Chapitre 3 (2/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

La deuxième partie du chapitre 3. Elle est plus petite que les autres, j’essaye de couper à des moments logiques. ^^


-« Numéro 11 290! » interpella une femme au 4ème guichet.

-« Évite les ennuis avec eux et ça devrait aller », conseilla Dellas en se levant.

-« Vous êtes là pour? » demanda la femme.

C’était une humaine. Une jolie brune aux yeux verts. Mais Dellas ne se laissa pas charmer et agit comme s’il n’y faisait pas attention, ce qui étonna fortement Jallie. La jeune fille l’imaginait plutôt beau parleur, étrangement.

-« Retirer de l’argent », dit le jeune homme.

-« Votre nom? »

-« Dellas Gomfore. Code 34 20 15. Je voudrais 300 chri, s’il vous plaît. »

-« Un instant je vous prie… Bien, je vais les chercher. »

-« Et voilà comment ça marche. L’inconvénient c’est juste l’attente », dit Dellas à voix basse.

-« Voici votre argent, monsieur Gomfore », présenta la femme en revenant. Elle donna à Dellas une grosse bourse de pièces que ce dernier vida dans la sienne avant de la rendre à la banquière. »Vous faut-il autre chose? »

-« Oui. J’aimerais ouvrir un nouveau compte si cela ne vous ennuie pas. »

-« Bien sûr que non. A quel nom sera ce compte? »

Dellas se retourna vers Jallie et chuchota:

-« Tu connais ton nom de famille? »

-« Non », répondit-elle, hésitante.

-« Jallie », dit Dellas en se retournant. »Jallie Noiris. »

-« Bien, avez-vous de l’argent à placer sur ce compte? »

-« Oui. Veuillez transférer 100 chri de mon compte vers celui-là. »

-« Bien, ce sera fait. Le compte au nom de Jallie Noiris est ouvert avec 100 chri à son actif. »La banquière parla à voix basse, « Le code sera le 50 98 70. »

-« Bien. »

-« Je vais vous donner le récapitulatif des opérations que vous devrez signer. »

-« Naturellement. »

-« Tenez. »

La banquière donna une feuille de papier à Dellas que ce dernier signa, après avoir vérifié que les bonnes opérations y étaient inscrites. Il rendit alors la feuille.

-« Parfait », se contenta la banquière. »Je vous souhaite une bonne journée à Grandatum. »

-« Merci », gratifia le jeune homme en partant, suivi de près par Jallie.

-« Numéro 11 295! » cria alors la banquière, rejointe par l’olvélias.

-« Bon, maintenant, on retourne au magasin d’équipements guerriers », annonça Dellas.

-« Merci pour le compte. »

-« Ton code est le 50 98 70. Souviens-t’en. C’est important quand même », affirma-t-il en souriant.

-« Oui », répondit gentiment Jallie. »Au fait bien joué pour Noiris. Sirion à l’envers! »

-« Ooooh t’as trouvé ça toute seule? Bon plus sérieusement, à partir de maintenant ce sera ton nom. Histoire que tu aies une identité. »

-« D’accord, ça marche. »

-« Bien, le voilà », commenta Dellas en apercevant son père.

-« Vous voilà. Dis-donc c’était plus long que d’habitude! » s’écria Joll.

-« Il y avait beaucoup de monde faut dire. J’ai ouvert un compte à mademoiselle Jallie Noiris. »

-« Ganis, tu vois quand tu veux tu sais te débrouiller. Ganis veut dire bien en ancien galter », précisa l’homme mat à l’adolescente. »Noiris, hein? Pas bête. »

-« Comme quoi je n’tiens pas que de toi! »

-« Ouais, c’est ça… Bon j’ai trouvé ces deux gantelets. Ils me seront très utiles. »

Joll leur montra deux gantelets de métal fin à intérieur cuir. Il y avait même du métal sur la partie avant de la main.

-« Grâce à ces trucs, je pourrai bloquer des coups de lames sans me faire tranchouiller les mimines! »

-« Pas mal. Combien? »

-« 80 chri. »

-« Pas très cher. Tu fais une affaire pour le coup. Tiens », dit Dellas en tendant 8 grosses pièces à son père.

-« Tu plaisantes? Dois-je te rappeler que c’est moi qui garde l’argent ici? »

-« Tu me rappelleras aussi pourquoi », rétorqua Dellas en tendant la bourse à son père, qui l’attacha à sa ceinture de cuir.

