Chapitre 2 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Comme prévu, la deuxième partie du chapitre 2 des Chroniques de Salfia ^^


-« Je pense que l’on est suivis. Je n’ai pas entendu grand-chose, mais l’intuition ne trahit pas. »

-« Oh non… » tressaillit Jallie, qui ne put s’empêcher d’avoir peur.

Bien qu’accompagnée, elle n’avait vraiment pas l’habitude des créatures, de plus la nuit tombait et le sentiment d’insécurité était palpable.

-« Quoi, t’as peur? » répliqua Dellas en souriant, sur un air de défi.

-« La peur est signe de prudence. Restons sur nos gardes, c’est probablement un carnivore qui cherche son repas », conclut calmement Joll.

-« Dans ce cas il te mangera toi, y aura plus de viande! » plaisanta Dellas.

-« Peut-être qu’un petit accompagnement lui ferait envie », rétorqua Joll avec un sourire narquois.

-« Il a pas intérêt d’essayer. »

Voyant que les deux compairs restaient détendus malgré la probable menace, Jallie comprit que ces deux individus étaient habitués à ce genre de chose. »Un jour moi aussi je serai comme eux » se dit-elle. Quelques centaines de mètres plus loin, Jallie commençait sérieusement à fatiguer.

-« On devrait s’arrêter pour aujourd’hui », proposa la jeune fille.

-« On va aller le plus loin possible, on est capable de chasser une bête de nuit, mais pas endormis », avança alors Dellas.

-« Ah, oui », répondit Jallie, comprenant l’imprudence de ses propos.

Les trois compagnons marchèrent pendant près d’une heure. Une heure oppressante pour Jallie, qui sentait encore la présence de la bête. Elle regarda discrètement des deux côtés de la route, et ne vit que des arbres sombres, qui avaient alors un air… sombre. Elle ne voyait pas grand-chose d’autre que de la pénombre, seule la petite torche artisanale fabriquée par Dellas lui permettait de voir à quelques mètres.

-« On va s’arrêter ici. Gardez un œil ouvert », dit Joll.

Cette fois, les compagnons s’installèrent moins loin de la route, à une quinzaine de mètres seulement. Mais l’obscurité rendait la route invisible. Les trois compagnons étaient seuls dans le noir.

-« Ravive la flamme de la torche Dellas. Ça nous permettra de voir, au moins jusqu’à ce qu’on s’endorme, et ça éloignera sûrement la créature », intima sagement Joll.

Dellas ralluma la torche d’un mouvement du bras, et la posa au sol, à un endroit vierge de toute végétation. Jallie regardait autour d’elle, l’inquiétude avait entre-temps grandit… être seuls au milieu de la forêt obscure, c’était effrayant. Elle crut apercevoir l’espace d’un instant… quelque chose de flou et de sombre, bougeant dans l’obscurité, rôdant tel un prédateur… c’était terrifiant. Elle cligna des yeux et plus une trace… même pas dans son champ de vision. Elle tenta de se rassurer en se disant que ce n’était qu’une chimère de son esprit apeuré.

-« Bon, essayons de dormir », dit Dellas.

Quelques secondes plus tard, un grognement agressif se fit entendre. Une bête surgit de l’obscurité et se jeta sur Dellas. Heureusement, ce dernier eut le réflexe de se lever rapidement et d’attraper une dague. Il frappa vers la bête mais celle-ci disparut en une fraction de seconde comme de la fumée noire.

-« Jallie, attrape ton arbalète et ton carquois! » lança Joll en se levant.

La jeune fille s’exécuta. Dellas ramassa la torche avec sa main gauche.

-« Qu’est-ce que c’est, ça?! » demanda Dellas, paniqué.

Joll ne répondit pas immédiatement. Il regardait autour pour voir si la bête repassait à l’attaque. Quelques secondes plus tard, il répondit à la question soulevée par son fils.

-« C’est un sada hamere, littéralement ombre loup en ancien galter. C’est un gros loup capable de se téléporter à courte distance », expliqua-t-il en scrutant les alentours. »Je ne m’attendais pas à ça, je n’en avais jamais vraiment vu un… faites très attention, c’est un dur à cuire. »

Jallie ravala sa salive. Elle restait assez calme vu la situation, du moins, physiquement. A l’intérieur elle était pétrifiée. Voyant que Dellas et Joll étaient eux-mêmes inquiets, elle avait compris à quel point le danger était réel. Le sada hamere attaqua à nouveau. Cette fois, il visait Jallie. Celle-ci parvint de justesse à se tourner et à tirer un carreau à bout portant sur la bête, qui se téléporta un mètre à droite de Jallie, devant Dellas. La créature attaqua de nouveau le jeune homme, en poussant un grognement terrifiant. Le jeune adulte parvint à esquiver vers la droite mais le loup fit tomber la torche de l’archer qui s’éteignît avec le choc. La peur envahit alors totalement Jallie. Elle était dans le noir complet avec cette créature de la nuit. Le sada hamere ne grognait pas, il était donc presque impossible de savoir où il se trouvait. C’est ainsi que Jallie comprit que la créature était intelligente, et patiente… elle se comportait comme le ferait un chasseur, chaque chose prévue pour être aussi efficace que possible.

