Chapitre 9 (2/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Deuxième partie du chapitre 9, comme promis. Que dire de plus…


Bientôt 12 heures. Ils avaient encore du temps pour dormir s’ils le souhaitaient, enfin s’il, le souhaitait. Une fois dans la chambre, Dyûl remarqua qu’elle avait bien vu juste: Joll et Blaudé étaient levés et discutaient, Zacri était pensif sur son lit, alors que Dellas semblait inréveillable. Chacun sur leur lit respectif, qui étaient voisins, Blaudé et Joll avaient l’air de s’apprécier mutuellement.

-« Je vois que vous êtes levés », constata Dyûl. »Joll, Jallie aimerait que tu descendes la voir, si cela ne te dérange pas. »

-« Non, c’est bon », répondit simplement le combattant en se dirigeant vers la porte, derrière l’harnassienne à chevelure bleutée.

-« Elle est dans le jardin, il y a une porte au fond », indiqua Dyûl. »Je vois que vous vous entendez bien », fit-elle remarquer en refermant prudemment la porte, qui grinçait bruyamment.

-« Oui, c’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules », complimenta l’harnassienne aux cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.

-« Lui, il dort encore, je l’avais dit à Jallie. Et je ne me suis, évidemment, pas trompée. »

-« On est toujours censé aller à Binansê? »

-« Oui, le plan initial n’a pas changé. »

-« Je n’en vois pas l’utilité. »

-« Il faut espérer que la reine du Binansêne ne soit pas décédée elle aussi… »

-« Je me demande pourquoi le Bar Thanos fait tout cela… » imposa Blaudé. »Il y a peu de chances qu’il vienne de La Faille. Pourtant il a l’air aussi opposé à Salfia et ses dirigeants que ces créatures. Cet homme est un mystère. »

-« Oui, c’est vrai. Déjà il est humain, il n’est donc pas si étranger que cela. Mais il parait pourtant si… intouchable. »

-« Tu crois que Joll retrouvera son épouse un jour? »

-« C’est de cela que vous avez discuté? » interrogea la curieuse daffilesto.

-« Entre autres, oui. Mais tu ne réponds pas à la question. »

-« Oui je le pense. Je ne vois pas trop pourquoi elle aurait disparu spontanément, comme ça. Elle est quelque part, on la trouvera, un jour, ou l’autre. »

-« En tout cas, cette femme a beaucoup de chance… »

-« Pourquoi? »

-« Elle a un époux qui l’aime aussi sincèrement et profondément qu’il est possible de l’être. D’ailleurs, je n’aimerais pas aimer quelqu’un aussi fort et ne pas savoir où il est depuis des mois… »

-« Qu’est-ce que tu en sais, tu n’as jamais aimé personne, que je sache. »

-« Certes, mais c’est évident que Joll souffre. Vivement qu’il soit soulagé, c’est tout ce que je dis », éluda Blaudé.

Entre-temps, Joll avait rejoint la jeune Jallie, qui s’entraînait visiblement à faire apparaître une glace de forme différente. Celle qu’elle venait de créer quand Joll passa la porte était cylindrique, plus ou moins.

-« Tu voulais me voir? »

-« Oui », dit presque froidement la petite en faisant éclater sa création avant de se retourner avec un regard presque intimidant.

-« Quoi? »

-« Je veux que tu m’apprennes à me battre », prononça Jallie avec une intense conviction. »Au corps-à-corps. »

-« Mmh. Bien, je vois que l’agression ne t’a rendue que plus motivée dans ton apprentissage. C’est probablement au mieux. »

-« J’en suis sûre », trancha Jallie.

-« Bien, alors par quoi commencer… »

-« J’aimerais apprendre, comment tu fais pour te libérer quand tu es saisi comme ça », démontra la jeune fille en ceinturant Joll par derrière avec ses bras, de la même manière que le galter l’avait maintenue, »en sachant que tu es moins fort que celui qui te tient. »

-« Eh bien, ça fait bien longtemps qu’une telle chose ne m’est pas arrivée », plaisanta Joll, toujours dans les bras de sa jeune amie.

-« La vantardise, c’est pas ton genre », plussoya Jallie, qui gardait principalement un air concentré malgré tout.

-« Hmhm, oui. Eh bien il y a différentes façons de t’y prendre. Selon moi la meilleure est la suivante: tu pousses fortement en arrière avec ton postérieur, et d’un coup sec, ce qui a pour effet ceci », démontra Joll en effectuant alors l’action susdite.

Il ne força même pas mais Jallie dut, malgré cela, lâcher prise.

« C’est une simple question de poids et de différence entre les muscles. Tu vois, les lombaires et jambes que tu utilises quand tu exécutes ce mouvement sont de puissants muscles, que tu utilises tout au long de la journée, ce qui a pour effet de les rendre naturellement plus forts que des petits muscles -même souvent sollicités- tels que les bras, qui servent ton adversaire pour maintenir une telle emprise. A moins que celui-ci soit fort comme un markas et toi très chétive, cela fonctionnera. »

-« Et si c’est le cas? »

-« Eh bien tu peux toujours lui filer des coups de têtes en arrière à l’aveuglette, mais sinon tu es foutue. »

-« Quoi? », s’exprima l’adolescente, insatisfaite.

-« Jallie, il n’y a pas de technique pour tout. Si tu es beaucoup plus faible que ton adversaire dans un domaine, il te battra sur les actions qui le concernent. Et si tu es plus faible dans tout, aucune capacité ne te permettra de t’en sortir. »

-« Dans ce cas, quel domaine pourrait m’aider à m’en sortir dans cette situation, si l’autre est trop fort? »

-« J’allais y venir. Il y a plusieurs options qui s’offrent à toi, comme souvent en combat quand on s’y connaît. Tu peux utiliser une arme, de la magie, le décor pour te propulser en arrière et faire chuter celui qui te tient, ou encore gesticuler dans un sens puis dans l’autre, jusqu’à ce qu’il soit déséquilibré. En tout cas, ce que je te conseille, c’est de ne jamais négliger un domaine. Deviens forte, au moins un peu, pour ne pas être absolument dominée dans ce genre de situation, c’est le mieux à faire, et ça t’évitera de gros soucis. »

Ce Joll était une vraie encyclopédie du combat et des tactiques concernant celui-ci. Et il était très bon pédagogue, probablement à force d’entraîner son fils adoré. Jallie n’avait plus aucune question à propos de ce stade du combat. A sa grande surprise, elle était satisfaite d’une réponse, ce qui fut certainement la première fois depuis qu’elle avait quitté son couvent.

-« D’accord. »

-« Bon, maintenant, je vais t’apprendre comment bien frapper. Il y a une manière de frapper efficacement. Non. Il y en a plusieurs, à toi de choisir celle qui te convient, celle qui s’adapte à toi. C’est la technique qui s’adapte à la combattante et non l’inverse, rappelle-toi-en », pointa du doigt Joll afin de s’assurer d’être bien compris par sa disciple.

Dellas se réveillait à environ 13 heures, et Dyûl le fixait avec un air de mère reprochante.

-« MMMMMmmm, quoi? » demanda bêtement le jeune homme.

-« Il est tard, gros dormeur. »

-« Ouais, mais comme on n’a rien à préparer, on peut s’en aller tout de suite, nan? »

-« Moui. Mais tu n’es pas bien discipliné », s’amusa Dyûl.

-« Oh, on dirait mon père! »

-« Il n’a peut-être pas tort », intervint Blaudé, toujours assise sur son lit.

-« Tu vas pas t’y mettre, toi aussi. De toute façon mon père a raison, c’est sûr. Mais il faut dire que j’aime bien avoir tort quand cela me permet de dormir plusieurs heures, pénard. »

Dyûl nia joyeusement de la tête, avant de jeter à Dellas sa poche, qui était sur le plancher.

-« On y va », ordonna la meneuse.

-« Eh, les acharnés, Dyûl veut qu’on parte, maintenant! » cria Dellas en entrouvrant la porte du jardin, une fois dans la salle du rez-de-chaussée.

-« Bien, on arrive », répondit compréhensivement son paternel.

-« Merci pour votre accueil, au revoir! » gratifia Dyûl en passant devant le comptoir de l’auberge.

-« Il n’y a pas de quoi, revenez quand vous le voulez, chère demoiselle! »

-« Où va-t-on? » demanda Jallie une fois que le groupe marchait à allure réduite dans les rues de Brenadad.

Elle prononça ces mots en regardant Joll, qui répondit par un autre regard lancé vers Dyûl.

-« A Binansê. C’est la capitale du royaume du Binansêne, celui que nous atteindrons dans peu de temps. »

-« Malheureusement », regretta Dellas, vraisemblablement mécontent à l’idée de pénétrer dans un royaume.

-« Dellas et la loi… » plaisanta Dyûl en réponse au comportement négatif de son compagnon d’armes.

-« Dellas et la loi… » répéta Jallie sans trop savoir pourquoi.

Elle reprit après une courte pause:

« tu peux me montrer où se trouve Binansê sur la carte, Joll? » demanda-t-elle, alors que ce dernier avait déjà récupéré son morceau de tissu dans le petit sac de son fils.

-« Voilà, juste ici », pointa-t-il. »Ce n’est pas très loin comme tu peux le voir. »

-« Tant mieux alors » positiva l’aventurière en herbe.