-« Parce que c’est moi qui en ai gagné la majorité, tiens! »

-« C’est pas plutôt parce que t’es un gros dépensier? »

Joll grogna.

-« Il a des petits soucis parfois », s’amusa Dellas en souriant.

-« Qu’est-ce que tu vas lui raconter, t’en as plus dépensé que moi p’tit malin! »

-« Ah bon? » dit le jeune homme en rougissant.

-« Bon, je vais les acheter. Ensuite on va voir pour les vêtements de Jallie. Enfin si vous ne trouvez rien d’intéressant ici. »

-« Pour info, les grosses pièces valent 10 chri, les petites un. C’est simple non? » expliqua Dellas en se retournant vers Jallie qui regardait le contenu du magasin.

-« Oui. »

-« Qu’est-ce qu’il y a, tu as trouvé quelque chose? »

-« Non, non. Rien, je regardais juste. »

Le magasin, comme les autres, était un store tenu par deux piquets de bois. Le marchand était au fond, à côté d’une rangée de haches et de lances. Le magasin était le moins rempli de tous. On ne s’achète pas un nouvel équipement tous les jours.

-« Voilà » s’exclama Joll en revenant vers eux, équipé de ses nouveaux gantelets. Ces gantelets avaient des finitions bien rondes, et étaient de très bonne facture. »Bon, allons voir vers les vêtements. »

-« Ouaip », réagit Jallie avec un léger sourire gêné.

Les trois compagnons quittèrent le store et marchèrent dans les rues. Quelques pas plus loin, ils apercevaient déjà un magasin de vêtement.

-« <<L’élégance tenue>> » lut Joll. »Celui-là est un magasin spécialisé pour la gente féminine. Tu auras l’embarras du choix ici. »

-« Super. »

C’était impressionnant. Sous ce store ombreux se trouvait un grand magasin où les vêtements s’étalaient presque à perte de vue. Il y en avait de toutes couleurs, tous styles, toutes tailles. Jallie regardait un peu partout, comme émerveillée. Son œil s’accrocha à des linges bleu clair assez simples. C’était comme des grands bandages qui s’enroulaient de manière à former un haut pour femelle.

-« C’est exactement ta taille », plussoya Joll.

-« Je peux le prendre? » demanda Jallie, hésitante.

-« Oui, vas-y », la rassura Joll en plaçant une main chaleureuse sur son épaule.

Heureusement qu’il avait retiré les gantelets pour se les attacher à la taille.

-« Génial! » lâcha Jallie en prenant son haut.

-« Maintenant il te faudra un bas. Tu as fait un bon choix tu sais, même si les manches ne t’arriveront qu’aux coudes, cela suffira à te tenir assez chaud en cas de froid. »

-« C’est sûr que ce n’est pas ton cas » répliqua Jallie à l’homme torse-nu.

-« Un levito doit avoir facilement accès à ses sceaux. Mais si nous allons dans un endroit froid, je prendrai un habit, et l’enlèverai juste pour combattre. Pour l’instant c’est inutile. Et puis un peu de froid, tu sais, ça t’endurcit. »

-« Oui, c’est vrai », accorda Jallie en zyeutant le magasin.

Elle marchait lentement, et regarda une jupe à dentelle blanche et noire. Elle la prit en main pour mieux l’examiner.

-« Ceci n’est pas l’idéal si jamais tu as besoin de te battre ou de courir. Tu ferais mieux de prendre un pantalon. De plus le style ne va pas vraiment avec ton haut. »

-« Oui », confirma Jallie en reposant la jupe.

Elle continua de regarder sur la même table. Elle ne trouva rien et passa à une autre. Elle trouva alors un pantalon de couleur vert foncé. Ce pantalon lui plaisait parce qu’il avait un insigne sur la jambe gauche, ou plutôt un symbole.

-« C’est le symbole de l’Orné, la région nord-ouest du grand continent. Celle où nous sommes. La ligne horizontale représente un lac paisible, et à côté comme tu le vois c’est un arbre. Un symbole représentant la tranquillité, et la nature, les symboles de l’Orné », renseigna Joll. »Il te plaît? »

-« Oui, beaucoup. Simple et joli. Et puis c’est le symbole de notre région. Vous venez d’Orné et moi aussi, et c’est l’endroit où l’on s’est rencontrés. C’est parfait. On le prend? »

-« Si tu le veux, oui bien sûr. »

-« Pourquoi Dellas est resté à l’entrée? »

-« Il n’aime pas traîner dans un lieu pour femelle. Ça le met mal à l’aise. »

-« Et pas toi? » s’enquit Jallie pendant qu’ils se dirigeaient vers le vendeur, qui ici se situait juste à l’entrée du magasin.

