Chapitre 9 (2/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Deuxième partie du chapitre 9, comme promis. Que dire de plus…


Bientôt 12 heures. Ils avaient encore du temps pour dormir s’ils le souhaitaient, enfin s’il, le souhaitait. Une fois dans la chambre, Dyûl remarqua qu’elle avait bien vu juste: Joll et Blaudé étaient levés et discutaient, Zacri était pensif sur son lit, alors que Dellas semblait inréveillable. Chacun sur leur lit respectif, qui étaient voisins, Blaudé et Joll avaient l’air de s’apprécier mutuellement.

-« Je vois que vous êtes levés », constata Dyûl. »Joll, Jallie aimerait que tu descendes la voir, si cela ne te dérange pas. »

-« Non, c’est bon », répondit simplement le combattant en se dirigeant vers la porte, derrière l’harnassienne à chevelure bleutée.

-« Elle est dans le jardin, il y a une porte au fond », indiqua Dyûl. »Je vois que vous vous entendez bien », fit-elle remarquer en refermant prudemment la porte, qui grinçait bruyamment.

-« Oui, c’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules », complimenta l’harnassienne aux cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.

-« Lui, il dort encore, je l’avais dit à Jallie. Et je ne me suis, évidemment, pas trompée. »

-« On est toujours censé aller à Binansê? »

-« Oui, le plan initial n’a pas changé. »

-« Je n’en vois pas l’utilité. »

-« Il faut espérer que la reine du Binansêne ne soit pas décédée elle aussi… »

-« Je me demande pourquoi le Bar Thanos fait tout cela… » imposa Blaudé. »Il y a peu de chances qu’il vienne de La Faille. Pourtant il a l’air aussi opposé à Salfia et ses dirigeants que ces créatures. Cet homme est un mystère. »

-« Oui, c’est vrai. Déjà il est humain, il n’est donc pas si étranger que cela. Mais il parait pourtant si… intouchable. »

-« Tu crois que Joll retrouvera son épouse un jour? »

-« C’est de cela que vous avez discuté? » interrogea la curieuse daffilesto.

-« Entre autres, oui. Mais tu ne réponds pas à la question. »

-« Oui je le pense. Je ne vois pas trop pourquoi elle aurait disparu spontanément, comme ça. Elle est quelque part, on la trouvera, un jour, ou l’autre. »

-« En tout cas, cette femme a beaucoup de chance… »

-« Pourquoi? »

-« Elle a un époux qui l’aime aussi sincèrement et profondément qu’il est possible de l’être. D’ailleurs, je n’aimerais pas aimer quelqu’un aussi fort et ne pas savoir où il est depuis des mois… »

-« Qu’est-ce que tu en sais, tu n’as jamais aimé personne, que je sache. »

-« Certes, mais c’est évident que Joll souffre. Vivement qu’il soit soulagé, c’est tout ce que je dis », éluda Blaudé.

Entre-temps, Joll avait rejoint la jeune Jallie, qui s’entraînait visiblement à faire apparaître une glace de forme différente. Celle qu’elle venait de créer quand Joll passa la porte était cylindrique, plus ou moins.

-« Tu voulais me voir? »

-« Oui », dit presque froidement la petite en faisant éclater sa création avant de se retourner avec un regard presque intimidant.

-« Quoi? »

-« Je veux que tu m’apprennes à me battre », prononça Jallie avec une intense conviction. »Au corps-à-corps. »

-« Mmh. Bien, je vois que l’agression ne t’a rendue que plus motivée dans ton apprentissage. C’est probablement au mieux. »

-« J’en suis sûre », trancha Jallie.

-« Bien, alors par quoi commencer… »

-« J’aimerais apprendre, comment tu fais pour te libérer quand tu es saisi comme ça », démontra la jeune fille en ceinturant Joll par derrière avec ses bras, de la même manière que le galter l’avait maintenue, »en sachant que tu es moins fort que celui qui te tient. »

-« Eh bien, ça fait bien longtemps qu’une telle chose ne m’est pas arrivée », plaisanta Joll, toujours dans les bras de sa jeune amie.

