Chapitre 9 (3/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Fin du chapitre 9. Qu’est-ce que ça avance mine de rien! ^^


En fin d’après-midi, c’est-à-dire aux environs de 25 heures, les compagnons arrivaient tout juste à l’entrée de la ville de Binansê, capitale du Binansêne. Cette ville était très grande, le centre était surélevé par rapport au reste, et les toits cubiques étaient de couleurs chaudes tirant vers le jaune de la paille et de la pierre. Les habitants étaient divers, et paraissaient tous plutôt amicaux. Il y avait cependant des gardes à l’entrée, cette fois-ci. L’entrée de Binansê était marquée, contrairement à Brenadad. Un mur peu élevé entourait la cité et des portes brunes un brin plus hautes étaient complètement ouvertes, symbolisant la mentalité de la grande ville. Jallie entendit alors une voix parler dans sa tête. Elle devina dans l’immédiat qu’elle était bel et bien la seule à l’entendre, mais continua à marcher comme si de rien n’était.

-« A Binansê, les habitants sont accueillants car c’est dans la mentalité de la ville. Binansê est l’une des capitales les plus ouvertes à l’extérieur. Mais elle sait aussi se défendre quand il le faut. »

Jallie reconnaissait cette voix, qu’elle avait déjà entendue. Elle grimaça alors, inquiète de qui lui parlait ainsi et pourquoi cette personne, à voix de femelle, lui expliquait avec attention ce qu’elle ne savait bien évidemment pas.

« Évite surtout de parler de la bataille du Roi Blanc, cela pourrait bien nous attirer les foudres de la majorité des Binansêniens. Et enlève cet air simplet de ta figure, regarde sur ta droite! »

Jallie s’exécuta, et tourna le menton à tribord. Blaudé la regardait et fit un bref mouvement des cils. C’était elle qui lui parlait par la pensée. Jallie se sentit très bête d’avoir oublié ce détail pourtant marquant. Elle la remercia discrètement en bougeant les lèvres, sans en laisser sortir un son. Blaudé répliqua par un signe de la tête. C’était pratique de pouvoir se parler sans que les autres autour ne se doutent de quoi que ce soit. Blaudé avait un pouvoir fascinant. Mais étrangement, Jallie avait instantanément compris que cette ville était assez paisible. Cela se… ressentait. Tous les arbres vert vif qui décoraient les rues, ces habitants souriant aux discussions franches et agréables. Binansê était une ville où il faisait bon vivre, cela ne faisait aucun doute pour la jeune humaine.

« Il est probable que la reine nous accorde son aide« , rajouta Blaudé par télépathie.

Après plusieurs détours, une fois sur le grand plateau central de la ville, le petit groupe arriva devant un grand palace, aux couleurs orangées, mais aussi d’un jaune étincelant, et d’un vert discret. Il n’y avait pas d’escaliers, et les gardes entourant la porte ouverte ne bronchèrent pas le moins du monde quand les compagnons pénétrèrent l’enceinte royale. Dellas prit un air surpris en faisant une moue de côté. Il ne s’attendait pas à ce que les choses soient si simples. Il faut dire qu’il n’était pas venu dans une capitale depuis longtemps… Presque un an. Le grand couloir principal, jonché de portes annexes, laissait apercevoir au bout une porte bien décorée, couleur marron mordoré, qui menait certainement à la salle où la reine Veriona Delmoso exerçait son rôle. Dyûl s’arrêta lentement une fois au niveau d’une salle dont la porte ouverte laissait entrevoir une bibliothèque à l’allure très propre. Une bibliothèque royale.

-« Vous devriez attendre ici », déclara la daffilesto.

-« Pourquoi? » réagit Dellas.

-« Inutile d’être trop nombreux. Je vais me contenter du nécessaire. »

-« C’est-à-dire? » s’enquit malignement Blaudé.

-« C’est-à-dire moi, qui parlerai principalement, et Joll, au cas où il y aurait de l’ancien galter à traduire. Ce sera tout. Vous quatre attendrez ici, dans cette bibliothèque, cela vaut mieux. »

-« Soit », coopéra Zacri.

-« Mais une chose », dit Dyûl en faisant un signe de la main voulant dire à Joll d’attendre.

Elle sortit de son sac une sorte de manteau bleu de bonne facture.

« Je préférerais que tu enfiles cela pour nous présenter devant la reine. »

Joll saisit le vêtement, l’air incrédule.

-« Pourquoi? » dit-il avec une moue étonnée.

-« A vrai dire… Ne le prends pas mal hein, mais entre tes cicatrices de combats voyantes, ton teint mat et ton corps large, tu as un physique assez… agressif. »

Joll sourit ironiquement en enfilant le haut bleu.

-« Je suis gentil », articula le combattant plaisantin avec un air ahuri, ce qui eut pour effet direct de refiler un sourire aux lèvres de son fils et de sa jeune amie blonde.

-« Allez, allons-y », répliqua l’harnassienne en souriant en coin.

Une fois arrivés devant les splendides portes, les gardes firent signe de stopper la marche aux deux quérants.

-« Que désirez-vous? »

Dyûl sourit radieusement, comme à son habitude, alors que son vieil ami dut se faire violence pour afficher un faux sourire bien réussi. »Des gardes polis, où va le monde? » pensa-t-il.

-« Nous sommes venus dans l’intention de faire part à la reine du Binansêne d’un projet dans lequel elle pourrait nous aider. Si vous le permettez… » clarifia la daffilesto aux bonnes intentions.

-« La reine est libre. Vous pouvez y aller », répondit sereinement un garde en leur faisant signe d’avancer.

Dyûl les remercia d’un bref signe du front, avant de franchir les portes de la salle royale.

Dans la bibliothèque du palais, Zacri et Dellas attendaient tandis que Blaudé et Jallie lisaient. Enfin, Blaudé lisait un livre d’arcanes magiques, et Jallie feuilletait un peu de tout. La bibliothèque était assez grande, et il n’y avait qu’une poignée de personne en plus des quatre compagnons. Le sol était recouvert d’une moquette vert foncé, et les étagères bondées étaient fabriquées à partir d’un bois brun au teint sombre, dont les pliures étaient saillantes. Blaudé lisait un livre qui parlait entre autres d’études de magie. Selon ce livre, certaines personnes développaient des pouvoirs spéciaux, à force d’entraînement, sans pour autant en avoir ressenti le don comme elle. Cette information était précieuse, sans doute, et l’ambiguïté laissait place au questionnement. Peut-être pourrait-elle exercer une multitude de pouvoirs spéciaux… C’était à voir. Mais d’abord fallait-il connaître ces pouvoirs, pour parvenir à les tenter. Blaudé zyeuta les étagères remplies de livres ayant pour thème abordé la magie, mais ne trouva aucun ouvrage dont le sujet principal était les pouvoirs spéciaux ou quelque liste ou description que ce fût. Elle continua alors la lecture de celui qu’elle tenait toujours dans les mains.

