Chapitre 5 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

La deuxième partie du chapitre 5, on commence direct dans l’action 😉


-« Bien, je suis Zacri Felenas. Si tu me bats, vous pourrez passer. En garde, combattant! Car rares sont ceux qui sont capables de rivaliser avec l’inarrêtable Zacri Felenas! » se venta l’homme en écartant les mains de son corps.

-« Rares? Pas étonnant, tu vis sur une petite île en marge de Salfia. Mais bon puisque tu le désires, je vais donc affronter l’inarrêtable Zacri Felenas! » répéta Joll, non sans un air incrédule, en se mettant en garde.

La garde du quadragénaire était polyvalente, il avait les poings non loin de son corps et écartés, mais prêts à se ramener. Ses jambes étaient bien écartées sans trop l’être. C’était une position stable. Zacri se mit à son tour en garde. Une garde plus classique, un poing en bas dont l’épaule protégeait le visage, l’autre poing gardait l’autre côté de la face, les jambes peu écartées. Les gardes basses avaient beaucoup de défauts, selon Joll. Jallie remarqua alors la musculature de Zacri. Il était bien formé, mais nettement moins costaud que Joll. Cela la mit inconsciemment en confiance.

-« On va avoir droit à un duel de dlarito à main nue, pas mal comme spectacle », se dit Dellas en la regardant, l’air enjoué, au bout du compte.

Le quadragénaire fonça donc sur son adversaire, mais sans bouger les jambes. Il avait comme glissé sur un mince filet d’eau. Il frappa alors d’un crochet droit le visage de Zacri, qui le bloqua de son poing, avant de frapper à son tour. Mais Joll attrapa ce bras tendu, pour faire passer son adversaire par-dessus lui et le jeter au sol. Le gesilais se releva immédiatement mais Joll avait gardé son bras d’une poigne de fer que lui seul possédait. Il lui fit manger l’intérieur de son coude, ce qui mit Zacri au sol. Ce dernier balaya alors l’homme mat avec sa jambe. Mais Joll se rattrapa à une main et lui mit une frappe du pied au visage. Puis il se remit sur ses appuis et tira Zacri pour lui infliger une frappe du poing colossale, qui envoya l’homme arrogant plusieurs mètres plus loin.

-« Je vois, un dur. Je sais comment les mater les gars dans ton genre! »

Zacri Felenas fonça alors à son tour sur Joll, en glissant sur de l’air. Joll comprit alors que le vent était son élément de prédilection. L’homme frappa vers Joll un peu avant de l’atteindre, mais déclencha une boule d’air qui frappa son adversaire de plein fouet, et le mit à son tour au sol. Zacri enchaîna avec un coup de pied circulaire qui envoya une rafale sur Joll. Mais cette fois, le combattant expérimenté tenait fort sa position, très stable. Les jambes comme plantées dans le sol, Joll mit son épaule gauche et son bras en barrage. La rafale le repoussa un peu, sans plus. Zacri sauta alors et frappa du poing en envoyant une grosse boule de rafales venteuses sur son opposant. Ce dernier se toucha un tatouage et lança un sceau.

-« Portail entrée et sortie! »

Un étroit portail apparut devant Joll. La rafale le traversa pour réapparaître dans le portail de sortie, qui se situait derrière Zacri, frappé de dos par sa propre attaque.

-« Ah, espèce de tricheur, tu vas voir! »

-« Mais oui… »

Les deux hommes foncèrent l’un sur l’autre et se frappèrent tous deux au visage d’un coup de poing assommant.

-« Tu vois ce qu’il font pour se déplacer, Jallie? » dit Dellas, sans la regarder. »Ils utilisent leur élément pour glisser, c’est plus pratique pour se déplacer en combat. »

-« Et toi tu sais le faire? »

-« Non. Mais c’est une technique très répandue. »

Les deux adversaires reculèrent d’un grand saut, avant que Joll ne frappât dans le vide vers Zacri, lui envoyant un fouet d’eau. Le jeune homme saigna alors du haut du torse.

-« Tu es bon, mais tu n’as pas le niveau pour ce combat. Laisse tomber », conseilla vivement le quadragénaire avec un calme étonnant, pour quelqu’un qui luttait.

-« Un vrai combattant n’abandonne jamais! » le réprimanda Zacri.

