Chapitre 5 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

La deuxième partie du chapitre 5, on commence direct dans l’action 😉


-« Bien, je suis Zacri Felenas. Si tu me bats, vous pourrez passer. En garde, combattant! Car rares sont ceux qui sont capables de rivaliser avec l’inarrêtable Zacri Felenas! » se venta l’homme en écartant les mains de son corps.

-« Rares? Pas étonnant, tu vis sur une petite île en marge de Salfia. Mais bon puisque tu le désires, je vais donc affronter l’inarrêtable Zacri Felenas! » répéta Joll, non sans un air incrédule, en se mettant en garde.

La garde du quadragénaire était polyvalente, il avait les poings non loin de son corps et écartés, mais prêts à se ramener. Ses jambes étaient bien écartées sans trop l’être. C’était une position stable. Zacri se mit à son tour en garde. Une garde plus classique, un poing en bas dont l’épaule protégeait le visage, l’autre poing gardait l’autre côté de la face, les jambes peu écartées. Les gardes basses avaient beaucoup de défauts, selon Joll. Jallie remarqua alors la musculature de Zacri. Il était bien formé, mais nettement moins costaud que Joll. Cela la mit inconsciemment en confiance.

-« On va avoir droit à un duel de dlarito à main nue, pas mal comme spectacle », se dit Dellas en la regardant, l’air enjoué, au bout du compte.

Le quadragénaire fonça donc sur son adversaire, mais sans bouger les jambes. Il avait comme glissé sur un mince filet d’eau. Il frappa alors d’un crochet droit le visage de Zacri, qui le bloqua de son poing, avant de frapper à son tour. Mais Joll attrapa ce bras tendu, pour faire passer son adversaire par-dessus lui et le jeter au sol. Le gesilais se releva immédiatement mais Joll avait gardé son bras d’une poigne de fer que lui seul possédait. Il lui fit manger l’intérieur de son coude, ce qui mit Zacri au sol. Ce dernier balaya alors l’homme mat avec sa jambe. Mais Joll se rattrapa à une main et lui mit une frappe du pied au visage. Puis il se remit sur ses appuis et tira Zacri pour lui infliger une frappe du poing colossale, qui envoya l’homme arrogant plusieurs mètres plus loin.

-« Je vois, un dur. Je sais comment les mater les gars dans ton genre! »

Zacri Felenas fonça alors à son tour sur Joll, en glissant sur de l’air. Joll comprit alors que le vent était son élément de prédilection. L’homme frappa vers Joll un peu avant de l’atteindre, mais déclencha une boule d’air qui frappa son adversaire de plein fouet, et le mit à son tour au sol. Zacri enchaîna avec un coup de pied circulaire qui envoya une rafale sur Joll. Mais cette fois, le combattant expérimenté tenait fort sa position, très stable. Les jambes comme plantées dans le sol, Joll mit son épaule gauche et son bras en barrage. La rafale le repoussa un peu, sans plus. Zacri sauta alors et frappa du poing en envoyant une grosse boule de rafales venteuses sur son opposant. Ce dernier se toucha un tatouage et lança un sceau.

-« Portail entrée et sortie! »

Un étroit portail apparut devant Joll. La rafale le traversa pour réapparaître dans le portail de sortie, qui se situait derrière Zacri, frappé de dos par sa propre attaque.

-« Ah, espèce de tricheur, tu vas voir! »

-« Mais oui… »

Les deux hommes foncèrent l’un sur l’autre et se frappèrent tous deux au visage d’un coup de poing assommant.

-« Tu vois ce qu’il font pour se déplacer, Jallie? » dit Dellas, sans la regarder. »Ils utilisent leur élément pour glisser, c’est plus pratique pour se déplacer en combat. »

-« Et toi tu sais le faire? »

-« Non. Mais c’est une technique très répandue. »

Les deux adversaires reculèrent d’un grand saut, avant que Joll ne frappât dans le vide vers Zacri, lui envoyant un fouet d’eau. Le jeune homme saigna alors du haut du torse.

-« Tu es bon, mais tu n’as pas le niveau pour ce combat. Laisse tomber », conseilla vivement le quadragénaire avec un calme étonnant, pour quelqu’un qui luttait.

-« Un vrai combattant n’abandonne jamais! » le réprimanda Zacri.

-« Haha, bien… »

L’excité fonça en glissant sur Joll et tenta de le frapper d’un crochet, mais Joll esquiva sur la gauche de son adversaire, et se retrouva derrière lui. Zacri frappa d’un coup de pied de mule vers l’arrière, que Joll évita de peu avant de saisir sa jambe pour tourner et le jeter plus loin. Le malheureux se releva vite. Son adversaire lui envoya d’un geste de la main frontal une flaque d’eau au visage, ce qui aveugla momentanément le combattant gesiliais. Joll frappa immédiatement d’un coup de genou sauté au menton, et ratterrit en frappant d’un coup de coude descendant. Zacri frappa alors le ventre de Joll, qui répliqua en envoyant une volée de coups rapides. Il continua de frapper très vite, de plus en plus vite en tournant autour de son adversaire.

-« Ça c’est sa spécialité », fit remarquer Dellas à sa jeune amie.

L’homme d’expérience s’arrêta quelques secondes plus tard, et prépara un gros coup pendant que son adversaire titubait. Il frappa alors d’un coup de poing droit dans le ventre de Zacri. Mais la puissance était encore plus décuplée que cela. Jallie crut voir les yeux de Joll rougir fortement pendant une seconde. Zacri tomba alors au sol. Il resta une seconde sans bouger, puis s’apprêta à se relever, quand Joll se plaça au-dessus de lui le poing prêt à frapper.

-« Tu as gagné », dû admettre l’homme vaincu. »Je vais vous emmener au village. »

-« Inutile, on sait où aller », le tança Joll en relevant son adversaire.

-« Je dois rentrer de toute façon. Je vais aller voir la daffilesto du village, qu’elle m’arrange ces vilaines blessures. »

-« Il fallait pas me chercher », plaisanta à moitié le quarantenaire en souriant.

-« Chaque combat apprend des choses. C’est en perdant que l’on progresse. »

-« Bien dit! » s’exclama le guerrier à la peau mate, rejoint par ses deux compagnons. »Moi c’est Joll Gomfore. Je te présente mon fils, Dellas, et Jallie, notre amie. »

-« Enchanté, ton père cogne fort tu sais. »

-« Oui je suis au courant », dit Dellas en ricanant.

-« Mais dis-moi, Joll, quel était ce pouvoir que tu as utilisé pour me mettre au tapis? Tes yeux se sont illuminés d’un rouge unique en son genre, et cette frappe était plus forte que les autres, nettement. »

-« C’est bien ce que j’ai vu! » s’excita Jallie en regardant son grand ami, enfin, son ami de grande taille avec une terminologie différente.

-« La fureur d’Adeka. Lorsqu’on l’utilise, les yeux deviennent rouges, un rouge reconnaissable entre mille. Cela rend plus fort et un peu plus rapide. Mais c’est très fatigant, je ne peux pas faire ça souvent. »

-« La fureur d’Adeka, j’ai déjà entendu parler de ce pouvoir », se souvint Zacri alors que le groupe descendait vers le village. »On dit que ce pouvoir n’est possédé que par cinq personnes en même temps; il n’y a que lorsque l’une d’entre elles meurt, que ce pouvoir peut être obtenu par quelqu’un d’autre. On dit aussi que pour l’obtenir il faut faire un grand sacrifice. »

-« C’est vrai », éluda Joll, en bifurquant à gauche vers le village.

-« Alors dites-moi, qui êtes-vous venus voir à Gesil? »

-« Dyûl Leonarde », répondit Jallie.

-« Aaaah, ça tombe bien, c’est elle que je vais voir pour me régénérer! Allons-y, elle habite sur la droite, là-bas. »

Zacri désigna une petite tour de pierre, comme les autres maisons, et recouverte de plantes grimpantes, bleues. Les fenêtres étaient ouvertes, visiblement Dyûl devait s’y trouver.

-« On sait. On est déjà venu », lui redit Joll.

Les quatre personnages arrivèrent alors devant la porte de la maison. Zacri frappa quatre fois. Des bruits de pas se firent alors entendre, comme quelqu’un qui descendrait des marches. La porte s’ouvrit alors sur une harnassienne aux cheveux bleu foncé. Celle-ci ouvrit de grands yeux à la vue de ses inattendus invités. Elle avait des yeux bleu foncé aussi, qui étaient profonds.

-« Joll! Dellas! » s’écria-t-elle, si fort qu’elle aurait pu réveiller le village entier si c’était la nuit.

Elle les prit ensuite tour à tour dans ses bras.

« Cela faisait si longtemps! Je ne m’attendais pas du tout à vous voir! Entrez tous! »

La jeune harnassienne s’écarta en leur faisant un ample signe du bras. Les quatre personnages répondirent positivement à cette invitation bienveillante. Jallie remarqua alors une trappe encore ouverte, menant certainement au sous-sol, où devait être Dyûl à leur arrivée. Cette maison était très bien rangée. Dyûl paraissait être une femelle très ordonnée. Ses vêtements eux-mêmes étaient impeccables. Elle portait une robe noire, avec de nombreux traits verts, qui formaient des petits cercles. Jallie trouvait cette personne ravissante, pas forcément par la symétrie de ses traits de visage, mais par sa présentation parfaitement soignée, plus encore que Tilia l’était. L’harnassienne ne tarda pas à voir les blessures de Zacri.

-« Qu’est-ce qui t’est arrivé, encore? »

-« J’ai défié quelqu’un et j’ai perdu », expliqua brièvement l’homme en baissant la tête, mais en souriant légèrement de sa petite bêtise.

Dyûl le regarda alors avant de tourner son regard vers Joll, pour enfin revenir à son ami.