Jallie trifouillait un livre d’histoires anciennes, mais le remit vite à sa place. »Je ne connais rien de ce monde, c’est trop tôt pour ça« , songea-t-elle. Elle se tourna alors vers les livres de légendes diverses. Cet aspect mystérieux et incertain l’attirait énormément. Elle longeait l’étage de livres, quand le titre Guerriers mythiques et autres légendes percuta son esprit curieux. Délicatement, la jeune fille l’extirpa de l’étage où il était entreposé. Aucune poussière ne couvrait cet ouvrage, signe qu’il plaisait. Et aussi que cette bibliothèque était très fréquentée, mais cela n’était aucunement étonnant. Ce livre était découpé en un plan judicieux: chaque légende représentait un chapitre. Le premier parlait d’un chevalier à l’armure sombre et à la carrure colossale, ayant hanté la côte est de l’Ornetal des décennies auparavant. Ce guerrier à la puissance fatale ne servait que lui-même, et aurait affronté son roi courageusement, puis aurait mis fin à la vie de ce dernier. Jallie revint alors au début du bouquin, à la préface qu’elle avait précédemment sautée. L’auteur, un passionné d’histoires de ce genre, y décrivait le contexte de l’œuvre. En effet, il indiquait que ces légendes avaient pour la plupart bel et bien existé, et que c’est cela qui les rendait si intéressantes. »Ce Chevalier Noir a vraiment existé alors? » se demanda la jeune fille. Probablement, et c’était en effet le plus impressionnant de l’histoire. On peut raconter autant d’histoires fantastiques que l’on veut, aucune ne sera aussi touchante qu’une réelle qui semble fictive tant elle est invraisemblable. Aucun nom ne serait cité, car les identités des légendes ne sont jamais certaines, et cela les rendait encore plus fantaisistes. Ceci remarqué, Jallie put découvrir à la fin de l’histoire du Chevalier Noir quel était son élément de prédilection: le chaos. Cette information le rendait encore plus terrifiant. Elle tourna la page et la prochaine légende parlait… du Roi Blanc. Elle ne lut que les choses qu’elle connaissait déjà, peu d’informations en plus de cela. Cette histoire s’était passée environ 400 ans avant La Faille, donc à peu près la même chose avant aujourd’hui (pour elle, à ce moment, aujourd’hui=5 ap LF). »Élément= Inconnu » terminait ce chapitre.

Elle passa à la prochaine légende. Le démon des terres lointaines. Dès le début de l’histoire, il était affirmé que cette légende était la plus sombre et la plus incroyable. Le démon était apparu plus d’un millénaire auparavant dans des terres à l’est de Salfia, habitées par d’autres êtres, qui ne connaissaient pas l’existence du grand continent. « Il y a donc bien des terres encore inconnues« , se dit Jallie, pensant à ce dont le professeur Malyen lui avait fait part sur l’île de Gesil. Le démon avait pris possession d’un nouveau-né avec l’accord malhonnêtement obtenu de sa génitrice, et avait tenté de détruire autant de terres qu’il le pouvait. Et selon ces écrits, ses pouvoirs étaient divins. La façon dont ce démon avait pu être mis hors d’état de nuire était à peine évoquée, ce qui rendait le récit encore plus invraisemblable. Mais cette histoire captivait encore plus Jallie, qui ressentait une excitation certaine, en plus d’un frisson de peur. « Élément= inconnu » était ici aussi marqué, sans surprise. La petite blonde tourna alors cette page, restée sur sa faim.

Cette légende-là évoquait un guerrier bien plus récent que les trois premières. En effet, celui-ci était un lancier de l’époque présente, très probablement encore en activité. L’histoire parlait d’un galter au poil sombre, surnommé Le Souffle Mortel, exilé des îles Jakamo à cause d’une romance qui lui avait été interdite. Ce guerrier avait depuis fait parler de lui dans le centre du grand continent. Il était dit que ce galter maniait la lance comme personne avant lui, avec une aisance et une agilité décourageante. Ce guerrier serait revenu d’entre les morts… Son élément était précisé, c’était le feu. La légende du Souffle Mortel était, elle aussi, très captivante.

A la page suivante débutait le récit de la légende d’une autre galtère de l’époque présente. Cette galtère au poil rosâtre, « comme Tilia » pensa Jallie, était anguille qui se faufilait où elle le désirait, et pouvait selon les écrits marcher dans les airs. Cette galtère portait le surnom de La Tigresse Fourbe, car selon la plupart des gens, elle n’était pas du tout digne de confiance, ce qui était sa marque de fabrique, apparemment. La Tigresse Fourbe se battait avec une sorte de corde caractéristique. Le chapitre se concluait par « Élément=Inconnu » encore une fois. Jallie tourna la page.

Elle connaissait déjà bien la légende qui s’affichait devant ses yeux bleus. Celle-ci, d’ailleurs, sa véracité ne faisait aucun doute pour la jeune fille. Il s’agissait de la légende intimidante et sombre du Bar Thanos. Le Vengeur Sombre en ancien galter. Pourquoi, cette fois-ci, utiliser cette langue pour le surnom de ce guerrier, alors que les deux précédents, pourtant de la race de ce vieux langage, avait un surnom en langue moderne? Probablement pour la dimension mythique et fatale de ce personnage. Après tout, il n’y avait qu’à voir la réaction de Dellas en sa présence. « Élément=inconnu » concluait encore une fois ce récit mystérieux. La prochaine légende parlait du Magicien Ultime, un harnassien ayant comme caractéristique exceptionnelle, selon ce livre, de maîtriser les neuf éléments, en plus de connaître des sorts rares et de posséder des pouvoirs spéciaux nombreux. Peu de précisions étaient données sur son apparence physique, simplement une longue chevelure et un manteau. Cette légende n’était pas tout à fait actuelle, mais il était possible que ce mage soit encore en activité, bien qu’il n’y ait aucun fait récent mentionné.

-« Vous avez demandé à me voir, je vous écoute », simplifia la reine Veriona Delmoso.

Elle était au milieu de la salle royale, une grande pièce recouverte de moquette verte elle aussi. Veriona se tenait debout, face à Dyûl et Joll, les regardait d’un air accueillant et calme. La première chose qui frappa ces deux voyageurs était qu’elle n’était pas ce qu’ils pensaient savoir qu’elle était. La soi-disant harnassienne était en fait une galtère, aux cheveux roses tombants plus bas que ses clavicules, les yeux rouges, plutôt grande et affinée. Ses poils étaient jaune clair. Dyûl prit la parole en première. De toute façon, Joll ne s’apprêtait pas à parler, se contentait de se forcer à garder un sourire bienveillant.

-« Merci à vous. Il se trouve que j’ai un projet et que j’aimerais vous en faire part. »

-« Pour quelle raison? »

-« Pour être franche et directe, j’espère obtenir votre soutien. »

La reine acquiesça avec de petits mouvements frénétiques de la tête, le regard fixant les yeux de l’harnassienne.

-« Bien. Alors, entrez dans le vif du sujet, dans ce cas », l’invita la reine Delmoso.

-« Oui. J’ai pour projet d’aller avec mes compagnons au château de Kenardile. Comme vous le savez probablement, il est aux prises de la sorcière de la lune, et nous comptons l’en déloger, afin de nous le procurer, pour y aménager ce qui serait… La base du peuple libre. »

-« Qu’entendez-vous par là? » demanda Veriona Delmoso, un brin suspecte.

-« Je compte créer une ville indépendante de quoi que ce soit, libres seront chacun des habitants de faire ce qui les enchante. Nous comptons donc ensuite et dans un premier temps, nous attaquer à Doln et à Sahon, afin de supprimer définitivement ces fléaux qui hantent Salfia et son peuple depuis déjà trop longtemps. »

La reine Veriona détourna le regard en marchant. Elle était plongée dans ses pensées. La nouvelle était soudaine, et entraînait beaucoup de facteurs sur lesquels une reine se devait de réfléchir de façon appropriée. Les deux gardes qui se situaient sur les côtés à quelques mètres avaient eux aussi l’air abasourdi. Les deux conseillers avaient les yeux baissés, jusqu’à ce que l’humain réagisse, et s’adressa à la reine en personne.

-« Bi jéh chéiss vueth nasbieh. Wab limo », lui dit calmement le conseiller aux cheveux blancs, la trentaine d’années.

Il paraissait désapprobateur. La reine le regarda sans mot dire, alors que Joll se pencha vers son amie sans la regarder, pour lui traduire l’ancien galter à voix basse, et un peu méprisante.