-« Haha, bien… »

L’excité fonça en glissant sur Joll et tenta de le frapper d’un crochet, mais Joll esquiva sur la gauche de son adversaire, et se retrouva derrière lui. Zacri frappa d’un coup de pied de mule vers l’arrière, que Joll évita de peu avant de saisir sa jambe pour tourner et le jeter plus loin. Le malheureux se releva vite. Son adversaire lui envoya d’un geste de la main frontal une flaque d’eau au visage, ce qui aveugla momentanément le combattant gesiliais. Joll frappa immédiatement d’un coup de genou sauté au menton, et ratterrit en frappant d’un coup de coude descendant. Zacri frappa alors le ventre de Joll, qui répliqua en envoyant une volée de coups rapides. Il continua de frapper très vite, de plus en plus vite en tournant autour de son adversaire.

-« Ça c’est sa spécialité », fit remarquer Dellas à sa jeune amie.

L’homme d’expérience s’arrêta quelques secondes plus tard, et prépara un gros coup pendant que son adversaire titubait. Il frappa alors d’un coup de poing droit dans le ventre de Zacri. Mais la puissance était encore plus décuplée que cela. Jallie crut voir les yeux de Joll rougir fortement pendant une seconde. Zacri tomba alors au sol. Il resta une seconde sans bouger, puis s’apprêta à se relever, quand Joll se plaça au-dessus de lui le poing prêt à frapper.

-« Tu as gagné », dû admettre l’homme vaincu. »Je vais vous emmener au village. »

-« Inutile, on sait où aller », le tança Joll en relevant son adversaire.

-« Je dois rentrer de toute façon. Je vais aller voir la daffilesto du village, qu’elle m’arrange ces vilaines blessures. »

-« Il fallait pas me chercher », plaisanta à moitié le quarantenaire en souriant.

-« Chaque combat apprend des choses. C’est en perdant que l’on progresse. »

-« Bien dit! » s’exclama le guerrier à la peau mate, rejoint par ses deux compagnons. »Moi c’est Joll Gomfore. Je te présente mon fils, Dellas, et Jallie, notre amie. »

-« Enchanté, ton père cogne fort tu sais. »

-« Oui je suis au courant », dit Dellas en ricanant.

-« Mais dis-moi, Joll, quel était ce pouvoir que tu as utilisé pour me mettre au tapis? Tes yeux se sont illuminés d’un rouge unique en son genre, et cette frappe était plus forte que les autres, nettement. »

-« C’est bien ce que j’ai vu! » s’excita Jallie en regardant son grand ami, enfin, son ami de grande taille avec une terminologie différente.

-« La fureur d’Adeka. Lorsqu’on l’utilise, les yeux deviennent rouges, un rouge reconnaissable entre mille. Cela rend plus fort et un peu plus rapide. Mais c’est très fatigant, je ne peux pas faire ça souvent. »

-« La fureur d’Adeka, j’ai déjà entendu parler de ce pouvoir », se souvint Zacri alors que le groupe descendait vers le village. »On dit que ce pouvoir n’est possédé que par cinq personnes en même temps; il n’y a que lorsque l’une d’entre elles meurt, que ce pouvoir peut être obtenu par quelqu’un d’autre. On dit aussi que pour l’obtenir il faut faire un grand sacrifice. »

-« C’est vrai », éluda Joll, en bifurquant à gauche vers le village.

-« Alors dites-moi, qui êtes-vous venus voir à Gesil? »

-« Dyûl Leonarde », répondit Jallie.

-« Aaaah, ça tombe bien, c’est elle que je vais voir pour me régénérer! Allons-y, elle habite sur la droite, là-bas. »

Zacri désigna une petite tour de pierre, comme les autres maisons, et recouverte de plantes grimpantes, bleues. Les fenêtres étaient ouvertes, visiblement Dyûl devait s’y trouver.

-« On sait. On est déjà venu », lui redit Joll.

Les quatre personnages arrivèrent alors devant la porte de la maison. Zacri frappa quatre fois. Des bruits de pas se firent alors entendre, comme quelqu’un qui descendrait des marches. La porte s’ouvrit alors sur une harnassienne aux cheveux bleu foncé. Celle-ci ouvrit de grands yeux à la vue de ses inattendus invités. Elle avait des yeux bleu foncé aussi, qui étaient profonds.

