Chapitre 3 (3/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

La fin du chapitre 3, une partie plus longue que les précédente, m’enfin si vous êtes encore là c’est que ça vous intéresse donc ça devrait passer 😉


Ce hurlement était entre le cri de douleur, celui de souffrance, et celui de colère. Jallie fut frappée par la peur. Elle s’écarta vite de la fenêtre, et alla se blottir contre Joll, au sol. Elle resta contre lui, et finit par s’endormir à ses côtés, tel un chaton avec sa mère.

Le lendemain, le quadragénaire se réveilla à un matin déjà bien avancé.

-« Ben dis-donc, on avait bien besoin de dormir! »

Voyant son fils se réveiller à son tour, il secoua sa jeune amie.

-« Qu’est-ce qu’elle fait là? » demanda Dellas.

-« Je n’en sais rien. Jallie? Qu’est-ce que tu fais à dormir là? »

L’adolescente s’éveillait doucement. Puis elle se leva brutalement.

-« Je, j’ai eu peur, il y avait un, un truc bizarre! » s’exclama la jeune fille qui s’affolait.

-« D’accord, d’accord, calme-toi, tout va bien. Dis-moi ce qui s’est passé calmement », ralentit Joll en posant les mains sur les épaules de la blondinette.

-« Je me suis faite réveillée par des bruits, un homme a hurlé à l’assassin, et il y avait une créature à plumes qui poussait des cris horribles, elle avait l’air en colère et était sur le toit en face de la fenêtre, je ne sais pas ce que c’était… »

-« Si ça peut te rassurer, nous non plus. Je ne vois pas ce qui »

Joll fut interrompu par une personne qui ouvrit leur porte sans sommation. C’était un groupe de trois gardes, en cuir bleu, avec le symbole d’Ornée sur les épaules, teint en vert.

-« Vous trois! On veut vos identités tout de suite! Et on ne ment pas! » ordonna l’un des gardes.

-« Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe? » s’exclama Dellas.

-« J’te parie que c’est lié à la… » entama Joll, avant de s’arrêter lui-même.

-« Lié à la quoi? » demanda le deuxième garde, interloqué.

-« A l’auberge », dit Joll, en mentant.

-« Faux, il s’agit d’un problème de la ville. Une créature a cette nuit tué plusieurs personnes. Et par tué nous voulons dire : dévoré leur cœur avec une barbarie sans égale. Vous savez quelque chose? »

-« Non, nous ne savons rien », déclara Joll, catégorique, avant que Jallie ait le temps d’ouvrir la bouche.

-« Dans ce cas vos noms, je vous prie », ordonna le troisième garde qui avait un rouleau de papier en main avec crayon assorti.

-« Je suis Joll Gomfore, lui c’est mon fils Dellas, et elle c’est Jallie Noiris. »

-« Bien », dit le garde en écrivant, avant que les trois ne quittèrent la chambre.

-« Qu’est-ce qu’il faisait? » demanda Jallie.

-« Il écrivait nos noms. Tu sais écrire je suppose? » répliqua l’homme à la peau mate.

-« Oui. Mais pourquoi as-tu menti? »

-« S’ils apprennent que tu sais quelque chose, ce qui n’est pas à proprement parler le cas, ils te prendront comme suspecte. Mieux vaut éviter ça. Partons maintenant. On a intérêt à quitter la ville au plus vite. »

Les trois compagnons sortirent de l’auberge et virent un toit géant au-dessus de toute la ville qui masquait le ciel. Ce toit était de couleur jaune sombre.

-« Qu’est-ce que c’est que ce truc? » s’interrogea Jallie.

-« Le dôme. C’est ce que je craignais. »

-« Quoi? » dit Dellas en regardant son père.

-« Ils ont bouclé la ville. Ils ne laisseront sortir personne jusqu’à ce que ce problème soit réglé. Les portes doivent être fermées… On va en avoir pour un moment. »

-« Allons voir quand même », répliqua le jeune adulte.

Les trois humains arpentèrent les rues de la ville. Il y avait des gardes partout, interrogeant des personnes de tous types. Après quelques minutes, ils arrivèrent aux portes menant aux quais de Grandatum.

-« Halte. Personne ne sort. Mesure de sécurité. »

-« Nous ne sommes pas d’ici, nous ne savons rien de ce qui se passe et n’avons rien fait de mal, on ne faisait que passer, et on aimerait vraiment partir le plus tôt possible », tenta Dellas.

