Chapitre 6 – Chroniques de Salfia Tome 1

Sixième chapitre déjà! Vous prendrez le temps de mieux connaître un des nouveaux persos 😉


Chapitre 6 : L’aide d’un dieu

Le navire voguait depuis déjà plusieurs heures. Du moins, c’est l’impression que ses cinq passagers ressentaient. Zacri Felenas était dans les quartiers d’équipage, vert et titubant. Dellas Gomfore était assis tranquillement au-dessus de la petite cabine centrale du navire, jonglant, insouciant, avec ses dagues. Joll Gomfore était penché sur le bastingage du navire, pensif. Jallie Noiris était tout devant, admirait la mer et ressentait le vent effleurer son visage avec peu de douceur, mais ce torrent d’air ne tarda pas à calmer ses turbulences. Dyûl Leonarde était en train de descendre dans les quartiers d’équipage.

-« Tu as la mal de mer? Je ne savais pas! » s’étonna-t-elle en voyant l’état dans lequel se trouvait son ami d’enfance.

-« Le mal de mer? Non, l’inarrêtable Zacri Felenas ne craint certainement pas cette grosse flaque d’eau salée! » assura l’homme à la couleur de zombie en se forçant ainsi à se remettre d’aplomb.

Et il y parvint. Sa force de caractère ne faisait aucun doute. Mais son besoin de prouver sa valeur à tout instant devenait vite encombrant. Dyûl, cependant, s’en était accommodé, et trouvait que ce petit défaut qui le caractérisait depuis son plus jeune âge le rendait attachant. Ce qui était le cas, en fait.

-« Bien. Évite de salir le bois avec ton dernier repas », répliqua l »harnassienne.

-« Vous inquiétez pas, capitaine! »

Dyûl rit. Elle prit alors un fruit qu’elle s’empressa de mordre à pleine dent.

-« Tu as pris la bonne décision », annonça Jallie à Joll, qui se tourna alors, pour plaquer son dos massif sur le bastingage.

-« Tu trouves? Ce ne sera pas facile, tu sais Jallie. Il nous faudra du temps pour atteindre nos objectifs. Je parle en termes de mois, voire d’années. »

-« Je suis partante! » s’écria la jeune fille en souriant.

-« Tu… »

Le quadragénaire sourit alors à son tour, encouragé par l’enthousiasme de sa jeune amie.

« Ouais, on va donner! »

Les deux aventuriers se tapèrent la main. Dellas courut sur le haut de la cabine avant de sauter pour atterrir devant eux et se joindre aux festivités.

-« En voyageant autant, on affrontera sans doute plein d’adversaires de taille, et on va en prendre du niveau! »

-« Toi, si t’es pas le fils de ton père… » commenta ce dernier en plaçant sa tête sur le coté avec demi sourire de l’autre.

-« Eh, regardez! »

Les deux hommes se tournèrent vers la proue. Jallie pointait du doigt une terre apparente.

-« C’est l’île d’Acarne », dit Joll.

-« Au fait, on n’a pas annoncé la mort des vieux à Dyûl », remarqua son fils.

-« Inutile. Pour l’instant, elle sera mieux sans le savoir, vu ce qui l’attend, à elle comme à nous. On lui dira au retour. De toute façon elle l’apprendra, et je ne me vois pas lui dire. »

-« Mouais. Moi non plus. »

-« Toi non plus quoi? » tenta Dyûl en débarquant, accompagnée de Zacri qui avait repris des couleurs.

Ou plutôt les avait perdues. Le fier combattant paraissait même jovial, un peu comme avant le départ de l’île de Gesil.

-« Rien », esquiva Dellas sur-le-champ. »Tiens il a repris des couleurs l’inarrêtable Sacri Felenas? »

-« C’est Zacri. Oui, le départ est difficile mais après aucun problème ça se calme. »

-« Au fait, pourquoi effectue-t-on un arrêt, Dyûl? » questionna Joll qui n’avait pas quitté la jeune harnassienne des yeux.