-« Pitié, ne me dis pas que tu as défié Joll… »

-« C’était juste un combat amical, hein. »

-« Tu ne lui as même pas demander! »

-« Comment tu as deviné? » demanda Dellas, intrigué par la clairvoyance dont faisait preuve son hôte.

-« Je le connais par cœur. Depuis que l’on est tout petits. Mais il part souvent à l’aventure pour perfectionner ses aptitudes. C’est pour cette raison qu’il n’était jamais là quand vous veniez. Le fruit du hasard, ou presque. Bon, laisse-moi m’occuper de tes blessures. »

C’est alors que Jallie assista pour la première fois à la guérison promulguée par une daffilesto. Dyûl entra en transe, ce qui eut pour effet de la faire léviter un peu au-dessus du sol de pierre. Son menton se leva et ses yeux blanchirent complètement, tandis qu’une aura translucide l’entourait de près. Jallie vit alors les blessures de Zacri disparaître petit à petit. D’abord la légère ouverture au-dessous du cou, puis les petites entailles au visage et un petit instant après, le gros bleu au niveau du ventre. Jallie ne vit pas ce bleu disparaître bien sûr, car les vêtements du combattant le couvraient, mais elle le devina. Toutes les blessures apparentes étaient guéries alors que Dyûl continuait son processus. De plus la frappe finale de Joll sur le ventre de Zacri était de loin la plus dévastatrice. Moins d’une minute plus tard, Dyûl se déposa au sol et reprit « conscience ».

-« Tu n’y es pas allé de main morte, Joll », regretta-t-elle en le regardant avec un petit sourire, mais sur un ton de reproche.

-« Il veut apprendre en pratiquant, on a pratiqué. »

Dyûl regarda alors Zacri en secouant la tête horizontalement, avec une pointe de sourire. Elle se tourna alors vers Jallie, qu’elle avait bien évidemment remarquée depuis son entrée dans la maison.

-« Et qui est cette mignonne petite fille? » demanda joyeusement Dyûl en approchant son visage pour observer la jeune blonde.

-« Jallie. On l’a rencontrée sur la route, dans la forêt de Bafalsa. On l’a donc prise avec nous. Elle n’a personne et veut visiter le monde », répondit simplement Joll en regardant les murs de la maison.

-« Laisse-moi deviner… », commença l’harnassienne en souriant bouche ouverte. »Elle s’est échappée du couvent de Bafalsa, exactement comme Ornael? » continua-t-elle en se retournant, fixant Joll avec un sourire exhibant à la fois la compassion, et l’amour.

-« Bien vu. C’est d’ailleurs pour elle que je suis là. »

-« Qu’y a-t-il? »

-« Il y a plusieurs mois, elle est partie vous rendre visite. Depuis aucun signe. »

-« Je… » balbutia Dyûl, comprenant la situation, surtout en sachant la réponse qu’elle allait donner. »Ornael n’est jamais venu ici. »

-« Eh merde! » tempêta Joll, en tapant du poing dans le vide d’un geste de colère.

L’homme avait la tête baissée et les yeux fermés. Il serrait les dents. Bientôt une main vint se poser délicatement sur son épaule.

-« T’inquiète pas. Tu l’as dit toi-même », dit doucement Dellas pour le rassurer, »elle est forte. Elle a dû avoir une affaire urgente à régler, et elle est quelque part. »

-« Et quelle affaire urgente elle aurait pu avoir, d’après toi? » maugréa Joll en se retournant vers son fils, la colère dans les yeux.

Jallie comprit tout de suite qu’elle devait se taire, ne rien tenter pour Joll.

-« Je sais pas. Peut-être qu’elle a retrouvé ses parents, qui sait. Ou alors, elle a besoin de rester seule un moment, tu connais les femelles. »

Dellas avait une expression neutre, il savait comment réagir quand son père était dans ce genre d’état: sans sourire, sans s’énerver, rester tout à fait neutre.

-« Mais ouais, rêve toujours. »

-« Joll », intervint Dyûl. »J’ai décidé de partir pour l’Ornance. Le sud de l’Ornance. Vous pourriez venir avec nous, et peut-être qu’en voyageant on apprendra quelque chose sur Ornael. C’est probable! » annonça l’harnassienne en souriant.

-« Ouais. Peut-être. On en reparlera plus tard. Je vais sur la plage, seul. »

Sur ces mots, l’énergumène quitta la maison.

-« Tu vois, Jallie, y a que elle qui peut le raisonner en souriant comme ça », dit Dellas pour soulager l’atmosphère.

-« Oui je constate. T’as l’air de bien savoir réagir, toi aussi. »

-« Il est pas facile quand ça touche à ma mère. Ou à Frennks. »

-« Bon. Faîtes comme chez vous. Tu viens, Jallie? Je vais te faire une visite-guidée du village et t’en présenter les habitants, puisque l’on a du temps libre », proposa Dyûl.

Sa voix était très agréable, comme son sourire. Joll n’avait pas menti, cette harnassienne était vraiment chaleureuse à souhait.

-« Oui, allons-y. »

Les deux nouvelles connaissances sortirent de la maison de Dyûl, et se dirigèrent immédiatement vers la suivante.

-« Ici, c’est la maison de Hans. C’est le cuisinier. Il fait de très bons repas, des spécialités des îles. Allons le voir, je vais vous présenter. »

-« Volontiers. »

Elles entrèrent dans une maison de pierre plus grande. Le sol était fait d’un bois foncé qui craquait comme du pain. Un petit être cornu se retourna vers ses deux hôtes.

-« Dyûl! Qui m’amènes-tu là?! »

-« Jallie, je te présente Hans. Hans, voici Jallie, c’est une amie des Gomfore, qui sont arrivés il y a peu. »

-« Oui, je les ai vus », affirma le petit être carré avec sa voix de baryton.

-« C’est une autre race de Salfia », hésita Jallie afin de ne pas vexer l’étrange être cornu.

-« Tu n’as jamais vu de bobairos, petite? »

-« Jallie vient d’un couvent, elle n’en a apparemment pas eu l’occasion. Tu vois, les bobairos sont des êtres plus petits, à la peau orangée, comme Hans. Ils ont aussi des cornes qui peuvent être noires ou blanches, et de formes distinctes. Ils sont généralement très accueillants. »

-« Notre peuple est un peuple bon, si tu te perds et que tu vois un bobairos, n’hésite pas à lui demander de l’aide. Nous sommes toujours prêts à rendre service à nos prochains », confirma Hans, en exécutant de nombreux hochements verticaux avec sa tête.

-« Enchantée », dit Jallie en tendant sa main, poing fermé, paume vers le bas.

Hans, le bobairos, compléta ce salut de sa petite main gonflée.

-« Eh bien, ma petite, nous feras-tu la joie de manger à nos côtés ce soir? »

-« Le banquet du soir est un moment où tout le village se réunit, même ceux des alentours qui travaillent dans les champs. Malheureusement nous partirons avant cela », se désola alors Dyûl en se tournant vers Hans.

Les cheveux bleus bouclés de l’harnassienne bougeaient avec les rotations de son cou frêle.

-« Elle va venir avec vous? »

-« Je pense. Elle suit les Gomfore, et je suis presque sûre qu’ils viendront avec nous. »

-« Ba! Cela vous fera plus de bras, c’est au meilleur! »

-« Je crois que l’on dit <<c’est au mieux>> », reprit la jeune fille avec un petit sourire sympathisant.

-« La façon de parler des bobairos », lu dit alors Dyûl. »Bon, nous allons te laisser vaquer à tes occupations, Hans. »

-« C’était un plaisir. Et surtout n’oubliez pas de me dire au revoir avant de partir de l’île, sinon tu auras affaire à moi ma petite », plaisanta Hans à Dyûl en lui faisant un clin d’œil, qu’elle rendit aussitôt.

Elles sortirent alors de la maison du cuisinier. Et se dirigèrent vers celle d’à-côté.

-« Celle-ci est celle d »

-« Oh bonjour, Dyûl », coupa un harnassien blond en sortant de cette maison.

-« Bonjour. Jallie, voici Venas, Venas, Jallie », officia Dyûl en les désignant l’un à l’autre de ses bras.

-« Enchanté », dirent les deux présentés, avant de se saluer avec le salut salfien habituel.

-« Continuons », dit Dyûl en faisant signe à Jallie d’avancer. »Ça, c’est la tente de notre cher Zacri », continua-t-elle en regardant la tente bleu marine devant laquelle elles passaient alors.

-« Ah. Il est vraiment guerrier jusqu’au bout », remarqua Jallie.

Dyûl éclata de rire. Elle regarda alors Jallie avec une lueur d’amitié forte dans les pupilles. Elles avancèrent encore, puis tournèrent un peu pour suivre la courbe du village et atterrir devant une autre maison, de taille moyenne.

-« Ici, habite Juno, un jeune harnassien un peu timide. Ici, c’est la maison de Berri, un humain qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ici, celle de Pequia. Ici, cette maison de bois clair, c’est celle de notre scientifique le professeur Malyen. Il étudie la faune et les races humanoïdes de Salfia. Il »

-« Je dois le voir! » coupa soudainement Jallie. »Si c’est possible », ralentit-elle alors en baissant d’un ton.

-« Pas de problème », rassura Dyûl avec un air surpris avant de frapper à la porte.

-« J’arrive! » cria une voix claire, visiblement pressée.

Après quelques bruits de bricoles, un harnassien brun d’environ quarante ans ouvrit la porte de la maison. Celle-ci était en longueur, vaste. Une maison de professeur.