Mais le garde resta fermé à toute négociation éventuelle.

-« Et moi j’aimerais que tu la fermes et que tu me donnes ta bourse. Mais tu vois on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. »

Les gardes rirent de concert. Quant aux trois compagnons voyageurs, ils retournèrent vers le centre-ville.

-« Tu vois, on ne peut pas discuter avec des gardes Ornéens », soupira Joll à son fils.

-« Ah parce que t’as déjà eu l’impression que les autres gardes étaient plus ouverts d’esprit? »

-« Retournons à l’auberge puisqu’on ne peut rien faire », proposa Jallie. »Ça nous évitera sûrement des ennuis. »

-« Tu as tout-à-fait raison. Tenons-nous tranquille jusqu’à ce que toute cette histoire soit terminée », plussoya Joll.

Une fois à l’entrée de l’auberge, la gérante, une galtère au physique relativement avantageux, s’adressa à eux.

-« C’est rare qu’il y ait des problèmes dans cette ville vous savez… Dès qu’ils l’auront trouvé, tout redeviendra normal. En attendant vous pouvez rester ici autant qu’il vous est nécessaire. »

-« Merci à vous, c’est très gentil », dit Joll. »Dès qu’ils auront trouvé quoi? »

-« Le sothis-tossa. Vous avez des notions d’ancien galter? »

-« Moi oui », répondit Joll, »beaucoup même. Si je ne m’abuse sothis signifie corbeau, toss le verbe transformer et -a désigne un processus, l’équivalent du -tion de la langue moderne. Littéralement sothis-tossa veut dire transformation en corbeau. J’ai entendu parler de ça… Vous pensez que c’est vrai? »

La gérante sourit, ses moustaches de tigre frissonnèrent, et elle laissa passer un bref instant avant de répondre.

-« Vous avez une bonne maîtrise de cette langue. C’est rare chez les humains. Pour répondre à votre question mon cher, je ne pense pas que les sothis-tossa existent, je le sais. Et ils sont dangereux. »

La galtère regardait Joll avec une certaine… joie. Visiblement il lui plaisait, Jallie le voyait. »Elle n’a aucune chance« , pensa la jeune fille. On sentait bien malgré son calme apparent que Joll s’inquiétait pour son épouse et qu’il tenait énormément à elle. C’était certain.

-« Ouais c’est bien que vous le sachiez, mais nous on ignore ce que c’est alors nous expliquer serait un acte fort généreux », intervint Dellas avec un sarcasme de niveau avancé.

-« Un sothis-tossa est un homme qui subit une certaine transformation en une espèce de corbeau géant et ressent un besoin impératif de manger des cœurs, ou plus généralement des tissus de peau. Cette transformation a lieu quand la nuit est noire, et qu’un brouillard épais prend place. C’était le cas cette nuit », expliqua la gérante.

-« Est-ce qu’il est possible d’empêcher cette transformation grâce à une sorte de potion? » demanda Jallie, en cogitant.

-« Pas que l’on sache, mais qui sait », éluda la galtère.

-« En fait c’est un peu comme un loup-garou », remarqua Dellas.

-« Les loups-garous sont des légendes, les sothis-tossas sont bien réels », affirma la gérante en regardant le jeune homme avec un air sérieux. »Ils font partie des nombreuses choses à avoir débarqué sur Salfia depuis La Faille. »

-« Mais c’est pourtant impossible de savoir qui est ou non un sothis-tossa, alors comment comptent-ils le retrouver? » rationalisa Joll.

-« Grâce à des indices. Quand on sait comment chercher… »

-« Comment savez-vous tout cela? » interrogea Joll, intrigué.

-« Il faut lire pour s’instruire, lire pour se construire, lire pour pouvoir dire », cita la gérante.

-« Une phrase du sage Daphalte », comprit immédiatement le quadragénaire.

-« Bieen! » s’exclama la galtère. »Vous êtes bien singulier, comme humain. »

-« Ou est-ce certaines personnes qui ont des préjugés sur notre espèce? »

-« Mmmh c’est bien possible », admit la gérante avec un ton sensuel.

-« Ravi d’avoir eu cette discussion avec vous », conclut l’homme en partant vers l’escalier, suivi de ses deux acolytes.