-« Pour Zacri, justement. Je te laisse leur expliquer », permit-elle en regardant son compagnon.

-« Je vais sur l’île sans nom », annonça le gesilais en sortant sa carte pour désigner l’île en question.

Il mit le doigt juste devant la petite île au sud de celles d’Acarne et de Manda.

« Cette île est entourée et couverte de brume, elle a l’aspect sombre, car ses roches sont d’un bleu très foncé. »

-« Chouette, mais pourquoi on y va? » breffa l’archer, impatient comme à son habitude.

-« Laisse-le parler, fiston », le réprimanda son père sans prendre la peine de le regarder, ce qui fit froncer les sourcils au jeune loup.

-« Tout d’abord, JE vais sur cette île. Vous quatre, vous restez sur le navire, à m’attendre. Je vais demander de l’aide à Linio, dieu de la vie. Il a un sanctuaire, enfoui sous terre. »

-« Et qu’est-ce qui te dit que Linio t’accordera son aide juste comme cela? » argua Joll, dubitatif au possible, presque moqueur.

-« Juste comme cela, dis-tu? »

Il ricana des propos du quadragénaire.

« Cette île est remplie de créatures hostiles, cher ami. Surtout dans le sanctuaire qui mène devant la salle à prier, à ce qu’on dit. De plus, il se trouve que je prie Linio et ce depuis ma plus lointaine enfance. C’est le seul dieu qui est de notre côté à tous, sans exception. Car il est pour la vie. C’est donc dans son intérêt que l’on élimine Sahon et Doln. Et le démon des cieux, si il y a démon des cieux. »

-« Bien. Dans ce cas, je n’ai rien à redire. »

-« Et je dois y aller seul. »

-« J’avais bien compris cela », renchérit Joll d’un geste de la tête.

-« C’est vrai que le dieu de la vie est sans doute de notre côté », remarqua l’adolescente.

-« Bon, moi je vais redresser la barre, le navire vire trop à droite, on va finir par se prendre l’île d’Acarne sinon », annonça Dyûl.

-« Je viens t’aider, vu comme tu as galéré au départ de Gesil! » ricana Zacri.

Il y avait toujours une petite atmosphère de rivalité entre Joll et Zacri, comme si le petit duel n’était pas fini. Le guerrier expérimenté considérait cet homme comme bon. On voyait clairement qu’il ne ratait aucun de ses entraînements. Avec de l’expérience en combat il deviendrait, sans nul doute possible, un rival avec qui évoluer. L’occasion idéale pour Joll Gomfore, qui avait pour principale passion l’art millénaire du combat. Il aurait bien souhaité que son fils occupe cette place de rival, mais le jeune homme n’avait pas vraiment hérité de la passion de son paternel.

Jallie fit claquer sa langue.

-« N’empêche qu’on est pas très nombreux, même pour un début », pensa Dellas à voix haute. »A croire que personne au village ne souhaitait aider. »

-« Je ne pense pas que le problème soit de vouloir, mais de pouvoir. Ils ne sont pas entraînés, pas habitués au combat. Encore moins le combat à mort. Ils n’auraient pas pu faire grand-chose », les défendit Joll.

-« T’oublies le professeur Malyen », rétorqua Jallie. »Il aurait pu aider avec ses connaissances, lui. »

-« Je ne pense pas qu’un chercheur en démographie, expert des espèces plus ou moins connues ou non, aurait vraiment pu aider. Mais je dois avouer que dans l’idéal, l’avoir à nos côtés serait tout sauf une mauvaise chose. »

Le navire était beaucoup plus rapide que le bateau à vapeur que les trois compagnons de départ avaient volé. Et avec le vent qui soufflait fort dans le bon sens, les cinq matelots arrivèrent dans la brume de l’île recherchée à la tombée de la nuit, c’est-à-dire vers 28h. En Salfia, le jour se levait vers 7h, pour se coucher vers 28h, et ce peu importe le moment de l’année, car il n’y avait nulle saison en ce monde. Cela faisait 11h de nuit, ce qui correspondait à-peu-près au temps pendant lequel les Salfiens dormaient.

