Chapitre 5 (1/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Chapitre 5, que j’ai hésité à couper en trois, mais finalement j’ai pensé qu’en deux ce ne serait pas trop long, étant donné que vous êtes bien lancés ^^ Bonne lecture


Chapitre 5 : Un grand projet

-« Jallie! Réveille-toi, on y est! »

C’était la voix claire de Dellas. Jallie se réveilla rapidement et s’assit sur le banc où elle se situait, celui à l’arrière du bateau. Elle aperçut alors l’île. Là où ils étaient, il y avait beaucoup de maisons de bois, comme celles de Manda, mais debout et intactes. Le sable était plutôt jaune et très gros, et la plage de sable s’arrêtait à quelques mètres sur de l’herbe vert sombre. Le sable et la végétation s’entremêlaient alors, ce qui était joli et plutôt singulier à voir comme paysage.

-« Comment vous faîtes pour arriver exactement où vous le voulez, avec une simple boussole? »

-« L’habitude, et puis la nuit il y a les phares. Ils sont visibles de loin afin de guider les voyageurs », affirma Joll.

Comme les autres fois, les trois humains tirèrent le bateau à la force de leurs dorsaux et de leurs biceps, vers la plage, et Dellas planta le piquet de bois.

-« Un peu plus loin il y aura une route, qui mènera à un village au milieu de l’île. Leur maison se trouve sur ce chemin, pas très loin de la plage », renseigna le jeune adulte en se penchant vers Jallie, sans la regarder.

Ils arpentèrent tous trois la plage et quelques dizaines de mètres plus loin, ils aperçurent le petit chemin creusé qui partait de celle-ci. Près de ce chemin, il y avait, entre deux petites dunes de sable, une harnassienne aux cheveux blonds, tombant jusqu’aux épaules. Elle manipulait un poisson de taille moyenne, sans le toucher. Elle semblait se concentrer pour parvenir à cet exploit. Les trois compagnons la regardèrent en marchant. En arrivant près d’elle, Jallie se mit à parler, plus curieuse encore que les deux autres, stupéfaite.

-« Comment faîtes-vous cela? »

-« Vois-tu jeune fille », dit d’un puissant calme l’harnassienne, »il y a des choses que l’on ne peut expliquer, ce sont simplement des dons. »

L’harnassienne parlait très sereinement, elle avait l’air réservée. Elle devait avoir la vingtaine, avait des yeux verts luisants, des lèvres très rouges et courbes, et des vêtements de la même couleur. Elle avait une robe aux manches courtes, qui descendait jusqu’aux genoux, mais était ouverte sur les côtés. Ses jambes étaient tout de même cachées par ses longues bottes toutes aussi écarlates, qui montaient jusqu’en haut des cuisses. Elle avait de longs gants jaune foncé qui arrivaient aux coudes, des gants de tissus, fins.

-« On s’est déjà vu, non? » demanda Dellas.

-« C’est possible. »

Le jeune adulte savait qu’il l’avait déjà rencontrée. Mais il ignorait où et quand.

-« Dîtes, connaissez-vous les Balno? Nous venons leur rendre visite », profita Joll.

Le quadragénaire se rappelait aussi de cette harnassienne, il n’avait posé cette question que pour analyser comment elle s’exprimait et tenter de se remémorer où ils l’avaient croisée.

-« Oui. Ils sont dans leur maison. Vous n’aurez pas de mal à les trouver. »

-« Merci. Espérons qu’ils n’aient pas bougé entre-temps », conclut Joll en commençant à partir, suivi des deux autres.

-« Certainement pas », ponctua l’harnassienne, avant de retourner à ses occupations.

Une fois plus loin, lancés sur le chemin, Joll rompit le silence.