Le groupe se trouvait déjà à la limite de la ville de Brenadad. Ils se retrouvèrent alors sur l’herbe brunâtre qui recouvrait les alentours. Celle-ci sifflait quand on marchait dessus, un bruit d’herbe venteux et délicat. Zacri ne disait mot depuis son retour la veille, l’air pensif. Ils aperçurent une route de terre non loin qui se dirigeait vers le sud/sud-est, menait donc à Binansê à coup sûr. Ils l’empruntèrent aussitôt, et marchèrent en silence.

Le groupe croisa le chemin de quelques passants, des galters, des harnassiens, des humains. Certains possédaient de petits familiers ressemblant à des rongeurs, aux oreilles longues et aux poils plutôt longs et visiblement doux. Leur couleur différait. Il y en avait même un vert! Il suivait de près sa maîtresse, une harnassienne aux cheveux aussi verts que lui, habillée très élégamment. Au loin, la route longeait une forêt au bois vert d’eau. C’était la forêt de l’ouest, appelée ainsi en raison du fait qu’il n’y avait pas de forêt plus à l’ouest qu’elle, que ce soit sur le grand continent, ou même dans tout Salfia, car aucune forêt ne se trouvait en Hakinal. Et aucune forêt de grande taille ne se trouvait en Emistil.

-« Et qui gouverne Binansê? » demanda sympathiquement Jallie pour briser le silence régnant.

-« La reine Veriona Delmoso. Une harnassienne qui a l’honneur de régner sur le royaume le plus vieux de tout Salfia, selon beaucoup d’écrits », enseigna Joll.

-« Mmh, quand même », acquiesça l’intéressée, fascinée.

-« Elle est assez sympathique, pour une reine. Il y a des chances qu’elle nous prête main forte en tout cas. »

-« Je n’en suis vraiment pas persuadé », négativa Dellas.

-« Tu sais fils, je ne t’ai jamais vu aussi pessimiste. »

-« Il y a de quoi, oui, les reines, aider un groupuscule en leur offrant effectifs et moyens pour combattre des monstres gigantesques? Je n’y crois vraiment pas, moi! Rappelle-toi de ce que je dis, tu verras quand on sera devant la reine du Binansêne », dit Dellas en s’adressant à Jallie.

-« Je tâcherai. Mais tu nous portes la poisse alors arrête un peu », répliqua sa jeune interlocutrice.

La grande route devenait alors bossue et creusée, et de la végétation sauvage y poussait de manière hasardeuse.

-« Cette route a une histoire, tu sais Jallie? » débuta Joll.

-« Raconte », dit-elle simplement.

-« Tu te rappelles de la pièce d’hier soir, au Temia? Eh bien, la grande majorité des batailles entre le Binansêne et le royaume qui se trouvait fût un temps autour de Brenadad ont eût lieu ici. C’est pourquoi ce large chemin se présente assez… rugueux. Le roi de Brenadad contenait avec ses troupes l’armée du Binansêne, avec une ardeur peu commune. Il ne voulait absolument pas laisser l’envahisseur parvenir à ses fins. Coûte que coûte, il a défendu son territoire. Il croyait en la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Son royaume était souvent critiqué, car les autres reines le trouvaient trop faible, son peuple trop libre. En effet, ce roi était un excellent dirigeant. »

-« Mais l’annonceur, hier, il parlait de créatures maléfiques, non? »

-« Exact. Tu es attentive, c’est très bien. En effet, les troupes du Binansêne n’étaient pas seules, elles. On dit que la reine de l’époque avait pactisé avec une sorte de démon, qui avait pris possession de sa fille unique, et avait alors fait jaillir son armée ténébreuse. Une histoire sombre, très sombre… »

-« Oui… »

-« Tu sais pourquoi je te raconte ça? »

-« Parce que… Le roi ne s’est pas laissé effrayer par les créatures maléfiques qu’on lui opposait. Il a combattu malgré tout. Et tu compares cette situation à la nôtre aujourd’hui, c’est ça? » devina Jallie alors que le groupe avait ralenti le pas.

-« C’est exactement cela », riota Joll avec une pointe de satisfaction.

Il plaqua ensuite une main sur l’épaule de Jallie et enchaîna:

« On est peut-être peu nombreux, mais il faut nous battre pour débarrasser ce monde de Sahon et Doln. Dyûl a prit une bonne décision. Et une décision lourde à porter, car quoi qu’il arrivera durant notre entreprise, les pertes, les baisses de morales, les accusations, tout cela… Ce sera elle qui en prendra la responsabilité. Tout. Elle savait ce que cela impliquerait. Et à l’image de ce roi légendaire, elle accepte ce fardeau. Alors dis-moi, Jallie: est-ce que Dyûl va porter ce fardeau seule? » dit Joll en élevant la voix.

-« Non! » reprit Jallie avec assurance, avant de se tourner vers l’harnassienne au grand cœur. »Je suis avec toi, Dyûl, quoi qu’il arrive, tu pourras compter sur moi. »

La daffilesto sourit aussi sincèrement que sa gratitude le voulait. Elle dirigea ensuite ses yeux vers Joll, le remerciant du regard. Même Dellas semblait beaucoup plus volontaire. Joll avait motivé les troupes, et c’était quelque chose qui avait bien besoin d’être fait. L’exemple du Roi Blanc accompagnerait nos héros pour toujours à compter de cet instant.

Une fois plus loin, le groupe arriva devant de nombreux piques plantées dans le sol, ressortant à peine, traçant une ligne pointillée coupant la route.

-« Et voilà… » soupira presque Dellas, l’air pensif. »Tu te souviens de ce que j’avais dit papa? »

-« <<Jamais je ne retournerai dans un royaume, plutôt mourir.>> »

-« Et bien, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis… » conclut le jeune homme en enjambant les piques.

Ces dernières étaient larges d’un demi mètre et complètement ancrées dans le sol. Cet acte avait une symbolique forte, sa jeune amie le comprenait même avant qu’on le lui explique.

-« Ces pointes désignent les limites des royaumes », expliqua brièvement Dyûl, l’air neutre.

Jallie lui répondit par un hochement de tête et traversa la limite à son tour, suivie de près par le reste du groupuscule.

En fin d’après-midi, c’est-à-dire aux environs de 25 heures, les compagnons arrivaient tout juste à l’entrée de la ville de Binansê, capitale du Binansêne


J’espère que ce récit vous plaît toujours autant! 😉

Rien N’est Définitif

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, LE blog des créateurs indépendants.

Aujourd’hui, comme promis dans le dernier article, on va ôter un grand poids de vos épaules.
Ce n’est pas toujours facile de se mettre à la création, quand on débute on peut ne pas savoir par où commencer ou trouver que ce que l’on fait est nul.

Sachez une chose, principalement ceux qui écrivent des romans ou développent des jeux vidéos :

Ce que vous faîtes n’est pas définitif.

Je vous le dit parce que cela m’est arrivé, quand je débutais, de croire que ce que j’écrivais était fixé. Que si je mettais 6 mois à écrire le roman, il serait fini, à l’exception des corrections orthographiques etc. Mais ça ne marche pas comme ça. Il faudra revenir arranger ce que vous faîtes.

Voyez cela de façon positive. Ce que vous faites, qui est déjà super et très personnel, vous ne le changerez pas pour qu’il soit moins bien, évidemment. Si vous revenez sur tel ou tel détail, c’est parce que vous allez l’améliorer (qui se rappelle du premier monologue de Samos dans Jak 1?). Donc, après correction, votre oeuvre sera encore meilleure!

En particulier pour les romans, peut-être que c’est mal écrit, que les dialogues ne sont pas naturels (oui!) du tout, que les événements s’enchaînent mal. Mais ce n’est pas grave du tout. Par exemple, si vos dialogues sont mauvais, écrivez quand même le roman, et vous reviendrez pour corriger les dialogues avec vos compétences et votre expérience acquises entre-temps.

Si vous commencez votre oeuvre par une scène stylée qui n’a rien à voir avec l’histoire que vous allez conter par la suite, comme conseiller précédemment, c’est bien. Oui ce ne sera pas bon à termes parce qu’il faut que les scènes servent, c’est pas logique de commencer l’histoire par quelque chose d’inutile au fond. Mais on s’en fiche, cela sert juste à vous lancer, car le premier pas est le plus difficile. Après, vous serez plus inspirés et serez mieux par où continuer. Et vous reviendrez pour changer la scène initiale. Ou vous trouverez un moyen de la connecter à l’histoire. Quand on créer une histoire, on met souvent des choses sans liens d’abord pour tisser le lien plus tard.

Sachez aussi que vous pouvez commencer une oeuvre, la mettre en pause pour en créer une autre jusqu’au bout (ou pas), puis revenir à la première avec votre nouvelle expérience pour la mener à termes. C’est ce que je fais pour La Légende du Marin Pourpre mais on parlera en détails de mes projets dans le futur… Vous pouvez même reprendre ce que vous avez déjà fait pour l’améliorer.

Les écrivains pro reprennent sans arrêt des pans de leurs œuvres jusqu’à ce que leur éditeur leur reprenne le manuscrit de force.

Donc peu importe si vous commencez par un brouillon, quelque chose de mauvais, une oeuvre que finalement vous laisserez tomber parce qu’avec le recul elle manque d’intérêt. Le principal est vraiment de vous lancer, le reste viendra.