« Ah, Dyûl, que puis-je faire pour toi en cette glorieuse journée? »

-« Euh… C’est de l’ironie? Ou alors tu as fait une découverte? »

-« Oui! Apparemment il y aurait des traces d’anciennes civilisations. Et si tu veux mon avis, elles n’ont pas entièrement disparu! », expliqua le professeur en mettant la main sur le côté de sa bouche comme pour faire une confidence. »Elles doivent être dans les terres inconnues. Peut-être que nos ancêtres les y ont chassées! »

-« Il y a des terres inconnues? » demanda Jallie, curieuse de savoir d’où venaient les certitudes de l’harnassien.

-« Bien sûr, jeune fille. Nous n’avons pas encore découvert l’intégralité de notre monde. J’en suis convaincu, tout du moins. Mais dis-moi, Dyûl », continua-t-il en se tournant vers sa voisine, »qui est ta jeune amie, ici-présente? »

-« Voici Jallie, c’est une amie des Gomfore. Jallie, voici le professeur Malyen. »

-« Ah, une amie de ce cher Joll! Hmmm, tu sais que cet homme m’a une fois permis d’ouvrir les yeux sur une de mes recherches? » lui raconta joyeusement l’harnassien.

-« Ah bon? »

-« Oui, la réponse était sous mon petit nez crochu, et grâce à lui je l’ai vue! »

Jallie rit sur cette autodérision. Le nez du professeur était assez petit et crochu, c’était vrai.

-« Et bien, entrez-donc, mesdemoiselles! Et pensez à vous essuyer les pieds sur le paillasson! »

-« Il aime la propreté », murmura Dyûl en passant la première le seuil de la porte pour frotter ses chaussures de cuir noir.

Jallie fit de même et le professeur Malyen les attendait devant un livre ouvert, indubitablement très ancien.

-« Jallie aimerait te poser des questions. Elle vient d’un couvent, alors elle en a probablement plus d’une qui lui brûle la langue », clarifia Dyûl en souriant vers la concernée.

Cette harnassienne était plutôt grande, même pour une adulte. Jallie n’aimait pas être dominée, elle se rassurait en se disant que plus tard elle serait grande, elle aussi.

-« Je t’en prie, Jallie » répliqua alors le professeur.

-« J’aimerais savoir, quand deux personnes de races différentes ont un enfant, comment est-il? »

-« Il est d’une race ou de l’autre, tout simplement. Les chances sont relativement égales, quoique les bobairos ont des probabilités inférieures aux autres races, il semblerait. »

-« Oui mais est-ce possible qu’un enfant ait les caractéristiques d’une race et de l’autre réunies? »

-« Mmmhhh… Pour l’instant rien n’indique que cela ne soit arrivé… Mais pourquoi pas, après tout… Je pense que c’est tout de même possible, quoi qu’improbable. Très improbable. »

Dyûl regarda Jallie d’un œil méfiant. Elle se doutait de quelque chose. Jallie était évidemment déçue de cette réponse imprécise, qui ne l’avançait pas plus.

-« Bon, c’était ma seule question, merci à vous professeur Malyen », trancha alors Jallie en lui adressant un signe de la tête avant de sortir, suivie de près par Dyûl, ayant salué aussi son compair.

-« Eh! Attends une seconde, s’il te plaît. »

-« Qu’y a-t-il, Dyûl? » demanda la jeune fille.

L’harnassienne à la chevelure bleu foncé entra en transe. Elle décolla du sol et ses yeux brillaient, une fois de plus. Elle se reposa alors au bout de quelques secondes.

-« J’aurais dû m’en douter. »

-« Quoi? »

-« Ta question te concernait toi, directement. »

-« Comment… »

-« Quand une daffilesto entre en transe pour guérir une personne à l’aide de sa maul vitarri, elle ressent alors celle-ci, principalement dans la poitrine. Mais il y en a un peu qui parcourt tout ton corps, c’est ce qui te permet de ne pas mourir d’une attaque, si tu es entraînée. Donc, j’ai vu les formes de tout ton corps. Ne t’inquiète pas », coupa-t-elle alors que Jallie s’apprêtait à parler, »je ne dirai rien aux autres. Sache que tu es unique, Jallie. C’est vraisemblablement une bonne chose », conclut-elle en lui posant délicatement une main sur l’épaule.

-« Peut-être que j’en apprendrai plus pendant le voyage. »

-« Certainement », confirma Dyûl.

*****

-« Alors? » demanda curieusement Dyûl, un poil tendue.

Dellas, Jallie et Zacri étaient en ligne avec elle dans sa maison, face à Joll qui venait de rentrer. Ce dernier fixa le sol un instant, puis ferma la porte qui grinça avec la lenteur du geste. Il se retourna alors vers eux.

-« On vient. Peut-être qu’on apprendra des choses sur Ornael. Et si ce n’est pas le cas, mieux vaut ça que rester chez nous à se tourner les pouces ou broyer du noir. »

-« Génial! On sera ravi de vous avoir avec nous! » s’exclama joyeusement Dyûl, grandement rassurée.

-« Oui, enfin, on aimerait bien savoir où on va exactement et pourquoi », dit Dellas. »Je pense pas que tu veuilles quitter ton chez toi, alors qu’est-ce qu’on va faire au sud de l’Ornance? »

-« J’ai… un plan. Mais il est vague. »

-« Explique », intima Joll.

-« Voilà… », commença Dyûl avant de faire une longue pause. »Je compte supprimer les fléaux majeurs qui parcourent Salfia. »

-« Doln et Sahon? » demanda Joll.

-« Oui. »

-« Et le démon des cieux? » reprit Dellas.

-« Oui. »

-« S’il existe… » grommela Joll.

-« Les rumeurs sont trop nombreuses par ici. Je compte donc éliminer ces trois monstres. »

-« Mais comment tu comptes faire?? » demanda Jallie avec véhémence, complètement abasourdie par la révélation.

Elle ne pensait pas qu’il y eût vraiment un moyen, ni quelqu’un d’assez courageux pour le tenter.

-« Au sud de l’Ornance, se trouve un château entouré d’une petite ville, non loin de la plage, abandonné fut un temps, désormais occupé par l’une des 9 sorcières. »

-« Où se situe l’Ornance au fait? » demanda Jallie.

-« Nous sommes en Orné, partie nord-ouest du grand continent. L’Ornance est la partie sud », répondit Dellas.

-« Ah je comprends. Et les 9 sorcières? » répéta Jallie.

-« Je vais t’expliquer », intervint Joll. »Une race de Salfia s’appelle les vanassyne. Ce sont toutes des femelles, semblables physiologiquement à des humaines, à quelques particularités près. Elles possèdent cependant un grand pouvoir magique, une maul vitarri presque infinie, et le pouvoir du chant. Leur chant permet beaucoup de choses, dont des sorts, entre autres. Le peuple vanassyne s’est scindé en deux il y a bien longtemps. Une partie, pacifique, se fait toujours appeler vanassyne, l’autre, de nature haineuse envers les autres races, se fait appeler sorcières. Celles-ci utilisent leur pouvoir ainsi que de nombreuses potions et rituels pour parvenir à leurs fins, souvent égoïstes et meurtrières. Il y a deux décennies, un groupe appelé les 9 sorcières a fait son apparition sur Salfia. Celles-ci étaient de loin les plus puissantes de toutes, et avaient des objectifs précis. Les sorcières ne sont dévouées à aucun dieu. Depuis, quand une des 9 meurt, une autre la remplace. »

-« C’est exact », dit Dyûl, satisfaite des explications de son cher ami. »La sorcière de la lune vit aujourd’hui dans le château où nous souhaitons aller. »

-« Mais pourquoi y aller dans ce cas? » demanda Dellas, dubitatif.

-« Pour l’éliminer, et reprendre ainsi le château et la ville, où nous installerons le quartier général de la libération de Salfia. Il sera sur terre mais près de l’océan. Nous serons parfaitement placés, et assez éloignés de toute forme de… loi si je puis m’exprimer ainsi. »

-« Bien… Excellente idée. Sur le chemin et une fois là-bas nous rechercherons des alliés là où il peut y en avoir », comprit Joll.

-« Et plus de gens nous rejoindront, plus cela encouragera les autres à faire de même », ajouta Dyûl. »Si nous ne trouvons pas de meilleur moyen, nous abattrons ces monstres grâce au nombre et aux armes. »

-« Oula… » commença Dellas.

-« C’est un espoir. Je suis avec toi de tout cœur », dit alors Joll.

-« Moi aussi! Le monde se portera bien mieux sans eux! » s’écria Jallie. »Allez, ceux qui sont pour, placez vos mains avec la mienne! » continua la jeune fille en tendant le bras, poing fermé.

-« Allons zigouiller ces raclures! » annonça Zacri en plaçant son poing au côté de celui de Jallie, immédiatement.

Dyûl sourit en voyant l’enthousiasme de sa nouvelle amie, et imita Zacri. Bientôt Joll les rejoignit, en soufflant ironiquement.

-« Bon, chuis avec vous », s’inclina finalement Dellas en bouclant la réunion.

Les cinq compagnons séparèrent leurs poings.

-« Partons sans plus tarder. Un petit navire de bois à moteur nous attend sur la plage », déclara Dyûl. » Tout est prêt, les provisions y compris. »

Les quatre autres firent oui de la tête, et la suivirent dehors.

-« Tiens, un bateau à moteur t’attend au sud de l’île », dit Dellas en donnant les clés à Hans qui passait par là.

Dyûl se retourna vers lui.

-« Au revoir, Hans. Tu le diras aux autres pour moi. »

-« Assurément. Au revoir et bonne chance, petite, ton père aurait été fier de toi », la complimenta le bobairos.

Joll et Hans échangèrent un salut respectueux du menton. Un instant plus tard, les cinq aperçurent le navire de bois, accosté près d’un quai de roche, assez unique. Il était un peu pourri, et assez petit pour un navire, bien que largement suffisant pour cinq personnes.

-« On ne s’arrêtera que pour une île, on fera le voyage en deux temps », annonça Dyûl.

