Chapitre 3 (1/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Encore pour des raisons d’être plus digeste, ce chapitre est publié en trois parties. Enjoy! 🙏


Chapitre 3 : Intimidantes rencontres

-« Grandatum? » répéta Jallie, à qui ce nom sonnait étrangement.

-« Oui, c’est la prochaine étape », lui dit Dellas. »Grandatum est la plus grande ville du coin, elle se situe après la sortie de la forêt, au bout de cette route. C’est une ville portuaire qui fait partir de nombreux navires, le meilleur moyen de voyager dans l’archipel de Nasakua, jusqu’à l’île de Gesil. »

-« Ah d’accord, je comprends. »

-« Ça c’est parce que j’explique bien. »

Une fois que les trois compagnons avaient fini de manger, ils partirent sur la route. Peu de temps après, Jallie voulu clarifier les choses, en questionnant le quadragénaire à propos de l’histoire bancale que lui comptait Tilia la veille de son départ.

-« Dis, Joll, tu connais l’histoire de La Faille? »

-« Non, tout le monde possède sa version de l’histoire, et je n’y étais pas. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un humain dénommé Spal Donata l’a découverte et a disparu. Depuis les monstres se sont multipliés sur tout Salfia. »

-« Ah… »

-« Pour répondre à ta vraie question, je pense que les sirionîtes ont leur version de l’histoire et qu’elle est faussée comme cela les arrange », devina Joll, la prenant de court.

-« Oh. Merci. Je me demande ce qui est arrivé à cet homme. »

-« Nous aussi si tu veux tout savoir », intervint Dellas.

-« Arrêtez-vous », intima Joll, soudainement.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » demandèrent les deux jeunes gens en stéréo.

-« Je dois aller chercher un objet que j’ai laissé ici il y a longtemps. »

-« Comment tu as fait pour te retrouver parmi tous ces arbres? » l’interrogea son fils.

-« Il y a une branche noire, là », répondit son père, en montrant une branche brûlée depuis longtemps, située sur leur droite, appartenant à un arbre aussi large que tordu.

Joll marcha derrière l’arbre jusqu’à ce que les trois compagnons arrivèrent devant une sorte de long buisson. Joll força pour passer, et les deux autres le suivirent. Il y avait à l’intérieur de l’herbe plus claire qu’à l’extérieur, ainsi qu’un arbre aux feuilles écarlates. Il y avait une épée plantée dans le sol.

-« Est-ce que c’est » commença Dellas.

-« Oui », coupa Joll.

Il sortit l’épée du sol. C’était une épée plutôt large et longue d’à-peu-près 80 centimètres. Le manche était vert foncé avec des bouts de tissus pendant, la lame était cramoisie au bord blanchâtre.

-« Je comprends mieux pourquoi tu as laissé ton épée habituelle à la maison. »

-« Qu’est-ce que c’est? » demanda Jallie, perdue.

-« La tombe de mon meilleur ami. Lui, une autre amie et moi étions inséparables, mais comme tu le vois sa fin fut tragique. Nous avions laissé son épée ici, mais elle ne lui servira plus. Vu ce qu’on croise en traversant ce monde, il vaut mieux que je la prenne. »

Joll, embarqua l’épée à l’aide d’un fourreau qui possédait une accroche de cuir. Il se l’attacha au niveau des hanches, l’épée rangée dans le fourreau situé au bas de son dos. Il se retourna alors, apparemment décidé.

-« Allons-y. »

-« D’accord », dit Jallie en le regardant avec un regard rempli de compassion.

-« Évite de lui poser des questions là-dessus d’accord », lui murmura Dellas.

-« Oui », répondit Jallie, qui n’avait pas besoin de cette mise en garde.

Quelques heures de marche plutôt silencieuse plus tard, les trois compagnons arrivèrent devant un panneau.

-« <<Sortie de la forêt>>. On est pas loin c’est super! » s’exclama Jallie.