-« Plaisir partagé. »

Une demi-heure plus tard, dans la chambre, Jallie commença à sentir sa queue naissante qui la grattait. Celle-ci était désormais d’un peu plus de vingt centimètres, et était difficile à cacher. L’adolescente l’avait mise dans son pantalon, espérant que personne ne le remarquerait, du moins, pour l’instant. La jeune fille fit une petite grimace que Dellas ne manqua pas de remarquer.

-« Qu’est-ce que tu as? »

-« Rien », mentit-elle. »Dis, elle était jolie la banquière. Pourquoi tu n’as pas tenté ta chance? »

-« Habile changement de sujet. Enfin pas tant que ça. Une banquière ne perd pas de temps à papoter avec un client, il y a bien trop de monde qui attend pour cela. Et puis ce n’était pas mon genre », précisa le jeune homme en réponse.

-« C’est quoi ton genre? »

-« Honnêtement, les filles comme toi. »

-« Intéressant. »

-« Va pas t’imaginer des trucs petite. »

-« Je le suis, mais ça ne durera pas. »

Pendant ce temps Joll scrutait les alentours par la fenêtre, avant de se retourner vers les jeunes gens soudainement.

-« Je crois que j’ai une idée. Oui j’en ai une. »

-« Qu’est-ce que c’est donc? » hasarda Dellas de façon désinvolte.

-« Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a non loin d’ici une taverne qui se nomme <<La Rébellion>>. »

-« Ouais, et alors? »

-« En quoi ça peut bien nous aider? » interrogea Jallie qui savait que Joll ne disait pas cela pour rien.

-« Je pense que s’il y a un endroit où l’on peut trouver des gens qui veulent sortir d’ici, c’est là-bas. »

-« Quoi, juste parce que la taverne s’appelle comme ça? »

-« Oui, c’est un bon moyen de se regrouper sans se connaître, les gens qui veulent se rebeller devraient se retrouver là-bas. Si quelques autres personnes y ont pensé, cela pourrait suffire. »

Dellas regarda dans le vide une seconde.

-« C’est pas bête. T’façon on a pas grand chose à perdre », dit-il.

-« Cela pourrait marcher! » poursuivit Joll.

-« On peut toujours essayer. »

-« Et bien alors allons-y sans tarder! » pressa Jallie.

-« Tu as entendu la chef? On y va! » plaisanta Joll.

-« Oui Jallie, on y va », ricana son fils en se levant.

Ils se dirigèrent vers le nord de la ville, et à la limite du centre-ville, trouvèrent la taverne en question. Ils y pénétrèrent, et allèrent directement s’asseoir à une table sur la droite, ni au centre, ni au fond dans un coin.

-« Tu vois ce que je vois, ça c’est du rebelle », murmura le quadragénaire.

-« De qui tu parles? »

-« Regarde au fond à droite. »

Dellas se retourna discrètement. Jallie l’imita. Il y avait un homme. Un homme aux cheveux longs. Des cheveux bruns très foncés, qui lui tombaient presque sur les épaules. Il avait un air sombre, et était habillé de tissus de bonne qualité, le torse blanc, les manches noires. Son pantalon était brun foncé, et il avait de nombreuses choses à sa ceinture, dont un pistolet et une poche de cuir. Il avait aussi un drôle de symbole sur la main. Un N entouré d’un cercle, et barré par un trait. Cet homme avait un peu de barbe, et buvait dans son verre très lentement. Dellas se retourna alors avec de grands yeux.

-« Oh putaaaaiiiiiin! » s’exclama à voix basse l’incrédule. »Je le crois pas! On ferait mieux de lever le camp, non? » s’emporta-t-il.

La peur était aisément lisible sur le visage du très jeune humain, alors que son père restait impassible. Jallie observa alors de nouveau l’homme, qui buvait, et avait le regard fixé vers l’horizon. Ce deuxième coup d’œil fut moins discret. Elle ne comprenait pas ce qu’il se passait, sensation qu’elle abhorrait.