-« Joll! Dellas! » s’écria-t-elle, si fort qu’elle aurait pu réveiller le village entier si c’était la nuit.

Elle les prit ensuite tour à tour dans ses bras.

« Cela faisait si longtemps! Je ne m’attendais pas du tout à vous voir! Entrez tous! »

La jeune harnassienne s’écarta en leur faisant un ample signe du bras. Les quatre personnages répondirent positivement à cette invitation bienveillante. Jallie remarqua alors une trappe encore ouverte, menant certainement au sous-sol, où devait être Dyûl à leur arrivée. Cette maison était très bien rangée. Dyûl paraissait être une femelle très ordonnée. Ses vêtements eux-mêmes étaient impeccables. Elle portait une robe noire, avec de nombreux traits verts, qui formaient des petits cercles. Jallie trouvait cette personne ravissante, pas forcément par la symétrie de ses traits de visage, mais par sa présentation parfaitement soignée, plus encore que Tilia l’était. L’harnassienne ne tarda pas à voir les blessures de Zacri.

-« Qu’est-ce qui t’est arrivé, encore? »

-« J’ai défié quelqu’un et j’ai perdu », expliqua brièvement l’homme en baissant la tête, mais en souriant légèrement de sa petite bêtise.

Dyûl le regarda alors avant de tourner son regard vers Joll, pour enfin revenir à son ami.

-« Pitié, ne me dis pas que tu as défié Joll… »

-« C’était juste un combat amical, hein. »

-« Tu ne lui as même pas demander! »

-« Comment tu as deviné? » demanda Dellas, intrigué par la clairvoyance dont faisait preuve son hôte.

-« Je le connais par cœur. Depuis que l’on est tout petits. Mais il part souvent à l’aventure pour perfectionner ses aptitudes. C’est pour cette raison qu’il n’était jamais là quand vous veniez. Le fruit du hasard, ou presque. Bon, laisse-moi m’occuper de tes blessures. »

C’est alors que Jallie assista pour la première fois à la guérison promulguée par une daffilesto. Dyûl entra en transe, ce qui eut pour effet de la faire léviter un peu au-dessus du sol de pierre. Son menton se leva et ses yeux blanchirent complètement, tandis qu’une aura translucide l’entourait de près. Jallie vit alors les blessures de Zacri disparaître petit à petit. D’abord la légère ouverture au-dessous du cou, puis les petites entailles au visage et un petit instant après, le gros bleu au niveau du ventre. Jallie ne vit pas ce bleu disparaître bien sûr, car les vêtements du combattant le couvraient, mais elle le devina. Toutes les blessures apparentes étaient guéries alors que Dyûl continuait son processus. De plus la frappe finale de Joll sur le ventre de Zacri était de loin la plus dévastatrice. Moins d’une minute plus tard, Dyûl se déposa au sol et reprit « conscience ».

-« Tu n’y es pas allé de main morte, Joll », regretta-t-elle en le regardant avec un petit sourire, mais sur un ton de reproche.

-« Il veut apprendre en pratiquant, on a pratiqué. »

Dyûl regarda alors Zacri en secouant la tête horizontalement, avec une pointe de sourire. Elle se tourna alors vers Jallie, qu’elle avait bien évidemment remarquée depuis son entrée dans la maison.

-« Et qui est cette mignonne petite fille? » demanda joyeusement Dyûl en approchant son visage pour observer la jeune blonde.

-« Jallie. On l’a rencontrée sur la route, dans la forêt de Bafalsa. On l’a donc prise avec nous. Elle n’a personne et veut visiter le monde », répondit simplement Joll en regardant les murs de la maison.

-« Laisse-moi deviner… », commença l’harnassienne en souriant bouche ouverte. »Elle s’est échappée du couvent de Bafalsa, exactement comme Ornael? » continua-t-elle en se retournant, fixant Joll avec un sourire exhibant à la fois la compassion, et l’amour.

-« Bien vu. C’est d’ailleurs pour elle que je suis là. »

-« Qu’y a-t-il? »

-« Il y a plusieurs mois, elle est partie vous rendre visite. Depuis aucun signe. »

-« Je… » balbutia Dyûl, comprenant la situation, surtout en sachant la réponse qu’elle allait donner. »Ornael n’est jamais venu ici. »

-« Eh merde! » tempêta Joll, en tapant du poing dans le vide d’un geste de colère.