-« La vantardise, c’est pas ton genre », plussoya Jallie, qui gardait principalement un air concentré malgré tout.

-« Hmhm, oui. Eh bien il y a différentes façons de t’y prendre. Selon moi la meilleure est la suivante: tu pousses fortement en arrière avec ton postérieur, et d’un coup sec, ce qui a pour effet ceci », démontra Joll en effectuant alors l’action susdite.

Il ne força même pas mais Jallie dut, malgré cela, lâcher prise.

« C’est une simple question de poids et de différence entre les muscles. Tu vois, les lombaires et jambes que tu utilises quand tu exécutes ce mouvement sont de puissants muscles, que tu utilises tout au long de la journée, ce qui a pour effet de les rendre naturellement plus forts que des petits muscles -même souvent sollicités- tels que les bras, qui servent ton adversaire pour maintenir une telle emprise. A moins que celui-ci soit fort comme un markas et toi très chétive, cela fonctionnera. »

-« Et si c’est le cas? »

-« Eh bien tu peux toujours lui filer des coups de têtes en arrière à l’aveuglette, mais sinon tu es foutue. »

-« Quoi? », s’exprima l’adolescente, insatisfaite.

-« Jallie, il n’y a pas de technique pour tout. Si tu es beaucoup plus faible que ton adversaire dans un domaine, il te battra sur les actions qui le concernent. Et si tu es plus faible dans tout, aucune capacité ne te permettra de t’en sortir. »

-« Dans ce cas, quel domaine pourrait m’aider à m’en sortir dans cette situation, si l’autre est trop fort? »

-« J’allais y venir. Il y a plusieurs options qui s’offrent à toi, comme souvent en combat quand on s’y connaît. Tu peux utiliser une arme, de la magie, le décor pour te propulser en arrière et faire chuter celui qui te tient, ou encore gesticuler dans un sens puis dans l’autre, jusqu’à ce qu’il soit déséquilibré. En tout cas, ce que je te conseille, c’est de ne jamais négliger un domaine. Deviens forte, au moins un peu, pour ne pas être absolument dominée dans ce genre de situation, c’est le mieux à faire, et ça t’évitera de gros soucis. »

Ce Joll était une vraie encyclopédie du combat et des tactiques concernant celui-ci. Et il était très bon pédagogue, probablement à force d’entraîner son fils adoré. Jallie n’avait plus aucune question à propos de ce stade du combat. A sa grande surprise, elle était satisfaite d’une réponse, ce qui fut certainement la première fois depuis qu’elle avait quitté son couvent.

-« D’accord. »

-« Bon, maintenant, je vais t’apprendre comment bien frapper. Il y a une manière de frapper efficacement. Non. Il y en a plusieurs, à toi de choisir celle qui te convient, celle qui s’adapte à toi. C’est la technique qui s’adapte à la combattante et non l’inverse, rappelle-toi-en », pointa du doigt Joll afin de s’assurer d’être bien compris par sa disciple.

Dellas se réveillait à environ 13 heures, et Dyûl le fixait avec un air de mère reprochante.

-« MMMMMmmm, quoi? » demanda bêtement le jeune homme.

-« Il est tard, gros dormeur. »

-« Ouais, mais comme on n’a rien à préparer, on peut s’en aller tout de suite, nan? »

-« Moui. Mais tu n’es pas bien discipliné », s’amusa Dyûl.

-« Oh, on dirait mon père! »

-« Il n’a peut-être pas tort », intervint Blaudé, toujours assise sur son lit.

-« Tu vas pas t’y mettre, toi aussi. De toute façon mon père a raison, c’est sûr. Mais il faut dire que j’aime bien avoir tort quand cela me permet de dormir plusieurs heures, pénard. »

Dyûl nia joyeusement de la tête, avant de jeter à Dellas sa poche, qui était sur le plancher.

-« On y va », ordonna la meneuse.