-« Calme-toi, petit, je suis sûr qu’il est de notre côté pour le coup. Bon en attendant que tu digères je vais expliquer qui il est à Jallie », continua Joll, avant de tourner son regard vers la jeune fille curieuse. »Cet homme que tu vois là-bas, il se fait appeler le Bar Thanos. En ancien galter, cela veut dire le sombre vengeur. Un enfant de chœur quoi », ironisa le guerrier en souriant. »Il s’est fait connaître quelques mois après La Faille. Il a tué pas mal de personnes d’importance, nul ne sait pourquoi. En tout cas il ne recule pas devant le meurtre d’innocents pour arriver à ses fins quelles qu’elles soient. Il dit même que c’est pour la bonne cause. En tout cas une chose est sûre: évite de te le mettre à dos. Même à trois on ne pourrait probablement rien contre lui. C’est un combattant hors-pair. Voilà un bref résumé du personnage. C’est une version simplifiée tu t’en doutes, t’as qu’à regarder comment Dellas a réagi. Mon fils n’a en général peur de rien. »

Jallie acquiesça lentement, tout en digérant les informations reçues.

-« D’accord », conclut-elle.

-« Bien. Dellas tu vas mieux? Je vais le voir. »

-« Quoi?! » s’étouffa le fiston.

Mais son géniteur était déjà debout et en direction du Bar Thanos.

« Mon père est dingue. »

Jallie regardait Joll. Ce dernier prit une chaise et se plaça à table avec le sombre vengeur, face à lui. L’homme fixait Joll sans rien dire.

-« Je me présente, Joll Gomfore. Inutile de faire de même, je sais qui tu es. »

-« Que veux-tu? » lâcha le Bar Thanos d’une voix calme mais obscure.

Impossible de savoir de quelle humeur il était à l’idée de cette discussion.

-« Je suppose que toi aussi tu es venu ici parce que tu veux quitter la ville, quoiqu’en disent les gardes. »

Le Bar Thanos attendit un long instant avant de répondre, ce qui eut pour effet de mettre Joll mal à l’aise. Même lui n’était pas insensible à cette légende vivante.

-« C’est exact. »

-« Quelle que soit ta force, tu ne peux pas briser les portes. Il faut donc récupérer les clés de la ville. »

-« Et où sont-elles selon toi, Joll? »

-« Je n’en sais rien. »

Le Bar Thanos souffla.

« Mais toi si », continua Joll.

Après une autre pause, le sombre vengeur reprit la parole.

-« En effet. Le gouverneur de Grandatum les a sur lui. »

-« Et il est enfermé à clé dans son manoir. En temps de crise ce n’est pas ce genre de personne qui va risquer quelque danger que ce soit. »

-« Que me proposes-tu, Joll Gomfore? » s’impatienta le Bar Thanos, tapotant la table en bois de son index.

-« Une alliance temporaire, histoire qu’on parte d’ici. Ni plus ni moins. »

Un long silence. Une minute, peut-être plus. Il ne bougeait pas. Il but alors une gorgée.

-« J’accepte. »

-« Bien », dit Joll, sans laisser paraître d’émotion.

Il fit alors signe aux deux jeunes de venir à table. Jallie se leva la première, puis Dellas, qui avait pris l’air assuré pour faire bonne impression devant le vengeur.

-« Les renforts? » maugréa calmement le Bar Thanos.

-« Mon fils Dellas, et Jallie. Ils participeront », s’expliqua Joll pendant que les deux jeunes gens prirent place. »D’après le Bar Thanos ci-présent, c’est le gouverneur qui a les clés des portes de la ville. Mais vu la situation, il est certainement enfermé à triple-tour dans son manoir bien au chaud. On doit donc s’y introduire. »

-« Le mieux », commença le vengeur, »c’est que l’on feigne une attaque par les portes arrière, et que l’on attende que ce lâche monte à l’étage, où on l’attendra bien sagement. J’aurais besoin de vous deux pour grimper là-haut avec moi et l’attendre. Vous en serez capables, Dellas Gomfore, Jallie? »

-« Oui nous pourrons le faire », répondit immédiatement le premier concerné.

-« Oui. »

-« Dans ce cas il faudra que monsieur Gomfore attaque par les portes arrière, sans hésiter à se faire remarquer. Mais il ne faudra pas en faire trop. Maintenant que les choses soient bien claires, si vous essayez de partir avec les clés sans moi… Je vous retrouverai, croyez-moi. »

-« Nous n’en doutons pas », assura sereinement Joll, imperturbable. » Je ne pense pas qu’attaquer seul en bas soit la meilleure solution, c’est trop risqué. Seul ils vont m’attraper, ou en tout cas ils ne seront pas assez impressionnés. »

-« C’est évident. C’est pour cela que nous allons faire appel à un autre partenaire. Les dons de Joll pour convaincre les gens devraient faire l’affaire sur ce plan-là », lança le Bar Thanos en ricanant.