-« Tu vois Jallie, je devais te parler des deux dernières appartenances. Cette harnassienne est une kallato. Ces gens utilisent leur maul vitarri, l’énergie interne, pour faire jaillir des sorts élémentaires, généralement ceux de leur élément de prédilection. »

-« Comment tu sais que c’en est une? » demanda Dellas, incrédule. »Elle est visiblement habillée comme une mage, certes, mais qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas une daffilesto ou une hazato? »

-« On l’a déjà vue. Je ne me rappelle ni où ni quand, mais je me rappelle que c’est une kallato. »

-« Oui c’est vrai que maintenant que tu me le dis, c’est cela. On a dû la croiser en venant à Gesil. Pas étonnant. »

-« En tout cas Jallie, je ne sais pas comment elle faisait léviter ce poisson. Sur ce point on est tous les trois perdus, je crois bien. »

-« Oui, je crois aussi », plussoya Jallie, le sourcil arqué.

Plus tard, les compagnons arrivèrent près de la maison en question.

-« Et bien enfin on y est. Ça fait du bien! » s’enjoya Joll.

-« J’ai bien aimé le voyage moi », pensa sa jeune compagne de voyage à voix haute.

-« Haha, t’as le cœur de l’aventure, Jallie! Tu nous as bien trouvés! »

-« Oui, ça c’est vrai. »

-« Quel trio on fait! » surenchérit Dellas, une pointe d’ironie émergeant toutefois.

Son paternel frappa à la porte. Personne ne répondit. Il refrappa. Encore rien.

-« Faut croire qu’ils ont bougé… » en conclut-il.

-« Peut-être que les vieux se reposent. Tape plus fort », conseilla Dellas.

Joll frappa un peu plus fort. Encore rien.

-« C’est tout ce que tu sais faire? Je suis vraiment déçu… » se moqua le fils unique aux cheveux châtains.

Joll cogna la porte.

-« Horia? Sebé?! » hurla-t-il.

Il ouvrit alors, malgré tout. Il n’y avait personne. Les trois acolytes, précédés par Joll, allèrent alors dans la salle, à côté. C’était la cuisine. Jallie aperçut les casseroles et tous les autres ustensiles, propres comme un sou neuf. En ouvrant la porte de la chambre, Joll fut surpris et referma cette porte sans que les deux plus jeunes ne puissent voir ce qu’il y avait.

-« Quoi, ils sont dans l’intimité à leur âge? » s’amusa son fils.

-« Jallie… » commença le quadragénaire avec son air sérieux. »Va nous attendre devant s’il te plaît. »

La jeune fille considéra Joll avec un drôle d’air, ne sachant que dire, se demandant ce qui se passait. Elle comprit alors que ce n’était pas vraiment une question. Elle sortit et alla attendre devant la porte en vieux bois de la maison des Balno.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » demanda Dellas, inquiet.

Il avait tenté de murmurer, mais il parla presque à voix haute, effet secondaire d’un stress montant pour une raison inconnue.

-« Regarde par toi-même », lança Joll en rouvrant la porte.

Dellas vit alors un spectacle des plus inoubliables. Les corps d’Horia et Sebé étaient éparpillés dans la pièce. De nombreux morceaux manquaient, comme si on les avait arrachés. Il y avait des mares de sang partout, même sur les murs, et un peu sur le plafond, assez bas, de la chambre. Les deux têtes étaient posées, droites, sur le lit orné d’une couverture verte reteinte de pourpre. Le visage aux rares cheveux blancs et à grosse barbe blanche de Sebé avait les deux yeux fermés. Le visage effrayé d’Horia, à gauche, avait les yeux grands ouverts, la mâchoire serrée. Les cheveux longs et grisonnants de la vieille harnassienne était à moitié rouges de sang.

-« Je pense qu’Horia a tenté de se défendre. Sebé n’a probablement rien vu venir », analysa Joll en s’approchant des deux têtes.

-« Je le crois pas… Mais qu’est-ce qui a pu leur faire ça? »

-« Je n’en ai aucune idée. On va les enterrer et on repart. »

-« Et si les responsables étaient encore dans le coin? »

-« Tant mieux, on s’occupera d’eux. »

Dellas se doutait bien que son père était déterminé, et ne broncha pas le moins du monde, repoussant sa peur grandissante.