-« Il faut qu’on te prévienne, Jallie », répliqua Joll. »Grandatum ne ressemble pas à ce que tu peux imaginer. Vois-tu, certaines villes en Salfia utilisent des machines. C’est souvent léger, comme des moteurs dans les navires, des robinets à vapeur, des machines de construction. Grandatum est très évoluée. »

-« Qu’est-ce qu’une machine? »

-« Une construction faite à partir de métal, un alliage de minerais, de pierres pour simplifier. Elles fonctionnent en général à la vapeur dégagée par une eau spéciale, et permettent de faire des choses dépassant les simples travaux manuels. Bref, Grandatum, c’est la ville la plus évoluée techniquement. Par conséquent tu risques de voir des choses que tu n’imaginais même pas possibles jusque-là. »

-« Génial! » optimisa Jallie, bien que les explications de Joll aient été assez vagues.

-« D’ailleurs les sirionîtes sont contre l’utilisation de machines. Du coup les villes où ils sont dominants n’en utilisent pas », regretta Dellas.

-« De toute façon nous venons d’un endroit indépendant », ajouta son père.

-« Hmm… Dîtes, d’où venez-vous? »

-« D’ici », dit Joll en montrant la carte, désignant un endroit au sud-est de leur position. »C’est une montagne entourée de nuages, un endroit tranquille, où l’on peut vivre et s’entraîner en paix. »

-« C’est super », commenta Jallie.

Joll rangea la carte.

-« On y retournera plus tard, tu pourras voir », dit-il en souriant. »Ce sont les montagnes d’Orné, la région qui englobe la partie nord-ouest du grand continent. »

-« Oui j’aimerais beaucoup voir. »

-« Au fait, Jallie », dit Dellas, »il faudra que l’on t’achète des vêtements en ville, parce que ta robe risque d’attirer l’attention. Et puis tu ne veux pas ressembler à une sirionîte hein? »

-« Non. »

-« Ne t’éloigne pas de nous en tout cas », lui avisa Joll.

Les trois personnages marchèrent une bonne heure sur une route entourée d’herbes basses, quand une forme gris clair apparut au loin.

-« Voilà Grandatum! » s’exclama Dellas.

-« On va enfin pouvoir se requinquer… et récupérer de l’argent à la banque », observa Joll.

-« Ah oui ça c’est pas trop tôt! »

-« Eeuh… une banque? » répéta Jallie, incrédule.

-« Oui. C’est un lieu où l’on peut récupérer de l’argent que l’on a placé en sécurité. Il y en a un peu partout, c’est très pratique », répondit Joll.

-« Pourquoi ne pas tout garder sur vous alors? »

-« Eh bien parce que cela prend de la place, petite sotte! Et puis pour éviter de se le faire voler aussi. Et puis ça donne l’impression d’en avoir toujours plus », conclut Dellas avec un sourire ahuri.

-« Oui enfin jusqu’à ce qu’un imbécile ait vidé le compte », maugréa Joll avec un regard accusateur vers son fils, qui lui renvoya un petit sourire coupable.

-« Je vois… Mais comment l’argent se déplace entre les banques de chaque lieu? » demanda Jallie.

-« Eh bien il y a une grosse somme d’argent dans chaque établissement, qui reste à-peu-près constante par le biais de convois qui égalisent la somme de chaque banque. En général il y a environ autant d’argent qui rentre dans l’ensemble des banques que d’argent qui en sort. C’est aussi simple que cela, je suppose », expliqua Joll.

-« Joll, Dellas… » commença Jallie en s’arrêtant de marcher.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » interrogèrent les deux hommes.

-« Je ne suis pas bête, j’ai vu que vous m’avez accepté bien vite avec vous. Qu’est-ce que vous attendez de moi réellement? »

Joll souffla en souriant.

-« Mais c’est que tu doutes de nous! » s’écria le presque quadragénaire. »Enfin, si j’avais été élevé dans un couvent sirionîte je réagirais probablement avec la même méfiance. Nous t’avons accepté avec nous pour trois raisons. Enfin deux pour Dellas, trois pour moi. »

-« Lesquelles? »

-« Premièrement, parce que, comme je te l’ai dit l’autre jour, nous sommes dans une période difficile et il vaut mieux s’entraider, sans oublier qu’un peu de compagnie ne nous ferait pas de mal et que tu es seule. Deuxièmement, tu nous plais bien. Tu as ton caractère et ta manière d’être, de plus tu es déterminée, et ce n’est pas pour nous déplaire. »

-« Et ta troisième raison, qu’est-ce que c’est? »

