’est tout pour aujourd’hui, tâchez de cogiter sur cette histoire, et surtout, ayez foi en Sirion », conclut la pejûle avant de se séparer du piédestal pour quitter la salle.

Jallie cogitait, en effet. Cette histoire ne tenait pas debout et elle en était consciente. Elle se précipita donc à l’extérieur d’un pas sûr et rattrapa la pejûle dans un couloir latéral, sculpté dans le même bois sombre que le reste du couvent.

-« Pejûle Tilia, j’aimerais discuter avec vous, si vous le permettez. »

La galtère se retourna avec un sourire aux lèvres. Les galters étaient la race connue la plus ancienne de Salfia, plus ancienne encore que les humains, selon certains. C’était une race d’humanoïdes qui possédaient de petites oreilles rondes, mais surtout qui arboraient un pelage rayé de tigre, pour les femelles, et de lion, avec une crinière, pour les mâles. Les couleurs de pelage étaient très variées. Celui de Tilia était mauve, plutôt clair. Il ne s’agissait là que de poils, le corps étant, oreilles et queue exceptées, formé de manière identique à celui des humains. La pejûle Tilia était calme et chaleureuse, mais croyait inconditionnellement à sa religion. Son tempérament permettait à l’adolescente de ne pas se sentir dominée, malgré sa taille modeste pour son âge.

-« Bien sûr. Que veux-tu me dire aujourd’hui, Jallie? »

-« Alors, si l’histoire de la découverte de La Faille s’est bien passée comme vous l’avez dit, comment pourriez-vous savoir ce qui s’est produit, puisque Spal est mort? »

-« C’est une bonne question, qui restera sans réponse. Tu dois accepter de ne pas avoir d’explication à tout, il y a une importante part de mystère dans ce monde. »

Jallie n’était pas convaincue du tout. Cette version de l’histoire paraissait trop idéalisée par les sirionîtes. Et trop manichéenne envers sa race, les humains. Une mentalité que la jeune fille s’était habituée à subir, malgré l’agacement que cela produisait chez elle avec les années.

-« J’ai une autre question. Pourquoi nous ne pouvons pas sortir et découvrir le monde? Quand pourrais-je être libre d’aller où je le veux? »

-« Jallie, nous en avons déjà discuté maintes et maintes fois. Dehors, il n’y a que chaos et tristesse. Ici, tu es à l’abri des monstres. Ici, personne ne te jugera pour qui tu es. Ici, nous sommes toutes en paix. »

-« Je n’ai pas peur des monstres. Vous êtes là pour me juger, aucune fille n’ose dire réellement ce qu’elle pense car les pensées contraires au Dasim sont considérées comme déviantes. Ce n’est pas la paix, c’est le silence absolu. »

Tilia soupira. Ses yeux verts, brillants, semblèrent éteints l’espace d’une seconde. La jeune âme n’aurait su dire si elle appréciait un peu de contradiction ou si elle abhorrait cela.

-« Voyons, nous essayons de vous montrer le droit chemin. C’est pour cette raison que vous êtes là. Tu devrais te sentir privilégiée et non prisonnière. Tu ne te rends pas compte à quel point la vie ici est belle. Dehors, toutes les factions se font la guerre, il n’y a que traîtrise, mensonge, batailles… Et cela concerne ton peuple en particulier. Les humains se sont toujours déchirés entre eux et cela ne va pas en s’améliorant… En plus de Doln… »

-« Justement, et s’il y avait un moyen de faire disparaître Doln? »

-« Cela est pur fantasme. Doln est notre punition. Il ne disparaîtra que lorsque Sirion en aura décidé ainsi. »

-« Selon vous. »

-« Selon les sirionîtes. Sache que nous sommes la religion dominante sur Salfia. Il y a une raison à ce fait. »

-« Certes. Je retourne au dortoir. »

-« Que tes idées s’éclaircissent. J’espère sincèrement que tu trouveras la réponse à tes interrogations. »

Jallie parvint rapidement à sa chambre. En réalité, son retour dans cette pièce avait été précipité par une sensation désagréable au bas des lombaires. Elle effleura la zone douloureuse et sentit quelque chose qui émergeait de son épiderme. Quand elle tenta de tirer, une douleur extrêmement aiguë la fit cesser sur-le-champ. La jeune âme ne savait que faire, ainsi elle prit la décision d’attendre.