-« Bon. Qui dois-je convaincre? »

-« Ce ne sera pas difficile, car ils n’ont aucun intérêt à rester en ville, bien au contraire », précisa le vengeur. »Allez voir l’homme en armure derrière vous. Celui qui parle à la jeune harnassienne. »

Joll se retourna et aperçut l’homme décrit.

-« Qui est-ce? » demanda Dellas.

-« Le protecteur royal autoproclamé Clav Korun, fidèle serviteur de la princesse déchue Flécha Holonien, à sa droite. Je suppose que vous avez entendu parler de cette histoire? » dit le sombre vengeur.

-« Oui… Il nous sera forcément utile », éluda Joll en se levant.

Dellas avait du mal à soutenir le regard du Bar Thanos, et celui-ci prenait un plaisir malsain à le fixer de plus belle. Quelques instants plus tard, le quarantenaire revint avec le protecteur et la princesse. La princesse était une femelle magnifique aux traits fins, une harnassienne aux longs cheveux rouge framboise, qui lui descendaient sur la poitrine. Elle était vêtue de très beaux habits de couleurs vives et variées. Le protecteur était un homme plutôt grand et fort, assez jeune, la vingtaine comme la princesse. Il avait des cheveux bleus assez courts et une armure de métal blanc rayonnant. Le Bar Thanos les observa sans expression. Cet homme-là avait l’air d’avoir 30 ans, mais rien n’était sûr à ce sujet.

-« On est avec vous », commença le protecteur en prenant une chaise pour la princesse avant de prendre la sienne. »Clav Korun, protecteur de la princesse légitime de Jotorn, que voici, Flécha »

-« Flécha Holonien, oui nous savons », coupa le vengeur, agacé par cette forme de vénération aveugle. »Enfin à part peut-être la petite sirionîte », continua-t-il en souriant.

-« Je ne suis pas une sirionîte », répondit sèchement Jallie, ce qui surprit Dellas, qui blanchit d’un seul coup.

Les trois compagnons se demandaient tous comment le Bar Thanos pouvait avoir deviner que Jallie venait d’un couvent. Il avait dû remarquer un signe, ou quelque chose du genre…

-« Tant mieux, je déteste les sirionîtes », grogna le Bar Thanos.

-« Joll nous a expliqué le plan », recentra Clav, pragmatique.

-« Alors allons-y », conclut le Bar Thanos, en se levant, suivi par le groupe.

Les 6 alliés sortirent de la taverne. Ils marchèrent plus à l’ouest. Sur la route, Jallie doutait du plan.

-« Dellas, ce plan ne te paraît pas un peu… simple? »

-« Simple et efficace. Qu’est-ce que tu veux de plus? »

-« Moui. »

-« De toute façon j’ai une confiance absolue pour ce qui est de la stratégie du Bar Thanos. »

Ce dernier jeta un coup d’oeil à Dellas, qui croisa son regard, puis se retourna vers Jallie, intimidé.

-« Voilà le manoir », annonça Clav Korun. »Dellas, Jallie, Bar Thanos, à vous de grimper là-haut et d’atteindre le manoir. Nous attendrons quelques instants et nous passerons à l’action. Faites attention aux gardes sur les toits. Évitez de tuer si possible. »

-« Nous le ferons », le rassura Dellas.

Les trois grimpèrent sur la maison se situant sur leur droite. Une fois en haut, Dellas, arrivé en premier, endormit un garde en l’étranglant. Il courut vers le manoir en se déplaçant avec une fluidité et une aisance incroyable, même le Bar Thanos le regardait. Dellas se balançait d’une main à l’autre, à ses pieds, sur les obstacles et assommait les gardes avec les manches de ses dagues. Il fit alors signe aux deux autres de venir quand il eût atteint le manoir. La voie était libre. Pendant ce temps, en bas:

-« Nous y allons », annonça Clav. »Nous reviendrons, princesse, attendez-nous là », continua-t-il en tenant les mains de la jeune harnassienne, qui acquiesça de la tête.

-« Allez », pressa Joll.

Les deux hommes forts marchèrent d’un pas assuré.

-« Où vous comptez aller comme ça? » beugla un garde.