-« Non, je m’y suis habitué en vivant avec Ornael. Combien pour ces deux-là? » siffla Joll en s’adressant alors au marchand.

Le marchand était plutôt rond, et souriant. Il portait de nombreux bijoux, son magasin marchait visiblement à merveille. Joll le savait et avait bien l’intention de négocier le prix un maximum.

-« Bonjour, mes amis! Pour ces deux articles, je vous propose le prix de 70 chri! » annonça fièrement le marchand qui parlait en roulant ses r.

Ce prix était déjà bas, ce magasin était visiblement du genre à vendre moins cher pour vendre plus, raison de plus de bien marcher, Joll le savait. Mais cela ne l’empêcherait nullement de négocier.

-« 70 chri pour deux simples articles comme ça? Va falloir revoir votre politique mon cher! » s’indigna faussement le père Gomfore.

-« Et bien, pour un homme tel que vous ce sera 60, mon magasin ne recule devant rien pour satisfaire la clientèle! Enfin, sa clientèle! »

-« Eeeeehh ça me paraît toujours aussi élevé pourtant… Bon Jallie on va peut-être aller voir ailleurs tout compte fait », se résigna faussement Joll en posant les deux habits sur la table du vendeur.

-« Attendez, attendez. Vous êtes un coriace en affaire vous, hein? Bien je vous propose le prix imbattable de 45 chri pour ces deux articles! »

-« J’ai mal aux couilles d’entendre un tel prix pour deux babioles que vous avez probablement obtenu pour une poignée de céréales » tempêta Joll en serrant les dents et en se tournant sur sa droite avant de regarder à nouveau le marchand. Jallie le regardait, stupéfaite d’entendre un tel langage venant de lui.

-« Bon, bon… disons 35 et on n’en parle plus d’accord? A prendre ou à laisser! » s’inclina finalement le vendeur.

-« Bon… D’accord, je vais être gentil pour cette fois », mentit Joll en lançant un sourire en coin à la jeune fille. Il donna alors les pièces au marchand.

-« Merci, j’espère vous revoir bientôt monsieur! »

-« Je ne compte pas rester, mais peut-être un jour après tout. Merci à vous et bonne journée! » répondit Joll. Une fois sortit du magasin et à côté de Dellas, il s’adressa à Jallie. »Tu vois? Il faut bien négocier, et comme ça tu sauves ton argent. Ça t’évite de le perdre en un rien de temps. Faut pas hésiter. »

Elle le regardait avec un sourire gêné.

-« T’as encore parlé de tes couilles pour faire baisser les prix? Incorrigible, mon père », plaisanta Dellas en s’adressant à la jeune fille.

-« Rappelle-moi qui m’a appris cette technique? »

-« Ah oui, c’est vrai », admit Dellas.

-« A utiliser sans modération, qu’il m’a dit le fiston! » précisa Joll en regardant Jallie. »Bon, trouvons une auberge pour la nuit. »

-« Ça c’est déjà fait », dit Dellas, en désignant un grand bâtiment blanc et doré plus loin. Il dépassait nettement du reste.

-« Bien, alors allons-y, on a bien besoin de repos. On y va tout de suite, et dès qu’on a assez dormi, même si c’est encore la nuit, on met les voiles! » clarifia Joll.

-« Faisons ça », dit le fils.

Jallie tenait ses vêtements dans les bras. Les trois voyageurs arrivèrent bientôt à l’auberge.

-« Nous voudrions une chambre pour trois, avec trois lits pour une personne, c’est possible? » demanda Joll à la gérante. La galtère aux poils vert foncé répondit presque aussitôt.

-« Malheureusement non. Nous n’avons qu’une chambre qui correspond à cette description, et elle a été prise il y a une minute de cela. C’est embêtant… »

-« Eh bien alors une chambre pour deux avec deux lits, c’est possible? »

-« Oui, cela vous fera 30 chri pour une nuit. »

-« Bien. Les voici » dit Joll en donnant l’argent à la galtère derrière le comptoir.