La journée s’écoula lentement. La douleur parfois s’estompait, parfois redoublait. Conserver un air naturel s’avérait ardu. Le soir arrivé, elle discutait avec la fillette qui partageait sa chambre, Loria. C’était une humaine de 13 ans, plutôt grande pour son âge. Elle était brune et pouvait vous sublimer de ses magnifiques yeux verts. Jallie la considérait comme sa petite sœur, car les deux amies avaient toujours partagé la même pièce.

-« Je me demande souvent si les pêjules nous racontent ce qu’elles croient vraiment ou si elles nous mentent pour nous garder ici… » songea Jallie. »Dans les deux cas, ce qu’on nous dit est faux. Toute notre éducation est fausse. »

-« Comment on peut le savoir? »

-« Je sais pas. Si on sortait d’ici, on pourrait nous faire notre avis par nous-mêmes. On aurait les versions des autres, on découvrirait Salfia. On pourrait la traverser en long et en large. On verrait tant de choses… Notre monde est sûrement très grand, tu te rends compte? » fantasma la plus âgée en écartant les bras.

-« Je t’ai déjà dit que moi je reste ici. J’ai pas envie de partir. Ici, on s’occupe de nous, et on est en sécurité », objecta Loria.

-« Oui… Mais je n’aime pas vivre dans un petit coin bien à l’abri du monde. Et être inconsciente de ce qui se passe pour les autres. Tu veux vraiment finir ta vie ici, n’avoir rien accompli?

-« J’en sais rien. Pour l’instant, je reste. Bon, bonne nuit. »

-« Bonne nuit, Loria », répondit la blondinette avant de se lever pour embrasser le front de sa très jeune amie.

En se couchant, Jallie ne put s’empêcher de songer. Elle était persuadée que cette vie n’était pas celle dont elle rêvait, ni même celle qu’elle voulait vivre. Le dilemme était pour elle de choisir entre rester avec Loria et découvrir le monde extérieur. Elle mit du temps à s’endormir. A trois heures du matin, elle ne somnolait toujours pas, certainement plus à cause de la douleur qu’elle ressentait au bas du dos qu’au reste.

Le lendemain, la journée se fit longue. En effet, la douleur que ressentait la jeune fille ne la quittait pas. Que faire? Ne rien dire et continuer à souffrir en silence ou en parler et risquer… Elle ne savait quoi. En fait, il n’y avait théoriquement aucune raison qu’une pejûle lui cause des problèmes à cause d’une blessure. Mais Jallie se doutait que ce n’en était pas une, elle sentait quelque chose de bizarre. C’était douloureux mais quand l’adolescente effleurait le bas de ses lombaires, elle percevait une douceur. Un mauvais pressentiment grandissait en elle. Aux environs de 17 heures, elle rendit visite à Tilia. La galtère était différente, elle avait l’air de vraiment comprendre les sentiments de Jallie, de l’écouter, de chercher à saisir ses inquiétudes. Les autres pejûles n’étaient pas comme cela. Quand Jallie frappa à la porte de l’appartement de Tilia, elle entendit un « entre » bienveillant. C’était évidemment la voix espérée de la croyante.

-« Jallie. Qu’y a-t-il? »

-« J’ai mal… Enfin, c’est bizarre… Vous pourriez regarder, s’il vous plaît? » annonça timidement la jeune adolescente.

-« Bien sûr, fais-moi voir. »

Jallie souleva sa robe. Elle montra à sa confidente ce qui était déjà devenu…. Un début de queue. Un membre émergeait de sa peau à quelques centimètres et était déjà recouvert de poils aussi blonds que ses cheveux, d’où la douceur ressentie au toucher. Tilia restait bouche bée.

-« C’est grave? » intima l’adolescente, l’air inquiet.

Tilia ne répondit pas. Le regard de la pêjule était un champ de bataille où stupéfaction et inquiétude s’affrontaient. En la voyant, les yeux saphir de Jallie s’agrandirent.

« Répondez-moi, enfin! » s’exclama-t-elle alors, en proie à un indomptable stress.

-« Tu… Tu en as parlé à qui? » s’enquit Tilia, hésitante.