-« Il lui a dit :<<Ce n’est pas notre problème. Trop risqué>>. »

-« Détrompez-vous, c’est le problème de tous ceux qui vivent sur Salfia. Votre peuple craint autant ces créatures au quotidien que tout autre le fait. Quant au risque, il n’est pas significativement plus élevé que celui que votre peuple voit une bonne partie de lui-même écrasé par un de ces fléaux. »

-« Combien êtes-vous, pour le moment? », demanda simplement la reine, plus compréhensive et coopérative que son conseiller.

-« Pour l’instant, six. »

-« Ha! Bi chéiss bel vuntié! Yû jiah nali, Doln li Sahon jéh qsié kisat », s’exclama le conseiller.

-« Bi chéiss bel vanasi », argua l’autre conseiller, un grand harnassien aux cheveux jaunes, coiffé proprement.

-« Bi chéiss yû jo désinias! » lui répondit son collègue.

-« L’humain dit que c’est une plaisanterie, que Doln et Sahon ne peuvent être tués de toute façon. L’harnassien dit que c’est un espoir, il répond que c’est de la folie », transmit Joll.

Dyûl ne dit rien. Pour la meneuse, seul comptait la réponse de la reine.

-« Bon. Mes conseillers ont tous deux raison, en partie. Vous êtes trop peu nombreux. Je suis désolée de devoir dire non, pour cette fois. Mais dès que vous aurez un allié un tant soit peu conséquent, je joindrai mes forces aux vôtres. »

-« Pardonnez-moi reine Delmoso, mais si tout le monde nous donne cette réponse, certes sage, alors personne ne nous épaulera et Salfia restera en l’état. Repensez-y, je vous en conjure », raisonna Dyûl.

-« Votre entreprise est fort louable, mais ma décision est réfléchie et ne changera pas, malheureusement. J’espère sincèrement que les autres royaumes ne réagiront pas de la même façon. En tout cas je ne peux, je le crains, vous aider dans la situation présente. Je suis vraiment désolée, mais il va falloir faire avec. »

Joll luttait pour ne pas laisser parler sa colère et son mépris.

-« Je vois… Restez chez vous alors… » coléra Dyûl, ce qui était rare.

Ce ressentiment était fort compréhensible, car Dyûl savait que si un royaume aussi amical que le Binansêne réagissait de la sorte, alors il se pourrait fortement que les six compagnons restent seuls. La reine baissa les yeux, à la fois désolée, et un peu honteuse.

-« Je peux ceci dit vous fournir un peu d’aide. En témoignage de mon soutien à votre noble cause », rassura la reine avant de marquer une pause pour songer. « Je vais vous offrir… Un des comptes bancaires du Binansêne », annonça-t-elle en marquant sur un papier le nombre cité, avant de le plier et de s’avancer vers Dyûl.

-« Kéini, tiéa jéh chéiss halbano! » s’écria le conseiller aux cheveux blancs.

Son collègue avait lui aussi un air incrédule.

-« C’est un compte mineur. Il leur servira uniquement à se lancer, c’est une aide symbolique, pour le moment. Je leur fais confiance. Ce sont des gens comme eux qui changeront les choses… et puis… en attendant, c’est la seule action que je puisse faire. Mais je vous promets qu’à l’instant où je recevrais un hitchkis de votre part m’annonçant la participation d’un autre royaume, mon armée ira rejoindre la vôtre sur-le-champ », assura Veriona Delmoso.

-« Merci infiniment, reine. Je ferai attention à cet argent. Sur ce, je ne prendrai pas plus de votre temps. A la prochaine fois, alors », remercia et salua Dyûl d’un geste respectueux de la tête.

-« Merci », gratifia Joll à son tour, recevant alors un signe du menton de la reine.

Ce dernier était le plus abasourdi de la salle. Les deux compagnons se retournèrent et se dirigèrent vers la porte menant au couloir principal du bâtiment.

-« Bonne chance », conclut la reine du Binansêne.

Dyûl et Joll marquèrent un arrêt dans leur marche, puis quittèrent la grande salle bien décorée.

Jallie et Blaudé lisaient encore quand les deux négociateurs débarquèrent dans la bibliothèque.

-« Alors? » s’enquit immédiatement Dellas en se levant d’un bond.

-« Je vous raconterai sur la route, nous gagnerons du temps. »

-« On ne dort pas ici? » balbutia presque Zacri, surpris par cette annonce.

-« Non, il fait encore jour, et nous devons prendre tout le temps dont nous disposons pour avancer. Je préfère. »

-« Bien, allons-y sans plus tarder dans ce cas », répliqua Blaudé en reposant l’œuvre qui était dans sa main.

Une fois sortis de la ville, les compagnons prirent une route qui allait vers le sud. Dyûl prit alors la parole, à l’écart du bruit de la ville.

-« Elle ne nous aidera que si l’on trouve un autre allié conséquent. »

-« Quoi?! Mais s’ils disent tous ça, on se retrouvera tout seuls! » s’écria Zacri.

-« Je sais bien cela, mais elle était catégorique. Ceci dit elle m’a donné le numéro d’un compte mineur du Binansêne en gage de bonne foi. Cela nous aidera en ce qui concerne les futurs travaux nécessaires à Kenardile. »

-« C’est déjà ça! Eh, honnêtement on pouvait s’attendre à pire venant d’une reine! » positiva Dellas avec un certain cynisme.

-« Oui. J’espère que les autres nous aideront plus que cela. L’argent c’est bien, mais il nous faudra des effectifs et des habitants pour notre nouvelle ville. »

-« T’as pas l’impression d’aller vite en besogne? » calma Jallie.

-« Je compte bien faire ce que j’ai prévu. C’est tout. C’est à cette vitesse-là que l’on fera changer les choses, pas moins. »


On entre bien dans le vif du sujet avec un groupe au complet (pour l’instant… 😉 )

Sinon, dîtes-moi, quel est votre personnage favori jusque-là? ^^

Chapitre 9 (2/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Deuxième partie du chapitre 9, comme promis. Que dire de plus…


Bientôt 12 heures. Ils avaient encore du temps pour dormir s’ils le souhaitaient, enfin s’il, le souhaitait. Une fois dans la chambre, Dyûl remarqua qu’elle avait bien vu juste: Joll et Blaudé étaient levés et discutaient, Zacri était pensif sur son lit, alors que Dellas semblait inréveillable. Chacun sur leur lit respectif, qui étaient voisins, Blaudé et Joll avaient l’air de s’apprécier mutuellement.

-« Je vois que vous êtes levés », constata Dyûl. »Joll, Jallie aimerait que tu descendes la voir, si cela ne te dérange pas. »

-« Non, c’est bon », répondit simplement le combattant en se dirigeant vers la porte, derrière l’harnassienne à chevelure bleutée.

-« Elle est dans le jardin, il y a une porte au fond », indiqua Dyûl. »Je vois que vous vous entendez bien », fit-elle remarquer en refermant prudemment la porte, qui grinçait bruyamment.

-« Oui, c’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules », complimenta l’harnassienne aux cheveux blonds et aux lèvres pulpeuses.

-« Lui, il dort encore, je l’avais dit à Jallie. Et je ne me suis, évidemment, pas trompée. »

-« On est toujours censé aller à Binansê? »

-« Oui, le plan initial n’a pas changé. »

-« Je n’en vois pas l’utilité. »

-« Il faut espérer que la reine du Binansêne ne soit pas décédée elle aussi… »

-« Je me demande pourquoi le Bar Thanos fait tout cela… » imposa Blaudé. »Il y a peu de chances qu’il vienne de La Faille. Pourtant il a l’air aussi opposé à Salfia et ses dirigeants que ces créatures. Cet homme est un mystère. »

-« Oui, c’est vrai. Déjà il est humain, il n’est donc pas si étranger que cela. Mais il parait pourtant si… intouchable. »

-« Tu crois que Joll retrouvera son épouse un jour? »

-« C’est de cela que vous avez discuté? » interrogea la curieuse daffilesto.