L’homme avait la tête baissée et les yeux fermés. Il serrait les dents. Bientôt une main vint se poser délicatement sur son épaule.

-« T’inquiète pas. Tu l’as dit toi-même », dit doucement Dellas pour le rassurer, »elle est forte. Elle a dû avoir une affaire urgente à régler, et elle est quelque part. »

-« Et quelle affaire urgente elle aurait pu avoir, d’après toi? » maugréa Joll en se retournant vers son fils, la colère dans les yeux.

Jallie comprit tout de suite qu’elle devait se taire, ne rien tenter pour Joll.

-« Je sais pas. Peut-être qu’elle a retrouvé ses parents, qui sait. Ou alors, elle a besoin de rester seule un moment, tu connais les femelles. »

Dellas avait une expression neutre, il savait comment réagir quand son père était dans ce genre d’état: sans sourire, sans s’énerver, rester tout à fait neutre.

-« Mais ouais, rêve toujours. »

-« Joll », intervint Dyûl. »J’ai décidé de partir pour l’Ornance. Le sud de l’Ornance. Vous pourriez venir avec nous, et peut-être qu’en voyageant on apprendra quelque chose sur Ornael. C’est probable! » annonça l’harnassienne en souriant.

-« Ouais. Peut-être. On en reparlera plus tard. Je vais sur la plage, seul. »

Sur ces mots, l’énergumène quitta la maison.

-« Tu vois, Jallie, y a que elle qui peut le raisonner en souriant comme ça », dit Dellas pour soulager l’atmosphère.

-« Oui je constate. T’as l’air de bien savoir réagir, toi aussi. »

-« Il est pas facile quand ça touche à ma mère. Ou à Frennks. »

-« Bon. Faîtes comme chez vous. Tu viens, Jallie? Je vais te faire une visite-guidée du village et t’en présenter les habitants, puisque l’on a du temps libre », proposa Dyûl.

Sa voix était très agréable, comme son sourire. Joll n’avait pas menti, cette harnassienne était vraiment chaleureuse à souhait.

-« Oui, allons-y. »

Les deux nouvelles connaissances sortirent de la maison de Dyûl, et se dirigèrent immédiatement vers la suivante.

-« Ici, c’est la maison de Hans. C’est le cuisinier. Il fait de très bons repas, des spécialités des îles. Allons le voir, je vais vous présenter. »

-« Volontiers. »

Elles entrèrent dans une maison de pierre plus grande. Le sol était fait d’un bois foncé qui craquait comme du pain. Un petit être cornu se retourna vers ses deux hôtes.

-« Dyûl! Qui m’amènes-tu là?! »

-« Jallie, je te présente Hans. Hans, voici Jallie, c’est une amie des Gomfore, qui sont arrivés il y a peu. »

-« Oui, je les ai vus », affirma le petit être carré avec sa voix de baryton.

-« C’est une autre race de Salfia », hésita Jallie afin de ne pas vexer l’étrange être cornu.

-« Tu n’as jamais vu de bobairos, petite? »

-« Jallie vient d’un couvent, elle n’en a apparemment pas eu l’occasion. Tu vois, les bobairos sont des êtres plus petits, à la peau orangée, comme Hans. Ils ont aussi des cornes qui peuvent être noires ou blanches, et de formes distinctes. Ils sont généralement très accueillants. »

-« Notre peuple est un peuple bon, si tu te perds et que tu vois un bobairos, n’hésite pas à lui demander de l’aide. Nous sommes toujours prêts à rendre service à nos prochains », confirma Hans, en exécutant de nombreux hochements verticaux avec sa tête.

-« Enchantée », dit Jallie en tendant sa main, poing fermé, paume vers le bas.

Hans, le bobairos, compléta ce salut de sa petite main gonflée.

-« Eh bien, ma petite, nous feras-tu la joie de manger à nos côtés ce soir? »

-« Le banquet du soir est un moment où tout le village se réunit, même ceux des alentours qui travaillent dans les champs. Malheureusement nous partirons avant cela », se désola alors Dyûl en se tournant vers Hans.

Les cheveux bleus bouclés de l’harnassienne bougeaient avec les rotations de son cou frêle.