Ce qui est mauvais ou inutile est récupérable. Pour ce qui est des choses inutiles et comment les connecter au récit, on en parlera plus en détails, notamment en abordant comment avoir des idées.

Lancez-vous, et on verra par la suite! 😉

C’est tout ce que j’avais à vous dire pour aujourd’hui, à la prochaine chers créateurs!

 

Chapitre 9 (1/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

9ème chapitre (que ça avance..) coupé en 3, très digeste je pense. Enjoy!


Chapitre 9 : Négociations

Le lendemain matin, le réveil fut agréable pour Dyûl, qui était la première à se lever, ce qui n’avait rien de surprenant étant donné le mode de vie discipliné et exemplaire de l’harnassienne au grand cœur. Elle bâilla et s’étira de façon décontractée, puis se leva de son lit. La daffilesto descendit immédiatement du premier étage au rez-de-chaussée pour se renseigner auprès de l’aubergiste.

-« Bonjour, chère demoiselle! » s’exclama l’homme avec un entrain matinal, caractéristique des personnes exerçant son métier.

-« Bonjour, monsieur. J’aimerais savoir, à quelle heure désirez-vous nous voir quitter votre établissement? » demanda Dyûl, poliment.

-« Oh, à l’heure de manger -14 heures ici-, mais je fermerai les yeux en cas de léger dépassement de cette limite, ne vous en faîtes pas ma chère! » arrangea sympathiquement l’humain à barbe généreusement stylisée.

-« Je vous remercie sincèrement. »

De retour dans la chambre, Jallie était déjà éveillée.

-« Comment fais-tu, à ton âge, pour naturellement te réveiller aussi tôt? » s’étonna l’harnassienne.

Il était vrai que le soleil n’était même pas encore levé. Le jour n’était pas encore clair, il devait être moins de 10 heures, à peu de choses près. La jeune fille à queue naissante ne semblait pas pour autant fatiguée, même plutôt en forme, ce qui mystifiait encore plus la digne fille de Frennks Leonarde.

-« Oh, tu sais, j’ai l’habitude de me lever tôt; on me l’a faite prendre depuis que je suis bien plus jeune. Tu sais, le couvent, tout ça.. »

-« Oui, c’est vrai. Dans ce cas, viens avec moi dehors dans le jardin de l’auberge, je vais t’apprendre ce que je peux, nous avons du temps devant nous. Surtout avec Dellas: il aime bien faire la grasse matinée », chuchota Dyûl sur le ton de la confidence, collant une main au côté de sa fine bouche beige.

-« Haha, volontiers. Il y a un jardin ici? » demanda Jallie une fois dans les escaliers.

-« Oui, on peut y accéder par la porte à l’arrière de l’auberge. »

Quelques secondes plus tard, les deux récentes amies débouchèrent dans le fameux jardin. Celui-ci était très beau, et apaisant. Il était petit, et couvert d’herbe plus verdâtre que celle presque brune qui entourait la ville, donnant un air plus paisible. Il y avait un puit presque au fond, contre la parois de pierre de ce qui était probablement une maison, à en juger par le toit assez bas qui la dominait. Ce jardin ne faisait que quelques mètres carrés, mais c’était suffisant.

-« Avant que l’on commence, j’ai une question. »

-« Vas-y, Jallie, je t’écoute. »

-« Une daffilesto soutient ses alliés, les aide à rester en forme, et même en vie. Mais si elle est toute seule, qu’est-ce qu’elle peut faire, concrètement? »

-« Pas grand chose… Tu sais daffilesto est une appartenance fondée sur l’aide et la cohésion de groupe, pas pour les personnes solitaires. Mais bon, si tu veux pouvoir te débrouiller seule, tu peux coupler quelques capacités de base, même plus, avec une autre appartenance. Les appartenances ont été inventées pour classer les différents types de pouvoirs, afin de simplifier les choses. La majorité des gens se spécialisant, cela permet de savoir grossièrement ce qu’ils sont. Mais beaucoup optent pour la polyvalence en piochant plus ou moins dans plusieurs appartenances. Regarde Joll: il utilise des sceaux de levito, et se bat principalement en dlarito. Et Zacri, il utilise les arts martiaux tel un dlarito, mais les associe avec de puissantes projections élémentaires, de vent comme tu le sais, qui sont donc propres à l’appartenance kallato. Tu es absolument libre de faire ce que tu veux, ne laisse personne te guider, suis ton propre chemin. C’est la meilleure chose à faire. Moi, j’ai choisi la voie de daffilesto pure, parce qu’aider est dans mon tempérament, que je compte bien rester avec mes amis. Mais si je me retrouve seule, j’ai un petit poignard, comme toi, caché sous ma robe. C’est Joll qui me l’a offert, moi aussi. Si tu te sens de faire quelque chose, fais-le, même si cela te mène à pratiquer les cinq appartenances », monologua Dyûl avec sincérité.

-« Je comprends mieux… Je croyais qu’on ne pouvait pas exercer plus d’une appartenance, sauf dans des cas spéciaux, comme pour les éléments. »

-« Non, c’est différent. Les appartenances, tu peux les exercer comme tu veux en t’entraînant, bien qu’il y ait toujours un domaine où l’on excelle plus que les autres, et un autre moins. Quand je dis domaine, c’est au sens large. Pas juste appartenance, tu peux être douée à l’arc et ne pas être très compatible avec les armes de corps-à-corps, tout cela… Concernant les éléments, le domaine où tu excelles sera plus prononcé que pour les capacités, beaucoup plus. Pour les capacités et plus largement  ; les appartenances, être doué t’aidera mais ne t’empêchera pas du tout d’exercer autre chose très bien. Avec les éléments c’est différent. Tout le monde peut exercer tous les éléments. Mais ceux avec lesquels tu n’as pas d’affinité, qui ne sont pas tes éléments de prédilection en d’autres termes, seront très durs à maîtriser, tu ne deviendras jamais une experte à ceux-là. D’ailleurs, il est utile de savoir que si tout le monde peut, sans s’être entraîné la moindre fois, utiliser un temps soit peu son élément de prédilection, il est bien plus difficile et rigoureux de faire apparaître une miette d’un autre élément. Même les plus puissants kallatos purs utilisent en majorité leur élément propre. Certaines personnes ont plusieurs éléments de prédilection. Généralement deux, même s’ils sont rares. Certains en ont trois, et ils sont extrêmement rares. Quant à ceux qui en ont quatre, nous n’en connaissons aucun aujourd’hui, il y a juste des écrits qui en parlent. En résumé, ceux qui ont plusieurs appartenances en ont fait le choix, alors que ceux qui utilisent, maîtrisent, plusieurs éléments ont une nature à cela. Tu as tout compris? »

-« Oui, parfaitement. »

-« Une chose qui t’aidera, c’est connaître tes compagnons. Leurs éléments, appartenances bien sûr, forces et faiblesses. »

-« Alors fais-moi un topo sur le groupe! » s’enjoua Jallie.

-« Haha… Alors les appartenances d’abord », commença l’harnassienne en rapprochant son visage de celui de la jeune fille, alors qu’elles étaient assises sur le palier en bois du jardin. »Je suis une daffilesto pure, Blaudé, une kallato pure, utilise par définition les sorts élémentaires. Les autres sorts concernent les autres appartenances de magie. Dellas, un dlarito qui utilise les armes courtes et les armes de distance rapides. Joll, un dlarito et levito, qui combat à main nue, et utilise des sceaux principalement destinés au soutien et à la manipulation des lois de la physique, et Zacri est un dlarito main nue et kallato secondaire. »

-« Secondaire? » répéta Jallie.

-« Ce ne sont pas des sorts directs, mais associés aux coups, même s’il est capable aussi d’en lancer de manière conventionnelle, si je puis dire. En bref, tu ne peux pas compter sur lui en tant que kallato, si c’est ce dont tu as vraiment besoin, ce n’est pas sa spécialité, cela lui sert à être plus polyvalent et à augmenter l’impact de ses coups. »

-« Ah, d’accord… » constata Jallie, captivée par les explications que la daffilesto lui fournissait.

-« Maintenant les éléments de prédilection », poursuivit la gracieuse demoiselle. »Je suis lumière, Blaudé est foudre et chaos, -la chanceuse par excellence », jalousa faussement l’harnassienne, »Dellas est feu, Joll eau, Zacri air évidemment. Et toi glace et…? »

-« C’est tout. »

-« Tu as vérifié les autres au moins? »

-« Euh.. non, on a arrêté les tests quand j’ai réagi à la glace. »

-« Tu devrais essayer à l’avenir, sait-on jamais », sourit envieusement Dyûl. »Pour ce qui est des forces et faiblesses… »

Elle prit une grande inspiration en regroupant ses connaissances.

« Moi. Je suis une daffilesto assez moyenne, voire même plutôt faible, je ne m’entraînais pas énormément », s’excusa presque Dyûl. »Je connais relativement peu de sorts de daffilesto et j’ai une transe convenable, suis vive d’esprit, ce qui est très appréciable. J’ai tendance à avoir peur assez facilement, mais suis capable de reprendre mes moyens, surtout en présence de mes amis. Voilà. »

-« Maintenant Blaudé », intima la jeune fille, amicalement.