-« Entre autres, oui. Mais tu ne réponds pas à la question. »

-« Oui je le pense. Je ne vois pas trop pourquoi elle aurait disparu spontanément, comme ça. Elle est quelque part, on la trouvera, un jour, ou l’autre. »

-« En tout cas, cette femme a beaucoup de chance… »

-« Pourquoi? »

-« Elle a un époux qui l’aime aussi sincèrement et profondément qu’il est possible de l’être. D’ailleurs, je n’aimerais pas aimer quelqu’un aussi fort et ne pas savoir où il est depuis des mois… »

-« Qu’est-ce que tu en sais, tu n’as jamais aimé personne, que je sache. »

-« Certes, mais c’est évident que Joll souffre. Vivement qu’il soit soulagé, c’est tout ce que je dis », éluda Blaudé.

Entre-temps, Joll avait rejoint la jeune Jallie, qui s’entraînait visiblement à faire apparaître une glace de forme différente. Celle qu’elle venait de créer quand Joll passa la porte était cylindrique, plus ou moins.

-« Tu voulais me voir? »

-« Oui », dit presque froidement la petite en faisant éclater sa création avant de se retourner avec un regard presque intimidant.

-« Quoi? »

-« Je veux que tu m’apprennes à me battre », prononça Jallie avec une intense conviction. »Au corps-à-corps. »

-« Mmh. Bien, je vois que l’agression ne t’a rendue que plus motivée dans ton apprentissage. C’est probablement au mieux. »

-« J’en suis sûre », trancha Jallie.

-« Bien, alors par quoi commencer… »

-« J’aimerais apprendre, comment tu fais pour te libérer quand tu es saisi comme ça », démontra la jeune fille en ceinturant Joll par derrière avec ses bras, de la même manière que le galter l’avait maintenue, »en sachant que tu es moins fort que celui qui te tient. »

-« Eh bien, ça fait bien longtemps qu’une telle chose ne m’est pas arrivée », plaisanta Joll, toujours dans les bras de sa jeune amie.

-« La vantardise, c’est pas ton genre », plussoya Jallie, qui gardait principalement un air concentré malgré tout.

-« Hmhm, oui. Eh bien il y a différentes façons de t’y prendre. Selon moi la meilleure est la suivante: tu pousses fortement en arrière avec ton postérieur, et d’un coup sec, ce qui a pour effet ceci », démontra Joll en effectuant alors l’action susdite.

Il ne força même pas mais Jallie dut, malgré cela, lâcher prise.

« C’est une simple question de poids et de différence entre les muscles. Tu vois, les lombaires et jambes que tu utilises quand tu exécutes ce mouvement sont de puissants muscles, que tu utilises tout au long de la journée, ce qui a pour effet de les rendre naturellement plus forts que des petits muscles -même souvent sollicités- tels que les bras, qui servent ton adversaire pour maintenir une telle emprise. A moins que celui-ci soit fort comme un markas et toi très chétive, cela fonctionnera. »

-« Et si c’est le cas? »

-« Eh bien tu peux toujours lui filer des coups de têtes en arrière à l’aveuglette, mais sinon tu es foutue. »

-« Quoi? », s’exprima l’adolescente, insatisfaite.

-« Jallie, il n’y a pas de technique pour tout. Si tu es beaucoup plus faible que ton adversaire dans un domaine, il te battra sur les actions qui le concernent. Et si tu es plus faible dans tout, aucune capacité ne te permettra de t’en sortir. »

-« Dans ce cas, quel domaine pourrait m’aider à m’en sortir dans cette situation, si l’autre est trop fort? »

-« J’allais y venir. Il y a plusieurs options qui s’offrent à toi, comme souvent en combat quand on s’y connaît. Tu peux utiliser une arme, de la magie, le décor pour te propulser en arrière et faire chuter celui qui te tient, ou encore gesticuler dans un sens puis dans l’autre, jusqu’à ce qu’il soit déséquilibré. En tout cas, ce que je te conseille, c’est de ne jamais négliger un domaine. Deviens forte, au moins un peu, pour ne pas être absolument dominée dans ce genre de situation, c’est le mieux à faire, et ça t’évitera de gros soucis. »

Ce Joll était une vraie encyclopédie du combat et des tactiques concernant celui-ci. Et il était très bon pédagogue, probablement à force d’entraîner son fils adoré. Jallie n’avait plus aucune question à propos de ce stade du combat. A sa grande surprise, elle était satisfaite d’une réponse, ce qui fut certainement la première fois depuis qu’elle avait quitté son couvent.

-« D’accord. »

-« Bon, maintenant, je vais t’apprendre comment bien frapper. Il y a une manière de frapper efficacement. Non. Il y en a plusieurs, à toi de choisir celle qui te convient, celle qui s’adapte à toi. C’est la technique qui s’adapte à la combattante et non l’inverse, rappelle-toi-en », pointa du doigt Joll afin de s’assurer d’être bien compris par sa disciple.

Dellas se réveillait à environ 13 heures, et Dyûl le fixait avec un air de mère reprochante.

-« MMMMMmmm, quoi? » demanda bêtement le jeune homme.

-« Il est tard, gros dormeur. »

-« Ouais, mais comme on n’a rien à préparer, on peut s’en aller tout de suite, nan? »

-« Moui. Mais tu n’es pas bien discipliné », s’amusa Dyûl.

-« Oh, on dirait mon père! »

-« Il n’a peut-être pas tort », intervint Blaudé, toujours assise sur son lit.

-« Tu vas pas t’y mettre, toi aussi. De toute façon mon père a raison, c’est sûr. Mais il faut dire que j’aime bien avoir tort quand cela me permet de dormir plusieurs heures, pénard. »

Dyûl nia joyeusement de la tête, avant de jeter à Dellas sa poche, qui était sur le plancher.

-« On y va », ordonna la meneuse.

-« Eh, les acharnés, Dyûl veut qu’on parte, maintenant! » cria Dellas en entrouvrant la porte du jardin, une fois dans la salle du rez-de-chaussée.

-« Bien, on arrive », répondit compréhensivement son paternel.

-« Merci pour votre accueil, au revoir! » gratifia Dyûl en passant devant le comptoir de l’auberge.

-« Il n’y a pas de quoi, revenez quand vous le voulez, chère demoiselle! »

-« Où va-t-on? » demanda Jallie une fois que le groupe marchait à allure réduite dans les rues de Brenadad.

Elle prononça ces mots en regardant Joll, qui répondit par un autre regard lancé vers Dyûl.

-« A Binansê. C’est la capitale du royaume du Binansêne, celui que nous atteindrons dans peu de temps. »

-« Malheureusement », regretta Dellas, vraisemblablement mécontent à l’idée de pénétrer dans un royaume.

-« Dellas et la loi… » plaisanta Dyûl en réponse au comportement négatif de son compagnon d’armes.

-« Dellas et la loi… » répéta Jallie sans trop savoir pourquoi.

Elle reprit après une courte pause:

« tu peux me montrer où se trouve Binansê sur la carte, Joll? » demanda-t-elle, alors que ce dernier avait déjà récupéré son morceau de tissu dans le petit sac de son fils.

-« Voilà, juste ici », pointa-t-il. »Ce n’est pas très loin comme tu peux le voir. »

-« Tant mieux alors » positiva l’aventurière en herbe.

Le groupe se trouvait déjà à la limite de la ville de Brenadad. Ils se retrouvèrent alors sur l’herbe brunâtre qui recouvrait les alentours. Celle-ci sifflait quand on marchait dessus, un bruit d’herbe venteux et délicat. Zacri ne disait mot depuis son retour la veille, l’air pensif. Ils aperçurent une route de terre non loin qui se dirigeait vers le sud/sud-est, menait donc à Binansê à coup sûr. Ils l’empruntèrent aussitôt, et marchèrent en silence.