-« Comment on fait pour Jallie? »

-« Simple, on enveloppe les restes de leurs corps dans la couverture du lit, et on les enterre comme ça. Ils s’aimaient profondément, on va les enterrer ensemble. »

-« Si on retrouve maman, tu voudras que je vous enterre ensemble aussi quand vous serez morts? »

-« Bien sûr. Allez aide-moi. »

La porte de la maison s’ouvrit tout à coup derrière Jallie, qui effectua un pas de recul. Les deux hommes apparurent alors, Joll tenait un gros sac vert clair. L’intérieur de la couverture. Quelques larges tâches de sang étaient visibles malgré tout. Les mains des deux hommes étaient mouillées, pas une trace de sang n’était visible. La maîtrise de l’eau de Joll, sans doute.

-« Ce sont eux, je suppose? » devina Jallie en grimaçant.

-« Oui. C’était pas beau à voir. Je préférais que tu n’y assistes pas. »

-« Merci pour cette attention. »

-« On va les enterrer, tu vas nous aider à creuser? » demanda Dellas.

-« Oui oui, évidemment », assura l’adolescente en acquiesçant.

-« Alors va prendre trois pelles derrière la maison, dans le jardin. Ils doivent sûrement en avoir », lança Joll.

-« Oui », dit Jallie avant de s’exécuter.

Les deux autres allèrent un peu plus loin, s’écartant de la route, derrière la maison, et Joll posa le sac. Jallie revint un instant après en sortant du jardin par les barrières en bois.

-« Il n’y en avait que deux. »

-« Ils auraient pu en prévoir une troisième, au cas où », soupira le quarantenaire. « Bon, Dellas et moi on commence et à la moitié, vous échangez. »

*****

-« Vivement l’île de Gesil », dit Dellas, à bord du bateau en pleine mer. »En espérant qu’ils soient tous en vie là-bas. »

-« Il vaudrait mieux. »

-« Vous ne croyez pas que ceux qui ont fait ça ont pu… Enfin Ornael… » commença maladroitement la jeune âme.

-« Sûrement pas. S’en prendre à deux petits vieux, c’est facile, s’en prendre à elle, c’est tout autre chose. Et puis eux c’est très récent. Pas sa disparition à elle », argua Joll.

-« Vous croyez que c’est un coup du Bar Thanos? Ce type tue pour un rien, comme si il détestait tout le monde! » s’excita Dellas. »Et il venait peut-être de cet archipel! »

-« Je n’en sais rien. Je ne pense pas trop », le calma Joll. »Bon, dormons et ça ira mieux. Je te laisse la barre Dellas. »

-« D’acc’, capitaine. »

Quand plus tard, Joll avait la barre, et que son fils dormait, il observait Jallie. C’était encore la nuit, mais Joll avait gardé la même direction. Il coinça la barre, et toucha Jallie, avec plusieurs petits coups d’index. Elle se réveilla et Joll sourit nerveusement.

-« Qu’y a-t-il? » balbutia la jeune fille un peu assommée.

-« Tu veux apprendre à maîtriser ton élément? »

-« Oh que oui! Tu vas m’apprendre? »

-« Héhé, pourquoi pas, tant qu’on y est. Et puis ça vaut mieux que rester là à broyer du noir. Bon, d’abord, tu dois apprendre à sentir ta maul vitarri. »

-« C’est fait. J’arrive à la sentir. Je me suis entraînée pendant les voyages, et à l’auberge. Regarde », dit la jeune fille, avant de se mordre le poignet.

Une goutte de sang s’échappa. Jallie se concentra sur la petite ouverture, et au bout de quelques secondes, elle était refermée.

-« Ouah! Non seulement tu ressens ta maul vitarri, mais tu as déjà appris à la stimuler! Et tu as des capacités de récupération très bonnes! C’est excellent. »

-« Merci », rougit nerveusement l’apprentie.