-« Je vous remercie. La clé de votre chambre », sollicita la galtère en tendant celle-ci à Joll, »le numéro est dessus. 42? C’est au 4ème étage, vous pouvez y aller en empruntant l’escalier à votre droite. »

-« Merci. »

-« C’est sûr que c’est pas les sirionîtes sans machines qui vont construire un bâtiment de quatre étages », pensa à voix haute Dellas, une fois au niveau du premier étage.

-« Ça c’est clair », plussoya Joll.

Les trois compagnons arrivèrent au 4ème étage. Ils trouvèrent presque aussitôt la chambre 42, et Joll ouvrit la porte.

-« Bon c’est simple, moi je dors par terre, et vous vous prenez un lit, des questions? » lança Joll.

-« Non », dit Dellas, »moi ça me va », ajouta-t-il en souriant largement.

-« Mais d’abord, Dellas, on sort. Que Jallie puisse enfiler ses nouveaux habits. »

-« Merci. »

Les deux hommes sortirent de la chambre. Une minute plus tard, Jallie leur ouvrit la porte.

-« Et bah! Tu es super comme ça! » s’exclama Dellas en faisant un geste d’ouverture des bras.

-« Merci », gratifia timidement l’adolescente en tenant le regard des deux hommes.

-« Ca y est papa, j’ai trouvé ma futur épouse! »

-« Rêve pas trop, Dellas! » rétorqua Jallie.

-« Ah, les enfants… » dit Joll.

-« Non, moi je suis un adulte, elle c’est une enfant », corrigea le jeune homme.

Plus tard les trois compagnons de voyage dormaient à poings fermés. Le voile de la nuit avait recouvert les cieux depuis deux ou trois heures. Jallie sommeillait plus profondément encore que ses pairs. Mais soudain un bruit strident se fit entendre, déchirant l’atmosphère.

-« Assassin, monstre!! »

La jeune âme se leva en sursaut, et alla voir à la fenêtre. Elle ne discernait rien de spécial. Elle jeta un coup d’œil aux deux autres, qui eux dormaient toujours, paradoxalement. Elle vérifia ensuite que la fenêtre soit encore fermée, ce qui était bien le cas. Mais alors un cri perçant se fit entendre à nouveau. Comme un cri de corbeau sifflé, mais en beaucoup plus puissant. Il fut suivi d’un gros fracas. Jallie vit une créature atterrir violemment sur un toit juste devant l’auberge. La créature ressemblait à un homme, mais avait des plumes, et un épais bec taché de sang. Celle-ci cria de nouveau en ouvrant ses ailes. Ce hurlement était entre le cri de douleur, celui de souffrance, et celui de colère. Jallie fut frappée par la peur. Elle s’écarta vite de la fenêtre, et alla se blottir contre Joll, au sol. Elle resta contre lui, et finit par s’endormir à ses côtés, tel un chaton avec sa mère.


Pitit cliffhanger pour le fun 😉

Histoire de m’assurer que vous finissez le chapitre, sans rancune!

Chapitre 3 (1/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

Encore pour des raisons d’être plus digeste, ce chapitre est publié en trois parties. Enjoy! 🙏


Chapitre 3 : Intimidantes rencontres

-« Grandatum? » répéta Jallie, à qui ce nom sonnait étrangement.

-« Oui, c’est la prochaine étape », lui dit Dellas. »Grandatum est la plus grande ville du coin, elle se situe après la sortie de la forêt, au bout de cette route. C’est une ville portuaire qui fait partir de nombreux navires, le meilleur moyen de voyager dans l’archipel de Nasakua, jusqu’à l’île de Gesil. »

-« Ah d’accord, je comprends. »

-« Ça c’est parce que j’explique bien. »

Une fois que les trois compagnons avaient fini de manger, ils partirent sur la route. Peu de temps après, Jallie voulu clarifier les choses, en questionnant le quadragénaire à propos de l’histoire bancale que lui comptait Tilia la veille de son départ.

-« Dis, Joll, tu connais l’histoire de La Faille? »

-« Non, tout le monde possède sa version de l’histoire, et je n’y étais pas. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un humain dénommé Spal Donata l’a découverte et a disparu. Depuis les monstres se sont multipliés sur tout Salfia. »

-« Ah… »

-« Pour répondre à ta vraie question, je pense que les sirionîtes ont leur version de l’histoire et qu’elle est faussée comme cela les arrange », devina Joll, la prenant de court.