Le groupe croisa le chemin de quelques passants, des galters, des harnassiens, des humains. Certains possédaient de petits familiers ressemblant à des rongeurs, aux oreilles longues et aux poils plutôt longs et visiblement doux. Leur couleur différait. Il y en avait même un vert! Il suivait de près sa maîtresse, une harnassienne aux cheveux aussi verts que lui, habillée très élégamment. Au loin, la route longeait une forêt au bois vert d’eau. C’était la forêt de l’ouest, appelée ainsi en raison du fait qu’il n’y avait pas de forêt plus à l’ouest qu’elle, que ce soit sur le grand continent, ou même dans tout Salfia, car aucune forêt ne se trouvait en Hakinal. Et aucune forêt de grande taille ne se trouvait en Emistil.

-« Et qui gouverne Binansê? » demanda sympathiquement Jallie pour briser le silence régnant.

-« La reine Veriona Delmoso. Une harnassienne qui a l’honneur de régner sur le royaume le plus vieux de tout Salfia, selon beaucoup d’écrits », enseigna Joll.

-« Mmh, quand même », acquiesça l’intéressée, fascinée.

-« Elle est assez sympathique, pour une reine. Il y a des chances qu’elle nous prête main forte en tout cas. »

-« Je n’en suis vraiment pas persuadé », négativa Dellas.

-« Tu sais fils, je ne t’ai jamais vu aussi pessimiste. »

-« Il y a de quoi, oui, les reines, aider un groupuscule en leur offrant effectifs et moyens pour combattre des monstres gigantesques? Je n’y crois vraiment pas, moi! Rappelle-toi de ce que je dis, tu verras quand on sera devant la reine du Binansêne », dit Dellas en s’adressant à Jallie.

-« Je tâcherai. Mais tu nous portes la poisse alors arrête un peu », répliqua sa jeune interlocutrice.

La grande route devenait alors bossue et creusée, et de la végétation sauvage y poussait de manière hasardeuse.

-« Cette route a une histoire, tu sais Jallie? » débuta Joll.

-« Raconte », dit-elle simplement.

-« Tu te rappelles de la pièce d’hier soir, au Temia? Eh bien, la grande majorité des batailles entre le Binansêne et le royaume qui se trouvait fût un temps autour de Brenadad ont eût lieu ici. C’est pourquoi ce large chemin se présente assez… rugueux. Le roi de Brenadad contenait avec ses troupes l’armée du Binansêne, avec une ardeur peu commune. Il ne voulait absolument pas laisser l’envahisseur parvenir à ses fins. Coûte que coûte, il a défendu son territoire. Il croyait en la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Son royaume était souvent critiqué, car les autres reines le trouvaient trop faible, son peuple trop libre. En effet, ce roi était un excellent dirigeant. »

-« Mais l’annonceur, hier, il parlait de créatures maléfiques, non? »

-« Exact. Tu es attentive, c’est très bien. En effet, les troupes du Binansêne n’étaient pas seules, elles. On dit que la reine de l’époque avait pactisé avec une sorte de démon, qui avait pris possession de sa fille unique, et avait alors fait jaillir son armée ténébreuse. Une histoire sombre, très sombre… »

-« Oui… »

-« Tu sais pourquoi je te raconte ça? »

-« Parce que… Le roi ne s’est pas laissé effrayer par les créatures maléfiques qu’on lui opposait. Il a combattu malgré tout. Et tu compares cette situation à la nôtre aujourd’hui, c’est ça? » devina Jallie alors que le groupe avait ralenti le pas.

-« C’est exactement cela », riota Joll avec une pointe de satisfaction.

Il plaqua ensuite une main sur l’épaule de Jallie et enchaîna:

« On est peut-être peu nombreux, mais il faut nous battre pour débarrasser ce monde de Sahon et Doln. Dyûl a prit une bonne décision. Et une décision lourde à porter, car quoi qu’il arrivera durant notre entreprise, les pertes, les baisses de morales, les accusations, tout cela… Ce sera elle qui en prendra la responsabilité. Tout. Elle savait ce que cela impliquerait. Et à l’image de ce roi légendaire, elle accepte ce fardeau. Alors dis-moi, Jallie: est-ce que Dyûl va porter ce fardeau seule? » dit Joll en élevant la voix.

-« Non! » reprit Jallie avec assurance, avant de se tourner vers l’harnassienne au grand cœur. »Je suis avec toi, Dyûl, quoi qu’il arrive, tu pourras compter sur moi. »

La daffilesto sourit aussi sincèrement que sa gratitude le voulait. Elle dirigea ensuite ses yeux vers Joll, le remerciant du regard. Même Dellas semblait beaucoup plus volontaire. Joll avait motivé les troupes, et c’était quelque chose qui avait bien besoin d’être fait. L’exemple du Roi Blanc accompagnerait nos héros pour toujours à compter de cet instant.

Une fois plus loin, le groupe arriva devant de nombreux piques plantées dans le sol, ressortant à peine, traçant une ligne pointillée coupant la route.

-« Et voilà… » soupira presque Dellas, l’air pensif. »Tu te souviens de ce que j’avais dit papa? »

-« <<Jamais je ne retournerai dans un royaume, plutôt mourir.>> »

-« Et bien, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis… » conclut le jeune homme en enjambant les piques.

Ces dernières étaient larges d’un demi mètre et complètement ancrées dans le sol. Cet acte avait une symbolique forte, sa jeune amie le comprenait même avant qu’on le lui explique.

-« Ces pointes désignent les limites des royaumes », expliqua brièvement Dyûl, l’air neutre.

Jallie lui répondit par un hochement de tête et traversa la limite à son tour, suivie de près par le reste du groupuscule.

En fin d’après-midi, c’est-à-dire aux environs de 25 heures, les compagnons arrivaient tout juste à l’entrée de la ville de Binansê, capitale du Binansêne


J’espère que ce récit vous plaît toujours autant! 😉

Rien N’est Définitif

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, LE blog des créateurs indépendants.

Aujourd’hui, comme promis dans le dernier article, on va ôter un grand poids de vos épaules.
Ce n’est pas toujours facile de se mettre à la création, quand on débute on peut ne pas savoir par où commencer ou trouver que ce que l’on fait est nul.

Sachez une chose, principalement ceux qui écrivent des romans ou développent des jeux vidéos :

Ce que vous faîtes n’est pas définitif.

Je vous le dit parce que cela m’est arrivé, quand je débutais, de croire que ce que j’écrivais était fixé. Que si je mettais 6 mois à écrire le roman, il serait fini, à l’exception des corrections orthographiques etc. Mais ça ne marche pas comme ça. Il faudra revenir arranger ce que vous faîtes.

Voyez cela de façon positive. Ce que vous faites, qui est déjà super et très personnel, vous ne le changerez pas pour qu’il soit moins bien, évidemment. Si vous revenez sur tel ou tel détail, c’est parce que vous allez l’améliorer (qui se rappelle du premier monologue de Samos dans Jak 1?). Donc, après correction, votre oeuvre sera encore meilleure!

En particulier pour les romans, peut-être que c’est mal écrit, que les dialogues ne sont pas naturels (oui!) du tout, que les événements s’enchaînent mal. Mais ce n’est pas grave du tout. Par exemple, si vos dialogues sont mauvais, écrivez quand même le roman, et vous reviendrez pour corriger les dialogues avec vos compétences et votre expérience acquises entre-temps.