-« Défoncer le gouverneur, si cela ne vous dérange pas! » provoqua Joll, haut et fort.

-« Attaque! » s’égosilla le garde.

Une horde d’autres gardes accourut. Clav dégaina alors sa claymore(grosse épée) aussi reluisante que son armure. Il frappa sur les gardes qui reculèrent devant une telle force. Joll en profita pour passer.

-« Rattrapez-le! » ordonna un garde.

-« C’est moi votre adversaire! » lança Clav.

Joll se retrouva face à d’autres gardes, l’un d’eux lui tira une balle de pistolet qui le blessa au torse. Les autres étaient prêts à tirer.

-« Portail entrée et sortie! » lança Joll.

Le sceau empêcha les balles suivantes de le toucher, car elles passèrent dans le premier portail et ressortirent dans le second qui se trouvait derrière l’utilisateur du sceau. Joll savait bien évidemment que les gardes n’auraient pas le temps de recharger. Il frappa un combattant d’un coup de pied circulaire qui le plia en deux, esquiva le coup d’un autre garde qui manqua de lui couper les cheveux, puis lui asséna un coup de pied retourné dévastateur au menton. Il bloqua alors un coup d’épée vertical avec sa main droite gantée, et fonça à travers deux gardes pour arriver devant la porte. « Je savais que ces gantelets me serviraient« , pensa-t-il. Il la brisa d’un coup d’épaule comme seul lui pouvait le faire. De son côté, Clav réfléchissait en se battant. »On n’a rien prévu pour partir… » se disait-il. »De toute façon les gardes iront vérifier si le gouverneur va bien« , se rassura-t-il finalement, simultanément il frappa le visage d’un garde du plat de sa lame. A l’intérieur, un garde fuyait Joll en montant dans l’escalier principal en colimaçon, et cria:

-« Gouverneur, montez! »

-« Mais que se passe-t-il? », trembla le concerné, un homme mat bien coiffé et bien habillé.

Sa chevelure noire était impeccable. Un homme riche, qui fuya vers sa chambre en haut.

-« C’est cela, fuyez! » railla son assaillant.

Le gouverneur arriva quelques secondes plus tard dans sa grande chambre personnelle, qui était ouverte. Il la ferma immédiatement à clé après y être entré.

-« Vivement que ces problèmes soient »

-« Salut, gouverneur », coupa Dellas en sortant de l’ombre pour placer une dague sous la gorge du riche homme.

Ce dernier écarquilla les yeux, face à cette rencontre absolument inattendue.

-« Vous avez quelque chose dont nous avons besoin », poursuivit le Bar Thanos qui se trouvait de l’autre côté de l’homme d’importance.

-« Toi… Non! » s’affola ce dernier, instantanément terrifié.

-« Tout ce qu’on veut c’est les clés des portes. Donnez-les-nous et nous vous laisserons. Nous devons vraiment partir », s’excusa presque Jallie.

-« Je… elles sont accrochées autour de mon cou. Prenez-les et partez. »

Dellas arracha les clés. C’était deux grosses clés métalliques rondes.

-« Je ne reçois », commença le Bar Thanos, »jamais d’ordre. »

Sur ces mots, le vengeur planta sa fine épée en plein dans la gorge du gouverneur. Le sang fusa, et Dellas reçut une tâche sur l’épaulière droite. Le corps de la victime s’écroula.

-« Pourquoi tu as fait ça?! Ce n’était pas nécessaire! » se plaignit Dellas, les yeux grands ouverts et la mâchoire serrée.

-« Tu ne fais toujours que ce qui est nécessaire, toi? »

-« Non, mais, enfin… Il ne fallait pas le tuer! »

Le Bar Thanos se rapprocha doucement jusqu’à ce que son visage arrive à une quinzaine de centimètres de celui de Dellas.

-« Qu’est-ce qu’il y a? Tu vas prévenir ton père? »

Il perçait les yeux de Dellas d’un regard froid. Le jeune homme avait le sang glacé, il n’osa rien dire, il pensait à une chose seulement: « Vais-je mourir?« . Le sombre vengeur le fixa un peu et sortit par la fenêtre, suivi de Jallie, puis du jeune homme troublé. Les trois humains couraient sur les toits, et en sautant d’une bâtisse à l’autre ils entendirent:

-« A l’assassin! Ils ont tué le gouverneur! Sonnez l’alarme! »

L’alarme de Grandatum retentit. C’était un son à trois variantes, hurlant mais peu agressif pour les oreilles. Tous les gardes de la ville s’agitèrent alors, bien que la très grande majorité ne sache pas pour quelle raison. Les gardes qui combattaient Clav le protecteur abandonnèrent le combat et accoururent au manoir, sans se préoccuper de Joll qui passa simplement à côté d’eux. Il arriva très bientôt à Clav qui avait retrouvé la princesse Flécha.