-« Alors c’est cela, de la brume? C’est vraiment spécial », dit Jallie, sur le ton de l’admiration, en regardant le brouillard.

Et en tentant d’en attraper. Une entreprise qui échoua, bien sûr, lamentablement.

-« En tout cas c’est pas pratique pour se diriger, ou pour évaluer les distances. Et puis les monstres de mer s’en servent pour se cacher avant de nous bondir dessus, la gueule grande ouverte! » mima Dellas.

-« Sérieux? »

-« Non, je plaisante! » répondit le jeune homme en frottant le crâne de sa camarade avec sa main.

-« Alalah… »

Bientôt le navire changea de cap, afin d’arriver parallèle à la plage de l’île rocheuse. Joll alla donc jeter l’ancre, action qui ne demandait que peu d’efforts avec une carrure comme celle du combattant. Un gros plouf suivit. Dellas et Jallie entendirent alors crier à l’arrière du navire.

-« Quoi, y a pas de chaloupe sur ce rafiot!? »

C’était visiblement la voix de Zacri. Il apparut bientôt à côté de la cabine principale qui se situait au centre du navire. Il marchait vite et s’était équipé de son air déterminé.

« Bon ben j’y vais à la nage, alors. »

Il se mit à courir vers la proue.

-« Attention, l’eau doit être glacée ici! » protesta Dyûl.

-« Babaaaaaaaaaa! » hurla joyeusement l’énergumène en plongeant dans l’élément aqueux.

-« On le changera jamais », dit la jeune harnassienne en s’arrêtant au niveau des deux jeunes humains.

Joll se joignit au groupe, qui voyait Zacri Felenas s’éloigner à la nage vers la plage sombre. Il riota. En le regardant, Dyûl fit de même. Bientôt les quatre rirent en chœur. Leur compagnon avait atteint le sol de l’île embrumée.

-« Aaaaaaah! Ça fait pas du bien! » s’exclama-t-il. »Mais c’est en souffrant qu’on devient fort, le corps va se rappeler de cette douleur, et c’est comme ça qu’il se forgera. Allons-y maintenant! »

Bientôt Zacri se rendit compte qu’il valait mieux éviter de faire du bruit, histoire de ne pas attirer des invités indésirables à la fête.

« Bon, le sanctuaire doit être au centre de l’île, logiquement. Direction le sud, Zacri », chuchota ce dernier.

Il marcha assez lentement, en pliant les genoux afin d’éviter le plus de bruit possible. Il jetait des coups d’œil frénétiques dans tous les sens, sauf derrière lui.

« En plus ça doit faire un bail que personne est venu prier Linio sur ce tas de roches perdu. Chuis bon pour croiser toutes les créatures qui se sont installées ici tranquilles », murmura encore le fidèle croyant. »Mais elles ne s’attendaient sans doute pas à voir débarquer l’inarrêtable Zacri Felenas. Mais au fait pourquoi je m’embête à être discret moi? » se reprit-il en se redressant, cessant d’avancer. » Je suis un guerrier. Aaaaaaah, j’arrive!! » hurla le surconfiant en courant le poing levé, vers le sud.

Sur le navire, Jallie tourna la tête en entendant ce cri. Mais de si loin, elle ne reconnut pas le son entendu.

Bientôt, des bruits de craquement se firent entendre du côté de Zacri.

-« Alors, les bestioles, on s’est décidé à se montrer enfin? Bien, j’vous attends! » provoqua-t-il en se mettant en garde.