Si vous commencez votre oeuvre par une scène stylée qui n’a rien à voir avec l’histoire que vous allez conter par la suite, comme conseiller précédemment, c’est bien. Oui ce ne sera pas bon à termes parce qu’il faut que les scènes servent, c’est pas logique de commencer l’histoire par quelque chose d’inutile au fond. Mais on s’en fiche, cela sert juste à vous lancer, car le premier pas est le plus difficile. Après, vous serez plus inspirés et serez mieux par où continuer. Et vous reviendrez pour changer la scène initiale. Ou vous trouverez un moyen de la connecter à l’histoire. Quand on créer une histoire, on met souvent des choses sans liens d’abord pour tisser le lien plus tard.

Sachez aussi que vous pouvez commencer une oeuvre, la mettre en pause pour en créer une autre jusqu’au bout (ou pas), puis revenir à la première avec votre nouvelle expérience pour la mener à termes. C’est ce que je fais pour La Légende du Marin Pourpre mais on parlera en détails de mes projets dans le futur… Vous pouvez même reprendre ce que vous avez déjà fait pour l’améliorer.

Les écrivains pro reprennent sans arrêt des pans de leurs œuvres jusqu’à ce que leur éditeur leur reprenne le manuscrit de force.

Donc peu importe si vous commencez par un brouillon, quelque chose de mauvais, une oeuvre que finalement vous laisserez tomber parce qu’avec le recul elle manque d’intérêt. Le principal est vraiment de vous lancer, le reste viendra.

Ce qui est mauvais ou inutile est récupérable. Pour ce qui est des choses inutiles et comment les connecter au récit, on en parlera plus en détails, notamment en abordant comment avoir des idées.

Lancez-vous, et on verra par la suite! 😉

C’est tout ce que j’avais à vous dire pour aujourd’hui, à la prochaine chers créateurs!

 

Chapitre 9 (1/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

9ème chapitre (que ça avance..) coupé en 3, très digeste je pense. Enjoy!


Chapitre 9 : Négociations

Le lendemain matin, le réveil fut agréable pour Dyûl, qui était la première à se lever, ce qui n’avait rien de surprenant étant donné le mode de vie discipliné et exemplaire de l’harnassienne au grand cœur. Elle bâilla et s’étira de façon décontractée, puis se leva de son lit. La daffilesto descendit immédiatement du premier étage au rez-de-chaussée pour se renseigner auprès de l’aubergiste.

-« Bonjour, chère demoiselle! » s’exclama l’homme avec un entrain matinal, caractéristique des personnes exerçant son métier.

-« Bonjour, monsieur. J’aimerais savoir, à quelle heure désirez-vous nous voir quitter votre établissement? » demanda Dyûl, poliment.

-« Oh, à l’heure de manger -14 heures ici-, mais je fermerai les yeux en cas de léger dépassement de cette limite, ne vous en faîtes pas ma chère! » arrangea sympathiquement l’humain à barbe généreusement stylisée.

-« Je vous remercie sincèrement. »

De retour dans la chambre, Jallie était déjà éveillée.

-« Comment fais-tu, à ton âge, pour naturellement te réveiller aussi tôt? » s’étonna l’harnassienne.

Il était vrai que le soleil n’était même pas encore levé. Le jour n’était pas encore clair, il devait être moins de 10 heures, à peu de choses près. La jeune fille à queue naissante ne semblait pas pour autant fatiguée, même plutôt en forme, ce qui mystifiait encore plus la digne fille de Frennks Leonarde.

-« Oh, tu sais, j’ai l’habitude de me lever tôt; on me l’a faite prendre depuis que je suis bien plus jeune. Tu sais, le couvent, tout ça.. »

-« Oui, c’est vrai. Dans ce cas, viens avec moi dehors dans le jardin de l’auberge, je vais t’apprendre ce que je peux, nous avons du temps devant nous. Surtout avec Dellas: il aime bien faire la grasse matinée », chuchota Dyûl sur le ton de la confidence, collant une main au côté de sa fine bouche beige.

-« Haha, volontiers. Il y a un jardin ici? » demanda Jallie une fois dans les escaliers.

-« Oui, on peut y accéder par la porte à l’arrière de l’auberge. »

Quelques secondes plus tard, les deux récentes amies débouchèrent dans le fameux jardin. Celui-ci était très beau, et apaisant. Il était petit, et couvert d’herbe plus verdâtre que celle presque brune qui entourait la ville, donnant un air plus paisible. Il y avait un puit presque au fond, contre la parois de pierre de ce qui était probablement une maison, à en juger par le toit assez bas qui la dominait. Ce jardin ne faisait que quelques mètres carrés, mais c’était suffisant.

-« Avant que l’on commence, j’ai une question. »

-« Vas-y, Jallie, je t’écoute. »

-« Une daffilesto soutient ses alliés, les aide à rester en forme, et même en vie. Mais si elle est toute seule, qu’est-ce qu’elle peut faire, concrètement? »

-« Pas grand chose… Tu sais daffilesto est une appartenance fondée sur l’aide et la cohésion de groupe, pas pour les personnes solitaires. Mais bon, si tu veux pouvoir te débrouiller seule, tu peux coupler quelques capacités de base, même plus, avec une autre appartenance. Les appartenances ont été inventées pour classer les différents types de pouvoirs, afin de simplifier les choses. La majorité des gens se spécialisant, cela permet de savoir grossièrement ce qu’ils sont. Mais beaucoup optent pour la polyvalence en piochant plus ou moins dans plusieurs appartenances. Regarde Joll: il utilise des sceaux de levito, et se bat principalement en dlarito. Et Zacri, il utilise les arts martiaux tel un dlarito, mais les associe avec de puissantes projections élémentaires, de vent comme tu le sais, qui sont donc propres à l’appartenance kallato. Tu es absolument libre de faire ce que tu veux, ne laisse personne te guider, suis ton propre chemin. C’est la meilleure chose à faire. Moi, j’ai choisi la voie de daffilesto pure, parce qu’aider est dans mon tempérament, que je compte bien rester avec mes amis. Mais si je me retrouve seule, j’ai un petit poignard, comme toi, caché sous ma robe. C’est Joll qui me l’a offert, moi aussi. Si tu te sens de faire quelque chose, fais-le, même si cela te mène à pratiquer les cinq appartenances », monologua Dyûl avec sincérité.

-« Je comprends mieux… Je croyais qu’on ne pouvait pas exercer plus d’une appartenance, sauf dans des cas spéciaux, comme pour les éléments. »

-« Non, c’est différent. Les appartenances, tu peux les exercer comme tu veux en t’entraînant, bien qu’il y ait toujours un domaine où l’on excelle plus que les autres, et un autre moins. Quand je dis domaine, c’est au sens large. Pas juste appartenance, tu peux être douée à l’arc et ne pas être très compatible avec les armes de corps-à-corps, tout cela… Concernant les éléments, le domaine où tu excelles sera plus prononcé que pour les capacités, beaucoup plus. Pour les capacités et plus largement  ; les appartenances, être doué t’aidera mais ne t’empêchera pas du tout d’exercer autre chose très bien. Avec les éléments c’est différent. Tout le monde peut exercer tous les éléments. Mais ceux avec lesquels tu n’as pas d’affinité, qui ne sont pas tes éléments de prédilection en d’autres termes, seront très durs à maîtriser, tu ne deviendras jamais une experte à ceux-là. D’ailleurs, il est utile de savoir que si tout le monde peut, sans s’être entraîné la moindre fois, utiliser un temps soit peu son élément de prédilection, il est bien plus difficile et rigoureux de faire apparaître une miette d’un autre élément. Même les plus puissants kallatos purs utilisent en majorité leur élément propre. Certaines personnes ont plusieurs éléments de prédilection. Généralement deux, même s’ils sont rares. Certains en ont trois, et ils sont extrêmement rares. Quant à ceux qui en ont quatre, nous n’en connaissons aucun aujourd’hui, il y a juste des écrits qui en parlent. En résumé, ceux qui ont plusieurs appartenances en ont fait le choix, alors que ceux qui utilisent, maîtrisent, plusieurs éléments ont une nature à cela. Tu as tout compris? »

-« Oui, parfaitement. »

-« Une chose qui t’aidera, c’est connaître tes compagnons. Leurs éléments, appartenances bien sûr, forces et faiblesses. »

-« Alors fais-moi un topo sur le groupe! » s’enjoua Jallie.