-« Oh. Merci. Je me demande ce qui est arrivé à cet homme. »

-« Nous aussi si tu veux tout savoir », intervint Dellas.

-« Arrêtez-vous », intima Joll, soudainement.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » demandèrent les deux jeunes gens en stéréo.

-« Je dois aller chercher un objet que j’ai laissé ici il y a longtemps. »

-« Comment tu as fait pour te retrouver parmi tous ces arbres? » l’interrogea son fils.

-« Il y a une branche noire, là », répondit son père, en montrant une branche brûlée depuis longtemps, située sur leur droite, appartenant à un arbre aussi large que tordu.

Joll marcha derrière l’arbre jusqu’à ce que les trois compagnons arrivèrent devant une sorte de long buisson. Joll força pour passer, et les deux autres le suivirent. Il y avait à l’intérieur de l’herbe plus claire qu’à l’extérieur, ainsi qu’un arbre aux feuilles écarlates. Il y avait une épée plantée dans le sol.

-« Est-ce que c’est » commença Dellas.

-« Oui », coupa Joll.

Il sortit l’épée du sol. C’était une épée plutôt large et longue d’à-peu-près 80 centimètres. Le manche était vert foncé avec des bouts de tissus pendant, la lame était cramoisie au bord blanchâtre.

-« Je comprends mieux pourquoi tu as laissé ton épée habituelle à la maison. »

-« Qu’est-ce que c’est? » demanda Jallie, perdue.

-« La tombe de mon meilleur ami. Lui, une autre amie et moi étions inséparables, mais comme tu le vois sa fin fut tragique. Nous avions laissé son épée ici, mais elle ne lui servira plus. Vu ce qu’on croise en traversant ce monde, il vaut mieux que je la prenne. »

Joll, embarqua l’épée à l’aide d’un fourreau qui possédait une accroche de cuir. Il se l’attacha au niveau des hanches, l’épée rangée dans le fourreau situé au bas de son dos. Il se retourna alors, apparemment décidé.

-« Allons-y. »

-« D’accord », dit Jallie en le regardant avec un regard rempli de compassion.

-« Évite de lui poser des questions là-dessus d’accord », lui murmura Dellas.

-« Oui », répondit Jallie, qui n’avait pas besoin de cette mise en garde.

Quelques heures de marche plutôt silencieuse plus tard, les trois compagnons arrivèrent devant un panneau.

-« <<Sortie de la forêt>>. On est pas loin c’est super! » s’exclama Jallie.

-« Il faut qu’on te prévienne, Jallie », répliqua Joll. »Grandatum ne ressemble pas à ce que tu peux imaginer. Vois-tu, certaines villes en Salfia utilisent des machines. C’est souvent léger, comme des moteurs dans les navires, des robinets à vapeur, des machines de construction. Grandatum est très évoluée. »

-« Qu’est-ce qu’une machine? »

-« Une construction faite à partir de métal, un alliage de minerais, de pierres pour simplifier. Elles fonctionnent en général à la vapeur dégagée par une eau spéciale, et permettent de faire des choses dépassant les simples travaux manuels. Bref, Grandatum, c’est la ville la plus évoluée techniquement. Par conséquent tu risques de voir des choses que tu n’imaginais même pas possibles jusque-là. »

-« Génial! » optimisa Jallie, bien que les explications de Joll aient été assez vagues.

-« D’ailleurs les sirionîtes sont contre l’utilisation de machines. Du coup les villes où ils sont dominants n’en utilisent pas », regretta Dellas.

-« De toute façon nous venons d’un endroit indépendant », ajouta son père.

-« Hmm… Dîtes, d’où venez-vous? »

-« D’ici », dit Joll en montrant la carte, désignant un endroit au sud-est de leur position. »C’est une montagne entourée de nuages, un endroit tranquille, où l’on peut vivre et s’entraîner en paix. »

-« C’est super », commenta Jallie.

Joll rangea la carte.

-« On y retournera plus tard, tu pourras voir », dit-il en souriant. »Ce sont les montagnes d’Orné, la région qui englobe la partie nord-ouest du grand continent. »

-« Oui j’aimerais beaucoup voir. »

-« Au fait, Jallie », dit Dellas, »il faudra que l’on t’achète des vêtements en ville, parce que ta robe risque d’attirer l’attention. Et puis tu ne veux pas ressembler à une sirionîte hein? »

-« Non. »

-« Ne t’éloigne pas de nous en tout cas », lui avisa Joll.