-« J’ai hâte d’être en mer dans ce navire! » s’excita Jallie en courant devant le groupe pour descendre vers la plage. »Allez, venez! »


Le conflit principal du récit est enfin lancé pour vous! Il en fallut du temps pour installer l’histoire mais ça en valait la peine pas vrai? 😉

Encore merci de me lire et à la prochaine!

Comment se lancer dans la création

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, le blog des créateurs indépendants!

Cela fait un moment maintenant que je vous parle de création, comment c’est bien (comment c’est loin… non), que vous devriez vous lancer, ce serait bien pour vous etc.

Mais encore faut-il savoir par où commencer.

En premier lieu, commencez par vous demander ce qui vous plaît, ça fait un peu bateau dit comme ça, mais c’est important de savoir, quel est le genre qui vous plaît, média (accessibilité/pour débuter léger ce serait plutôt un roman/bd/jeu sur rpg maker), le genre de personnages qui vous plaisent, quel est le genre d’histoire que vous aimez quand vous raconte, ou que vous aimeriez que l’on vous raconte.

D’où le deuxième point (transition, bitch). Qu’avez vous envie de changer dans la création actuelle, que ce soit dans les séries que vous regarder, les romans que vous lisez, les jeux auxquels vous jouez… Qu’est-ce que vous aimeriez trouver qu’il n’y ait pas?

C’est un point simple pour commencer, très simple. Evidemment, on peut commencer de zéro (bien qu’on s’inspire toujours de ce qu’on connaît) mais on peut aussi prendre quelque chose qui existe et le refaire à sa sauce, en changeant ce qu’on aurait aimé y trouver.

Par exemple, cela m’est déjà arrivé de ne pas être satisfait par l’utilisation d’un personnage et de le reprendre à ma sauce pour lui donner l’utilisation voulue. Le Bar Thanos des Chroniques de Salfia (dispo sur ce blog), provient du Dark Avenger de Noob. Je n’ia pas trop aimé la façon dont ce personnage craint fut ensuite ridiculisé, alors j’en ai fait un semblable pour cultiver son côté craint et mystifié.

Prochain point, pour le style d’histoire, voyez quel contexte vous plait, sf, fantaisie, réaliste chez les pirates, etc. Le style d’héros que vous voulez, un seul très stylé et polyvalent, un groupe assez de clichés avec beaucoup d’interactions et de chocs de styles… Le style de méchant, fuyard ou agressif etc.

Ensuite, si c’est bien de savoir ce que vous voulez qu’il y ait dans votre oeuvre, votre univers créé, c’est encore plus important de savoir ce que vous ne voulez pas qu’il y ait. En effet, c’est souvent les choses évitées qui font le caractère de l’oeuvre. Pour l’exemple, parce que c’est large, dans les CdS qui est un univers de fantaisie, je ne voulais pas de race naine. Je ne parle pas des bobairos qui font style 1m65, mais des races bien naines, style nains, hobbits, gnomes dans Amalur etc. Je trouve que ça donne un aspect moins sérieux dans l’univers (tout est relatif). Je ne voulais pas non plus d’élu à la Harry Potter, Neo, etc. Facilité scénaristique que j’abhorre. Ou pire, de visions. La facilité scénaristique absolue (qui va souvent de paire avec l’élu…). Quand on sait pas comment aborder un sujet, vision sur un persos surdoué, et hop! Non seulement c’est facile mais je trouve ça lourd pour le spectateur, même dans Game of Thrones ça m’ennuie. Pas de dragons non plus, trop classique. Wyverns modifiés, oui, pas dragons au sens classique. Bref, vous voyez, j’ai su ce que je ne voulais pas y mettre, et c’est ça qui différencie le style d’univers par rapport aux autres.

Ensuite, il faut savoir quelle histoire vous allez raconter (qui ça? les casseurs quoi? connaît pas…). Quel est le conflit, pourquoi les persos principaux s’y mêlent, etc. C’est le pilier de votre oeuvre, quel que soit le média. Par où commencer? Plusieurs idées farfelues et simplistes, mais qui font leur preuve. Le titre, j’ai déjà filé une superbe histoire en partant d’un titre. Je voulais un truc de pirate, classe, j’ai commencé par pirate, trop classique, remplacé par marin, et je voulais un truc terrifiant et mythique. Ça a fini en La Légende du Marin Pourpre. Du coût j’ai créer un perso ultra charismatique et stylé et badass, et j’ai filé l’histoire à partir de ses motivations, liées à sa psychologie concernant l’humanité.

Vous pouvez commencer l’histoire par la présentation d’un personnage, dans une scène bien sûr (sinon c’est lourd), Montrez des aspects de sa personnalité, ses habitudes, ses gimmicks etc via une scène marquante dont on se souviendrait avec nostalgie en revenant au début de l’oeuvre. Et ensuite vous tisser à partir de là. Par exemple, un perso orphelin qui débarque en trombe sur une route pour X raison, croise un groupe, se battent contre un ennemi commun et finissent par se liés pour un temps. Du coup ça enchaîne avec le pourquoi l’ennemi l’est, où voulaient aller les groupes, quel est le conflit principal, etc.

Vous pouvez démarrer avec une scène stylée que vous avez en tête, qui n’aurait aucun intérêt particulier mais serait classe, ça permet de commencer l’histoire, vous pourrez changer après (on en parle dans le prochain article) et au moins cela vous lancera, c’est le plus important.

Vous pouvez commencer en présentant le background, la faune la flore dans une scène, par exemple.

Vous pouvez débuter en présentant l’aspect politique, surtout si vous faîtes de la sf, et pourquoi le monde en est arrivé là, etc, jusqu’à lié cela avec le personnage principal et son rôle dans son empire ou autre, lui définir son camp et définir ce pour ou contre quoi il combat, en faire l’antagoniste à partir de là etc.

Pour les façons de raconter le récit, rappelez-vous que vous n’êtes pas obligés d’être linéaires. Vous pouvez démarrer avec un flashback (même si perso j’aime pas), ou utiliser la façon présent-passé-présent (me souvient plus du nom). C’est quand on raconte la situation en commençant in media res pour captiver le lecteur/joueur etc, et qu’on revient ensuite dans le passé pour raconter tout du long comment on en est arrivés là, pour ensuite finir le récit en finalisant l’histoire. L’exemple de ce genre de récit qui me vient est Uncharted 2.

Dans le jeu vidéo, le début peu aussi servir à présenter des éléments de gameplay.

Et voilà, je pense que vous avez tous les outils pour savoir par où commencer. En conclusion je vous dirais:
Commencez, on verra ensuite!

Quel que soit la manière, de toute façon on peut y revenir. Mais ça, c’est pour le prochain article 😉

Chapitre 5 (1/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Chapitre 5, que j’ai hésité à couper en trois, mais finalement j’ai pensé qu’en deux ce ne serait pas trop long, étant donné que vous êtes bien lancés ^^ Bonne lecture


Chapitre 5 : Un grand projet

-« Jallie! Réveille-toi, on y est! »

C’était la voix claire de Dellas. Jallie se réveilla rapidement et s’assit sur le banc où elle se situait, celui à l’arrière du bateau. Elle aperçut alors l’île. Là où ils étaient, il y avait beaucoup de maisons de bois, comme celles de Manda, mais debout et intactes. Le sable était plutôt jaune et très gros, et la plage de sable s’arrêtait à quelques mètres sur de l’herbe vert sombre. Le sable et la végétation s’entremêlaient alors, ce qui était joli et plutôt singulier à voir comme paysage.

-« Comment vous faîtes pour arriver exactement où vous le voulez, avec une simple boussole? »

-« L’habitude, et puis la nuit il y a les phares. Ils sont visibles de loin afin de guider les voyageurs », affirma Joll.

Comme les autres fois, les trois humains tirèrent le bateau à la force de leurs dorsaux et de leurs biceps, vers la plage, et Dellas planta le piquet de bois.

-« Un peu plus loin il y aura une route, qui mènera à un village au milieu de l’île. Leur maison se trouve sur ce chemin, pas très loin de la plage », renseigna le jeune adulte en se penchant vers Jallie, sans la regarder.

Ils arpentèrent tous trois la plage et quelques dizaines de mètres plus loin, ils aperçurent le petit chemin creusé qui partait de celle-ci. Près de ce chemin, il y avait, entre deux petites dunes de sable, une harnassienne aux cheveux blonds, tombant jusqu’aux épaules. Elle manipulait un poisson de taille moyenne, sans le toucher. Elle semblait se concentrer pour parvenir à cet exploit. Les trois compagnons la regardèrent en marchant. En arrivant près d’elle, Jallie se mit à parler, plus curieuse encore que les deux autres, stupéfaite.

-« Comment faîtes-vous cela? »

-« Vois-tu jeune fille », dit d’un puissant calme l’harnassienne, »il y a des choses que l’on ne peut expliquer, ce sont simplement des dons. »

L’harnassienne parlait très sereinement, elle avait l’air réservée. Elle devait avoir la vingtaine, avait des yeux verts luisants, des lèvres très rouges et courbes, et des vêtements de la même couleur. Elle avait une robe aux manches courtes, qui descendait jusqu’aux genoux, mais était ouverte sur les côtés. Ses jambes étaient tout de même cachées par ses longues bottes toutes aussi écarlates, qui montaient jusqu’en haut des cuisses. Elle avait de longs gants jaune foncé qui arrivaient aux coudes, des gants de tissus, fins.

-« On s’est déjà vu, non? » demanda Dellas.

-« C’est possible. »

Le jeune adulte savait qu’il l’avait déjà rencontrée. Mais il ignorait où et quand.

-« Dîtes, connaissez-vous les Balno? Nous venons leur rendre visite », profita Joll.