Il aperçut alors des loups au poil de la couleur de la roche, puis une sorte d’insecte géant qui volait. Il lança une boule d’air de son poing, ce qui fit exploser la carapace et réduit en pâté la créature. Mais c’est à ce moment que les loups, plus d’une dizaine qui marchaient vers leur futur repas, furent rejoints par un géhabro, monstre trois fois plus grand que Zacri, aux cornes brunes et tournées vers l’avant, prêtes à embrocher le malheureux. Ce monstre était recouvert de poils cramoisis. Il marchait à quatre pattes, mais les géhabros pouvaient aussi se tenir sur leurs pattes arrières.

-« Qu-quoi?! Les géhabros sont censés vivre sur les îles Jaka! Ou alors sur le grand continent mais pas ici enfin! » Il se reprit alors en secouant la tête. »Bon, on dit que le secret est de donner au géhabro ce qu’il veut. Alors soyons diplomates, si ce monstre a atterri sur cette île, en sachant que j’y viendrais, c’est qu’il veut lui aussi se faire défoncer. T’inquiète pas mon gros, toi aussi t’auras ton compte! » lança le jeune guerrier en fonçant sur ses adversaires.

Il courait puis effectua une glissade latérale pour frapper un loup d’un coup violent sur les côtes, envoyant ce dernier au sol, yeux clos.

-« Plus que… », il compta, « 12 loups. Et après je vous sers, monsieur! » cria le combattant en regardant le géhabro.

Ce dernier avait déjà commencé à s’élancer sur lui. Il l’esquiva en sautant par-dessus, de justesse. Les cornes de l’animal l’avaient presque touché.

« Ah, mais quel vorace! La patience est une vertu! » s’amusa-t-il, tourné vers son principal chasseur.

Il se retourna alors vers les loups, quand l’un d’entre eux lui bondit dessus. Il s’en débarrassa d’un coup de pied circulaire. Il enchaîna avec un coup de coude frappant le prochain, puis une frappe d’air du poing vers l’autre, qui s’était relevé.

-« Couché, toi! »

Attaqué à nouveau par le géhabro, il roula sur le côté, puis frappa d’un coup de pied retourné pour envoyer une lame de vent déchirer un autre loup.

-« Allez, encore 9! »

Il envoya un coup de poing sauté qui projeta une onde de choc. Le vent frappa simultanément deux autres loups. C’est à cet instant qu’il fut mordu par un adversaire qui s’était faufilé sournoisement derrière lui. Malgré la douleur qu’il ressentait au mollet, Zacri écrasa le crâne du loup d’un violent coup du coude.

-« Aaaah, sale bête! Ça m’apprendra à toujours être sympa. Vous allez voir! »

Mais quand l’homme se retourna il se retrouva nez-à-nez, ou plutôt nez-à-cuisse, avec le géhabro. Ce dernier s’était mis sur ses deux pattes arrière, et frappa d’un coup de ses deux pattes avant pour écraser Zacri. Le combattant esquiva cette frappe mortelle, puis lança un uppercut aux côtes du monstre. Celui-ci ne réagit pas, et le frappa pour l’envoyer voler plus loin. Le malheureux heurta une roche, dont une partie ressortait, au niveau de la tête. Le coup l’assomma à moitié. Il se releva quelques secondes plus tard en titubant. Le géhabro avançait lentement vers lui, comme en souriant. Les loups eux, semblaient rire de concert en suivant leur ami colosse. Zacri lança une frappe de vent qui toucha à distance le géhabro à la tête. Mais celui-ci continua sa route après avoir légèrement reculé, pour encaisser l’attaque.

-« Il craint pas trop mes frappes lui… Bon, on passe au plan B: reculer pour mieux sauter comme on dit. Sauve qui peut! »

Zacri courait donc à l’opposé de ses rivaux. En jetant un coup d’oeil en arrière, il aperçut le géhabro qui se précipitait derrière lui. Mais la bête était lourde, trop lente pour le rattraper, bien qu’il fût blessé. »Une chance que les loups ne fassent pas comme lui« , se dit-il. Il courut, courut, courut sans s’arrêter. Soufflant, il regarda encore derrière lui.