-« Eh, les acharnés, Dyûl veut qu’on parte, maintenant! » cria Dellas en entrouvrant la porte du jardin, une fois dans la salle du rez-de-chaussée.

-« Bien, on arrive », répondit compréhensivement son paternel.

-« Merci pour votre accueil, au revoir! » gratifia Dyûl en passant devant le comptoir de l’auberge.

-« Il n’y a pas de quoi, revenez quand vous le voulez, chère demoiselle! »

-« Où va-t-on? » demanda Jallie une fois que le groupe marchait à allure réduite dans les rues de Brenadad.

Elle prononça ces mots en regardant Joll, qui répondit par un autre regard lancé vers Dyûl.

-« A Binansê. C’est la capitale du royaume du Binansêne, celui que nous atteindrons dans peu de temps. »

-« Malheureusement », regretta Dellas, vraisemblablement mécontent à l’idée de pénétrer dans un royaume.

-« Dellas et la loi… » plaisanta Dyûl en réponse au comportement négatif de son compagnon d’armes.

-« Dellas et la loi… » répéta Jallie sans trop savoir pourquoi.

Elle reprit après une courte pause:

« tu peux me montrer où se trouve Binansê sur la carte, Joll? » demanda-t-elle, alors que ce dernier avait déjà récupéré son morceau de tissu dans le petit sac de son fils.

-« Voilà, juste ici », pointa-t-il. »Ce n’est pas très loin comme tu peux le voir. »

-« Tant mieux alors » positiva l’aventurière en herbe.

Le groupe se trouvait déjà à la limite de la ville de Brenadad. Ils se retrouvèrent alors sur l’herbe brunâtre qui recouvrait les alentours. Celle-ci sifflait quand on marchait dessus, un bruit d’herbe venteux et délicat. Zacri ne disait mot depuis son retour la veille, l’air pensif. Ils aperçurent une route de terre non loin qui se dirigeait vers le sud/sud-est, menait donc à Binansê à coup sûr. Ils l’empruntèrent aussitôt, et marchèrent en silence.

Le groupe croisa le chemin de quelques passants, des galters, des harnassiens, des humains. Certains possédaient de petits familiers ressemblant à des rongeurs, aux oreilles longues et aux poils plutôt longs et visiblement doux. Leur couleur différait. Il y en avait même un vert! Il suivait de près sa maîtresse, une harnassienne aux cheveux aussi verts que lui, habillée très élégamment. Au loin, la route longeait une forêt au bois vert d’eau. C’était la forêt de l’ouest, appelée ainsi en raison du fait qu’il n’y avait pas de forêt plus à l’ouest qu’elle, que ce soit sur le grand continent, ou même dans tout Salfia, car aucune forêt ne se trouvait en Hakinal. Et aucune forêt de grande taille ne se trouvait en Emistil.

-« Et qui gouverne Binansê? » demanda sympathiquement Jallie pour briser le silence régnant.

-« La reine Veriona Delmoso. Une harnassienne qui a l’honneur de régner sur le royaume le plus vieux de tout Salfia, selon beaucoup d’écrits », enseigna Joll.

-« Mmh, quand même », acquiesça l’intéressée, fascinée.

-« Elle est assez sympathique, pour une reine. Il y a des chances qu’elle nous prête main forte en tout cas. »

-« Je n’en suis vraiment pas persuadé », négativa Dellas.

-« Tu sais fils, je ne t’ai jamais vu aussi pessimiste. »

-« Il y a de quoi, oui, les reines, aider un groupuscule en leur offrant effectifs et moyens pour combattre des monstres gigantesques? Je n’y crois vraiment pas, moi! Rappelle-toi de ce que je dis, tu verras quand on sera devant la reine du Binansêne », dit Dellas en s’adressant à Jallie.

-« Je tâcherai. Mais tu nous portes la poisse alors arrête un peu », répliqua sa jeune interlocutrice.

La grande route devenait alors bossue et creusée, et de la végétation sauvage y poussait de manière hasardeuse.