-« Maintenant tu dois essayer de sentir à nouveau ce que tu as ressenti quand tu as mis la glace sur ta poitrine. Concentre-toi sur la glace. Tu dois l’imaginer se former où tu veux la faire apparaître, si tu veux parvenir à le faire. »

Jallie ferma les paupières.

-« Non, rouvre les yeux Jallie. Tu dois la prévisualiser là où tu la veux, comme si elle y était déjà. »

L’adolescente se concentra sur le creux de sa main droite qu’elle tendait devant elle. Elle ressentait quelque chose, mais rien n’apparut. Elle repensa alors à la fois où Joll lui avait donné le morceau de glace. Cette sensation agréable et chaude, presque maternelle. Elle ressentit un air frais sur sa main, et quelques secondes plus tard, une glace en forme de losange apparut au-dessus du creux de sa main. Ce cristal de glace faisait environ 10 centimètres de haut.

-« Super! » s’exclama Joll, impressionné.

Jallie rit bruyamment et franchement. Sur ce bruit contrastant avec le silence nuptial, Dellas se réveilla. Le jour commençait à peine à percer.

-« Hé, fiston. Regarde ce que Jallie a appris à faire. »

La jeune mage refit apparaître la même glace, en légèrement plus petite.

« Elle a presque le même niveau que toi en magie! »

-« Normal puisque ce n’est pas ma spécialité du tout. »

-« Je pense que si tu veux être fort, tu dois savoir te sortir de toutes les situations, être polyvalent », commenta Jallie.

-« Exactement », plussoya fièrement le quadragénaire.

-« Si tu perds ton arc et tes dagues par on ne sait quel moyen, comment tu t’en sortiras? » démontra la jeune fille l’air assuré, contente de ses capacités de débutante.

-« C’est justement pour cela que je m’entraîne à main nue avec mon père! »

-« Le main nue ne suffira pas toujours. »

-« Ça, ça dépend du niveau. Mais de manière générale c’est vrai », accorda Joll.

-« C’est sûr qu’avec ton niveau c’est confortable », répliqua son fils.

-« Pas faux. »

-« En tout cas nos éléments sont contraires », remarqua Jallie.

-« Oui », acquiesça Dellas.

-« Quel est l’élément opposé à l’eau, Joll? »

-« La foudre. Les pairs d’éléments sont les suivantes: feu et glace, eau et foudre, terre et air, lumière et obscurité. Le chaos est seul, bien évidemment. »

-« Ça doit vraiment être rare et puissant », dit Jallie, une lueur dans les pupilles.

-« Oui, j’ai déjà vu un élémentaire de chaos. C’était un kallato, et mieux valait éviter de se frotter à lui », raconta Joll.

-« Qui était-ce? » interrogea Jallie.

-« Un chasseur de prime. »

-« Et comment tu l’as connu? »

-« Il y avait une prime sur ma tête. Et elle existe toujours je crois bien. J’ai eu quelques ennuis à Puhud », éluda étrangement le père de famille.

-« C’est pas vraiment ton genre d’obéir et d’accepter d’avoir des supérieurs », remarqua Dellas, qui était allongé les bras croisés derrière la tête.

-« Le tien non plus, non? Remercie-moi! »

-« Bien sûr, voyons! »

-« Et comment lui as-tu échappé? » demanda Jallie.

-« Échappé? Je l’ai battu, tout simplement! »

-« Tu n’as pas vraiment compris. Papa est quelqu’un de très fort, tu trouveras rarement un combattant comme lui, Jallie! »

-« Je ne savais pas. Vu comme on a eu du mal avec le sada hamere, je me suis dit… »

-« Un sada hamere est puissant et très rare. N’importe qui aurait eu du mal, tu sais! » justifia Joll.

-« Je me sens en sécurité d’un coup! » s’exalta l’adolescente blonde avec un grand sourire idiot.

-« <<Échappé>>, non mais sérieux… » rouspéta Joll.