-« Haha… Alors les appartenances d’abord », commença l’harnassienne en rapprochant son visage de celui de la jeune fille, alors qu’elles étaient assises sur le palier en bois du jardin. »Je suis une daffilesto pure, Blaudé, une kallato pure, utilise par définition les sorts élémentaires. Les autres sorts concernent les autres appartenances de magie. Dellas, un dlarito qui utilise les armes courtes et les armes de distance rapides. Joll, un dlarito et levito, qui combat à main nue, et utilise des sceaux principalement destinés au soutien et à la manipulation des lois de la physique, et Zacri est un dlarito main nue et kallato secondaire. »

-« Secondaire? » répéta Jallie.

-« Ce ne sont pas des sorts directs, mais associés aux coups, même s’il est capable aussi d’en lancer de manière conventionnelle, si je puis dire. En bref, tu ne peux pas compter sur lui en tant que kallato, si c’est ce dont tu as vraiment besoin, ce n’est pas sa spécialité, cela lui sert à être plus polyvalent et à augmenter l’impact de ses coups. »

-« Ah, d’accord… » constata Jallie, captivée par les explications que la daffilesto lui fournissait.

-« Maintenant les éléments de prédilection », poursuivit la gracieuse demoiselle. »Je suis lumière, Blaudé est foudre et chaos, -la chanceuse par excellence », jalousa faussement l’harnassienne, »Dellas est feu, Joll eau, Zacri air évidemment. Et toi glace et…? »

-« C’est tout. »

-« Tu as vérifié les autres au moins? »

-« Euh.. non, on a arrêté les tests quand j’ai réagi à la glace. »

-« Tu devrais essayer à l’avenir, sait-on jamais », sourit envieusement Dyûl. »Pour ce qui est des forces et faiblesses… »

Elle prit une grande inspiration en regroupant ses connaissances.

« Moi. Je suis une daffilesto assez moyenne, voire même plutôt faible, je ne m’entraînais pas énormément », s’excusa presque Dyûl. »Je connais relativement peu de sorts de daffilesto et j’ai une transe convenable, suis vive d’esprit, ce qui est très appréciable. J’ai tendance à avoir peur assez facilement, mais suis capable de reprendre mes moyens, surtout en présence de mes amis. Voilà. »

-« Maintenant Blaudé », intima la jeune fille, amicalement.

-« Blaudé… Elle connaît bien le travail d’équipe, même si elle n’en a pas trop l’air. Excellente kallato, capable d’envoyer des sorts puissants. »

-« J’ai vu cela », commenta Jallie.

-« Comme moi, elle est faible physiquement, quoique plus résistante tout de même. C’est tout ce que j’ai à dire sur elle. Et bien au tour de Dellas… Il est très agile, bon viseur à l’arc, mais peu diversifié par rapport à ce que sa branche offre comme possibilités. Comparé à l’amie de son père et du mien, Honesse, c’est un débutant, c’est ce que Joll dit », ricana Dyûl. »Il est souvent trop sûr de lui, mais au fond sait faire preuve de discernement, surtout quand son père est là. Ce qui nous amène donc à celui-ci. Joll possède une force absolument colossale », mystifia l’harnassienne, l’air abasourdi rien qu’en y pensant. »Il a beaucoup d’expérience et sait quand utiliser ses sceaux, qui sont bien utiles. Son épée, ou plutôt celle de mon père maintenant qu’il l’a prise, le rend d’autant plus polyvalent. Il est rapide, assez agile, et sa fureur d’Adeka est très efficace car il sait parfaitement la doser en combat. Ah, et il possède une résistance hors du commun, capable d’utiliser son énergie pour diminuer l’impact des coups mieux que personne. »

-« Comment cela? »

-« Tu vois, quand tu sais utiliser ta maul vitarri, tu peux la concentrer à l’endroit où tu vas être frapper », expliqua Dyûl. »Mais il faut pour cela être rapide et plus tu es précise plus c’est efficace. Joll parvient à diminuer grandement les dégâts qu’il prend. Et comme il encaisse comme un markas en plus, il permet au groupe d’être tranquille en accaparant l’attention de l’ennemi. Bon je te dis tout cela mais je n’en ai jamais vraiment fait l’expérience moi-même en fait. On verra bien! »

-« Oui, ça promet », plussoya Jallie.

-« Pour tout te dire, je ne lui trouve pas vraiment de défaut. Enfin si, tactiquement. »

-« Qu’est-ce que tu veux dire par là? »

-« Disons que si tu souhaites éviter un combat, il risque de compliquer cette tâche. Quand il s’agit de créatures, il est sage, mais avec les gens qui lui cherchent des noises… Tu vois ce que je veux dire. »

-« Oui oui, je saisis parfaitement! » en rit l’adolescente, qui imaginait parfaitement la scène.

-« Bien », acquiesça l’harnassienne à l’apparence soignée. »Donc il nous reste Zacri. Fonceur, trop fonceur », déplora Dyûl d’un air affligé. »Il est bon dans ce qu’il fait, et est un allié fidèle, toujours prêt à aider… Bon, voilà tout! » conclut Dyûl en frappant des mains. »Ah et la plus grosse faiblesse du groupe c’est… »

-« Oui? »

Dyûl se rapprocha, l’air mystérieuse.

-« Jallie, la jeune fille qui débute! » plaisanta à voix haute l’harnassienne.

-« Très drôle, tu verras plus tard! » contra l’adolescente d’un air faussement mesquin.

-« Bon », stoppa Dyûl, reprenant un air relativement sérieux. »Alors, tu veux apprendre à régénérer n’est-ce pas? Dans ce cas, on va commencer par apprendre les premiers soins, ceux qui servent en cas de simples égratignures, à peine plus que cela. Est-ce que tu as appris à stimuler ta maul vitarri pour accélérer ta régénération? »

-« Oui, Joll dit que j’ai une bonne aptitude à me régénérer », répondit la jeune âme avec modestie.

-« Parfait. C’est la base. Maintenant tout ce que tu as à faire, c’est viser quelqu’un d’autre pour guérir la blessure. C’est pareil que pour toi, mais sur autrui. »

-« Je croyais qu’il fallait entrer en transe pour pouvoir stimuler la maul vitarri d’autrui et ainsi l’aider à se régénérer? »

-« Oui, pour les blessures moyennes et importantes, pas les superficielles. Tu commences par les premiers soins, comme je l’ai dit. Pour cela, tu dois guérir ton allié avec ta propre maul vitarri, c’est un sort comme un autre, mais dont le but est de guérir. Tu comprends ce que je veux dire? Parce que c’est assez difficile à expliquer… » déplora Dyûl, l’air navré.

-« Oui, j’ai compris. Mais pourtant, quand Zacri est venu te voir à Gesil après le duel, tu as eu besoin de faire usage de ta transe pour l’aider. Alors que ses blessures ne me paraissaient pas très importantes… »

-« Ah bon? On voit bien que Joll ne t’a jamais tapé dessus. »

-« Parce que toi, oui? »

-« Non, certainement pas, il ne le ferait sous aucun prétexte. Mais d’autres oui, et il n’y avait qu’à les écouter, crois-moi! » clarifia la professeure en herbe.

L’élève acquiesça de la tête, puis commença à se concentrer pour tenter de faire ce que Dyûl lui avait expliqué. Cette dernière se fit volontairement une petite entaille au niveau du poignet en usant de son petit poignard azur personnel à cette fin.