Le géhabro avait disparu. Rien d’étonnant, puisque la brume masquerait Sahon à 50 mètres de distance. C’est d’ailleurs pourquoi l’humain continua de courir, mais à une allure moins élevée. Quelques instants plus tard, il aperçut une entrée souterraine faite de constructions de pierres grisâtres, sur sa gauche. Il marcha alors vers celle-ci. Une fois à l’entrée, il constata que le fond du chemin souterrain était sombre. Que de la pierre.

-« C’est sûrement là. J’vois pas ce qu’il peut y avoir d’autre sur cette île paumée » dit-il avec méprit en descendant les premières marches du sanctuaire de Linio.

Quelques pas plus loin, Zacri était submergé par la noirceur. Il ne se fiait plus qu’à ses pieds et avançait à l’aveuglette. Les marches continuaient de descendre tout droit, mais il heurta un mur et en tâtonnant il comprit que la suite se trouvait sur sa droite. Il continua un petit moment avant de heurter un nouveau mur. Il bifurqua à gauche cette fois, et entrevit enfin de la lumière. Les marches descendaient lentement, elles étaient alors longues et peu hautes. Au loin, il voyait comme l’énergie d’un feu, la descente continuant à droite à nouveau. Il tourna donc en arrivant près de la lumière et se trouva face à sa source. Il y avait une torche murale qui éclairait la roche craquelant. Le bois utilisé pour cette torche intrigua immédiatement Zacri.

-« Cette écorce… »

L’écorce du bois était d’un brun clair, mais des serpents de bleu turquoise respirant la lumière parcouraient sa matière.

« C’est de l’akriccia! L’arbre de la vie comme on l’appelle! C’est pourtant très rare… Et précieux. C’est donc bien le sanctuaire de Linio! Ha, continuons », s’enjoya Zacri en s’éloignant de la torche.

Le sol était plat. Du moins il ne descendait plus, mais était tout de même rocheux, donc irrégulier. Une odeur somptueuse émanait de ce lieu, bien que renfermé. Bientôt la voie s’élargit. Zacri se trouvait alors dans une grande salle. Au fond gisait une plante, pas plus haute qu’un mètre, avec une grosse tige principale, et en guise de pétales, des sortes de dizaines de petites lianes pendant dans le vide. Arrivé au niveau de cette plante, presque collée au mur, l’homme la toucha délicatement. Les petites lianes étaient incroyablement soyeuses. Jamais il n’avait touché quelque chose de si familier, pourtant c’était bien la première fois qu’il rencontrait une telle variété de flore. Dans le mur, derrière cette dernière, étaient creusées deux ouvertures, une de chaque côté de la plante. Le fidèle se releva, quand une lumière blanche et très intense traversa les deux ouvertures.

« Qu’est-ce que.. »

Zacri Felenas rentra par l’ouverture de droite. De toute façon, elles menaient toutes deux au même endroit: une allée plutôt étroite qui s’étendait sur quelques mètres. Une fois à l’autre bout de celle-ci, il fit face à un visage flottant lumineux. Sa lumière était d’un blanc bleuté étincelant.

-« Bienvenue dans le sanctuaire de Linio, pèlerin. Qu’êtes-vous venu quérir en ce lieu? »

-« Nan mais attend, c’est une blague? Tu me prends pour un ignorant ou quoi? D’abord, la salle où l’on prie pour Linio comporte une lumière blanche de chaque côté, toujours. Et en plus, tu es d’une lumière bleutée. Celle qui représente le dieu de la vie est d’un blanc on ne peut plus pur. Alors maintenant dis-moi, où est le sanctuaire de Linio? »

Sur ces derniers mots, le visage lumineux disparut. Zacri regarda autour de lui avec doute quand la partie du mur qui se trouvait derrière le visage quelques instants plus tôt, s’enfonça dans le sol, laissant un passage sous-marin accessible. Zacri s’avança alors dans ce tunnel. Le sol était de la même roche bleu foncé que le reste, et se trouvait dans un gros tube transparent.