Le quadragénaire se rappelait aussi de cette harnassienne, il n’avait posé cette question que pour analyser comment elle s’exprimait et tenter de se remémorer où ils l’avaient croisée.

-« Oui. Ils sont dans leur maison. Vous n’aurez pas de mal à les trouver. »

-« Merci. Espérons qu’ils n’aient pas bougé entre-temps », conclut Joll en commençant à partir, suivi des deux autres.

-« Certainement pas », ponctua l’harnassienne, avant de retourner à ses occupations.

Une fois plus loin, lancés sur le chemin, Joll rompit le silence.

-« Tu vois Jallie, je devais te parler des deux dernières appartenances. Cette harnassienne est une kallato. Ces gens utilisent leur maul vitarri, l’énergie interne, pour faire jaillir des sorts élémentaires, généralement ceux de leur élément de prédilection. »

-« Comment tu sais que c’en est une? » demanda Dellas, incrédule. »Elle est visiblement habillée comme une mage, certes, mais qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas une daffilesto ou une hazato? »

-« On l’a déjà vue. Je ne me rappelle ni où ni quand, mais je me rappelle que c’est une kallato. »

-« Oui c’est vrai que maintenant que tu me le dis, c’est cela. On a dû la croiser en venant à Gesil. Pas étonnant. »

-« En tout cas Jallie, je ne sais pas comment elle faisait léviter ce poisson. Sur ce point on est tous les trois perdus, je crois bien. »

-« Oui, je crois aussi », plussoya Jallie, le sourcil arqué.

Plus tard, les compagnons arrivèrent près de la maison en question.

-« Et bien enfin on y est. Ça fait du bien! » s’enjoya Joll.

-« J’ai bien aimé le voyage moi », pensa sa jeune compagne de voyage à voix haute.

-« Haha, t’as le cœur de l’aventure, Jallie! Tu nous as bien trouvés! »

-« Oui, ça c’est vrai. »

-« Quel trio on fait! » surenchérit Dellas, une pointe d’ironie émergeant toutefois.

Son paternel frappa à la porte. Personne ne répondit. Il refrappa. Encore rien.

-« Faut croire qu’ils ont bougé… » en conclut-il.

-« Peut-être que les vieux se reposent. Tape plus fort », conseilla Dellas.

Joll frappa un peu plus fort. Encore rien.

-« C’est tout ce que tu sais faire? Je suis vraiment déçu… » se moqua le fils unique aux cheveux châtains.

Joll cogna la porte.

-« Horia? Sebé?! » hurla-t-il.

Il ouvrit alors, malgré tout. Il n’y avait personne. Les trois acolytes, précédés par Joll, allèrent alors dans la salle, à côté. C’était la cuisine. Jallie aperçut les casseroles et tous les autres ustensiles, propres comme un sou neuf. En ouvrant la porte de la chambre, Joll fut surpris et referma cette porte sans que les deux plus jeunes ne puissent voir ce qu’il y avait.

-« Quoi, ils sont dans l’intimité à leur âge? » s’amusa son fils.

-« Jallie… » commença le quadragénaire avec son air sérieux. »Va nous attendre devant s’il te plaît. »

La jeune fille considéra Joll avec un drôle d’air, ne sachant que dire, se demandant ce qui se passait. Elle comprit alors que ce n’était pas vraiment une question. Elle sortit et alla attendre devant la porte en vieux bois de la maison des Balno.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » demanda Dellas, inquiet.

Il avait tenté de murmurer, mais il parla presque à voix haute, effet secondaire d’un stress montant pour une raison inconnue.

-« Regarde par toi-même », lança Joll en rouvrant la porte.

Dellas vit alors un spectacle des plus inoubliables. Les corps d’Horia et Sebé étaient éparpillés dans la pièce. De nombreux morceaux manquaient, comme si on les avait arrachés. Il y avait des mares de sang partout, même sur les murs, et un peu sur le plafond, assez bas, de la chambre. Les deux têtes étaient posées, droites, sur le lit orné d’une couverture verte reteinte de pourpre. Le visage aux rares cheveux blancs et à grosse barbe blanche de Sebé avait les deux yeux fermés. Le visage effrayé d’Horia, à gauche, avait les yeux grands ouverts, la mâchoire serrée. Les cheveux longs et grisonnants de la vieille harnassienne était à moitié rouges de sang.

-« Je pense qu’Horia a tenté de se défendre. Sebé n’a probablement rien vu venir », analysa Joll en s’approchant des deux têtes.

-« Je le crois pas… Mais qu’est-ce qui a pu leur faire ça? »

-« Je n’en ai aucune idée. On va les enterrer et on repart. »

-« Et si les responsables étaient encore dans le coin? »

-« Tant mieux, on s’occupera d’eux. »

Dellas se doutait bien que son père était déterminé, et ne broncha pas le moins du monde, repoussant sa peur grandissante.

-« Comment on fait pour Jallie? »

-« Simple, on enveloppe les restes de leurs corps dans la couverture du lit, et on les enterre comme ça. Ils s’aimaient profondément, on va les enterrer ensemble. »

-« Si on retrouve maman, tu voudras que je vous enterre ensemble aussi quand vous serez morts? »

-« Bien sûr. Allez aide-moi. »

La porte de la maison s’ouvrit tout à coup derrière Jallie, qui effectua un pas de recul. Les deux hommes apparurent alors, Joll tenait un gros sac vert clair. L’intérieur de la couverture. Quelques larges tâches de sang étaient visibles malgré tout. Les mains des deux hommes étaient mouillées, pas une trace de sang n’était visible. La maîtrise de l’eau de Joll, sans doute.

-« Ce sont eux, je suppose? » devina Jallie en grimaçant.

-« Oui. C’était pas beau à voir. Je préférais que tu n’y assistes pas. »

-« Merci pour cette attention. »

-« On va les enterrer, tu vas nous aider à creuser? » demanda Dellas.

-« Oui oui, évidemment », assura l’adolescente en acquiesçant.

-« Alors va prendre trois pelles derrière la maison, dans le jardin. Ils doivent sûrement en avoir », lança Joll.

-« Oui », dit Jallie avant de s’exécuter.

Les deux autres allèrent un peu plus loin, s’écartant de la route, derrière la maison, et Joll posa le sac. Jallie revint un instant après en sortant du jardin par les barrières en bois.

-« Il n’y en avait que deux. »

-« Ils auraient pu en prévoir une troisième, au cas où », soupira le quarantenaire. « Bon, Dellas et moi on commence et à la moitié, vous échangez. »

*****

-« Vivement l’île de Gesil », dit Dellas, à bord du bateau en pleine mer. »En espérant qu’ils soient tous en vie là-bas. »

-« Il vaudrait mieux. »

-« Vous ne croyez pas que ceux qui ont fait ça ont pu… Enfin Ornael… » commença maladroitement la jeune âme.

-« Sûrement pas. S’en prendre à deux petits vieux, c’est facile, s’en prendre à elle, c’est tout autre chose. Et puis eux c’est très récent. Pas sa disparition à elle », argua Joll.

-« Vous croyez que c’est un coup du Bar Thanos? Ce type tue pour un rien, comme si il détestait tout le monde! » s’excita Dellas. »Et il venait peut-être de cet archipel! »

-« Je n’en sais rien. Je ne pense pas trop », le calma Joll. »Bon, dormons et ça ira mieux. Je te laisse la barre Dellas. »

-« D’acc’, capitaine. »

Quand plus tard, Joll avait la barre, et que son fils dormait, il observait Jallie. C’était encore la nuit, mais Joll avait gardé la même direction. Il coinça la barre, et toucha Jallie, avec plusieurs petits coups d’index. Elle se réveilla et Joll sourit nerveusement.

-« Qu’y a-t-il? » balbutia la jeune fille un peu assommée.

-« Tu veux apprendre à maîtriser ton élément? »

-« Oh que oui! Tu vas m’apprendre? »

-« Héhé, pourquoi pas, tant qu’on y est. Et puis ça vaut mieux que rester là à broyer du noir. Bon, d’abord, tu dois apprendre à sentir ta maul vitarri. »

-« C’est fait. J’arrive à la sentir. Je me suis entraînée pendant les voyages, et à l’auberge. Regarde », dit la jeune fille, avant de se mordre le poignet.

Une goutte de sang s’échappa. Jallie se concentra sur la petite ouverture, et au bout de quelques secondes, elle était refermée.

-« Ouah! Non seulement tu ressens ta maul vitarri, mais tu as déjà appris à la stimuler! Et tu as des capacités de récupération très bonnes! C’est excellent. »

-« Merci », rougit nerveusement l’apprentie.

-« Maintenant tu dois essayer de sentir à nouveau ce que tu as ressenti quand tu as mis la glace sur ta poitrine. Concentre-toi sur la glace. Tu dois l’imaginer se former où tu veux la faire apparaître, si tu veux parvenir à le faire. »

Jallie ferma les paupières.

-« Non, rouvre les yeux Jallie. Tu dois la prévisualiser là où tu la veux, comme si elle y était déjà. »

L’adolescente se concentra sur le creux de sa main droite qu’elle tendait devant elle. Elle ressentait quelque chose, mais rien n’apparut. Elle repensa alors à la fois où Joll lui avait donné le morceau de glace. Cette sensation agréable et chaude, presque maternelle. Elle ressentit un air frais sur sa main, et quelques secondes plus tard, une glace en forme de losange apparut au-dessus du creux de sa main. Ce cristal de glace faisait environ 10 centimètres de haut.

-« Super! » s’exclama Joll, impressionné.

Jallie rit bruyamment et franchement. Sur ce bruit contrastant avec le silence nuptial, Dellas se réveilla. Le jour commençait à peine à percer.

-« Hé, fiston. Regarde ce que Jallie a appris à faire. »

La jeune mage refit apparaître la même glace, en légèrement plus petite.