-« Dellas, rallume la torche!! », hurla Joll, dont la crainte commençait enfin à se faire ressentir.

-« Je la vois pas! » dépêcha le fils, aussi stressé si ce n’était plus.

-« Bouge-toi! »

Éclairé d’une flamiche dans la main, Dellas cherchait à tâtons la torche là où il l’avait vu tomber. Soudain il sentit une odeur forte, l’odeur de la gueule d’un animal. Il frappa immédiatement face à lui et entendit alors un grognement de douleur. Le grognement était assez faible, ce qui indiquait que la frappe n’avait pas entièrement touchée sa cible. Il ramassa un instant plus tard la torche qu’il ralluma d’un geste de la main. La lumière éclaira les alentours mais le sada hamere avait encore disparut. Jallie se collait à Joll, qui lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer. Elle se décolla aussitôt et tenta de prendre un air assuré. Soudain elle fut bousculée par Joll, ce dernier s’était fait sauter dessus par la créature, qui s’était téléportée pour l’attaquer. Elle vit alors Joll en train de se faire mordre par la bête, et tira aussitôt un carreau au niveau du ventre de la créature. Mais celle-ci se téléporta près de Dellas qui frappa de sa dague et toucha le loup au nez. Mais il avait frappé trop tôt, et n’avait donc touché le museau que légèrement, quoique plus que la première frappe. Jallie regardait Joll, choquée. Cette grosse morsure laissait voir la forme de la mâchoire sur le bras musclé du combattant.

-« Ça ira! » cria-t-il en voyant son regard.

La bête rôdait autour du groupe. Elle rattaqua. Jallie était visée, elle avait oublié de recharger son arme. Elle vit la gueule de la bête s’ouvrir pour la mordre, mais celle-ci fût frappée sur les deux flancs. A sa droite, une flèche de Dellas qui l’avait transpercée au niveau du torse, à sa gauche, un fouet d’eau lancé par Joll. La bête blessée s’écroula au sol devant Jallie, qui s’empressa de sortir son poignard pour le lui enfoncer dans le crâne. Mais la créature se téléporta au dernier moment et disparut encore du champ de vision des trois compagnons. Jallie rangea son poignard et reprit en main l’arbalète qui pendait devant elle, attachée à son buste par une bandoulière. Sa terreur en était à son paroxysme, et le motif était simple: elle avait vu à quoi ressemblait vraiment le sada hamere. Le gros loup avait des poils noirs longs et très fins. Ses yeux étaient d’une lueur rouge bluffante, et il était entouré d’une espèce de flamme violet sombre, comme une aura. Cette aura semblait vraiment être animée, car elle bougeait lentement. Son air était menaçant, et la bête était très vive. Jallie commençait sérieusement à voir la mort venir… Elle entendit alors Joll utiliser un sceau.

-« Récupération accélérée! » incanta l’homme.

Une sorte d’aura bleu clair l’entoura une seconde. Dellas jetait des coups d’œil nerveux dans tous les sens.

-« Regroupons-nous! » siffla Joll.

Les trois compagnons se rapprochèrent alors. Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas. Joll se toucha un tatouage de la main gauche et fit un geste brusque vers Jallie de cette même main.

-« Célérité augmentée! » cria-t-il en même temps.

Jallie comprit que c’était comme cela qu’un levito lançait un sceau. Il posait sa main sur le sceau et lançait le sort correspondant avec une incantation orale.

-« Qu’est-ce que ça fait? » demanda-t-elle.

-« Tu seras un peu plus rapide pendant une minute environ, ça t’aidera à réagir en cas de problème. »

Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas, sa présence ne se sentait presque plus.

-« Il doit être en train de récupérer, qu’est-ce qu’on fait? » demanda Dellas en s’adressant à son père.