-« Blaudé… Elle connaît bien le travail d’équipe, même si elle n’en a pas trop l’air. Excellente kallato, capable d’envoyer des sorts puissants. »

-« J’ai vu cela », commenta Jallie.

-« Comme moi, elle est faible physiquement, quoique plus résistante tout de même. C’est tout ce que j’ai à dire sur elle. Et bien au tour de Dellas… Il est très agile, bon viseur à l’arc, mais peu diversifié par rapport à ce que sa branche offre comme possibilités. Comparé à l’amie de son père et du mien, Honesse, c’est un débutant, c’est ce que Joll dit », ricana Dyûl. »Il est souvent trop sûr de lui, mais au fond sait faire preuve de discernement, surtout quand son père est là. Ce qui nous amène donc à celui-ci. Joll possède une force absolument colossale », mystifia l’harnassienne, l’air abasourdi rien qu’en y pensant. »Il a beaucoup d’expérience et sait quand utiliser ses sceaux, qui sont bien utiles. Son épée, ou plutôt celle de mon père maintenant qu’il l’a prise, le rend d’autant plus polyvalent. Il est rapide, assez agile, et sa fureur d’Adeka est très efficace car il sait parfaitement la doser en combat. Ah, et il possède une résistance hors du commun, capable d’utiliser son énergie pour diminuer l’impact des coups mieux que personne. »

-« Comment cela? »

-« Tu vois, quand tu sais utiliser ta maul vitarri, tu peux la concentrer à l’endroit où tu vas être frapper », expliqua Dyûl. »Mais il faut pour cela être rapide et plus tu es précise plus c’est efficace. Joll parvient à diminuer grandement les dégâts qu’il prend. Et comme il encaisse comme un markas en plus, il permet au groupe d’être tranquille en accaparant l’attention de l’ennemi. Bon je te dis tout cela mais je n’en ai jamais vraiment fait l’expérience moi-même en fait. On verra bien! »

-« Oui, ça promet », plussoya Jallie.

-« Pour tout te dire, je ne lui trouve pas vraiment de défaut. Enfin si, tactiquement. »

-« Qu’est-ce que tu veux dire par là? »

-« Disons que si tu souhaites éviter un combat, il risque de compliquer cette tâche. Quand il s’agit de créatures, il est sage, mais avec les gens qui lui cherchent des noises… Tu vois ce que je veux dire. »

-« Oui oui, je saisis parfaitement! » en rit l’adolescente, qui imaginait parfaitement la scène.

-« Bien », acquiesça l’harnassienne à l’apparence soignée. »Donc il nous reste Zacri. Fonceur, trop fonceur », déplora Dyûl d’un air affligé. »Il est bon dans ce qu’il fait, et est un allié fidèle, toujours prêt à aider… Bon, voilà tout! » conclut Dyûl en frappant des mains. »Ah et la plus grosse faiblesse du groupe c’est… »

-« Oui? »

Dyûl se rapprocha, l’air mystérieuse.

-« Jallie, la jeune fille qui débute! » plaisanta à voix haute l’harnassienne.

-« Très drôle, tu verras plus tard! » contra l’adolescente d’un air faussement mesquin.

-« Bon », stoppa Dyûl, reprenant un air relativement sérieux. »Alors, tu veux apprendre à régénérer n’est-ce pas? Dans ce cas, on va commencer par apprendre les premiers soins, ceux qui servent en cas de simples égratignures, à peine plus que cela. Est-ce que tu as appris à stimuler ta maul vitarri pour accélérer ta régénération? »

-« Oui, Joll dit que j’ai une bonne aptitude à me régénérer », répondit la jeune âme avec modestie.

-« Parfait. C’est la base. Maintenant tout ce que tu as à faire, c’est viser quelqu’un d’autre pour guérir la blessure. C’est pareil que pour toi, mais sur autrui. »

-« Je croyais qu’il fallait entrer en transe pour pouvoir stimuler la maul vitarri d’autrui et ainsi l’aider à se régénérer? »

-« Oui, pour les blessures moyennes et importantes, pas les superficielles. Tu commences par les premiers soins, comme je l’ai dit. Pour cela, tu dois guérir ton allié avec ta propre maul vitarri, c’est un sort comme un autre, mais dont le but est de guérir. Tu comprends ce que je veux dire? Parce que c’est assez difficile à expliquer… » déplora Dyûl, l’air navré.

-« Oui, j’ai compris. Mais pourtant, quand Zacri est venu te voir à Gesil après le duel, tu as eu besoin de faire usage de ta transe pour l’aider. Alors que ses blessures ne me paraissaient pas très importantes… »

-« Ah bon? On voit bien que Joll ne t’a jamais tapé dessus. »

-« Parce que toi, oui? »

-« Non, certainement pas, il ne le ferait sous aucun prétexte. Mais d’autres oui, et il n’y avait qu’à les écouter, crois-moi! » clarifia la professeure en herbe.

L’élève acquiesça de la tête, puis commença à se concentrer pour tenter de faire ce que Dyûl lui avait expliqué. Cette dernière se fit volontairement une petite entaille au niveau du poignet en usant de son petit poignard azur personnel à cette fin.

« Vas-y. »

La petite humaine aux cheveux blonds se concentra sur l’égratignure de son amie. C’était bien plus ardu que de se guérir soi-même. En fait, c’était comme apprendre à faire apparaître de la glace, sauf que là, elle n’avait pas déjà ressenti une sensation qui la guiderait. C’était comme cela que l’on apprenait les autres sorts ou éléments, en essayant à tâtons. Cependant Jallie se rappelait un peu la sensation de son auto guérison, ce qui l’aida un tant soit peu à imaginer l’effet escompté. La daffilesto était réduite au silence, ceci dans le but de laisser sa jeune amie se concentrer sans l’obstruer de quelque diversion que ce soit. Au bout de nombreuses minutes à concentration maximale, alors que Dyûl restait tout-à-fait silencieuse, sa jeune disciple parvint à refermer l’entaille qui rougissait la peau claire du fin poignet.

-« Bravo! Tu vois, c’est le premier pas! Continue à t’entraîner comme tu le fais avec ton arbalète et ton élément et tu pourras nous être très utile en situation réelle! » félicita l’harnassienne, fière.

-« Et la suite? »

-« Je te propose quelque chose de plus basique, donc plus primordial. »

-« J’écoute », s’empressa la jeune élève.

-« Mais ce sera moins agréable en contrepartie. »

-« Je vais faire avec », relativisa Jallie d’un haussement des épaules, un brin exagéré.

-« C’est ce dont je t’ai parlé tout à l’heure: rassembler ta maul vitarri au point d’impact, pour réduire au possible les dégâts. Cela pourrait bien te sauver la vie, sache-le, Jallie. L’exercice sera simple. Je vais te donner un coup de poing au ventre, ici », désigna-t-elle du doigt en prenant soin de se lever, imitée dans l’immédiat par son élève. » Tu devras rassembler ta maul vitarri, exactement comme quand tu fixes une blessure pour stimuler ta régénération. »

-« D’accord… » fit timidement la blonde, pas vraiment rassurée.

-« Haha, ne t’en fais pas, je n’ai pas beaucoup de force dans les bras », rassura Dyûl.

Elle frappa du poing gauche avec entrain, en y mettant toutes ses forces. Ce qui eut pour effet aboutissant d’arracher un gémissement de douleur à la blondinette qui ne parvint pas à « recevoir », c’était le mot utilisé, le coup.

« Je suis désolée que cela fasse mal, mais je dois te frapper de toutes mes forces, comme ceci je serai sûre de mettre toujours autant d’impact dans mes coups, et ce sera plus simple pour toi de constater si tu as réussis ou non, et dans quelle mesure. Un mal pour un bien. »

Jallie hocha témérairement la tête. En y repensant, les deux galters qui l’avaient agressée la veille possédaient à-peu-près autant de force de frappe que cette daffilesto qui ne se battait jamais au corps-à-corps. Ces vauriens étaient vraiment aussi faibles qu’ils en avaient l’air, pas étonnant qu’une puissante kallato telle que Blaudé soit parvenue à les éliminer avec un seul sort.

Dyûl lança une seconde frappe, au même endroit. Mais cette fois-là, sa disciple parvint à rassembler de la maul vitarri, bien qu’en petite quantité, au point d’impact. Ce n’était pas véritablement compliqué, car rassembler sa maul vitarri était la base que Jallie avait déjà apprise. La seule différence résidait dans le temps dont elle disposait à cet effet, et le timing. C’est pour cette raison que l’ancienne sirionîte s’en sortait déjà mieux, après seulement un échec.

-« Je peux voir dans tes yeux que tu as réussi. C’est très bien, Jallie! Maintenant essaie d’en rassembler plus. »

Une troisième frappe cogna le petit ventre de la daffilesto en découverte. Celle-ci parvint à rassembler plus de maul vitarri, et ne lâcha pas le moindre signe de douleur cette fois.

-« J’ai mieux réussi… »

Une quatrième frappe. Toujours mieux.

-« A ce rythme-là, moi aussi je diminuerai les dégâts à fond, comme Joll! » s’enjoua la jeune fille qui doutait de cette facilité apparente.