-« Cette route a une histoire, tu sais Jallie? » débuta Joll.

-« Raconte », dit-elle simplement.

-« Tu te rappelles de la pièce d’hier soir, au Temia? Eh bien, la grande majorité des batailles entre le Binansêne et le royaume qui se trouvait fût un temps autour de Brenadad ont eût lieu ici. C’est pourquoi ce large chemin se présente assez… rugueux. Le roi de Brenadad contenait avec ses troupes l’armée du Binansêne, avec une ardeur peu commune. Il ne voulait absolument pas laisser l’envahisseur parvenir à ses fins. Coûte que coûte, il a défendu son territoire. Il croyait en la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Son royaume était souvent critiqué, car les autres reines le trouvaient trop faible, son peuple trop libre. En effet, ce roi était un excellent dirigeant. »

-« Mais l’annonceur, hier, il parlait de créatures maléfiques, non? »

-« Exact. Tu es attentive, c’est très bien. En effet, les troupes du Binansêne n’étaient pas seules, elles. On dit que la reine de l’époque avait pactisé avec une sorte de démon, qui avait pris possession de sa fille unique, et avait alors fait jaillir son armée ténébreuse. Une histoire sombre, très sombre… »

-« Oui… »

-« Tu sais pourquoi je te raconte ça? »

-« Parce que… Le roi ne s’est pas laissé effrayer par les créatures maléfiques qu’on lui opposait. Il a combattu malgré tout. Et tu compares cette situation à la nôtre aujourd’hui, c’est ça? » devina Jallie alors que le groupe avait ralenti le pas.

-« C’est exactement cela », riota Joll avec une pointe de satisfaction.

Il plaqua ensuite une main sur l’épaule de Jallie et enchaîna:

« On est peut-être peu nombreux, mais il faut nous battre pour débarrasser ce monde de Sahon et Doln. Dyûl a prit une bonne décision. Et une décision lourde à porter, car quoi qu’il arrivera durant notre entreprise, les pertes, les baisses de morales, les accusations, tout cela… Ce sera elle qui en prendra la responsabilité. Tout. Elle savait ce que cela impliquerait. Et à l’image de ce roi légendaire, elle accepte ce fardeau. Alors dis-moi, Jallie: est-ce que Dyûl va porter ce fardeau seule? » dit Joll en élevant la voix.

-« Non! » reprit Jallie avec assurance, avant de se tourner vers l’harnassienne au grand cœur. »Je suis avec toi, Dyûl, quoi qu’il arrive, tu pourras compter sur moi. »

La daffilesto sourit aussi sincèrement que sa gratitude le voulait. Elle dirigea ensuite ses yeux vers Joll, le remerciant du regard. Même Dellas semblait beaucoup plus volontaire. Joll avait motivé les troupes, et c’était quelque chose qui avait bien besoin d’être fait. L’exemple du Roi Blanc accompagnerait nos héros pour toujours à compter de cet instant.

Une fois plus loin, le groupe arriva devant de nombreux piques plantées dans le sol, ressortant à peine, traçant une ligne pointillée coupant la route.

-« Et voilà… » soupira presque Dellas, l’air pensif. »Tu te souviens de ce que j’avais dit papa? »

-« <<Jamais je ne retournerai dans un royaume, plutôt mourir.>> »

-« Et bien, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis… » conclut le jeune homme en enjambant les piques.

Ces dernières étaient larges d’un demi mètre et complètement ancrées dans le sol. Cet acte avait une symbolique forte, sa jeune amie le comprenait même avant qu’on le lui explique.

-« Ces pointes désignent les limites des royaumes », expliqua brièvement Dyûl, l’air neutre.

Jallie lui répondit par un hochement de tête et traversa la limite à son tour, suivie de près par le reste du groupuscule.

En fin d’après-midi, c’est-à-dire aux environs de 25 heures, les compagnons arrivaient tout juste à l’entrée de la ville de Binansê, capitale du Binansêne


J’espère que ce récit vous plaît toujours autant! 😉

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