« Vas-y. »

La petite humaine aux cheveux blonds se concentra sur l’égratignure de son amie. C’était bien plus ardu que de se guérir soi-même. En fait, c’était comme apprendre à faire apparaître de la glace, sauf que là, elle n’avait pas déjà ressenti une sensation qui la guiderait. C’était comme cela que l’on apprenait les autres sorts ou éléments, en essayant à tâtons. Cependant Jallie se rappelait un peu la sensation de son auto guérison, ce qui l’aida un tant soit peu à imaginer l’effet escompté. La daffilesto était réduite au silence, ceci dans le but de laisser sa jeune amie se concentrer sans l’obstruer de quelque diversion que ce soit. Au bout de nombreuses minutes à concentration maximale, alors que Dyûl restait tout-à-fait silencieuse, sa jeune disciple parvint à refermer l’entaille qui rougissait la peau claire du fin poignet.

-« Bravo! Tu vois, c’est le premier pas! Continue à t’entraîner comme tu le fais avec ton arbalète et ton élément et tu pourras nous être très utile en situation réelle! » félicita l’harnassienne, fière.

-« Et la suite? »

-« Je te propose quelque chose de plus basique, donc plus primordial. »

-« J’écoute », s’empressa la jeune élève.

-« Mais ce sera moins agréable en contrepartie. »

-« Je vais faire avec », relativisa Jallie d’un haussement des épaules, un brin exagéré.

-« C’est ce dont je t’ai parlé tout à l’heure: rassembler ta maul vitarri au point d’impact, pour réduire au possible les dégâts. Cela pourrait bien te sauver la vie, sache-le, Jallie. L’exercice sera simple. Je vais te donner un coup de poing au ventre, ici », désigna-t-elle du doigt en prenant soin de se lever, imitée dans l’immédiat par son élève. » Tu devras rassembler ta maul vitarri, exactement comme quand tu fixes une blessure pour stimuler ta régénération. »

-« D’accord… » fit timidement la blonde, pas vraiment rassurée.

-« Haha, ne t’en fais pas, je n’ai pas beaucoup de force dans les bras », rassura Dyûl.

Elle frappa du poing gauche avec entrain, en y mettant toutes ses forces. Ce qui eut pour effet aboutissant d’arracher un gémissement de douleur à la blondinette qui ne parvint pas à « recevoir », c’était le mot utilisé, le coup.

« Je suis désolée que cela fasse mal, mais je dois te frapper de toutes mes forces, comme ceci je serai sûre de mettre toujours autant d’impact dans mes coups, et ce sera plus simple pour toi de constater si tu as réussis ou non, et dans quelle mesure. Un mal pour un bien. »

Jallie hocha témérairement la tête. En y repensant, les deux galters qui l’avaient agressée la veille possédaient à-peu-près autant de force de frappe que cette daffilesto qui ne se battait jamais au corps-à-corps. Ces vauriens étaient vraiment aussi faibles qu’ils en avaient l’air, pas étonnant qu’une puissante kallato telle que Blaudé soit parvenue à les éliminer avec un seul sort.

Dyûl lança une seconde frappe, au même endroit. Mais cette fois-là, sa disciple parvint à rassembler de la maul vitarri, bien qu’en petite quantité, au point d’impact. Ce n’était pas véritablement compliqué, car rassembler sa maul vitarri était la base que Jallie avait déjà apprise. La seule différence résidait dans le temps dont elle disposait à cet effet, et le timing. C’est pour cette raison que l’ancienne sirionîte s’en sortait déjà mieux, après seulement un échec.

-« Je peux voir dans tes yeux que tu as réussi. C’est très bien, Jallie! Maintenant essaie d’en rassembler plus. »

Une troisième frappe cogna le petit ventre de la daffilesto en découverte. Celle-ci parvint à rassembler plus de maul vitarri, et ne lâcha pas le moindre signe de douleur cette fois.

-« J’ai mieux réussi… »

Une quatrième frappe. Toujours mieux.

-« A ce rythme-là, moi aussi je diminuerai les dégâts à fond, comme Joll! » s’enjoua la jeune fille qui doutait de cette facilité apparente.

-« Haha, ce n’est pas aussi simple », tempéra Dyûl. »Les débuts sont faciles, diminuer les dégâts d’un quart environ, tout le monde peut le faire. Mais diminuer de moitié, c’est tout autre chose. Et je te rappelle que là, tu sais où je vais frapper, et la taille approximative de mon poing. Ce sera bien plus difficile à deviner en plein combat, suivant l’arme, la taille, le tranchant, le sort utilisé et sa diffusion. Un sort de foudre est différemment reçu qu’un sort d’eau, ou de chaos. »

-« Oui en fait en pensant à tout, ça paraît assez difficile… Beaucoup même. Je suis étonnée, en sachant cela, que presque tout le monde peut diminuer les dégâts qu’ils reçoivent d’un quart… »

-« Attention, ce n’est pas ce que j’ai dit. Tout le monde peut, à peu de choses près, mettre assez de maul vitarri pour diminuer les dommages d’un quart par rapport à ce qu’ils devraient subir initialement. Mais cela ne veut pas dire que tous sont capables de le faire en plein combat avec tous les inconvénients que j’ai cité il y a un instant », expliqua clairement la daffilesto. » En situation réelle, la plupart des combattant subissent la quasi-totalité des dégâts, ne parvenant qu’à rassembler très grossièrement leur maul vitarri. C’est d’ailleurs en partie pour cela que les daffilestos sont aussi sollicités. Joll, lui, arrive la majorité du temps à diminuer les dégâts de moitié. Et le peu de fois où ce n’est pas le cas, il les diminue d’au moins un bon quart. Jamais il n’encaisse la totalité de ce que l’on veut lui infliger. Sauf si on arrive à l’avoir par surprise, assurément. Tu ne te rappelles pas du combat avec Zacri? Il m’a dit qu’il avait réussi à toucher Joll une fois. Pourtant Joll n’a requis absolument aucun soin. »

-« C’est vrai… »

Jallie était d’autant plus surprise en repensant au sada hamere. Cette énorme morsure n’était qu’une moitié de dégâts, puisque Joll l’avait, assurément, bien vue venir? Ce loup était vraiment mortel… Dellas n’avait rien exagéré, Joll était vraiment un combattant hors pair. Entre lui et Blaudé, sans oublier Zacri, le groupe partait sur de bonnes bases.

-« Bon, continuons, concentre-toi. »

Une cinquième frappe vint se loger dans la zone abdominale de la petite dame, qui parvint encore mieux à « recevoir » le coup. Grossièrement, Jallie évaluait la diminution des dommages à une dizaine de pourcent, une quinzaine au mieux. C’était déjà très bien pour l’instant. A la fin de la séance d’entraînement, Jallie ressentait sans étonnement une douleur criarde à l’abdomen. Dyûl remarqua qu’elle se le touchait pendant ses explications finales.

-« …ce sera mieux. Tu as mal? Ne t’inquiète pas, j’avais tout prévu! » la soulagea l’harnassienne.

Elle entra en transe, et Jallie sentit en une seconde son bleu disparaître. Dyûl n’était pas si juste-juste, en tant que daffilesto, contrairement à ce qu’elle pensait, selon Jallie. Le visage de nouveau lumineux, la jeune fille souffla.

-« Allons voir si les autres sont réveillés, maintenant », proposa l’harnassienne avec un clin d’œil.

-« Non, moi je vais rester ici. Si Joll est levé tu voudras bien lui dire de venir me voir, s’il te plaît? »

-« Oui. Mais on devra partir bientôt, si tout le monde est réveillé. M’enfin, compte sur Dellas pour te donner un délai… » ironisa Dyûl en refermant la porte arrière de l’auberge.

Elle jeta un coup d’œil à l’horloge qui se trouvait juste au-dessus de la tête de l’aubergiste. Bientôt 12 heures.


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