-« Haha, ce n’est pas aussi simple », tempéra Dyûl. »Les débuts sont faciles, diminuer les dégâts d’un quart environ, tout le monde peut le faire. Mais diminuer de moitié, c’est tout autre chose. Et je te rappelle que là, tu sais où je vais frapper, et la taille approximative de mon poing. Ce sera bien plus difficile à deviner en plein combat, suivant l’arme, la taille, le tranchant, le sort utilisé et sa diffusion. Un sort de foudre est différemment reçu qu’un sort d’eau, ou de chaos. »

-« Oui en fait en pensant à tout, ça paraît assez difficile… Beaucoup même. Je suis étonnée, en sachant cela, que presque tout le monde peut diminuer les dégâts qu’ils reçoivent d’un quart… »

-« Attention, ce n’est pas ce que j’ai dit. Tout le monde peut, à peu de choses près, mettre assez de maul vitarri pour diminuer les dommages d’un quart par rapport à ce qu’ils devraient subir initialement. Mais cela ne veut pas dire que tous sont capables de le faire en plein combat avec tous les inconvénients que j’ai cité il y a un instant », expliqua clairement la daffilesto. » En situation réelle, la plupart des combattant subissent la quasi-totalité des dégâts, ne parvenant qu’à rassembler très grossièrement leur maul vitarri. C’est d’ailleurs en partie pour cela que les daffilestos sont aussi sollicités. Joll, lui, arrive la majorité du temps à diminuer les dégâts de moitié. Et le peu de fois où ce n’est pas le cas, il les diminue d’au moins un bon quart. Jamais il n’encaisse la totalité de ce que l’on veut lui infliger. Sauf si on arrive à l’avoir par surprise, assurément. Tu ne te rappelles pas du combat avec Zacri? Il m’a dit qu’il avait réussi à toucher Joll une fois. Pourtant Joll n’a requis absolument aucun soin. »

-« C’est vrai… »

Jallie était d’autant plus surprise en repensant au sada hamere. Cette énorme morsure n’était qu’une moitié de dégâts, puisque Joll l’avait, assurément, bien vue venir? Ce loup était vraiment mortel… Dellas n’avait rien exagéré, Joll était vraiment un combattant hors pair. Entre lui et Blaudé, sans oublier Zacri, le groupe partait sur de bonnes bases.

-« Bon, continuons, concentre-toi. »

Une cinquième frappe vint se loger dans la zone abdominale de la petite dame, qui parvint encore mieux à « recevoir » le coup. Grossièrement, Jallie évaluait la diminution des dommages à une dizaine de pourcent, une quinzaine au mieux. C’était déjà très bien pour l’instant. A la fin de la séance d’entraînement, Jallie ressentait sans étonnement une douleur criarde à l’abdomen. Dyûl remarqua qu’elle se le touchait pendant ses explications finales.

-« …ce sera mieux. Tu as mal? Ne t’inquiète pas, j’avais tout prévu! » la soulagea l’harnassienne.

Elle entra en transe, et Jallie sentit en une seconde son bleu disparaître. Dyûl n’était pas si juste-juste, en tant que daffilesto, contrairement à ce qu’elle pensait, selon Jallie. Le visage de nouveau lumineux, la jeune fille souffla.

-« Allons voir si les autres sont réveillés, maintenant », proposa l’harnassienne avec un clin d’œil.

-« Non, moi je vais rester ici. Si Joll est levé tu voudras bien lui dire de venir me voir, s’il te plaît? »

-« Oui. Mais on devra partir bientôt, si tout le monde est réveillé. M’enfin, compte sur Dellas pour te donner un délai… » ironisa Dyûl en refermant la porte arrière de l’auberge.

Elle jeta un coup d’œil à l’horloge qui se trouvait juste au-dessus de la tête de l’aubergiste. Bientôt 12 heures.


Si vous avez une remarque, n’hésitez toujours pas!

Et si vous avez un texte à partager, pareil 😉

Chapitre 8 – Chroniques de Salfia Tome 1

Chapitre 8. En une seule partie assez longue, mais le couper aurait donné des petites parties pas très logiques. Et puis les dialogues sont divertissants, vous verrez!


Chapitre 8 : Le Temia

Jallie contempla Blaudé dans son ensemble. Cette harnassienne était à la fois calme, déterminée et sûre d’elle. Elle inspirait le respect par sa simple présence, et la jeune dame ne put s’empêcher de l’admirer pour cette qualité si rare.

« Où sont-ils? » insista la magicienne.

-« I-Ils sont en ville. Dyûl et Zacri aussi », balbutia la blondinette, que la kallato mettait mal à l’aise, de par sa prestance, et le fait de l’avoir sortie d’un sacré pétrin.

-« Dyûl et Zacri tu dis? » s’étonna l’harnassienne aux cheveux blonds. »Je suppose que les Gomfore sont allés voir Dyûl, et qu’elle les a convaincus de nous accompagner. Évidemment, cela arrange bien les choses. Bien, dans ce cas, mène-moi à eux. »

-« En fait ils ne sont pas tous au même endroit. Mais je sais que Dyûl est à l’auberge La Fée d’Orné! » s’exclama Jallie, pour arrondir les angles.

-« Alors allons-y », lui intima la kallato.

L’adolescente courte sur pattes prit les devant en s’extirpant du coin isolé. Blaudé lui emboîta le pas. Aucune expression ne s’affichait sur son visage, alors que Jallie, elle, était encore sous le choc. C’était la première fois qu’elle s’était sentie autant en danger. Elle repensa alors aux avertissements de Tilia, la pejûle du couvent. Le monde était vraiment dangereux, même s’il paraissait généralement assez raisonnable. Dyûl aussi ne lui avait pas menti; les gens étaient vraisemblablement la première cause de mortalité non naturelle en Salfia. La jeune fille accusait le coup.

-« Tu sais où tu vas, au moins? » s’enquit Blaudé, en apercevant la scène de la fête.

-« Oui, nous y sommes presque. »

Tout à coup, un cri à la fois rugissant et amical surgit de derrière les deux femelles, ce qui eût pour effet de les faire se retourner, aussi surprises que les gens aux alentours.

-« Te voilà enfin! Cette fois c’est toi qui nous as fait attendre, pas vrai? » s’exclamait Zacri.

-« Je me suis dit que tu aimerais avoir du temps libre à consacrer à ton entraînement », rétorqua habilement Blaudé Milnol.

-« Mmhm, une attention fort appréciée! » ironisa le combattant, avant de jeter un regard légèrement étonné à Jallie, pour ensuite enchaîner. »Vous avez déjà fait connaissance, toutes les deux? »

-« Rapidement. »

Dellas et Joll étaient déjà dans la chambre louée gratuitement par Dyûl, en compagnie de cette dernière. Finalement, Dellas avait pu faire l’acquisition de ses nouvelles dagues, et avait vendu celles qui seraient désormais inutiles. Il jonglait avec enthousiasme avec ses nouvelles lames courtes.

-« Tu n’as toujours pas de nouvelle de ta chère amie télépathe? » questionna Joll, avec une certaine désinvolture.

-« Non, pas encore », admit Dyûl, avant que des phalanges frappent à la porte en bois de la chambre.

La daffilesto s’empressa d’ouvrir au visiteur, laissant ainsi Jallie, Blaudé, et Zacri apparaître juste devant elle.

-« Tu es là! » s’exclama Dyûl.

-« Qu’est-ce qui t’es arrivé, Jallie? » s’inquiéta Joll en se levant du lit sur lequel il avait posé son corps.

En effet sa jeune amie avait encore une petite marque rouge, vestige de l’altercation précédente.

-« J’ai eu un problème en me promenant en ville », soupira la petite humaine, en faisant trois pas pour entrer dans la chambre rejoindre son interlocuteur.

-« Comment ça? » s’écria presque la sentimentale Dyûl.

-« Je marchais un peu plus loin, là où il y avait moins de foule, je visitais tranquillement la ville et puis je me suis faite agresser! Deux galters m’ont frappée et m’ordonnaient de leur donner mon argent et mes vêtements. J’ai voulu sortir mon poignard pour me défendre mais je n’ai pas pu m’en sortir et ils m’ont frappés encore. Ensuite l’un deux m’a attrapé, je voulais qu’il me lâche alors je me suis débattue mais il était trop fort »

-« D’accord, d’accord », coupa affectueusement Joll en lui prenant la main, voûté pour être à son niveau, « calme-toi Jallie, tout va bien maintenant. »

La concernée, dont le cœur battait la chamade en repensant à son altercation, se sentait honteuse et surtout, faible, pour ne pas dire insignifiante. Elle avait promis à son amie Tilia d’être forte, mais elle n’avait pu l’être à ce moment. Elle manquait encore d’expérience. Elle n’avait jamais imaginé que devoir faire face à une autre personne pouvait être si intimidant, si oppressant. Avoir quelqu’un d’autre qui vous veut du mal, quelqu’un comme vous, mais dont la haine ou autre chose conduisait à vous en vouloir. Quelqu’un qui comme vous possède des sentiments, la vue, le toucher, mais qui était de l’autre côté de la barre. C’était une sensation unique. Et être impuissante face à cette personne l’était d’autant plus. Mais en voyant les yeux de l’homme mate délicatement posés sur elle, pleins de compassion, Jallie souffla profondément pour se reprendre.

-« Et comment tu t’en es sortie? » demanda Dellas, dont le regard était lui aussi changé par la situation.

En fait, tous étaient compatissants, même la kallato qui ne le montrait presque pas.