-« Uniquement à vous. C’est grave? »

-« C’est visiblement une queue… »

-« Quoi? Mais c’est impossible, je suis humaine! »

-« Pourtant, c’est sans aucun doute une queue. Je ne sais vraiment pas quoi te dire. Sauf une chose. N’en parle à personne d’autre. Si les autres pejûles l’apprennent, elles pourraient te considérer comme une des créatures qui ont débarquées sur Salfia depuis La Faille. Et ce serait mauvais pour toi, si d’aventures cela arrivait. »

-« D’accord, mais qu’est-ce que je peux faire? »

-« Rien. Si c’est dans ta nature, tu ne peux pas lutter. Ne prends pas ta spécificité comme une malédiction. »

Jallie abaissa le regard et fixa le plancher de bois lisse. Elle releva ensuite la tête vers son interlocutrice.

-« Merci de ne rien dire. »

-« Il n’y a pas de quoi, Jallie », assura Tilia.

La blondinette commença alors à se diriger vers la porte de la chambre.

-« Attend. »

-« Qu’y a t-il? » s’informa l’adolescente.

Tilia affichait un air résolu, comme si elle allait évoquer une fatalité qui ne lui plaisait pas nécessairement.

-« Écoute, je sais que tu souhaites quitter le couvent. Je ne suis pas de ton avis, mais je pense que tu dois faire ce que tu veux au fond de toi. Tu as tout à fait le droit de découvrir le monde comme tu l’entends et de trouver la voie que tu choisiras de toi-même. De plus, avec ce qui est en train de t’arriver… Il vaut mieux que tu trouves une personne qui pourra tout t’expliquer. Car des connaissances dépassent les champs de tout le monde, ici. »

-« Vous allez m’aider? » chuchota l’intéressée avec une véhémence retenue.

-« Oui, je vais t’aider », confirma la galtère en closant les yeux et en baissant d’un ton. »Ce soir, je fais la veillée. Je te laisserai partir. Tu pourras facilement grimper les réserves de nourriture pour passer par-dessus les murs. »

-« Merci infiniment, pejûle Tilia! » s’enjoya la blonde, en proie à une euphorie nouvelle.

-« Désormais, tu peux m’appeler simplement Tilia. Nous sommes plus proches qu’avant et… je vois bien que tu ne crois pas au dasim. Mais je veux que tu me promettes une chose, Jallie, et tu as intérêt. »

-« Quoi donc? » s’étonna la concernée, captant la résolution dans les pupilles de sa confidente.

-« Une fois que tu seras dehors, tu devras être forte. Tu devras faire preuve d’un grand courage, faire attention à toi. De nombreux dangers attendent une jeune fille inconsciente comme toi. Tu devras être débrouillarde. Promet-moi de faire attention à toi, d’accord? » clarifia la pejûle en versant une petite larme pleine d’émotion.

-« Je te le jure. Un jour je reviendrai vous voir, toi et Loria. C’est une promesse. »

-« Bien » acquiesça la galtère d’un ton presque rassuré. »Au revoir, Jallie. »

Tilia embrassa le front de l’adolescente, une preuve d’affection que la jeune humaine n’allait pas oublier de sitôt. Durant toutes ces années, c’est vrai que des liens s’étaient formés entre elles. La jeune âme ne s’en était pas rendu compte, mais Tilia tenait à elle et la considérait comme à part. Un peu comme la mère que Jallie n’avait jamais eu. L’adolescente ressentit à cet instant un brin de nostalgie inopinée. »Ce couvent va me manquer » se prit-elle à penser. Elle lança à Tilia un regard profond, remplit de gratitude, puis se redirigea vers la porte.

La nuit venue, la dissidente préparait son départ. Elle rangeait des fruits dans un sac et une fleur du jardin faisant office de souvenir. Elle refermait le contenant lorsque son amie Loria se redressa sur son lit.

-« Tu es réveillée. Tant mieux, je n’aurais pas à te déranger comme ça », se résolut la déserteuse.

-« Qu’est-ce que tu fais? » interrogea la pré-adolescente, encore assoupie.

-« Tu veux toujours rester dans ce couvent, Loria? »

-« Oui. Je me sens pas de partir. Pourquoi? »

-« Parce que moi je suis sur le point de le faire. Pour de bon. »

-« Tu vas vraiment t’en aller, comme ça? »

-« Oui, Mais ne t’inquiète pas, un jour je reviendrai te rendre visite, à toi et à Tilia. C’est promis. »

-« Tu vas me manquer », regretta Loria.

Le stoïcisme qui avait tendance à agacer Jallie arrangea bien les choses cette fois-ci. Que fallait-il à cette fille pour qu’elle lâche une larme?