-« Elle va venir avec vous? »

-« Je pense. Elle suit les Gomfore, et je suis presque sûre qu’ils viendront avec nous. »

-« Ba! Cela vous fera plus de bras, c’est au meilleur! »

-« Je crois que l’on dit <<c’est au mieux>> », reprit la jeune fille avec un petit sourire sympathisant.

-« La façon de parler des bobairos », lu dit alors Dyûl. »Bon, nous allons te laisser vaquer à tes occupations, Hans. »

-« C’était un plaisir. Et surtout n’oubliez pas de me dire au revoir avant de partir de l’île, sinon tu auras affaire à moi ma petite », plaisanta Hans à Dyûl en lui faisant un clin d’œil, qu’elle rendit aussitôt.

Elles sortirent alors de la maison du cuisinier. Et se dirigèrent vers celle d’à-côté.

-« Celle-ci est celle d »

-« Oh bonjour, Dyûl », coupa un harnassien blond en sortant de cette maison.

-« Bonjour. Jallie, voici Venas, Venas, Jallie », officia Dyûl en les désignant l’un à l’autre de ses bras.

-« Enchanté », dirent les deux présentés, avant de se saluer avec le salut salfien habituel.

-« Continuons », dit Dyûl en faisant signe à Jallie d’avancer. »Ça, c’est la tente de notre cher Zacri », continua-t-elle en regardant la tente bleu marine devant laquelle elles passaient alors.

-« Ah. Il est vraiment guerrier jusqu’au bout », remarqua Jallie.

Dyûl éclata de rire. Elle regarda alors Jallie avec une lueur d’amitié forte dans les pupilles. Elles avancèrent encore, puis tournèrent un peu pour suivre la courbe du village et atterrir devant une autre maison, de taille moyenne.

-« Ici, habite Juno, un jeune harnassien un peu timide. Ici, c’est la maison de Berri, un humain qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ici, celle de Pequia. Ici, cette maison de bois clair, c’est celle de notre scientifique le professeur Malyen. Il étudie la faune et les races humanoïdes de Salfia. Il »

-« Je dois le voir! » coupa soudainement Jallie. »Si c’est possible », ralentit-elle alors en baissant d’un ton.

-« Pas de problème », rassura Dyûl avec un air surpris avant de frapper à la porte.

-« J’arrive! » cria une voix claire, visiblement pressée.

Après quelques bruits de bricoles, un harnassien brun d’environ quarante ans ouvrit la porte de la maison. Celle-ci était en longueur, vaste. Une maison de professeur.

« Ah, Dyûl, que puis-je faire pour toi en cette glorieuse journée? »

-« Euh… C’est de l’ironie? Ou alors tu as fait une découverte? »

-« Oui! Apparemment il y aurait des traces d’anciennes civilisations. Et si tu veux mon avis, elles n’ont pas entièrement disparu! », expliqua le professeur en mettant la main sur le côté de sa bouche comme pour faire une confidence. »Elles doivent être dans les terres inconnues. Peut-être que nos ancêtres les y ont chassées! »

-« Il y a des terres inconnues? » demanda Jallie, curieuse de savoir d’où venaient les certitudes de l’harnassien.

-« Bien sûr, jeune fille. Nous n’avons pas encore découvert l’intégralité de notre monde. J’en suis convaincu, tout du moins. Mais dis-moi, Dyûl », continua-t-il en se tournant vers sa voisine, »qui est ta jeune amie, ici-présente? »

-« Voici Jallie, c’est une amie des Gomfore. Jallie, voici le professeur Malyen. »

-« Ah, une amie de ce cher Joll! Hmmm, tu sais que cet homme m’a une fois permis d’ouvrir les yeux sur une de mes recherches? » lui raconta joyeusement l’harnassien.

-« Ah bon? »

-« Oui, la réponse était sous mon petit nez crochu, et grâce à lui je l’ai vue! »

Jallie rit sur cette autodérision. Le nez du professeur était assez petit et crochu, c’était vrai.

-« Et bien, entrez-donc, mesdemoiselles! Et pensez à vous essuyer les pieds sur le paillasson! »

-« Il aime la propreté », murmura Dyûl en passant la première le seuil de la porte pour frotter ses chaussures de cuir noir.

Jallie fit de même et le professeur Malyen les attendait devant un livre ouvert, indubitablement très ancien.

-« Jallie aimerait te poser des questions. Elle vient d’un couvent, alors elle en a probablement plus d’une qui lui brûle la langue », clarifia Dyûl en souriant vers la concernée.