Les trois personnages marchèrent une bonne heure sur une route entourée d’herbes basses, quand une forme gris clair apparut au loin.

-« Voilà Grandatum! » s’exclama Dellas.

-« On va enfin pouvoir se requinquer… et récupérer de l’argent à la banque », observa Joll.

-« Ah oui ça c’est pas trop tôt! »

-« Eeuh… une banque? » répéta Jallie, incrédule.

-« Oui. C’est un lieu où l’on peut récupérer de l’argent que l’on a placé en sécurité. Il y en a un peu partout, c’est très pratique », répondit Joll.

-« Pourquoi ne pas tout garder sur vous alors? »

-« Eh bien parce que cela prend de la place, petite sotte! Et puis pour éviter de se le faire voler aussi. Et puis ça donne l’impression d’en avoir toujours plus », conclut Dellas avec un sourire ahuri.

-« Oui enfin jusqu’à ce qu’un imbécile ait vidé le compte », maugréa Joll avec un regard accusateur vers son fils, qui lui renvoya un petit sourire coupable.

-« Je vois… Mais comment l’argent se déplace entre les banques de chaque lieu? » demanda Jallie.

-« Eh bien il y a une grosse somme d’argent dans chaque établissement, qui reste à-peu-près constante par le biais de convois qui égalisent la somme de chaque banque. En général il y a environ autant d’argent qui rentre dans l’ensemble des banques que d’argent qui en sort. C’est aussi simple que cela, je suppose », expliqua Joll.

-« Joll, Dellas… » commença Jallie en s’arrêtant de marcher.

-« Qu’est-ce qu’il y a? » interrogèrent les deux hommes.

-« Je ne suis pas bête, j’ai vu que vous m’avez accepté bien vite avec vous. Qu’est-ce que vous attendez de moi réellement? »

Joll souffla en souriant.

-« Mais c’est que tu doutes de nous! » s’écria le presque quadragénaire. »Enfin, si j’avais été élevé dans un couvent sirionîte je réagirais probablement avec la même méfiance. Nous t’avons accepté avec nous pour trois raisons. Enfin deux pour Dellas, trois pour moi. »

-« Lesquelles? »

-« Premièrement, parce que, comme je te l’ai dit l’autre jour, nous sommes dans une période difficile et il vaut mieux s’entraider, sans oublier qu’un peu de compagnie ne nous ferait pas de mal et que tu es seule. Deuxièmement, tu nous plais bien. Tu as ton caractère et ta manière d’être, de plus tu es déterminée, et ce n’est pas pour nous déplaire. »

-« Et ta troisième raison, qu’est-ce que c’est? »

-« Et bien, il se trouve que j’ai rencontré Ornael après une sombre histoire. Elle aussi s’était échappée d’un couvent sirionîte, et je l’avais aidée à l’époque, comme je le fais aujourd’hui. Je lui ai expliqué le monde, et lui ai donné un foyer. Tu me la rappelles un peu en quelque sorte. Voilà, ça te va? »

-« Oui. Merci, et… désolée mais il fallait que je sache. »

-« Pas de problème, Jallie, c’est normal », la rassura Dellas. »Maintenant, on reprend la route, d’accord? »

-« Oui, allons à Grandatum, j’ai hâte de voir! » dit à voix haute la jeune fille, en reprenant le sourire.

-« Hahaha, bien! » s’enjoya Joll.

-« Bon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain?! » lança son fils qui était déjà loin devant eux.

-« Regarde-moi le celui-là. Tu sais il tient ça de sa mère, hein. »

-« Tu es sûr? » taquina Jallie en commençant à courir.

-« Pffff », s’amusa le guerrier en les voyant ainsi.

Plus tard ils arrivèrent devant les portes grandes ouvertes de Grandatum. Des portes blanches aux bords dorés, une couleur prépondérante à Grandatum. Cette ville était extrêmement vivante, c’était la première chose qui frappait. En entrant, Jallie aperçut plusieurs jongleurs. Une foule les applaudissait. Elle s’arrêta dans la foule, captivée par une chose du quotidien pour le reste des habitants. La voyant, Joll et Dellas s’arrêtèrent à ses côtés. Après quelques instants, Joll fit un petit signe de la tête à Jallie et ils poursuivirent la marche. Ils virent un groupe de sirionîtes en capuches claires. Dellas se plaça alors devant Jallie pour éviter qu’ils ne la remarquent. En effet, une jeune sirionîte seule, ce n’était pas très habituel. Surtout dans une ville tel que Grandatum, où ces religieux étaient plutôt rares. Il se replaça normalement quand les croyants furent plus loin. Les sirionîtes de ce groupe étaient pour la plupart des galters, la race aux pelages et queues d’animaux, comme Tilia.