-« Je pense que le mieux est de s’en aller. Il est dangereux, dans un cas comme celui-là, il vaut mieux éviter le combat », dit l’homme qui saignait toujours du bras gauche, abondamment. »On va rejoindre la route et continuer notre chemin, pas de repos aujourd’hui. Ce serait trop dangereux. »

Dellas et Jallie acquiescèrent de la tête. Les trois compagnons partirent alors vers la route. Dellas était devant et éclairait leur chemin, Joll était juste derrière avec Jallie qui le collait presque à sa droite. Un réflexe défensif. Une fois sur la route, les compagnons reprirent la même direction, tout en étant sur leurs gardes. Moins d’une minute plus tard, la présence du sada hamere se faisait de nouveau sentir.

-« Vous ne » commença Jallie.

-« On sait. Tiens-toi prête », l’interrompit Dellas.

Elle fut de nouveau remplie de peur. Mais elle se dit « courage, on va y arriver« . A peine commençait-elle à relativement se calmer, que la bête lança l’offensive. Elle déboula de la forêt, et se jeta sur Dellas après une brève téléportation. Ce dernier l’esquiva de peu, et tenta de la frapper avec sa dague, mais la bête se téléporta tout juste derrière lui. Dellas eut le bon réflexe de mettre un coup de pied en arrière, et toucha de plein fouet la tête de la créature affamée, qui beugla dans la douleur, et recula avant de se mettre à tourner autour du petit groupe, qui se compacta. Les trois compagnons voyaient enfin la bête clairement sous la lumière de la torche. Le sada hamere était effrayant. Il grognait en même temps qu’il rôdait lentement. Tout le monde se préparait à l’assaut qui allait certainement arriver.

-« Dellas, tiens-toi prêt », dit calmement Joll.

Dellas sourit alors, comprenant que son père avait une idée. C’est alors que Joll se plaça face au sada hamere, devant les deux autres. Le gros loup arrêta alors de marcher et se tourna face à lui. Les deux adversaires se regardaient droit dans les yeux. Quelques secondes plus tard la bête féroce fonça sur Joll, qui lança alors un sceau.

-« Gravité annulée! »

La bête flotta alors dans les airs, tout en s’échouant vers eux presque lentement. Dellas tira immédiatement deux flèches d’un coup, droit dans le cou et le côté du crâne de la créature. Il fut suivi de très près par Jallie, qui s’était préparée, voulant participer aussi. Elle décocha un carreau qui alla se loger dans le ventre du sada hamere. La bête tomba une seconde plus tard, à la fin du sort, et s’écroula devant Joll, qui lui porta un coup de poing droit sur le haut du crâne, avec une force dévastatrice, pour s’assurer de sa mort rapide. Jallie fut impressionnée, mais elle n’en attendait pas réellement moins d’un tel spécialiste du combat à main nue. Elle avait cru voir une lueur rouge émaner des yeux de Joll.

-« Fiou, fini! » soupira Dellas, soulagé.

-« Il s’en est fallu de peu, cette créature était coriace. Elle était à la hauteur de sa réputation », commenta Joll.

-« Espérons que l’on n’en croisera pas d’autre », souhaita Jallie, tout aussi soulagée que les deux autres.

Joll regarda la carcasse de la bête. L’aura avait disparu à la mort du sada hamere. Il se releva et décréta:

-« Au moins on n’aura pas besoin de chercher notre prochain repas. Dellas, donne-moi une ficelle. »

Dellas sortit une ficelle de son sac et l’envoya à son père, qui attacha le loup par les pattes et le porta sur son dos.

-« Allons dormir, maintenant », déclara le fiston.

Jallie fit un oui de la tête. Les compagnons s’éloignèrent un peu de la route et se couchèrent auprès d’un arbre. Jallie s’endormit tout de suite.

-« Elle dort déjà », dit Joll.

-« Elle est jeune. Ça a dû lui faire tout drôle de changer de vie d’un jour à l’autre. A sa place j’aurais été terrifié. »

-« Elle a du courage, elle a fait face à un événement marquant, et elle a réussi. Tu as vu, elle a même tiré avec toi! »

-« Oui, et elle t’as pas empalé! » remarqua Dellas.

-« Demain on la laissera dormir autant qu’elle en a besoin. »

-« Oui, il vaut mieux pour elle », conclut Dellas, en levant brièvement les deux sourcils.

Il la regarda avec un sourire. Il trouvait cette petite fille dormante si mignonne. Il avait beaucoup de sympathie pour Jallie. Il l’avait déjà adopté. Quelques minutes plus tard, les deux hommes dormaient eux aussi.

Le lendemain, Dellas se réveilla le premier.

-« Et si je faisais cuire le loup? » pensa-t-il à voix haute, »ça leur fera plaisir de se réveiller en sentant la bonne odeur de la viande grillée », continua-t-il en ricanant.