-« Blaudé. Blaudé m’a défendue », avoua Jallie, en se tournant vers sa sauveuse.

Tout le monde fixait alors cette dernière. Joll se redressa, en lançant un regard empli de gratitude à l’harnassienne.

-« Merci. Merci beaucoup. »

Blaudé répondit simplement par un signe du menton. Jallie fut surprise en observant le comportement de Joll. On aurait dit un père. C’était comme cela que Jallie imaginait un parent protecteur, et c’est exactement la réaction dont elle était témoin.

-« L’important est que tu sois en vie. La prochaine fois, tu veilleras à rester avec l’un d’entre nous », déclara Zacri pour détendre l’atmosphère.

-« Oui », plussoya Dyûl avec un regard plein d’affection. »Alors, Blaudé, en ce qui concerne ta mission? »

-« Il y a eu… Une complication. »

-« Quoi donc? » interrogea Zacri en croisant ses bras.

-« Il se trouve que le gouverneur de Grandatum est mort quelques jours avant mon arrivée dans la ville. Pour l’instant Grandatum se trouve dans un… chaos irrégulable. »

-« Ah… »

-« Eeeeuh… » firent les Gomfore, de concert.

-« Dîtes-moi que vous n’avez rien à voir avec cela, je vous en prie… » lâcha Dyûl en les regardant avec un visage déconfit.

-« Pas directement… » répondit Dellas qui rougissait et faisait une moue de honte.

-« On a eu des problèmes là-bas et on a dû faire équipe avec le Bar Thanos. C’est lui qui l’a tué », affirma Jallie.

-« Le Bar Thanos! » articula méticuleusement Zacri, visiblement très surpris par cette déclaration.

-« De toute façon, il n’aurait rien fait pour nous aider. Cet homme n’était qu’un égoïste paresseux », fit remarquer Blaudé, ni chaude ni froide.

-« Oui je pense… De toute façon, maintenant on n’a pas le choix. »

-« Attendez, c’est pour ça que Blaudé n’était pas avec vous et qu’elle est partie avant? Pour aller voir le gouverneur? » s’enquit Joll. »Pourquoi on y est pas tous allé dans ce cas? »

-« Je devais attendre Zacri, qui est rentré peu avant votre arrivée », expliqua Dyûl. »J’ai donc envoyé Blaudé pour accélérer les choses. Surtout que le gouverneur l’appréciait particulièrement. »

-« Tiens donc… » ironisa Dellas.

Il fallait dire en effet que l’harnassienne n’était pas désagréable du tout à regarder. Et puis c’était le genre du jeune homme des montagnes, à peu de choses près. Son géniteur jeta un coup d’œil par une des fenêtres de verre de la chambre, après avoir remarqué un éclairage provenant de la scène, qui se trouvait très près de l’auberge La Fée d’Orné. Les grandes torches éclairaient les lieux, et un large feu, s’agitant dans un grand récipient plat d’un mètre de diamètre, donnait un aspect encore plus sympathique à la fête. Des danseuses commençaient à divertir la galerie. Il y avait aussi des danseurs, contrairement à plus tôt. Bien sûr, de la musique était jouée, et l’ambiance festive lancée promettait beaucoup.

-« On dirait que la fête a commencé! » annonça joyeusement le guerrier. »Il y a même un banquet! Nous devrions nous hâter, non? »

-« Oui, allons-y! Tu viens Jallie? » fit Dellas avec autant d’enthousiasme.

-« Bien sûr que je viens! » assura la jeune fille, un grand sourire décompressé ornant son doux visage enfantin.

Les trois compagnons sortirent précipitamment de la chambre.

-« Et alors, allons-y nous aussi! Autant en profiter! » lança Dyûl en se mettant à courir elle aussi, hors de la chambre.

Zacri la suivit rapidement, pressant le pas. Enfin, Blaudé sortit calmement de la salle.

-« Elle n’a même pas pensé à fermer… »

La mage souriait sincèrement. Elle était ravie de voir son amie de longue date aussi enjouée. Zacri lui n’avait qu’une idée en tête: retrouver la danseuse harnassienne. »Elle ne m’a même pas dit comment elle s’appelait« , cogita-t-il. »Remarque, moi non plus« . Quand les Gomfore et Jallie sortirent de l’auberge, beaucoup de gens étaient installés autour des tables récemment placées pour les accueillir.

-« Celle-là est vide », désigna Joll.

Ils prirent place à la table, qui par chance se trouvait juste à côté d’une partie de la grande estrade. Le grand feu de celle-ci les éclairait on ne peut mieux. Un harnassien souriant leur apporta vite des amuse-bouches, ce personnage était habillé proprement, avec des vêtements fabriqués à partir des meilleurs tissus de Salfia, à n’en pas douter. Il leur souhaita un joyeux Temia et repartit aussitôt. A en voir la tête que tirait Dellas, ces aliments étaient une aubaine venue du ciel. Il plongea franchement sa main dans un grand bol d’apéritifs croquants et salés, avant de les porter à la bouche comme un goinfre.

-« Ça c’est ce que j’aime: bon et gratuit. On a bien fait de venir tu vois! » s’extasia le jeune homme devant son géniteur.

Ce dernier acquiesça d’un souffle, et il but une grosse gorgée de ce qui était contenu dans sa mystérieuse gourde, qu’il portait à la hanche.

-« Qu’est-ce qu’il y a là-dedans? » se risqua Jallie.

-« Un médicament spécial. C’est une longue histoire », éluda le quadragénaire.

-« On a tout notre temps, je crois », incita la jeune fille en montrant la fête d’un grand mouvement de bras.

-« Oui », admit Joll avant de poursuivre. »Eh bien étant plus jeune, j’ai traîné où il n’aurait pas fallu, et un parasite a jugé bon de venir vivre dans mon estomac. Depuis, je dois boire ce truc régulièrement pour le garder endormi. Et si c’est un puissant somnifère pour cette bestiole, c’est plutôt toxique pour mon bide, alors il faut que j’en boive juste avant les repas, pour atténuer les effets secondaires indésirables. En gros, c’est ça. »

-« Rappelle-moi de jamais dormir n’importe où », plaisanta sympathiquement la petite humaine.

-« Oh mais moi vivant, jamais tu ne passeras la nuit là-bas. »

-« Tant mieux dans ce cas », dit Jallie en piochant dans des légumes secs, dont l’odeur faisait envie.

-« Mais qu’est-ce qu’ils font ceux-là? » grogna Joll en voyant les trois autres membres du groupe les chercher plus loin, au milieu des tables.

Ses deux compagnons se retournèrent alors.

« Eh, Dyûl! » interpella franchement le quadragénaire, sans effet à cause du bruit ambiant.

Jallie siffla. Zacri se retourna vers eux en entendant le bruit strident, et tapota sur les bras de ses camarades harnassiennes pour les prévenir. En un instant, ils furent à table avec l’autre partie du groupe héroïque.

-« Vous nous avez pas vu? » s’enquit Joll en faisant une moue surprise.

-« Il est pas assez gros pour que vous le repériez? » intervint son enfant avec sarcasme.

-« Normalement quand c’est du muscle on ne dit pas <<gros>>. »

-« Je vois que vous n’avez pas pensé utile de nous attendre pour entamer les apéritifs », constata Zacri.

-« Premiers arrivés, premiers servis, c’est ce que je dis toujours moi! » lança Dellas la bouche à moitié pleine.

-« Zacri aussi », ricana Dyûl en se servant dans un bol rempli de petits aliments sucrés et colorés. »Enfin, sauf quand c’est lui le dernier! »

Soudain, Jallie toussa fortement. Ses yeux étaient presque rouges, et sa peau aussi. Joll rit nerveusement, ce qui ne plut pas à sa jeune amie.

-« Ça pique, hein! »

-« C’est pas drôle! » gronda Jallie entre deux toussotements, la larme à l’oeil.

Zacri était déjà captivé par la présence de la tant attendue danseuse harnassienne, qui gesticulait avec une grâce inégalée sur la scène de bois. Un sourire amoureux s’inscrit rapidement sur son visage, ce qui ne manqua pas de déplaire à Dyûl. »Pourquoi c’est toujours les femelles de ce genre qui plaisent aux mâles? » s’agaça intérieurement la daffilesto. Mais elle tourna rapidement le regard vers Jallie, pour oublier ses griefs. La jeune fille l’avait visiblement remarqué, car elle adressa un petit sourire amical à l’harnassienne, qui le lui rendit, comprenant la futilité de son ressentiment.

Blaudé ne mangeait pas beaucoup, et picorait surtout dans le bol contenant les apéritifs salés, avant de les tremper, dans la sauce piquante de couleur verte, assombrie par la nuit presque entièrement tombée. Cette sauce liquide était assez agressive pour rebuter les amateurs de sensations gustatives fortes. Mais cela ne dérangeait pas la mage, qui en avait l’habitude. Les danseuses descendirent de la scène surélevée, pour laisser place au jeune garçon que Jallie avait vu s’entraîner quelques moments auparavant.