-« La majorité des sirionîtes sont des galters. Tiens, voilà un magasin d’armes et armures, allons voir », remarqua Joll.

-« Tu n’aurais pas oublié un détail, toi? » rétorqua son fils.

-« Ah oui, l’argent! Bien, trouvons d’abord une banque. Dellas, tu t’y colles. »

-« En fait je ne me rappelle plus très bien où est la banque ici », avoua Dellas, l’air hébété.

-« Et bien fait marcher ta cervelle, fils! » le remballa Joll. »Et emmène Jallie, qu’elle voie comment ça marche. Moi je vous attends ici. »

-« Tu viens? », intima Dellas en regardant la jeune fille.

-« On y va », répliqua l’adolescente sur un ton chantant.

Les deux jeunes gens se frayèrent un chemin dans une foule de plus en plus compacte. C’était le centre-ville. Le bruit envahissant de cette cité bourdonnait dans les oreilles de Jallie, habituée au silence du couvent sirionîte.

-« A Grandatum, le centre-ville représente les trois quarts de la ville! » annonça Dellas à sa jeune amie, qui acquiesça d’un bref mouvement de tête. »Voilà la banque », dit-il en désignant une rue perpendiculaire quelques mètres plus loin à droite.

Ils y pénétrèrent. Il y avait sur la droite plusieurs guichets, et à gauche beaucoup de chaises côtes-à-côtes, la plupart occupées.

-« Bienvenue, voici votre numéro. A l’annonce de celui-ci, présentez-vous au guichet correspondant », leur clarifia un humain plutôt jeune et très souriant.

-« Merci », dit simplement Dellas.

-« Merci », imita Jallie avec un sourire forcé de circonstance.

-« Lui c’est le donneur de numéro, celui qui » expliqua Dellas en prenant place sur une chaise.

-« Donne les numéros pour réguler le trafic afin que l’on passe plus vite sans être coincé dans une énorme foule désordonnée, j’avais compris », coupa Jallie avec un petit sourire narquois.

-« C’est malpoli de couper les gens quand ils parlent, surtout quand ils essaient de t’expliquer quelque chose. Papa a raison, tu ressembles à ma mère. »

-« Je prends ça comme un compliment », ricana la petite blonde.

-« Tu ne devrais pas. »

-« Tu n’aimes pas ta mère ou quoi? »

-« Si, mais elle a ses défauts, comme tout le monde. »

-« Et toi, c’est quoi tes défauts? » le taquina Jallie en plissant les yeux.

-« Papa dit que je suis arrogant… »

-« Mais… »

-« Mais je pense que je suis juste réaliste, et conscient de ce que je suis et ne suis pas. C’est tout », dit-il comme pour se justifier, ses joues teintées d’un léger rouge.

-« Tu rougis. Dis Dellas, je suppose que ta mère est bien blanche de peau, non? »

-« Oui, très. Qu’est-ce qui te fait dire ça? »

-« Ben Joll est mate et toi tu ne l’es pas vraiment, je me suis dit que ça venait de ta mère. D’ailleurs, je me demande, que se passe-t-il si deux personnes de races différentes s’épousent? Je veux dire, comment sera l’enfant? »

-« Il y a une chance qu’il soit de la race de la mère, une qu’il soit de celle du père. »

-« C’est déjà arrivé qu’un enfant soit de la race d’un parent, mais avec une caractéristique de celle de l’autre? »

-« Pas que je sache, pourquoi tu me demandes ça? »

-« Oh, par simple curiosité. J’essaie de comprendre c’est tout. »

Un instant après, un drôle d’être vint s’asseoir à coté de Jallie pour attendre. Il était grand, couvert d’écailles noires très petites, on aurait dit une combinaison de cuir d’un certain style. Ses oreilles étaient longues et rondes. Ses yeux étaient d’un gris très sombre. Jallie se retourna vers Dellas très étonnée, presque apeurée. Le jeune adulte lui murmura:

-« C’est un olvélias. Ce sont des êtres… beh, comme ça. Leurs écailles sont toujours de couleur très sombre, et ils sont toujours aussi grands. Et silencieux. C’est une race assez neutre, marginale, et rare, qui vit pour la majorité à l’est du grand continent, si je me trompe pas. »

-« Ah, je vois. »

-« C’est normal puisque tu as des yeux », plaisanta-il.