-« Qu’est-ce qu’il se passe? » demanda à voix haute le protecteur royal.

-« Apparemment, le gouverneur a été tué. C’est ce qu’ils ont crié », répondit Joll.

-« Comment ça? Mais nous devions le laisser en vie, non? » s’inquiéta Flécha Holonien.

-« C’est un coup du Bar Thanos. J’en mettrais ma main au feu », dit Clav sur un ton sérieux, un brin agacé.

-« Évidemment », affirma Joll avant de voir son fils atterrir devant lui. »Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Dellas? »

-« Il l’a tué, je n’y suis pour rien », renseigna son enfant comme pour s’excuser, juste avant que le vengeur et la jeune fille n’atterrissent juste à côté de la maison et d’eux.

-« Partons. Vers la porte nord, c’est la plus proche », clarifia le Bar Thanos.

Clav Korun grogna, et les 6 alliés éphémères coururent vers le nord-ouest, où se situait la porte vers le port de Grandatum. Ils croisèrent bientôt des gardes. Un groupe de cinq. Dellas attrapa l’arc qui se trouvait à son épaule, et décocha une flèche qui repoussa un garde. Le Bar Thanos fit de même avec son pistolet. Joll et Clav frappèrent pour se frayer un chemin. Flécha et Jallie suivirent derrière.

-« Voilà la porte », annonça Dellas d’une voix forte.

Il faillit rentrer de plein fouet dans celle-ci mais se freina à temps. Il tenta une clé qui ne marcha pas, puis l’autre qui ouvrit les grandes portes. Le bruit lourd de la porte droite que Dellas poussa fut suivi des bruits de pas des 6 individus. Dehors il n’y avait aucun garde, ils étaient tous coincés à l’intérieur. Dellas jeta les clés au sol sans prendre le temps de fermer les portes nord. Ils couraient tous.

-« Adieu, ce fut un plaisir! » lança le vengeur qui partit vers l’est.

-« Au revoir et merci! » crièrent poliment la princesse et son protecteur en se dirigeant vers le sud-ouest. Leur phrase s’adressait probablement au trois compagnons et pas au Bar Thanos.

-« Bonne chance à vous! » répondirent les Gomfore.

-« Et merci aussi! » ajouta Jallie.

Les trois compagnons partaient eux vers les quais au nord. Quelques secondes plus tard, ils arrivèrent devant une flopée de navires et de bateaux. Ils s’arrêtèrent un bref instant.

-« Celui-là! » s’écria Joll, en désignant un petit véhicule visiblement sobre.

Ils sautèrent tous trois dans ce bateau.

-« Tiens, l’eau de Kil! », lança Dellas en passant à son père un bidon métallique gris rempli de liquide.

-« Merci, fils! »

Le quadragénaire versa de l’eau dans un réservoir carré à l’arrière du bateau. Il activa ensuite une pédale et le bateau fonça vers l’avant, un bruit de moteur retentissant. Une balle rebondit sur le côté du bateau, près du bras de Dellas. Celui-ci se retourna pour voir des gardes sur les quais.

-« C’est bon », souffla-t-il.

-« De justesse », confirma son père.

Jallie souffla. La peur était partie. Ils étaient saufs.

-« Plus jamais on passe dans cette ville, plus jamais! » s’exclama Dellas.

-« Tope-la fiston! » lui dit Joll avant de taper la main de son fils. »Toi aussi Jallie! » poursuivit-il avant de faire de même avec la jeune fille, qui recommença avec Dellas.

-« Direction le nord, vers l’île… euh… » hésita le jeune homme.

-« L’île de Granda, imbécile! » réprimanda Joll en plaisantant à moitié, l’euphorie aidant.


En espérant toujours que ce récit vous plaise. Direction le chapitre 4, ça va commencer à s’amuser 😉

Merci de me lire et n’hésitez pas à vous diriger vers les articles sur la création!

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