Cet enfant faisait face à plusieurs cibles installées exprès pour sa démonstration d’adresse magique. Il regarda un instant les petites boules de laine blanche, attachées au bout de longs bâtonnets disposés verticalement sur la scène. Les six compagnons, à l’instar du reste de la foule, l’observait attentivement, quand il démarra. Il frappa plusieurs cibles en soufflant ses minuscules boules de feu. Il demanda ensuite à un volontaire de monter, et fut rejoint par une humaine aux cheveux bruns bouclés. Il lui tendit deux bâtonnets ornés d’une boulette de laine, que l’assistante devait bouger dans tous les sens. Il souffla alors sur celles-ci. Il réduit en cendre les boules de laines, sans laisser de trace, visible, sur les bâtonnets.

-« Regarde », murmura Dellas à l’oreille de Jallie, avec un air malicieux et complice.

Le petit garçon demanda à la femme de lancer deux autres bâtonnets en l’air. Il en toucha un, mais sa deuxième boule de feu s’arrêta en vol, sans pouvoir toucher la deuxième boulette de laine. Il ne comprit pas pourquoi, comme les témoins du spectacle. C’était un coup de Dellas, qui avait fait discrètement apparaître une petite flamme sur le chemin de celle du garçon, ce qui avait eu pour effet de la stopper sans raison apparente. Pour cela, Dellas avait fait preuve d’un timing exact, assez impressionnant. L’ayant repéré, son père lui jeta un regard complice à son tour, quoiqu’un tantinet reprochant. Exactement le même regard que Dyûl lui lança à quelques secondes d’intervalle. Jallie lui tapa la main en prenant garde à ne pas rire trop fort. Mais le jeune homme sur scène recommença l’opération et toucha ses cibles, avant de clôturer sa démonstration, applaudi par une grande partie des gens qui entouraient la scène de fête.

-« Il est doué pour son âge », fit remarquer Joll.

-« S’il allait à l’Académie de Foranon, il aurait un avenir absolument prometteur! » annonça Dyûl.

-« C’est quoi, l’Académie de Foranon? » répéta Jallie, intriguée.

-« Une sorte de grande école où l’on va pour se perfectionner en magie. Daffilestos, kallatos, hazatos et même levitos y vont pour développer leurs capacités! Blaudé y a passé deux ans. Ils ne prennent pas tout le monde. Si ce garçon y allait, il deviendrait très fort, sans nul doute », s’enjoua Dyûl, le regard admiratif. »Et puis là-bas, personne ne l’embêterait », ajouta-t-elle en lançant un regard bref à Dellas, qui lui répondit par un sourire narquois.

Blaudé garda pour elle l’objection qu’elle aurait pu émettre quant à cette dernière affirmation.

-« Je vois… Mais dis-moi au fait, Dyûl, qu’est-ce qu’il faut être capable de faire pour être une bonne daffilesto? »

-« Celle qui endosse le rôle de daffilesto supporte la tâche la plus pressante du groupe. Elle doit être capable de divulguer des soins puissants, rapides, continus… Et elle doit être capable de réagir au dixième de seconde, sinon le risque de mort en cas de grosse blessure est multiplié jusqu’à être total. Ça demande de l’altruisme évidemment, mais aussi du sang froid, et un esprit tactique dans l’idéal. Ce n’est pas chose aisée que d’être la régénératrice de l’équipe! Mais c’est aussi indispensable. »

-« Ça c’est sûr! » plussoya Joll avant de boire dans son verre métallique.

-« Pourquoi, tu voudrais exercer cette appartenance? »

-« Je ne sais pas », éluda Jallie. »Mais je pense en tout cas que cela m’intéresserait beaucoup! » affirma-t-elle avec conviction, en basculant sa tête en arrière avant de la faire revenir à sa place.

-« Je t’apprendrai quelques choses pendant le voyage. »

Ce n’était pas une question que Dyûl venait de formuler. Cela convenait parfaitement à l’adolescente en soif de connaissance et de pratique. A quelques tables d’eux, la danseuse aux goûts de Zacri repéra ce dernier, et lui adressa un bref signe de la tête pour lui faire comprendre qu’elle l’invitait.

-« Je reviendrai », fit noter le combattant en armure, dont le visage était orné d’un sourire en coin.

Et pourtant il n’y avait ni voitures ni commissariats en Salfia.

-« Prends ton temps, Zacri », persifla Dyûl qui ne parvint pas à cacher entièrement sa colère.

-« Si il te plaît tu devrais lui faire savoir, tu sais », lui lança Dellas, muni d’un air à moitié taquin.

-« Cela n’a rien à voir », se justifia calmement l’harnassienne aux cheveux de minuit. »C’est une question de principe. C’est vrai, personne ne fait jamais attention aux femelles comme moi! »

-« Aaaah, la jalousie… » souffla le jeune adulte en fixant son interlocutrice, qui le fascinait visiblement.

-« A ma place, tu le serais aussi. »

-« Touché. Et c’est souvent le cas. »

-« De quoi tu veux parler? »

-« Les femelles font généralement plus attention à l’autre qu’à moi, tu sais », dit-il en désignant son père d’un mouvement du crâne. »Elles aiment les tas de muscles aux cheveux longs, faut croire… »

-« Elles savent pas ce qu’elles ratent! » ironisa Joll avec bonne humeur.

-« C’est injuste tout cela », pouffa Dyûl, avec une moue désespérée.

-« Si seulement vous vous entendiez parler… » s’indigna Blaudé.

-« C’est facile à dire pour toi, t’as pas à te plaindre! »

-« Je suis déçue », intervint Jallie dans la discussion. »Je te voyais comme un exemple parfait à suivre, mais tu possèdes le défaut de la jalousie tout compte fait. »

-« Eeeeh, fais attention toi ou je t’apprends rien! » lança la concernée avec un faux air menaçant, presque rieur.

L’osmose était parfaite entre ces deux-là. Elles s’entendaient déjà très bien malgré leur rencontre récente. Comme quoi, Joll ne s’était pas trompé.

-« Et le chantage maintenant… » s’écria presque Jallie avec un grand sourire plaisantin sur le visage.

-« C’est vrai, je suis parfois jalouse. Mais ça ne t’empêche pas de me prendre en exemple », poursuivit l’harnassienne, faisant mine d’être hautaine et désintéressée.

-« Mais depuis quand tu plaisantes autant, comme ça? » s’étonna Dellas.

-« Depuis qu’elle a rencontré Jallie, il faut croire », répliqua Blaudé en souriant de ses charmantes lèvres rouges et bombées.

-« Oh, vous me fatiguez. Tu viens Joll, on va danser sur la piste nous aussi? » proposa joyeusement l’harnassienne, dont le faux agacement ne trompait personne.

Le père Gomfore tourna la tête vers la scène, qui s’était remplie de danseurs amateurs sans qu’il s’en soit rendu compte. En fait, personne à la table ne l’avait remarqué, même Dyûl venait de s’en apercevoir.

-« Pourquoi pas? » se dit l’homme à la peau mate en se retournant vers sa future partenaire de danse.

-« Tu sais danser, toi? » se moqua son fils pendant qu’il se levait.

-« Un combattant sait danser, le combat et la danse sont liés. Je te l’ai dit, mais tu ne m’écoutes pas », rétorqua Joll avant d’emprunter la main de Dyûl.

-« Mais ils sont sérieux en plus », s’indigna presque le fiston une fois le duo parti.

Jallie le regarda avec un regard enjoué et haussa les épaules.

-« Une table pour deux, quelle délicate attention », remarqua Zacri en prenant place à ladite table.

-« Il fallait bien cela. Je n’ai pas du tout envie qu’on nous dérange, voyez-vous. »

-« Je ne vois pas, mais je comprends très bien. »

L’harnassienne aux cheveux bruns riota. Elle avait des yeux d’un vert sombre ébahissant. Son habit de danse rouge et émeraude lui seyait parfaitement. Ces habits de grande qualité étaient ornés de dentelles blanches assez discrètes, et de boutons noirs bien placés au centre. Des épaulières noir de nuit lui donnaient presque des épaules carrées, la rendant classe et très présentable.

-« Votre tailleur a dû en baver, si je puis me permettre », complimenta Zacri Felenas.

-« Oui, c’est bien possible », ricana l’harnassienne, »mais les efforts valaient le coup, n’est-il pas? »

-« Assurément. »

-« Peut-être serait-il temps de me donner votre nom? » proposa la jeune personne.

-« Oh, mais je vous laisse prendre l’initiative, ma chère. »

-« MMmmh, je sens que je vais passer une bonne soirée », marmonna-t-elle avant de boire une gorgée. »Je suis Dina Tanarien, humble danseuse langhoise. Et vous? »

-« Mon nom est Zacri Felenas, l’inarrêtable Zacri Felenas, pour vous servir. »

-« Ah oui? » hasarda Dina, vraisemblablement aise de cette annonce arrogante, alors que l’homme lui prit la main pour l’embrasser respectueusement.

-« Mais oui. Mais dîtes-moi, Dina, que faîtes-vous à Brenadad si vous ne venez pas d’ici? Vous êtes de passage, allez quelque part en Hakinal peut-être? »

-« Non non, rien de cela, je suis simplement venue offrir mes services, et profiter du Temia, tant qu’à y être. Autant ne pas mourir bête », expliqua l’harnassienne avec une voix enchantée. »Et vous, mon cher Zacri, que fait un combattant tel que vous à Brenadad? »

-« Oh, une longue histoire », éluda le concerné en fixant sa proie.