Cette harnassienne était plutôt grande, même pour une adulte. Jallie n’aimait pas être dominée, elle se rassurait en se disant que plus tard elle serait grande, elle aussi.

-« Je t’en prie, Jallie » répliqua alors le professeur.

-« J’aimerais savoir, quand deux personnes de races différentes ont un enfant, comment est-il? »

-« Il est d’une race ou de l’autre, tout simplement. Les chances sont relativement égales, quoique les bobairos ont des probabilités inférieures aux autres races, il semblerait. »

-« Oui mais est-ce possible qu’un enfant ait les caractéristiques d’une race et de l’autre réunies? »

-« Mmmhhh… Pour l’instant rien n’indique que cela ne soit arrivé… Mais pourquoi pas, après tout… Je pense que c’est tout de même possible, quoi qu’improbable. Très improbable. »

Dyûl regarda Jallie d’un œil méfiant. Elle se doutait de quelque chose. Jallie était évidemment déçue de cette réponse imprécise, qui ne l’avançait pas plus.

-« Bon, c’était ma seule question, merci à vous professeur Malyen », trancha alors Jallie en lui adressant un signe de la tête avant de sortir, suivie de près par Dyûl, ayant salué aussi son compair.

-« Eh! Attends une seconde, s’il te plaît. »

-« Qu’y a-t-il, Dyûl? » demanda la jeune fille.

L’harnassienne à la chevelure bleu foncé entra en transe. Elle décolla du sol et ses yeux brillaient, une fois de plus. Elle se reposa alors au bout de quelques secondes.

-« J’aurais dû m’en douter. »

-« Quoi? »

-« Ta question te concernait toi, directement. »

-« Comment… »

-« Quand une daffilesto entre en transe pour guérir une personne à l’aide de sa maul vitarri, elle ressent alors celle-ci, principalement dans la poitrine. Mais il y en a un peu qui parcourt tout ton corps, c’est ce qui te permet de ne pas mourir d’une attaque, si tu es entraînée. Donc, j’ai vu les formes de tout ton corps. Ne t’inquiète pas », coupa-t-elle alors que Jallie s’apprêtait à parler, »je ne dirai rien aux autres. Sache que tu es unique, Jallie. C’est vraisemblablement une bonne chose », conclut-elle en lui posant délicatement une main sur l’épaule.

-« Peut-être que j’en apprendrai plus pendant le voyage. »

-« Certainement », confirma Dyûl.

*****

-« Alors? » demanda curieusement Dyûl, un poil tendue.

Dellas, Jallie et Zacri étaient en ligne avec elle dans sa maison, face à Joll qui venait de rentrer. Ce dernier fixa le sol un instant, puis ferma la porte qui grinça avec la lenteur du geste. Il se retourna alors vers eux.

-« On vient. Peut-être qu’on apprendra des choses sur Ornael. Et si ce n’est pas le cas, mieux vaut ça que rester chez nous à se tourner les pouces ou broyer du noir. »

-« Génial! On sera ravi de vous avoir avec nous! » s’exclama joyeusement Dyûl, grandement rassurée.

-« Oui, enfin, on aimerait bien savoir où on va exactement et pourquoi », dit Dellas. »Je pense pas que tu veuilles quitter ton chez toi, alors qu’est-ce qu’on va faire au sud de l’Ornance? »

-« J’ai… un plan. Mais il est vague. »

-« Explique », intima Joll.

-« Voilà… », commença Dyûl avant de faire une longue pause. »Je compte supprimer les fléaux majeurs qui parcourent Salfia. »

-« Doln et Sahon? » demanda Joll.

-« Oui. »

-« Et le démon des cieux? » reprit Dellas.

-« Oui. »

-« S’il existe… » grommela Joll.

-« Les rumeurs sont trop nombreuses par ici. Je compte donc éliminer ces trois monstres. »

-« Mais comment tu comptes faire?? » demanda Jallie avec véhémence, complètement abasourdie par la révélation.

Elle ne pensait pas qu’il y eût vraiment un moyen, ni quelqu’un d’assez courageux pour le tenter.

-« Au sud de l’Ornance, se trouve un château entouré d’une petite ville, non loin de la plage, abandonné fut un temps, désormais occupé par l’une des 9 sorcières. »

-« Où se situe l’Ornance au fait? » demanda Jallie.