Il se leva pour aller chercher du bois. Il ramassa deux morceaux avec un bout en V, qu’il planta pour faire les bases, et prit un gros bâton sur lequel il planta le loup après en avoir retirée la peau poilue. Il prit quelques morceaux d’un arbre mort et en fit un tas en dessous de la viande. Il alluma alors une brindille d’un geste de la main, et la plaça sous le tas de bois sec. Peu de temps après le feu était haut et caressait le gros steak placée au-dessus. La viande commençait quelques minutes plus tard à cuir. La couleur de cette viande rose devint un beau pourpre. Dellas trouvait cela très appétissant, et se lécha les babines en tournant leur futur repas. Ses deux compagnons se réveillèrent à-peu-près en même temps.

-« Qu’est-ce que tu fais? » demanda Jallie en se frottant les yeux.

-« Notre repas », répondit Dellas, en même temps que son père s’adressait à lui.

-« Aaaah! Ça c’est mon fils! Hmmm on va bien se régaler hein! » s’exclama Joll en se levant et en tapant l’épaule de sa progéniture.

-« Haha, peut-être, tu es goûteur volontaire? »

-« Bien sûr que oui! Toujours là pour me sacrifier pour mon abruti de fils, n’est-ce pas? »

-« Ouais c’est ça ben attend que la cuisson soit terminée gros vorace! »

Un grand sourire se dessina sur le visage de Jallie. Se réveiller dans une forêt, avec deux acolytes de bonne humeur devant une viande cuisante chassée la veille, c’était comme vivre un petit rêve. Le goût tant attendu de l’aventure. Quelques instants plus tard, la viande était à point, ou presque. Dellas utilisa une de ses dagues pour découper plusieurs morceaux, et le reste alla dans son petit sac. Joll mordit dans sa viande en premier, comme promis. Dellas et Jallie le regardaient.

-« Mmmmmh. C’est plutôt pas mal. Ça vaut pas du bon chihag, mais vu les efforts fournis pour l’obtenir, c’est raisonnable! »

-« Tant mieux, à table! » s’exclama Dellas.

Jallie repensa alors au combat qui avait eu lieu la veille. Elle remarqua alors que depuis son réveil elle n’avait plus vu la marque de morsure sur le bras de Joll. Elle vérifia alors, et la trace avait complètement disparu.

-« Comment ton bras a guéri? » demanda Jallie, incrédule.

-« La récupération. C’est vrai que tu viens d’un couvent, j’ai failli oublier. Laisse-moi t’expliquer comment ça marche. »

Jallie écoutait attentivement, sa soif de connaissances du monde avait repris le dessus.

-« Tu vois, quand tu te blesses, ton corps récupère petit à petit de ta blessure. C’est un processus lent, qui est dû à ton énergie interne. Tu te rappelles? » questionna l’homme.

-« Oui c’est la maul vitarri, et c’est de là que viennent nos pouvoirs, la magie tout ça… C’est ça? »

-« Oui exactement. Et bien ton corps s’auto-guérit. Mais ça prend du temps. Tu peux accélérer légèrement le processus en mangeant, en buvant ou en te reposant, bref, en nourrissant ton corps si on veut. Après, si la blessure est vraiment grave, tu auras, en plus d’une chance de mourir, une cicatrice qui restera pour le restant de tes jours. »

-« Oh… » dit la jeune fille.

-« Maintenant laisse-moi te parler d’une des appartenances. Je t’ai parlé des dlaritos et des levitos, c’est bien ça? »

-« Oui. »

-« Et bien je vais te parler de la troisième appartenance alors. Elle s’appelle daffilesto, daffiles signifiant « guérison » en ancien galter. Les daffilestos sont spécialisés dans la grosse accélération du processus de guérison. Pour faire simple, ils passent dans une sorte de transe qui leur permet d’entrer en contact directement avec la maul vitarri d’une personne, et augmentent ainsi son activité, et de même, sa régénération. Attention cela dit, le daffilesto en action ne peut répondre si on l’attaque, ou même lui parle ou quoi que ce soit. Il faut donc couvrir un daffilesto quand il guérit quelqu’un. Tu as tout compris? » monologua Joll.

-« Oui. C’est fascinant », affirma Jallie.

-« Bien », dit le quadragénaire avant de mordre dans sa viande.

-« Aller, finissons de manger et en route pour Grandatum », conclut Dellas.


J’espère que le récit, l’univers et les personnages vous plaisent! Moi, j’aime beaucoup les Gomfore, j’avoue ^^.

Merci de me lire, rdv au prochain chapitre!

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