-« J’ai tout mon temps, personne ne m’attend. »

-« Haha, fort bien. Voyez-vous l’harnassienne aux cheveux bleus à… »balbutia-t-il en cherchant Dyûl du regard à la table où les autres étaient. Il finit rapidement par la trouver sur la scène. »Qui… danse… là », désigna Zacri, déboussolé à la vue de son amie et de Joll qui dansaient au milieu de beaucoup d’autres participants à la fête. »Avec l’homme costaud, est une vieille amie à moi, nous nous connaissons depuis notre enfance sur l’île de Gesil. Et elle a récemment décidé d’entreprendre un voyage vers le sud, à Kenardile, en Ornance. Ceci afin d’organiser un soulèvement contre les fléaux que sont Doln et Sahon. Nous comptons renvoyer la sorcière de la lune d’où elle vient, et nous approprier ce qui deviendra le quartier général de la résistance, non seulement face aux créatures, mais aussi face aux royaumes, factions, et autres religions abusives. Ainsi nous comptons changer la donne. »

Zacri avait volontairement omis de parler du démon des cieux. L’existence de cette créature étant discutée et considérée comme absurde par certaines personnes, il voulait éviter que sa conquête le voie d’une manière indésirable. L’harnassienne acquiesça avec un gloussement bienveillant.

-« Vous avez tous un grand courage, c’est certain. Je suis peut-être en train de bavarder avec l’un des futurs sauveurs de Salfia! C’est encourageant » conclut Dina avec un regard admiratif. »Mais pourquoi vous embêter à combattre une sorcière qui n’a rien à voir avec tout cela? »

-« Les sorcières sont opposées activement aux autres races. Elles font partie des fléaux de Salfia. Il nous faut d’ailleurs un endroit grand, et proche de la mer. De cette façon nous enverrons un message clair aux sorcières, ainsi qu’aux reste des salfiens qui verront que nous sommes investis et capables. »

-« Ah. »

-« Nous comptons demander de l’aide aux royaumes que nous traverserons. »

-« Pour cela je vous souhaite bonne chance, Zacri, et il se trouve que je peux peut-être vous aider dans votre quête. »

-« Comment cela? » s’étonna le blond platine.

-« C’est-à-dire que ma parole a un certain effet sur le roi du Langhart. Je tenterai de le convaincre de vous aider. Mais bien sûr je ne peux rien vous promettre. »

-« Cela va de soi. Si vous le faites, nous vous en saurions gré. Et nous n’oublierons pas un tel service. »

-« Dans ce cas, considérez cela comme fait. »

-« Quand comptez-vous vous rendre à Langh? » se risqua Zacri.

-« Demain matin. Je comptais m’y rendre dès demain. »

-« Merci à vous. »

-« Assez discuté de toutes ces choses sérieuses, dîtes-moi, à quoi ressemble votre île au juste? » s’enquit Dina, curieuse et intéressée.

-« Ah, Gesil, c’est une île unique vous savez… »

Elle l’écoutait, attentive comme une élève de Foranon assoiffée de connaissance.

-« Revoilà le couple! » s’exclama Dellas avec ironie en voyant son père et Dyûl revenir vers la table.

-« Ferme-la, Dellas », taquina son géniteur en guise de réaction.

Dyûl s’assit bruyamment et but une gorgée franche dans la tasse de métal qui lui faisait face. Elle prit un air surpris en constatant que les bols d’apéritifs étaient de nouveau remplis à ras bord.

-« Ils nous ont resservi », étaya Dellas, voyant le regard gourmand de la daffilesto rivé sur le centre de la table.

Elle piocha immédiatement dans les petits fruits sucrés pleins de couleurs. Soudain, un homme ramassa les bols, puis revint plus tard avec des assiettes remplies de nourritures diverses.

-« Il y en a pour tous les goûts », s’exalta le jeune homme.

Jallie fut la première à se jeter sur son repas, tant attendu. La soirée était agréable, bien plus que ce qu’elle l’avait imaginé. Elle ressentit alors une intense satisfaction concernant son départ interdit du couvent sirionîte. Là-bas, jamais elle n’aurait pu vivre une telle soirée, en compagnie d’amis tels que ses compagnons. Partager la table avec ce groupe se trouva être un vrai bonheur, entrecoupé de rires gais des plus sincères et amicaux.

Joll dévorait son festin avec un appétit d’ogre, ce qui n’avait l’air d’étonner personne à table. Mais il n’était pas pour autant vulgaire, et prenait le temps de mâcher dûment ses aliments, tout en se servant correctement de ses ustensiles. Il faisait régulièrement des mouvements de tête brusques vers l’arrière, afin d’éviter de saucer sa chevelure abondante. Ce problème ne se posait pas pour les deux harnassiennes, qui avaient attaché la leur. Joll n’avait jamais jugé utile d’emporter des attaches avec lui, préférant laisser ses cheveux dans le vent. Jallie se les était habilement placés derrière les oreilles, ce qui était impossible pour Joll à cause du volume de ses dreads, et aux deux harnassiennes pour une raison évidente(cf description des harnassiens, chapitre 1). Soudain un mâle harnassien se plaça sur la scène et s’éclaircit la voix.

-« Chers humanoïdes évolués, mâles et femelles, de toutes les races de Salfia, c’est avec joie que je vous introduis une pièce de théâtre: La Bataille Du Roi Blanc! » s’enjoua-t-il.

Plusieurs personnes montèrent sur la scène, et tout le monde se tut. La pièce démarra, après la mise en place des décors, fabriqués de manière artisanale par des échoppes de Brenadad. Les comédiens jouaient avec une authenticité saisissante, comme s’ils étaient leur personnage. Les décors étaient régulièrement changés d’une partie de la pièce à la suivante, par des assistants qui passaient rapidement et savaient parfaitement se faire discrets. Les cinq compagnons, ainsi que Zacri et Dina de leur côté, apprécièrent beaucoup cette excellente pièce, réalisée d’une main de maître.

Blaudé était la seule à connaître l’histoire racontée, et elle finit satisfaite de cette interprétation au plus haut point. L’histoire parlait d’un roi ayant affronté des êtres maléfiques, êtres qui avaient tenté d’envahir Salfia, et que Brenadad, qui était autre fois une capitale de royaume, avait repoussé vaillamment. En effet, le roi n’avait pas cédé la moindre parcelle de terrain durant la bataille qui eut lieu, et sa bravoure exemplaire, couplée à celle dont avait fait preuve ses guerriers, avait permis de renvoyer les êtres malfaisants d’où ils venaient. Une histoire captivante, expliquant entre autres, comment la fille du roi avait trouvé une stratégie imparable pour aider son père. Les rois étaient peu communs en Salfia, car comme Joll l’avait signalé à Jallie, les places de ce genre étaient principalement occupées par des femelles.

-« Et ainsi », conclut l’annonceur avec une certaine éloquence, clôturant la pièce, »les êtres maléfiques aux cœurs impurs furent repoussés de Salfia, vers les terres encore inconnues d’où elles nous étaient venues. »

Sur ces dernières paroles, tout le monde, sans exception, applaudit bruyamment. Cette soirée était vraiment superbe, et demeurerait sans doute inoubliable dans le cœur de nos héros. En particulier dans celui de celle qui, quelques mois auparavant, n’aurait pas imaginé pouvoir vivre un tel événement. La jeune fille en eut presque une larme à l’œil. Le présentateur laissa alors la scène vide, remplie peu après par des jongleurs et autres artistes de divertissement, allant des cracheurs de flammes à formes particulières et démoniaquement précises, à un individu qui parvenait à jouer de la musique comme s’il possédait un instrument à vent, mais en faisant usage uniquement de sa bouche. Ces différents artistes faisaient le tour de la scène lentement en performant, afin que tout le monde puisse profiter de leurs démonstrations. Les rires francs fusaient, la joie était plus que palpable, et ce, au plus grand plaisir de Dyûl Leonarde. Un drôle de monstre à quatre bras et orné d’un masque multicolore passait entre les tables pour effrayer les gens. Mais c’était simplement un individu déguisé, avec un costume assez réussi, qui amusait beaucoup ceux qu’il approchait, dont le groupe.

-« C’est le gardien de la Ryûsada! » s’exclama une femme assise à une table avec sa famille.

Jallie riait beaucoup. Dellas continuait de manger, le dessert qu’il dégustait avec appétit -mais moins que son père- était un gâteau durci et craquetant, disposé sur une brochette comestible, et très bonne. La couleur brunâtre et appétissante du gâteau ravivait les papilles de Dyûl, qui avait précédemment fait comprendre explicitement qu’elle n’avait plus faim. Dellas la regarda avec un air taquin entamer son dessert, et elle lui répondit avec un hochement de tête amical.

-« Si tu n’as plus faim, je le veux bien, moi! » remua Joll, voyant son amie qui ne touchait pas à son dessert sucré.

-« Je n’ai plus très faim, oui… Mais je veux quand même goûter! » répliqua Jallie, enfouissant farouchement son gâteau dans ses mains à l’opposé du gourmand, avec un air défiant. »C’est très bon. Tiens, je n’en peux plus », admit-elle après avoir mordu dans son dernier plaisir gustatif de la soirée.

-« Haha! »

Joll mangea savoureusement le cadeau de la fille au petit estomac. Il laissa ensuite échapper un gros rot qui ne manqua pas de faire s’esclaffer la blondinette.


Rdv au chapitre 9 😉