-« Et bien, il se trouve que j’ai rencontré Ornael après une sombre histoire. Elle aussi s’était échappée d’un couvent sirionîte, et je l’avais aidée à l’époque, comme je le fais aujourd’hui. Je lui ai expliqué le monde, et lui ai donné un foyer. Tu me la rappelles un peu en quelque sorte. Voilà, ça te va? »

-« Oui. Merci, et… désolée mais il fallait que je sache. »

-« Pas de problème, Jallie, c’est normal », la rassura Dellas. »Maintenant, on reprend la route, d’accord? »

-« Oui, allons à Grandatum, j’ai hâte de voir! » dit à voix haute la jeune fille, en reprenant le sourire.

-« Hahaha, bien! » s’enjoya Joll.

-« Bon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain?! » lança son fils qui était déjà loin devant eux.

-« Regarde-moi le celui-là. Tu sais il tient ça de sa mère, hein. »

-« Tu es sûr? » taquina Jallie en commençant à courir.

-« Pffff », s’amusa le guerrier en les voyant ainsi.

Plus tard ils arrivèrent devant les portes grandes ouvertes de Grandatum. Des portes blanches aux bords dorés, une couleur prépondérante à Grandatum. Cette ville était extrêmement vivante, c’était la première chose qui frappait. En entrant, Jallie aperçut plusieurs jongleurs. Une foule les applaudissait. Elle s’arrêta dans la foule, captivée par une chose du quotidien pour le reste des habitants. La voyant, Joll et Dellas s’arrêtèrent à ses côtés. Après quelques instants, Joll fit un petit signe de la tête à Jallie et ils poursuivirent la marche. Ils virent un groupe de sirionîtes en capuches claires. Dellas se plaça alors devant Jallie pour éviter qu’ils ne la remarquent. En effet, une jeune sirionîte seule, ce n’était pas très habituel. Surtout dans une ville tel que Grandatum, où ces religieux étaient plutôt rares. Il se replaça normalement quand les croyants furent plus loin. Les sirionîtes de ce groupe étaient pour la plupart des galters, la race aux pelages et queues d’animaux, comme Tilia.

-« La majorité des sirionîtes sont des galters. Tiens, voilà un magasin d’armes et armures, allons voir », remarqua Joll.

-« Tu n’aurais pas oublié un détail, toi? » rétorqua son fils.

-« Ah oui, l’argent! Bien, trouvons d’abord une banque. Dellas, tu t’y colles. »

-« En fait je ne me rappelle plus très bien où est la banque ici », avoua Dellas, l’air hébété.

-« Et bien fait marcher ta cervelle, fils! » le remballa Joll. »Et emmène Jallie, qu’elle voie comment ça marche. Moi je vous attends ici. »

-« Tu viens? », intima Dellas en regardant la jeune fille.

-« On y va », répliqua l’adolescente sur un ton chantant.

Les deux jeunes gens se frayèrent un chemin dans une foule de plus en plus compacte. C’était le centre-ville. Le bruit envahissant de cette cité bourdonnait dans les oreilles de Jallie, habituée au silence du couvent sirionîte.

-« A Grandatum, le centre-ville représente les trois quarts de la ville! » annonça Dellas à sa jeune amie, qui acquiesça d’un bref mouvement de tête. »Voilà la banque », dit-il en désignant une rue perpendiculaire quelques mètres plus loin à droite.

Ils y pénétrèrent. Il y avait sur la droite plusieurs guichets, et à gauche beaucoup de chaises côtes-à-côtes, la plupart occupées.

-« Bienvenue, voici votre numéro. A l’annonce de celui-ci, présentez-vous au guichet correspondant », leur clarifia un humain plutôt jeune et très souriant.

-« Merci », dit simplement Dellas.

-« Merci », imita Jallie avec un sourire forcé de circonstance.

-« Lui c’est le donneur de numéro, celui qui » expliqua Dellas en prenant place sur une chaise.

-« Donne les numéros pour réguler le trafic afin que l’on passe plus vite sans être coincé dans une énorme foule désordonnée, j’avais compris », coupa Jallie avec un petit sourire narquois.

-« C’est malpoli de couper les gens quand ils parlent, surtout quand ils essaient de t’expliquer quelque chose. Papa a raison, tu ressembles à ma mère. »

-« Je prends ça comme un compliment », ricana la petite blonde.