« Elle a presque le même niveau que toi en magie! »

-« Normal puisque ce n’est pas ma spécialité du tout. »

-« Je pense que si tu veux être fort, tu dois savoir te sortir de toutes les situations, être polyvalent », commenta Jallie.

-« Exactement », plussoya fièrement le quadragénaire.

-« Si tu perds ton arc et tes dagues par on ne sait quel moyen, comment tu t’en sortiras? » démontra la jeune fille l’air assuré, contente de ses capacités de débutante.

-« C’est justement pour cela que je m’entraîne à main nue avec mon père! »

-« Le main nue ne suffira pas toujours. »

-« Ça, ça dépend du niveau. Mais de manière générale c’est vrai », accorda Joll.

-« C’est sûr qu’avec ton niveau c’est confortable », répliqua son fils.

-« Pas faux. »

-« En tout cas nos éléments sont contraires », remarqua Jallie.

-« Oui », acquiesça Dellas.

-« Quel est l’élément opposé à l’eau, Joll? »

-« La foudre. Les pairs d’éléments sont les suivantes: feu et glace, eau et foudre, terre et air, lumière et obscurité. Le chaos est seul, bien évidemment. »

-« Ça doit vraiment être rare et puissant », dit Jallie, une lueur dans les pupilles.

-« Oui, j’ai déjà vu un élémentaire de chaos. C’était un kallato, et mieux valait éviter de se frotter à lui », raconta Joll.

-« Qui était-ce? » interrogea Jallie.

-« Un chasseur de prime. »

-« Et comment tu l’as connu? »

-« Il y avait une prime sur ma tête. Et elle existe toujours je crois bien. J’ai eu quelques ennuis à Puhud », éluda étrangement le père de famille.

-« C’est pas vraiment ton genre d’obéir et d’accepter d’avoir des supérieurs », remarqua Dellas, qui était allongé les bras croisés derrière la tête.

-« Le tien non plus, non? Remercie-moi! »

-« Bien sûr, voyons! »

-« Et comment lui as-tu échappé? » demanda Jallie.

-« Échappé? Je l’ai battu, tout simplement! »

-« Tu n’as pas vraiment compris. Papa est quelqu’un de très fort, tu trouveras rarement un combattant comme lui, Jallie! »

-« Je ne savais pas. Vu comme on a eu du mal avec le sada hamere, je me suis dit… »

-« Un sada hamere est puissant et très rare. N’importe qui aurait eu du mal, tu sais! » justifia Joll.

-« Je me sens en sécurité d’un coup! » s’exalta l’adolescente blonde avec un grand sourire idiot.

-« <<Échappé>>, non mais sérieux… » rouspéta Joll.

La jeune fille sourit, l’air gêné, en se grattant l’arrière du crâne. Elle se demandait alors ce qui avait bien pu arriver à l’ami de Joll. Ce dernier était un homme fort, le souvenir devait donc être très douloureux. Qu’est-ce qui pourrait autant blesser un homme comme Joll? Mystère. Et maintenant son épouse avait disparu. »Les mauvaises choses n’arrivent jamais aux gens de bien, dit-on. C’est absolument faux« , cogita la jeune fille.

Arrivés à l’île de Gesil, Jallie aperçut du sable presque blanc et du relief verdâtre. C’était un endroit vierge, aucun humanoïde à l’horizon.

-« Il n’y a personne », pensa la jeune fille à voix haute.

-« Cette île est peu peuplée. La grande majorité des habitants sont au village, au nord-ouest de l’île. A l’opposé, quoi », commenta Dellas.

-« Comment s’appelle la fille de feu ton ami, Joll? J’ai oublié » s’excusa Jallie, en observant la réaction de l’homme, qui fronça les yeux.

-« Dyûl Leonarde, fille de Frennks. Une harnassienne, comme lui et sa mère, qui est morte à sa naissance. Elle a la peau blanche et assez brillante, des longs cheveux bleu foncé. C’est une jeune personne de 22 ans comme je te l’ai dit l’autre jour, très chaleureuse. »

-« C’est quoi son élément à elle? » se renseigna la très jeune adulte pendant que Dellas plantait le piquet du bateau dans le sable avoisinant.

-« La lumière. Rien d’étonnant. »

-« Au fait, je me demandais, est-ce que l’élément a un rapport avec le caractère? » interrogea alors la jeune blonde, curieuse.

-« Non. Tu n’es pas glaciale, n’est-ce pas? Cela dit, certains disent qu’une personne d’élément obscurité ne sera jamais totalement bonne, et inversement. Mais bon… »

Les trois alliés marchèrent alors vers le vert de l’herbe de l’île. Une brise souffla sur la joue de Jallie, qui trouvait cette sensation agréable. Elle n’en avait vraiment pas l’habitude, ayant passé sa vie en intérieur la plupart de son temps. Le vent du large était libérant. Elle entendit un petit bruit, semblable à un crapaud, mais ne vit rien aux alentours. Dellas regardait un peu partout, l’air bêta, tandis que son géniteur fixait le sol, en pleine réflexion. Quelques secondes plus tard, il leva les yeux et les tourna sur sa gauche, droit dans ceux de Jallie.

« Tu sais, quand on aura retrouvé Ornael, elle pourra t’apprendre à maîtriser la glace, c’est aussi son élément. Et elle a un pouvoir hors du commun! »

-« Ah bon? Tant que ça? » répliqua la jeune fille, surprise de cette annonce.

-« Oui, j’aimerais pas avoir affaire à elle! » intervint Dellas. »Elle sait faire des choses incroyables avec le givre! »

-« J’aimerais vraiment voir ça… Vraiment », murmura presque Jallie. »Ouaw! »

Elle venait de voir la nature changer de couleur. Derrière eux, tout était vert, devant tout était magenta et violacé. Il y avait de grosses plantes ouvertes, des arbres très feuillus. C’était magnifique. Cette île paraissait presque enchantée. Un paysage dans la moyenne de ceux de Salfia était un spectacle réel pour la jeune fille de couvent. Jallie regardait un peu partout, et vit alors un petit oisillon prendre envol près d’un groupe d’oiseaux bleus. Telle une fille qui sort du couvent, cet oisillon allait pouvoir découvrir le monde de ses propres yeux, et se nourrir seul. Jallie aurait aimé pouvoir voler. Mais elle se dit qu’elle avait d’autres compétences, tout aussi importantes. Le professeur allait peut-être lui expliquer ce que sa queue signifiait. Pleine de questionnements dans la tête, elle regardait la magie de la nature s’opérer.

-« C’est beau, hein? » commenta Joll. »Ça surprend toujours la première fois, et il y a plein d’endroits tout aussi merveilleux dans Salfia. Tu as fait le bon choix en quittant le couvent. »

-« Oui… »

Jallie était déjà fascinée par une sorte de singe qui sautait d’arbre en arbre… juste avec sa queue! Il l’enroulait autour des branches pour se balancer. Elle remarqua alors que sa queue était semblable à celle qui poussait au bas de son dos. Même épaisseur, mêmes poils, ou presque. Était-elle l’enfant d’une humaine et d’un de ces singes? Drôle d’idée. Mais qui savait….

Quelques heures plus tard, le groupe sortait de cette forêt. L’herbe au sol était toujours d’un magenta splendide, mais le ciel était ouvert, et les trois voyageurs marchaient sur de la roche. Ils étaient visiblement en hauteur. Joll aperçut la route plus loin à droite. Cette route partait devant eux, mais aussi vers l’est, parmi les rives non loin en contrebas.

-« Voilà la route, elle mène d’un côté aux champs de légumes, de l’autre au village. Des gens habitent et travaillent aux champs, mais inutile de s’y attarder. Continuons tout droit », mena Joll.

-« Tu es sûr que c’est par là? » dit Dellas.

-« Bien sûr, pourquoi cette question? »

-« J’sais pas. Pas l’impression d’être venu ici. Ma mémoire me joue des tours… »

-« J’espère bien », réagit Jallie.

-« Mais oui, ne t’inquiète pas », rassura Joll.

Avançant entre deux piques de roche, les compagnons aperçurent bientôt le village en contrebas. Il se situait après une descente, qui partait sur la gauche. Pour y accéder, il fallait descendre par-là, puis faire demi-tour sur la gauche pour aller au village, qui était blotti contre la falaise. Mais un homme apparut alors devant le groupe d’amis.

-« Qui êtes-vous étrangers? Et qu’êtes-vous venus chercher ici, sur la belle île de Gesil? »

-« Nous venons voir des amis », répondit calmement Joll.

Ce calme n’était pas vraiment partagé par ses deux compagnons, non sans raison. En effet, l’individu se tenait droit face à eux, et n’avait pas l’air de vouloir les laisser poursuivre paisiblement leur chemin.

-« Je ne vous ai jamais vu ici. En tout cas, vous ne pourrez pas passer de cette manière. »

-« Et allez… qu’est-ce qui va nous arriver encore », râla Dellas.

-« Quel est le plus fort d’entre vous? » demanda l’humain, sûr de lui.

L’homme était blond platine, les cheveux courts, moins de trente ans. Il portait des vêtements bleus, et des bouts d’armure de cuir recouvraient ses avant-bras et dos de mains. Jallie admirait sa confiance en lui, ainsi que sa façon de se tenir droit, tel un gardien.

-« Pourquoi, qu’est-ce tu lui veux? » lança Dellas avec agacement.

-« C’est lui », indiqua Jallie en désignant Joll d’un mouvement de tête.

Ce dernier regardait l’individu sans dire un mot. Il lança un regard neutre à son amie, et fixa à nouveau l’homme.

-« Bien, je suis Zacri Felenas. Si tu me bats, vous pourrez passer. En garde, combattant! Car rares sont ceux qui sont capables de rivaliser avec l’inarrêtable Zacri Felenas! » se venta l’homme en écartant les mains de son corps.