La jeune fille sourit, l’air gêné, en se grattant l’arrière du crâne. Elle se demandait alors ce qui avait bien pu arriver à l’ami de Joll. Ce dernier était un homme fort, le souvenir devait donc être très douloureux. Qu’est-ce qui pourrait autant blesser un homme comme Joll? Mystère. Et maintenant son épouse avait disparu. »Les mauvaises choses n’arrivent jamais aux gens de bien, dit-on. C’est absolument faux« , cogita la jeune fille.

Arrivés à l’île de Gesil, Jallie aperçut du sable presque blanc et du relief verdâtre. C’était un endroit vierge, aucun humanoïde à l’horizon.

-« Il n’y a personne », pensa la jeune fille à voix haute.

-« Cette île est peu peuplée. La grande majorité des habitants sont au village, au nord-ouest de l’île. A l’opposé, quoi », commenta Dellas.

-« Comment s’appelle la fille de feu ton ami, Joll? J’ai oublié » s’excusa Jallie, en observant la réaction de l’homme, qui fronça les yeux.

-« Dyûl Leonarde, fille de Frennks. Une harnassienne, comme lui et sa mère, qui est morte à sa naissance. Elle a la peau blanche et assez brillante, des longs cheveux bleu foncé. C’est une jeune personne de 22 ans comme je te l’ai dit l’autre jour, très chaleureuse. »

-« C’est quoi son élément à elle? » se renseigna la très jeune adulte pendant que Dellas plantait le piquet du bateau dans le sable avoisinant.

-« La lumière. Rien d’étonnant. »

-« Au fait, je me demandais, est-ce que l’élément a un rapport avec le caractère? » interrogea alors la jeune blonde, curieuse.

-« Non. Tu n’es pas glaciale, n’est-ce pas? Cela dit, certains disent qu’une personne d’élément obscurité ne sera jamais totalement bonne, et inversement. Mais bon… »

Les trois alliés marchèrent alors vers le vert de l’herbe de l’île. Une brise souffla sur la joue de Jallie, qui trouvait cette sensation agréable. Elle n’en avait vraiment pas l’habitude, ayant passé sa vie en intérieur la plupart de son temps. Le vent du large était libérant. Elle entendit un petit bruit, semblable à un crapaud, mais ne vit rien aux alentours. Dellas regardait un peu partout, l’air bêta, tandis que son géniteur fixait le sol, en pleine réflexion. Quelques secondes plus tard, il leva les yeux et les tourna sur sa gauche, droit dans ceux de Jallie.

« Tu sais, quand on aura retrouvé Ornael, elle pourra t’apprendre à maîtriser la glace, c’est aussi son élément. Et elle a un pouvoir hors du commun! »

-« Ah bon? Tant que ça? » répliqua la jeune fille, surprise de cette annonce.

-« Oui, j’aimerais pas avoir affaire à elle! » intervint Dellas. »Elle sait faire des choses incroyables avec le givre! »

-« J’aimerais vraiment voir ça… Vraiment », murmura presque Jallie. »Ouaw! »

Elle venait de voir la nature changer de couleur. Derrière eux, tout était vert, devant tout était magenta et violacé. Il y avait de grosses plantes ouvertes, des arbres très feuillus. C’était magnifique. Cette île paraissait presque enchantée. Un paysage dans la moyenne de ceux de Salfia était un spectacle réel pour la jeune fille de couvent. Jallie regardait un peu partout, et vit alors un petit oisillon prendre envol près d’un groupe d’oiseaux bleus. Telle une fille qui sort du couvent, cet oisillon allait pouvoir découvrir le monde de ses propres yeux, et se nourrir seul. Jallie aurait aimé pouvoir voler. Mais elle se dit qu’elle avait d’autres compétences, tout aussi importantes. Le professeur allait peut-être lui expliquer ce que sa queue signifiait. Pleine de questionnements dans la tête, elle regardait la magie de la nature s’opérer.