-« Toi aussi, mon amie. Plus que tu ne le crois. »

-« Tiens, avant de partir, prend ce collier », dit la plus jeune en se levant.

-« C’est le même que le tiens, tu en as un double? Je ne savais pas. »

-« Oui. C’est pour toi », annonça Loria en tendant le présent.

C’était un pendentif représentant une feuille en or avec une boule de cristal turquoise, un bijou magnifique qui avait toujours entretenu la convoitise de son amie aux cheveux blonds.

-« Merci. »

-« Comme ça, quand on se reverra, même si on a grandies et changées, on se reconnaîtra », expliqua alors la fille de 13 ans avec un large sourire.

Jallie la trouvait splendide quand elle souriait ainsi. C’était sa marque de fabrique.

-« Oui. Au revoir, Loria, fais bien attention à toi », conclut la déserteuse en prenant sa jeune amie dans ses bras.

-« Toi aussi, Jallie », répondit sa chère amie.

-« Ne t’inquiète pas pour ça », la rassura l’aventurière en herbe avant de lui embrasser le front avec affection.

Elle colla ensuite le haut de sa tête sur le sien, avant de la regarder dans les yeux. Puis elle la libéra et pivota vers la porte de leur chambre. En sortant, elle adressa un dernier sourire à sa chère amie, qui le lui rendit, puis quitta la pièce. Jallie traversa un couloir et, arrivée au jardin, obliqua vers le fond de celui-ci. Elle déboucha en virant à gauche sur un tas de foin, accompagné de tonneaux et de caisses de nourriture. Elle grimpa sur les caisses et ensuite sur le mur de pierre qui cloisonnait le couvent. La limite de son monde connu. Elle sauta sur l’herbe qui entourait les lieux. Elle atterrit dans la forêt alentour. La plupart des couvents sirionîtes se trouvaient dans une forêt, afin de s’isoler du reste du monde. A la vue de cette incroyable liberté, les yeux de Jallie rayonnèrent. Elle avança droit devant elle. Elle ignorait totalement où elle allait, n’ayant aucun outil pour se diriger. Mais peu lui importait la direction, elle était libre et s’apprêtait à découvrir Salfia.

L’ex-sirionîte avait vadrouillé des heures, puis elle se reposa au pied d’un arbre, dont la racine était courbe et confortable. Elle dormit très bien grâce à une queue naissante qui lui faisait moitié moins mal. Quand elle s’éveilla, elle empoigna son sac à dos et marcha approximativement dans la même direction que la veille. Après quelques centaines de mètres, elle croisa une route de terre dégagée qu’elle suivit. Moins d’une minute plus tard, elle aperçut une forme au loin. La chose n’était guère plus, au départ, qu’une tâche qui bougeait. En s’approchant, elle reconnut une silhouette animale. Elle était surprise, n’ayant jamais vu d’animaux autrement que dans un livre illustré de dessins.

Quand elle s’approcha, elle était face à une bête couverte de poils rouge foncé qui dévorait les restes d’un autre animal. Elle devint soucieuse. Et ses craintes se confirmèrent quand la bête se désintéressa de son festin et se mit à avancer vers elle en grognant. La jeune fille détala précipitamment dans la direction opposée. Malgré ses efforts, le prédateur la rattrapait. C’était un horrible animal, qui possédait des dents acérées couplées à des griffes très épaisses. C’était un félin, du moins cela y ressemblait. Jallie comprit en une fraction de seconde, ou du moins crut comprendre, ce à quoi Tilia lui avait dit de se préparer. Voilà la vie extérieure. Si l’on n’est pas prudent et fort, on ne fait pas de vieux jours. Elle eut l’idée de monter sur un arbre à côté de la route qui coupait la forêt. Elle s’attrapa à une branche et bascula pour y grimper. Une fois dessus, la bête grattait l’écorce avec une fureur d’affamé. La fille paniquée se dit que même si le chasseur ne laissait pas tomber pour l’instant, il finirait bien par partir tôt ou tard. Mais sinon, que ferait-elle? Elle subit cette pression émotionnelle durant un long moment. Ses inquiétudes prirent fin lorsqu’une flèche transperça net le crâne de la bête, la plaquant contre le bois de l’arbre. Elle aperçut deux hommes non loin de là. Jallie fixa alors l’animal. Elle était un peu choquée, c’était la première fois qu’elle assistait à la mort de quelque chose, et c’était une mort violente. Elle songea alors que c’est ce qu’elle verrait régulièrement à l’avenir. Les deux hommes s’étaient entre-temps approchés de l’arbre d’un pas désinvolte et le plus jeune l’interpella.