« On dirait que Linio n’a rien contre les machines.. » lâcha Zacri en entrant dans la salle au bout du passage.

-« C’est le cas, humain. L’utilisation de machines et autres appareils permet de conserver d’une manière bien plus efficace les monuments sacrés. »

La voix provenait de la salle. Il y avait cette fois deux lumières blanches sur les murs latéraux, et une arche de deux mètres de haut au fond, précédé par une grosse dalle. Un visage apparut alors dans l’arche. Il était lumineux, et avait un air sérieux mais aussi serein, apaisant. Ce visage parla de la même voix.

« Tu as passé le test avec brio, humain. »

-« Une simple formalité », dit Zacri en pliant le genou. »Pourquoi ce lieu est-il sacré, mon dieu? »

-« La dalle sur laquelle tu te tiens est une partie du monde des dieux. Elle a atterri dans ce monde lors d’un de mes combats avec un de mes… <<pairs>>, il y a longtemps. Qu’es-tu venu chercher en ce lieu, mon fidèle? »

-« Linio », commença Zacri avec une voix on ne peut plus déterminée, »je suis venu quérir votre aide. »

-« Et pourquoi te l’accorderais-je, mon fidèle? »

-« Parce que je le suis depuis longtemps, depuis mon plus jeune âge, et je que n’ai jamais cessé d’avoir foi en vous. De plus, nous sommes du même côté, celui de la vie. Moi et mes compagnons, qui attendent dans un navire au nord de l’île, allons en quête pour débarrasser le monde des monstres qui répandent la mort dans leur sillage. Et pour ceci, mon dieu, je demande une participation active de votre part. »

Linio ne répondit pas immédiatement, il attendit quelques secondes, qui parurent être des minutes pour son fidèle. Mais Linio ne semblait pas réfléchir, non. Il semblait observer attentivement l’humain plein d’humilité face à lui.

-« C’est vrai, ta foi en moi n’a jamais vacillé. Sache que je vous suivrai durant votre entreprise, guerrier Zacri Felenas. Relève-toi. »

Zacri s’exécuta, regardant face à lui, le visage de Linio, droit dans les yeux. Une énergie fit trembler la salle.

« Ainsi, je t’accorde un pouvoir unique, guerrier Zacri Felenas! »

Comme traversant les murs, mais en même temps avec un vacarme comme si celui-ci se brisait, des jambières, un plastron et des épaulettes foncèrent sur le fidèle, qui resta droit comme un i. Ces armures d’un métal clair presque blanc, s’attachèrent à leur désormais propriétaire. Les jambières couvraient aussi les pieds, en plus des tibias, et étaient parsemées de rayures dans le métal. Le plastron était assez petit, il ne couvrait que le torse et le haut de l’abdomen, et montait plus haut du côté droit. Il possédait les mêmes rayures que les jambières. Les épaulettes étaient lisses, aucune trace visible ou décoration, pas de rayures. Elles n’étaient pas larges, couvraient à peine les épaules du guerrier. Les avant-bras de l’armure apparurent alors, et couvrirent les avant-bras et mains de Zacri. Ces gants avaient des rayures en forme de paraboles, comme si une aura venait des bras aux poings. Le combattant bougea alors pour admirer son armure. Elle était si légère, ne pesait presque rien. Elle était assez souple, et parfaitement coupée pour un combattant utilisant les arts martiaux. Cette armure avait l’air d’avoir été faite pour lui, aucun défaut de son point de vue.