-« Rares? Pas étonnant, tu vis sur une petite île en marge de Salfia. Mais bon puisque tu le désires, je vais donc affronter l’inarrêtable Zacri Felenas! » répéta Joll, non sans un air incrédule, en se mettant en garde.


Comme je l’ai dit pour le dernier chapitre, je suis bien ouvert aux critiques. Si vous avez un texte à me partager, je serais ravi de le lire.

Si vous êtes un créateur et que vous avez découvert ce blog via ces chapitres, vous pouvez vous diriger vers des articles intéressants pour vous motiver, vous inspirer, et vous aider à aller au bout de vos projets, même de vos rêves 😉

Sur ce, à plus!

Chapitre 4 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Deuxième partie du chapitre 4, qui est relativement court (à la base le 4 et 5 en formaient un très long, mais j’ai pensé judicieux de le scindé ^^)


Il se mit alors à pleuvoir, ce qui eut pour effet de réveiller Dellas.

-« Gros dormeur! » lui envoya son géniteur.

-« C’est fatiguant la jeunesse. Surtout avec un père comme toi », répliqua le jeune homme en se redressant.

-« Et avec un fils comme toi, c’est encore pire, crois-moi sur parole. »

-« Pfeua! »

-« En parlant de cela, quel âge a la fille que nous allons voir à Gesil? » demanda Jallie.

-« 22 ans, il me semble bien. C’est une harnassienne. Elle a des cheveux bleus bien foncés, et une peau bien blanche et rayonnante, comme une harnassienne. Je pense que vous vous entendrez bien », lui apprit Joll.

-« Super alors. »

La nuit tomba. La pluie calmait ses ardeurs, sans pour autant s’arrêter. Jallie s’endormit, Joll fit de même deux heures plus tard. Dellas guidait alors le bateau, s’assurant qu’il allait dans la bonne direction en regardant la boussole, éclairée d’une flamiche. Au réveil, Joll aperçut l’île au loin.

-« Plus qu’à longer et trouver le point », clarifia-t-il.

-« Affirmatif », dit simplement Dellas.

-« Affirmatif? » répéta Joll avec une grimace. »T’es bizarre parfois, fils. Allez, je conduis. »

Jallie se réveilla.

-« C’est la bonne île? » s’assura la jeune fille.

-« Oui. On va pas tarder à arriver. Je reconnais ces paysages », dit Dellas.

-« Vous êtes venus combien de fois sur l’île de Gesil? »

-« Mmmh… je dirais une dizaine de fois pour moi, plus pour mon père », répondit le jeune homme.

-« Hmm. Et vous n’avez jamais été attaqués par Sahon? »

-« Non. Je ne savais pas que tu connaissais Sahon. Je croyais qu’étant dans un couvent sur le grand continent, on ne t’aurait parlé que de Doln. »

-« Joll m’en a parlé quand tu étais sur l’île de Granda. »

-« Han. »

-« Mais si vous vivez sur une montagne, Doln ne peut vous atteindre. Vous êtes donc à l’abri du danger », déduit Jallie.

-« Non, je pense que s’il le veut Doln peut nous atteindre, même si il y a peu de chances qu’il s’intéresse à un endroit si isolé ou presque personne ne vit. Mais en tout cas, il reste le démon des cieux. »

-« Balivernes, une telle créature n’existe pas. Ce sont les gens qui l’ont inventé. Je soupçonne même les sirionîtes de l’avoir fait, pour éviter que des machines soit utilisées, et aussi éviter les attaques aériennes », argumenta Joll.

-« Mais je l’ai vu. »

-« Tes yeux ton joué des tours, Dellas. »

-« Non, je sais ce que j’ai vu. Crois ce que tu veux, mais il existe. »

-« Tu as vu la soit-disant créature des cieux? » s’étonna Jallie.

-« Oui. Le démon des cieux. Un jour je m’entraînais, juste devant notre maison, et j’ai aperçu un aéronef voler non loin de nous. Soudain il faisait sombre, comme si des nuages violets couvraient le ciel. J’ai alors aperçu deux yeux rouges, brillants dans cette obscurité. L’aéronef a, l’on aurait dit, implosé, littéralement. Un instant plus tard les yeux avaient disparu, puis les nuages. Les morceaux d’aéronef ont ensuite dégringolé du ciel. »

-« Dans ce cas pourquoi tu ne le crois pas, Joll? »

-« Parce que je ne pense pas qu’un être si puissant puisse exister. Et puis pourquoi se restreindre aux seuls cieux? Ça n’a pas de sens. Et puis ça donnerait presque raison aux sirionîtes qui disent que Sahon, Doln et tous les monstres sont une punition. Et je refuse cette idée, stupide, si tu veux mon avis. Bien sûr tu es libre de te forger le tiens. »

-« Moui », réagit simplement la jeune fille, les yeux rivés vers le bas, sur le fond du bateau gris-bleuâtre.

Elle appréciait l’esprit du guerrier mat. Un esprit ouvert, quelqu’un pour qui il fallait se forger soit même, être indépendant. Et puis Joll avait toujours ses arguments quand il exprimait un avis, et ne pensait pas détenir à lui seul la vérité absolue. Ce n’était pas le genre de choses auxquelles la jeune fille était habituée, venant d’un couvent sirionîte. Là-bas, la seule pejûle qui acceptait les autres opinions, c’était Tilia. Les autres étaient aussi fermées que les portes du couvent. Dellas la fit soudain sortir de ses pensées.

-« Nous-y sommes! »

Quelques secondes plus tard, il s’arrêta près de la plage, ferma le moteur, et attrapa une corde attachée à un gros piquet. Les trois compagnons sortirent du bateau puis Joll et Dellas se mirent à tirer le bateau vers le sable. Peu après, Jallie faisait de même. Une fois le bateau au contact du sable, Dellas planta fermement le piquet. Jallie ramassa une poignée de sable sec. Ce sable-là était très jaune. Cette couleur s’opposait à la flore alentour, qui était d’un vert éclatant.

-« Bon, allons manger! » força Joll.

-« Ouais ouais ouais ouais! » confirma le fils. »Tu verras Jallie, quand t’auras goûté, tu penseras qu’à revenir ici. Surtout toi qui a l’habitude de la cuisine de couvent! »

-« Haha, on verra », répliqua joyeusement son interlocutrice.

Ils arrivèrent très vite à un petit restaurant en plein air. Aucun toit nulle part. Ils prirent place et bientôt l’un des deux serveurs vint à eux.

-« Tiens, revoilà les Gomfore! Alors on va encore à Gesil? » minauda-t-il joyeusement.

Les deux hommes se retournèrent aussitôt. Le serveur, qui faisait déjà face à Jallie, était un petit harnassien, avec des cheveux mi-longs rouges en bataille, et une moustache délavée. L’homme avait environ 25 ans et la peau mate, tout en étant plutôt reluisante, normal pour un harnassien.

-« Yvar! » s’exclama Joll en se levant pour prendre l’harnassien dans ses bras, son fils l’imitant.

-« Comment vas-tu? Ton père t’entraîne toujours autant? »

-« Il n’arrêtera jamais », souffla Dellas en ricanant.

-« C’est tout à fait lui ça! Et qui est votre jeune amie? »

-« Je m’appelle Jallie Noiris. Je les ai rencontrés dans la forêt de Bafalsa. »

-« Ça a tout de suite été le grand amour », renchérit Joll.

-« Enchanté, Yvar Bogh’der », se présenta alors le serveur en tendant sa main poing fermé, paume vers le haut.

Jallie resta sans savoir quoi faire. Elle vit alors Joll qui lui fit signe de placer sa main dans la position inverse sur celle d’Yvar.

-« Enchantée », répéta-t-elle.

-« Bien, que voulez-vous donc cette fois? »

-« Pour moi un steak de géhabro, avec des légumes à la façon du chef », dit Joll.

Le serveur nota la commande.

-« Moi je vais te commander une côte de qabryl, et du riz jakamo », dit Dellas.

Yvar nota, puis regarda Jallie.

-« Euh, je ne sais pas… »

-« Je vous conseille le menu du voyageur, c’est un repas complet qui permet aux nouveaux venus de découvrir, et savourer, la cuisine jakamo. »

-« Bien, d’accord alors », dit Jallie.

-« Cela fera donc 24 chri. »

-« T’as la monnaie sur 30, Yvar? » demanda Joll en manipulant ses pièces.

-« Bien sûr. »

Joll donna trois grosses pièces cuivrées et Yvar lui en rendit six petites.

« Je vous apporte le tout dans un instant. »

Le serveur fit un signe respectueux de la tête et retourna vers les cuisiniers. Jallie sentait déjà la bonne odeur, et en salivait d’avance.

-« Qu’est-ce que ce salut? Une tradition jakamo? » demanda Jallie.

-« Non. C’est la manière de se saluer dans tout Salfia. La femelle met la main paume vers le bas et le mâle vers le haut. La femelle place sa main au-dessus, le mâle en-dessous. Si deux humanoïdes du même sexe se saluent, ils placent leur main au même niveau, et se touchent les phalanges. C’est bizarre qu’ils ne le fassent pas dans les couvents, » remarqua Joll.

-« Oui. Mais pourquoi la femme la met au-dessus et l’homme en-dessous? »

-« Femelle. Et mâle. Femme et homme désignent respectivement la femelle et le mâle humains. Pour ta question, et bien il s’agit pour les mâles de respecter les femelles, rien de plus. C’est une marque de respect. »

-« Pourquoi pas l’inverse? »

-« Et bien parce que les femelles sont plus douées en magie, et pour ce qui touche à l’énergie interne. Elles sont donc considérées comme plus fortes. Et elle possèdent le charme. Et donnent naissance aux enfants. De plus selon beaucoup de religions, dont le dasim, leur dieu a d’abord créé les femelles, avant les mâles. C’est une manière de penser courante. Rien de plus, c’est comme ça. »

-« Hinhin »; acquiesça Jallie, l’air plutôt pensive.