-« Nous sommes en Orné, partie nord-ouest du grand continent. L’Ornance est la partie sud », répondit Dellas.

-« Ah je comprends. Et les 9 sorcières? » répéta Jallie.

-« Je vais t’expliquer », intervint Joll. »Une race de Salfia s’appelle les vanassyne. Ce sont toutes des femelles, semblables physiologiquement à des humaines, à quelques particularités près. Elles possèdent cependant un grand pouvoir magique, une maul vitarri presque infinie, et le pouvoir du chant. Leur chant permet beaucoup de choses, dont des sorts, entre autres. Le peuple vanassyne s’est scindé en deux il y a bien longtemps. Une partie, pacifique, se fait toujours appeler vanassyne, l’autre, de nature haineuse envers les autres races, se fait appeler sorcières. Celles-ci utilisent leur pouvoir ainsi que de nombreuses potions et rituels pour parvenir à leurs fins, souvent égoïstes et meurtrières. Il y a deux décennies, un groupe appelé les 9 sorcières a fait son apparition sur Salfia. Celles-ci étaient de loin les plus puissantes de toutes, et avaient des objectifs précis. Les sorcières ne sont dévouées à aucun dieu. Depuis, quand une des 9 meurt, une autre la remplace. »

-« C’est exact », dit Dyûl, satisfaite des explications de son cher ami. »La sorcière de la lune vit aujourd’hui dans le château où nous souhaitons aller. »

-« Mais pourquoi y aller dans ce cas? » demanda Dellas, dubitatif.

-« Pour l’éliminer, et reprendre ainsi le château et la ville, où nous installerons le quartier général de la libération de Salfia. Il sera sur terre mais près de l’océan. Nous serons parfaitement placés, et assez éloignés de toute forme de… loi si je puis m’exprimer ainsi. »

-« Bien… Excellente idée. Sur le chemin et une fois là-bas nous rechercherons des alliés là où il peut y en avoir », comprit Joll.

-« Et plus de gens nous rejoindront, plus cela encouragera les autres à faire de même », ajouta Dyûl. »Si nous ne trouvons pas de meilleur moyen, nous abattrons ces monstres grâce au nombre et aux armes. »

-« Oula… » commença Dellas.

-« C’est un espoir. Je suis avec toi de tout cœur », dit alors Joll.

-« Moi aussi! Le monde se portera bien mieux sans eux! » s’écria Jallie. »Allez, ceux qui sont pour, placez vos mains avec la mienne! » continua la jeune fille en tendant le bras, poing fermé.

-« Allons zigouiller ces raclures! » annonça Zacri en plaçant son poing au côté de celui de Jallie, immédiatement.

Dyûl sourit en voyant l’enthousiasme de sa nouvelle amie, et imita Zacri. Bientôt Joll les rejoignit, en soufflant ironiquement.

-« Bon, chuis avec vous », s’inclina finalement Dellas en bouclant la réunion.

Les cinq compagnons séparèrent leurs poings.

-« Partons sans plus tarder. Un petit navire de bois à moteur nous attend sur la plage », déclara Dyûl. » Tout est prêt, les provisions y compris. »

Les quatre autres firent oui de la tête, et la suivirent dehors.

-« Tiens, un bateau à moteur t’attend au sud de l’île », dit Dellas en donnant les clés à Hans qui passait par là.

Dyûl se retourna vers lui.

-« Au revoir, Hans. Tu le diras aux autres pour moi. »

-« Assurément. Au revoir et bonne chance, petite, ton père aurait été fier de toi », la complimenta le bobairos.

Joll et Hans échangèrent un salut respectueux du menton. Un instant plus tard, les cinq aperçurent le navire de bois, accosté près d’un quai de roche, assez unique. Il était un peu pourri, et assez petit pour un navire, bien que largement suffisant pour cinq personnes.

-« On ne s’arrêtera que pour une île, on fera le voyage en deux temps », annonça Dyûl.

-« J’ai hâte d’être en mer dans ce navire! » s’excita Jallie en courant devant le groupe pour descendre vers la plage. »Allez, venez! »


Le conflit principal du récit est enfin lancé pour vous! Il en fallut du temps pour installer l’histoire mais ça en valait la peine pas vrai? 😉

Encore merci de me lire et à la prochaine!

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