-« C’est beau, hein? » commenta Joll. »Ça surprend toujours la première fois, et il y a plein d’endroits tout aussi merveilleux dans Salfia. Tu as fait le bon choix en quittant le couvent. »

-« Oui… »

Jallie était déjà fascinée par une sorte de singe qui sautait d’arbre en arbre… juste avec sa queue! Il l’enroulait autour des branches pour se balancer. Elle remarqua alors que sa queue était semblable à celle qui poussait au bas de son dos. Même épaisseur, mêmes poils, ou presque. Était-elle l’enfant d’une humaine et d’un de ces singes? Drôle d’idée. Mais qui savait….

Quelques heures plus tard, le groupe sortait de cette forêt. L’herbe au sol était toujours d’un magenta splendide, mais le ciel était ouvert, et les trois voyageurs marchaient sur de la roche. Ils étaient visiblement en hauteur. Joll aperçut la route plus loin à droite. Cette route partait devant eux, mais aussi vers l’est, parmi les rives non loin en contrebas.

-« Voilà la route, elle mène d’un côté aux champs de légumes, de l’autre au village. Des gens habitent et travaillent aux champs, mais inutile de s’y attarder. Continuons tout droit », mena Joll.

-« Tu es sûr que c’est par là? » dit Dellas.

-« Bien sûr, pourquoi cette question? »

-« J’sais pas. Pas l’impression d’être venu ici. Ma mémoire me joue des tours… »

-« J’espère bien », réagit Jallie.

-« Mais oui, ne t’inquiète pas », rassura Joll.

Avançant entre deux piques de roche, les compagnons aperçurent bientôt le village en contrebas. Il se situait après une descente, qui partait sur la gauche. Pour y accéder, il fallait descendre par-là, puis faire demi-tour sur la gauche pour aller au village, qui était blotti contre la falaise. Mais un homme apparut alors devant le groupe d’amis.

-« Qui êtes-vous étrangers? Et qu’êtes-vous venus chercher ici, sur la belle île de Gesil? »

-« Nous venons voir des amis », répondit calmement Joll.

Ce calme n’était pas vraiment partagé par ses deux compagnons, non sans raison. En effet, l’individu se tenait droit face à eux, et n’avait pas l’air de vouloir les laisser poursuivre paisiblement leur chemin.

-« Je ne vous ai jamais vu ici. En tout cas, vous ne pourrez pas passer de cette manière. »

-« Et allez… qu’est-ce qui va nous arriver encore », râla Dellas.

-« Quel est le plus fort d’entre vous? » demanda l’humain, sûr de lui.

L’homme était blond platine, les cheveux courts, moins de trente ans. Il portait des vêtements bleus, et des bouts d’armure de cuir recouvraient ses avant-bras et dos de mains. Jallie admirait sa confiance en lui, ainsi que sa façon de se tenir droit, tel un gardien.

-« Pourquoi, qu’est-ce tu lui veux? » lança Dellas avec agacement.

-« C’est lui », indiqua Jallie en désignant Joll d’un mouvement de tête.

Ce dernier regardait l’individu sans dire un mot. Il lança un regard neutre à son amie, et fixa à nouveau l’homme.

-« Bien, je suis Zacri Felenas. Si tu me bats, vous pourrez passer. En garde, combattant! Car rares sont ceux qui sont capables de rivaliser avec l’inarrêtable Zacri Felenas! » se venta l’homme en écartant les mains de son corps.

-« Rares? Pas étonnant, tu vis sur une petite île en marge de Salfia. Mais bon puisque tu le désires, je vais donc affronter l’inarrêtable Zacri Felenas! » répéta Joll, non sans un air incrédule, en se mettant en garde.


Comme je l’ai dit pour le dernier chapitre, je suis bien ouvert aux critiques. Si vous avez un texte à me partager, je serais ravi de le lire.

Si vous êtes un créateur et que vous avez découvert ce blog via ces chapitres, vous pouvez vous diriger vers des articles intéressants pour vous motiver, vous inspirer, et vous aider à aller au bout de vos projets, même de vos rêves 😉

Sur ce, à plus!

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