« Cette armure t’aidera à canaliser ton énergie pour mieux frapper, ou te protéger. Elle est légère et souple, tu pourras utiliser ton corps avec autant d’aisance que si elle n’était pas là. Cette armure fera partie de toi, tu seras le seul à pouvoir l’enlever, les autres humanoïdes ne pourront pas te la retirer. Les animaux, créatures, et esprits non-plus. »

-« C’est… C’est parfait! Merci Linio, vous ne serez pas déçu! »

-« J’en suis certain, mon fidèle. Maintenant va, tes compagnons t’attendent. »

Le visage disparut. Zacri se retourna et marcha. Il regarda au-dessus de lui dans le tunnel. C’était impressionnant, voir l’océan de si près, sans pouvoir l’atteindre. Mais les pensées du jeune homme étaient avant tout focalisées sur son armure si parfaite.

-« Dès que je suis sortis, je la teste un petit coup! »

Montant les dernières marches avant de pouvoir sortir du sanctuaire, Zacri apercevait la lune, brillante. Une fois à la surface, il vit la deuxième lune de Salfia de l’autre côté.

« Bon, alors… Je venais de devant l’entrée si je me souviens bien. Allons-y. »

Quelques mètres plus loin, Zacri lança une frappe de vent du poing gauche pour essayer son équipement. La rafale était presque deux fois plus impressionnante que celle qu’il produisait avant, et plus dense aussi. Elle paraissait encore plus chargée d’énergie.

« Géniaaaaaaaaaaal!! Avec ça, je suis super puissant! Alalah, le géhabro va voir sa tronche! » s’enivra Zacri en commençant à courir, pressé d’obtenir sa revanche sur la féroce bête.

Il courut pendant une minute environ avant d’apercevoir sa cible.

« C’est toi la proie, maintenant… »

Le géhabro l’aperçut, et commença à marcher, debout, vers lui. Les loups l’accompagnaient toujours, comme pour se rassurer d’avoir un allié si colossal. Les deux pleines lunes éclairaient les yeux des bêtes, leur donnant une lueur peu commune. Le géhabro poussa un gémissement, comme une jubilation à l’idée de dévorer l’imprudent qui lui fonçait dessus, alors que ses coups étaient bien moins dévastateurs que les siens. Zacri fonça en glissant sur son élément aérien, pour sauter une fois à portée de la créature. Il sauta assez haut pour presque faire face au monstre, et lui asséna un coup de toutes ses forces, en poussant un cri de guerre. La créature réagit avec un temps de retard, ne s’attendant pas à un assaut si fulgurant. La frappe de Zacri, dévastatrice, enfonça le nez du prédateur, qui fut renversé en arrière sous l’effet du coup de poing.

« Alors, tu te la pètes moins, maintenant. J’vais te faire ta fête, mon gros! »

Sous l’adrénaline que seul un combat contre un adversaire de taille prêt à perdre pouvait procurer à l’homme, il ne remarqua pas qu’un loup lui bondissait dessus. Mais ce dernier mordit dans une armure qui n’avait pas une égratignure. Plusieurs loups sautèrent alors sur le fidèle de Linio. Cependant il ne leur laissa pas le temps de porter leurs attaques. Il ramena rapidement ses poings devant son torse, pour les rouvrir brutalement et déclencher une rafale tourbillonnant autour de lui, qui repoussa ses agresseurs. Aucun des loups ne se releva.

« Trop génial… A nous deux maintenant! » défia Zacri en fixant le géhabro du regard.