-« C’est pourquoi les femelles sont en général plus respectées et qu’elles occupent plus souvent les places importantes, comme reine, puhole, tout cela. D’ailleurs pour ton information, la première fille du couple royal devient plus tard reine, ou puhole, et se choisit ensuite son mari, qui devient le roi ou puhol masculin. Mais la reine ou puhole féminine possède bien plus de pouvoir. Après, parfois il arrive que ce soit un roi et non une reine. Mais c’est quand même plus courant », monologua Joll.

-« Ah. Les choses ont une drôle de façon de fonctionner, je trouve… »

Yvar revint alors avec les plats. Il les posa devant chaque client.

-« Voilà donc, bon appétit! »

-« Merci! » s’exclamèrent en chœur les trois compagnons.

Peu de temps après, Dellas demanda à Jallie:

-« Alors, tu vois? »

-« Oui c’est vrai, c’est excellent! »

-« Et c’est peu cher. Le repas parfait quoi! » conclut hâtivement l’aîné du groupuscule.

-« En tout cas cette côte de qabryl est délicieuse », dit Dellas.

-« Qu’est-ce qu’un qabryl? » interrogea Jallie, en mâchant.

-« Un monstre. Un volatile à deux pattes poussant des cris tordants, qui vit sur ces îles. »

-« Et un gé.. »

-« Géhabro », compléta Joll. »C’est un monstre énorme et très féroce qui vit sur ces îles, mais aussi ailleurs. Difficile de tuer de telles bêtes. Mais les guerriers jakamos sont parmi les plus craints. Ça nous arrange bien parfois. »

-« Et vous, vous seriez capables d’en tuer un? »

-« Bien sûr », répondit tout de suite Dellas. »Bien que ce ne serait pas aisé. »

-« Bien sûr », répéta Jallie.

Plus tard, en mer, Joll informa sa jeune amie de la situation.

-« Bon, écoute-moi Jallie. Il nous reste deux îles avant celle de Gesil. La prochaine est celle de Manda. On va y voler un bidon d’eau de Kil, et je t’y montrerai un monument historique. C’est très beau, et c’est à voir quand on passe. Il se trouve au nord de l’île. On n’en aura pas pour longtemps. Ensuite, direction l’île d’Acarne. Comme je te l’ai dit, on rendra visite à des amis là-bas, cela prendra son temps, mais on devrait être partis assez vite. On achète deux bidons, et on part pour Gesil. Là-bas on va voir les amis, et éventuellement retrouver Ornael, du moins il faut l’espérer. Des questions? »

-« Aucune. C’est super. Je visite le monde, c’est ce que je voulais. »

-« Bien. Fais un somme si tu veux, on dort pas beaucoup ces derniers temps. Et puis cette traversée va prendre un peu plus de temps que les autres. »

Près d’un jour plus tard, les trois compagnons aperçurent l’île de Manda. Quelques débris de bois flottèrent alors à côté du bateau à moteur. Les habitations de bois apparurent alors, détruites.

-« Sahon… » soupira Dellas avec fatalité.

-« L’avantage c’est qu’il ne risque pas de revenir dans le coin avant un moment, normalement. Au moins nous on sera à l’abri », remarqua judicieusement Joll, sans joie. »Bon. Changement de plan. On achète le bidon et on volera ceux d’Acarne. Enfin, s’il y en a. »

Ils descendirent bientôt du bateau et Dellas planta le piquet dans le sable. Celui-là était très blanc, et fin. Les trois compagnons avancèrent sans dire un mot, les survivants de l’attaque les regardaient avec de la peine dans les yeux, sans rien dire eux non plus. Les dégâts étaient colossaux, et Jallie ne pouvait que compatir à la douleur de ces gens, et aux nombreux enfants de son âge, laissés sans maison où habiter, ou pire. Ils commencèrent à grimper sur un chemin qui se dirigeait vers le sommet de la colline. L’herbe était plutôt courte. La marche était agréable. Le jour faiblissait.

-« La nuit ne va pas tarder à tomber », constata Joll.

-« Comme quoi les 32 heures qui composent nos jours passent vite », poursuivit Dellas.

Ils aperçurent alors une grande balance, de leur taille, avec d’un côté un homme criant, et de l’autre une simple boule noire. Le tout était une statue sculptée dans la pierre, noire elle aussi… Tout cela formait un sombre monument.

-« Voilà », désigna Joll.

-« Qu’est-ce que c’est? » s’informa Jallie.

-« Cela représente la justice divine, avec d’un côté, la représentation d’un esprit, forme de vie puissante, qui a désobéit gravement aux dieux. De l’autre coté, une boule noire, symbole de Kisatyas, dieu de la mort. L’histoire dit que cela s’est passé ici. C’est là où est la statue que l’esprit s’est vu rattrapé par plus fort que lui. Je suis contre la vénération des dieux, mais il y a une leçon à tirer : il y a toujours plus fort que soit, aussi puissant que l’on peut être. »

-« Comment sait-on qu’un dieu existe réellement? » contra alors Jallie.

-« La plupart répondent aux appels. On peut leur parler via leurs autels, bien qu’ils ne répondent pas à tous. »

-« Sirion existe alors? »

-« On ne sait pas vraiment. Les écrits de nos ancêtres en parlent beaucoup. Mais il semblerait qu’il ne réponde plus depuis des siècles, sinon des millénaires. Certains disent donc qu’il n’a jamais existé, qu’il n’est qu’un mythe. C’est tout ce que je peux te dire », expliqua Joll.

Ils entendirent alors un bruit de pelle pénétrant dans la terre. Ils se tournèrent alors tous trois sur leur droite. Quelqu’un était en train de creuser. Il portait une robe à capuche noire, on ne voyait pas du tout qui il, ou elle, était.

-« Que faîtes-vous? » demanda le curieux Dellas.

Le personnage mit un instant avant de répondre.

-« Je creuse une tombe, ne vois-tu donc pas? » le tança-t-il avec une voix de mâle ni grave ni aiguë, en se retournant vers le groupe.

Le jeune adulte aperçut alors un visage sombre, rasé, avec des cheveux blonds qui tombaient au bas des joues.

-« Une tombe pour qui? » demanda Jallie.

-« Pour d’innombrables morts à venir. Pas bientôt, mais assez sûrement. »

Un silence suivit. Jallie et Dellas échangèrent un regard dubitatif. Joll resta de marbre, tout en fixant l’étrange être sans cligner des yeux.

-« Vous comprendrez un jour. »

Sur ces mots, l’étrange individu disparut, comme s’il s’était enfoncé dans le sol sous la forme d’une ombre. Dellas et Jallie échangèrent un regard surpris cette fois. Ils regardèrent alors Joll, comme pour attendre ce qu’il allait dire.

-« Un individu bien singulier. Bon, maintenant, partons. L’île d’Acarne nous attend. »

*****

-« Mais je ne comprends pas, si il y a déjà plusieurs dieux dont l’existence nous est certaine, pourquoi chercher à vénérer des dieux comme Sirion? » demanda Jallie qui s’adressait principalement à Joll.

La jeune fille avait la tête remplie de questions. Mais elle n’en posa qu’une pour le moment.

-« Les gens ont souvent besoin de s’appuyer sur une puissance supérieure, pour se sentir en sécurité, plus rassurés. Si tu sais qu’un dieu existe, alors tu sais aussi ce qu’il fait ou non. Croire en autre chose permet d’avoir toujours une carte en plus, de faire confiance à une force inconnue, dont l’étendue l’est aussi. »

-« C’est se bercer d’illusion, moi je dis. »

-« Je suis bien content que tu penses ainsi, ma petite! » s’enjoya l’homme à la peau mate.

-« Je n’aime pas trop <<ma petite>>. »

-« Je te comprends, ma petite », taquina le combattant expérimenté.

L’adolescente soupira d’exaspération, mais sourit nerveusement, car Joll avait ce pouvoir de la rendre de bonne humeur.

-« Je crois que le moteur à besoin de plus d’eau », remarqua Dellas.

-« Tu as raison, passe-moi le bidon. »

Le fiston s’exécuta, et son père versa de l’eau de Kil dans le compartiment prévu à cet effet. Le bruit de moteur du bateau redevint donc plus lourd.

-« Alors, qui sont les gens que l’on va voir à Acarne? » demanda Jallie.

-« Les Balno: Horia et Sebé. Des harnassiens très sympathiques. Horia doit avoir 80 ans, et Sebé 84. Il est très drôle. Et elle est très chaleureuse. Ils sont gentils, tu verras. »

-« Dis Joll, quelle est la durée de vie d’un harnassien? »

-« Toutes les races de Salfia vivent environ 100 ans, un peu moins. Les humains compris. Tu as encore le temps ne t’inquiète pas », rassura l’homme avec un clin d’œil.

-« Ce n’est pas vraiment là où je voulais en venir. Juste savoir. Et les créatures? »

-« Elles ont toutes leur durée, et je n’en connais que très peu. A Gesil, il y a un professeur à qui tu pourras demander des précisions. »

-« C’est quoi exactement un professeur? » demanda la très jeune femme.

-« Eh bien c’est quelqu’un d’instruit, qui étudie certaines choses et les apprend aussi. »

-« D’accord. »

Jallie était satisfaite. Elle pourrait demander des explications sur sa petite particularité à ce professeur. Quelqu’un comme cela devait sûrement pouvoir lui répondre, ou au moins la guider.


Si certains d’entre vous, à force de lire ce récit passionnant, ont des critiques à me faire je suis bien entendu receveur.

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