-« Tu ne devrais pas. »

-« Tu n’aimes pas ta mère ou quoi? »

-« Si, mais elle a ses défauts, comme tout le monde. »

-« Et toi, c’est quoi tes défauts? » le taquina Jallie en plissant les yeux.

-« Papa dit que je suis arrogant… »

-« Mais… »

-« Mais je pense que je suis juste réaliste, et conscient de ce que je suis et ne suis pas. C’est tout », dit-il comme pour se justifier, ses joues teintées d’un léger rouge.

-« Tu rougis. Dis Dellas, je suppose que ta mère est bien blanche de peau, non? »

-« Oui, très. Qu’est-ce qui te fait dire ça? »

-« Ben Joll est mate et toi tu ne l’es pas vraiment, je me suis dit que ça venait de ta mère. D’ailleurs, je me demande, que se passe-t-il si deux personnes de races différentes s’épousent? Je veux dire, comment sera l’enfant? »

-« Il y a une chance qu’il soit de la race de la mère, une qu’il soit de celle du père. »

-« C’est déjà arrivé qu’un enfant soit de la race d’un parent, mais avec une caractéristique de celle de l’autre? »

-« Pas que je sache, pourquoi tu me demandes ça? »

-« Oh, par simple curiosité. J’essaie de comprendre c’est tout. »

Un instant après, un drôle d’être vint s’asseoir à coté de Jallie pour attendre. Il était grand, couvert d’écailles noires très petites, on aurait dit une combinaison de cuir d’un certain style. Ses oreilles étaient longues et rondes. Ses yeux étaient d’un gris très sombre. Jallie se retourna vers Dellas très étonnée, presque apeurée. Le jeune adulte lui murmura:

-« C’est un olvélias. Ce sont des êtres… beh, comme ça. Leurs écailles sont toujours de couleur très sombre, et ils sont toujours aussi grands. Et silencieux. C’est une race assez neutre, marginale, et rare, qui vit pour la majorité à l’est du grand continent, si je me trompe pas. »

-« Ah, je vois. »

-« C’est normal puisque tu as des yeux », plaisanta-il.

Jallie nia de la tête avec un sourire trahissant ses vrais sentiments. Elle jeta alors un coup d’œil au papier dans la main de Dellas. Un papier écrit à la main avec un sceau sur le coin supérieur droit. Il y avait marqué 11 290.

-« 11 290. C’est dans longtemps ça? »

-« Je ne sais pas », dit Dellas. »Tous les jours cela recommence à 1, ça veut dire que nous sommes les 11 290èmes de la journée, ce qui est assez énorme, même pour une période comme celle-ci. Mais ça ne me dit pas à combien ils en sont aux guichets. Seuls eux le savent. Tu vas devoir apprendre à patienter. La patience est une grande vertu », fit Dellas avec un ton ironique.

-« Tu imites ton père là? »

-« Non j’improvisais. Il a des qualités, mais la patience n’en fait certainement pas partie. Pourquoi tu crois qu’il m’a envoyé ici? »

Jallie ne dit rien. Soudain un vacarme ressortit du brouhaha ambiant. Un humain en cuir bleuté avait plaqué au sol un homme aux cheveux bruns et longs visiblement sur les nerfs. Quatre autres hommes portant le même cuir que le plaqueur accoururent. Ils dégainèrent leurs épées et menacèrent l’homme nerveux.

-« S’il vous plaît, j’en ai vraiment besoin! » leur cria l’homme.

-« Dans ce cas tu paies, sinon rien », répondit sèchement le plaqueur en lui retirant un flacon de la main. »Et que l’on ne t’y reprenne pas! »

-« Les gardes », grimaça Dellas, calmement.

-« Quoi? »

-« Ce sont des gardes, leur travail est de veiller sur la ville et ses habitants. S’il y a un problème ils font respecter la loi en vigueur, en l’occurrence, celle de l’Orné, la région dans laquelle nous sommes. Enfin, Grandatum a un genre de statut particulier, mais bon. »

-« Numéro 11 290! » interpella une femme au 4ème guichet.


On commence à placer deux-trois personnages importants, mais il faudra attendre plus longtemps pour avoir ne serait-ce que l’équipe principale au complet 😉

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