Le monstre ne l’attaquait pas. Il semblait se méfier de son adversaire désormais. Mais Zacri ne montra pas la même méfiance à l’égard du colosse, et lança l’assaut. Cette fois-ci, le géhabro attaqua de concert et son attaque surpassa celle du combattant, qui fut repoussé à terre. Le confiant guerrier gémit de déception et se releva. Il comprit alors que même avec sa nouvelle puissance, il ne pouvait pas rivaliser avec un géhabro en termes de force pure. Il lança alors une rafale de vent avec son poing, qui toucha sa cible au ventre. La créature accusa le coup, mais continua d’avancer vers lui avant de lui porter une attaque écrasante. D’un saut vers l’arrière, Zacri esquiva. Il souffla puis envoya du vent par une claque. Une boule de vent tourbillonnante entra en collision avec la tête du monstre visé. Ce dernier sembla alors perdu l’espace d’un temps, qui suffit à Zacri pour lancer une frappe du pied à la jambe du monstre. Le géhabro réagit en tentant de frapper son adversaire d’un geste aussi rapide que brusque. Mais le valeureux combattant avait compris qu’il fallait jouer sur la vitesse et les esquives avec sa proie. Zacri glissa derrière le colosse, et frappa du poing sur l’autre jambe. Le géhabro lâcha un cri de douleur qui ne mentait pas, et ne manqua pas non plus de faire apparaître un petit sourire au coin de la bouche du guerrier. Le monstre se retourna en rugissant, et frappa encore vers le sol pour écraser Zacri. Ce dernier roula entre les jambes de la créature puis, sans se retourner, donna un coup de coude à la jambe gauche du monstre, et un coup de pied latéral à la droite. Le géhabro plia dans l’instant ses deux jambes, et se retrouva comme à genoux. Zacri glissa sur le côté en s’éloignant de sa cible, puis une fois en face à quelques mètres, s’arrêta. Un comble.

« Tu vas prendre! » menaça le guerrier.

Il commença alors à envoyer un coup de rafale de chaque poing, tour à tour, accélérant de plus en plus la cadence. Chaque rafale toucha le visage du géhabro de plein fouet. Celui-ci était assommé. Zacri fatiguait mais il continua de mitrailler son adversaire sans répit. La pluie de frappes fut aussi impressionnante que fatale. Le guerrier criait sous l’effort. Quand il eut fini, le monstre tomba face la première au sol, le corps sans vie. Zacri reprit son souffle avant de continuer sa route, passant à côté du corps énorme de sa victime. Il se retourna soudain et d’un geste du tranchant de la main, sectionna une corne du monstre.

-« Petit souvenir », dit-il. »Ça fera office de pourboire, hein? Finalement je n’ai pas vu de monstre dans le sanctuaire lui-même… Il est sacré après tout. »

Dyûl et les autres étaient à la proue, quand elle aperçut son compagnon de retour.

-« Le voilà. C’était pas trop long en fait », dit Jallie.

-« Parle pour toi », répliqua Dellas.

Zacri grimpa à l’ancre. Il escalada si vite qu’en quelques secondes il était déjà sur le petit navire, face à ses compagnons.

-« Linio a été généreux ou tu as trouvé ça par terre? » plaisanta Joll en regardant le plastron de l’armure.

-« Généreux. Il a décidé de récompenser ma fidélité, et il a dit qu’il garderait un oeil sur nous. »

-« C’est très bien! » s’enjoya son amie harnassienne.

-« Et c’est pas qu’une protection! Elle est souple et légère et améliore ma puissance. Preuve à l’appui: » affirma Zacri avant d’envoyer une rafale dans les airs.

-« Pas maaaaal! », s’écria Dellas, presque jaloux de l’équipement si efficace du combattant.

-« Vous voyez? Je l’avais dit qu’il nous aiderait. »

-« Tu n’as pas eu de problème avec la faune locale? » s’enquit Joll.

-« Pas vraiment. Quelques loups et un géhabro, rien de plus… » dit Zacri qui transpirait la fausse modestie.

-« Un géhabro?! » s’étonna Jallie. »C’est bien… » commença la jeune fille en se tournant vers Dellas.

-« Ouais, c’est ça. Je savais pas qu’il y en avait ici aussi. Mais ça ne m’étonne même pas. En tout cas, bien joué, mon gars », félicita le jeune homme en tapant le bras du fidèle gâté.

-« Très bien, partons pour le grand continent, maintenant », conclut Joll en croisant les bras, avec un sourire presque défiant à l’attention de Zacri.


Je rappelle que je suis bien entendu ouvert aux critiques, après tout ce roman va sortir en auto-édition courant 2018, on approche!

Merci de me lire, ça fait chaud au cœur.

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