-« Tu comptes le regarder comme ça encore longtemps?! » s’exclama-t-il avec pêche.

Il lui tendait la main pour l’aider à redescendre. Jallie sauta en prenant soin d’ignorer cette attention.

-« C’est bon, je peux descendre toute seule », lança-t-elle. »Merci pour le… »

-« Tigre de Bafalsa. »

-« De quoi? »

-« Bafalsa, c’est le nom de cette grande forêt », intervint l’autre homme, plus âgé.

-« Qui es-tu, gente demoiselle? » demanda le jeune, avec un petit air de sarcasme.

-« Je m’appelle Jallie. J’étais au couvent mais je me suis échappée », répliqua la jeune fille.

Elle était consciente qu’elle ne devrait pas dévoiler cela à n’importe qui. Pourtant, elle l’avait annoncé consciemment et sans hésiter, en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Elle tenait à montrer qu’elle était déterminée et n’était pas une simple gamine sans défense. Le plus jeune était nettement plus grand qu’elle. Le plus âgé l’était plus encore, et particulièrement large en prime.

-« Je vois », se résigna l’indifférent jeune homme. »Je te comprends, tous ces sirionîtes et leurs histoires abracadabrantesques. Leur blabla me fatiguerait assez pour que je m’échappe, moi aussi », poursuivit-il en ricanant. »Si l’ennui ne me tue pas avant. »

-« Comment savez-vous qu’il s’agit d’un couvent sirionîte? »

-« Ben, nous savons où nous sommes. Ce qui n’est visiblement pas ton cas. Et puis, de toute façon, y a que les sirionîtes pour avoir des idées stupides comme construire des couvents. Je me présente, je suis Dellas Gomfore et voici mon père, Joll. Quel âge as-tu, dis-moi? »

-« 15 ans. Et toi? » rétorqua-t-elle.

Elle s’était dit que s’il la tutoyait, elle ferait de même. Le dénommé Dellas semblait s’en contreficher complètement.

-« Moi, j’ai 19 ans. Mon père, 38. Où comptes-tu aller, maintenant que tu as quitté ton couvent? »

-« Je ne sais pas. Je compte découvrir le monde. »

-« Dans ce cas, pourquoi ne pas venir avec nous? Nous pourrons t’apprendre toutes les choses que tu ignores encore. Et puisque tu viens d’un couvent, il doit y en avoir énormément », lui fit remarquer Joll Gomfore, avec un sourire qu’elle ne parvint à déchiffrer.

Surprise par cette proposition éclair, Jallie s’empressa de répondre par la positive. Après tout, ces gens avaient l’air honnête et elle pourrait partir quand elle le désirerait.

-« Oui, j’aimerais beaucoup venir avec vous. »

-« Bien. Tu ne sais pas te battre, je suppose? Eh bien, à nos côtés tu pourras apprendre », remarqua Joll.

-« Oui, j’adorerais apprendre à combattre. »

-« Ça tombe bien, papa est un spécialiste quand il s’agit d’apprendre aux autres », commenta Dellas, le plus jeune.

-« La clé, c’est de faire ce qui te correspond. Bon, mettons-nous en route », vivifia alors le père, très bronzé de peau.

-« Oui! » s’exclama l’adolescente, très enthousiaste.

Les trois compagnons se mirent à arpenter le chemin de terre parsemé de petites pierres. Jallie était rassurée. Elle était en sécurité avec ces deux-là, et elle allait apprendre à se débrouiller seule. Surtout qu’ils seraient là pour lui expliquer tout un tas de choses qu’elle ignorait. Malgré qu’elle ne les connaissait guère, elle leur faisait confiance. Quoique pour le moment, elle n’était pas prête à leur parler de sa queue naissante.


Merci à ceux qui me lisent! 

L’acte I sera publié en entier sur ce blog, ensuite il vous faudra attendre la sortie du roman entier en auto-édition, courant 2018!

J’espère que ce récit vous plaît, j’y met un maximum d’originalité, des concepts que j’aime, etc… Ça sort du cœur, comme on dit.

Si vous avez des critiques, n’hésitez surtout pas, sans langue de bois. 😉

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