Jallie nia de la tête avec un sourire trahissant ses vrais sentiments. Elle jeta alors un coup d’œil au papier dans la main de Dellas. Un papier écrit à la main avec un sceau sur le coin supérieur droit. Il y avait marqué 11 290.

-« 11 290. C’est dans longtemps ça? »

-« Je ne sais pas », dit Dellas. »Tous les jours cela recommence à 1, ça veut dire que nous sommes les 11 290èmes de la journée, ce qui est assez énorme, même pour une période comme celle-ci. Mais ça ne me dit pas à combien ils en sont aux guichets. Seuls eux le savent. Tu vas devoir apprendre à patienter. La patience est une grande vertu », fit Dellas avec un ton ironique.

-« Tu imites ton père là? »

-« Non j’improvisais. Il a des qualités, mais la patience n’en fait certainement pas partie. Pourquoi tu crois qu’il m’a envoyé ici? »

Jallie ne dit rien. Soudain un vacarme ressortit du brouhaha ambiant. Un humain en cuir bleuté avait plaqué au sol un homme aux cheveux bruns et longs visiblement sur les nerfs. Quatre autres hommes portant le même cuir que le plaqueur accoururent. Ils dégainèrent leurs épées et menacèrent l’homme nerveux.

-« S’il vous plaît, j’en ai vraiment besoin! » leur cria l’homme.

-« Dans ce cas tu paies, sinon rien », répondit sèchement le plaqueur en lui retirant un flacon de la main. »Et que l’on ne t’y reprenne pas! »

-« Les gardes », grimaça Dellas, calmement.

-« Quoi? »

-« Ce sont des gardes, leur travail est de veiller sur la ville et ses habitants. S’il y a un problème ils font respecter la loi en vigueur, en l’occurrence, celle de l’Orné, la région dans laquelle nous sommes. Enfin, Grandatum a un genre de statut particulier, mais bon. »

-« Numéro 11 290! » interpella une femme au 4ème guichet.


On commence à placer deux-trois personnages importants, mais il faudra attendre plus longtemps pour avoir ne serait-ce que l’équipe principale au complet 😉

L’Originalité

Bonjour à tous les blablabla…

La dernière fois, j’ai commis l’erreur de vous dire que l’indépendance était la plus grande valeur que je défendais sur ce blog. C’était presque faux, car si une chose guide chacun de mes pas dans la création d’œuvres, c’est l’Originalité!

Pourquoi cette notion me séduit autant?

Parce que l’originalité c’est faire quelque chose qui est profondément votre, quelque chose qui sort de votre âme, qui est fondamentalement de vous. Vous ne créez pas telle chose pour faire comme les autres que vous aimez, non, c’est votre oeuvre.

Inutile de faire quelque chose parce que cela marche déjà bien. Comme je le dis toujours, on ne se rappellera pas des deuxièmes, troisièmes à faire quelque chose, uniquement du premier, celui qui a lancé la révolution(à son échelle). On peut apprécier du déjà vu parce qu’on y retrouve nos bases etc, mais ça reste pas très marquant au fond. Comme ces écrivains de fantaisies qui ne peuvent pas s’empêcher de reprendre les elfes, orcs et cie à Tolkien. On se rappelle de ce dernier comme d’un ovni pour son époque, aujourd’hui faire la même chose c’est juste être le 324ème à reprendre un univers déjà éprouvé.

Donc, que pouvez-vous faire pour être originaux?

Déjà, pour ceux qui n’ont « pas d’idées », sachez que ce blog et la chaîne youtube associée publieront des contenus destinés à vous inspirer en plus de vous motiver, en vous présentant différents moyens de s’inspirer au quotidien, et différentes façons de créer un univers. Le compte instagram publie déjà des images vous servant à vous inspirer pour créer vos univers.

Ensuite, pour être originaux, déjà, n’utilisez pas de clichés. On connaît par cœur le gros chevalier bourrin qui aime aller à la taverne, le magicien sage qui sert de mentor au héros, la guérisseuse ultra gentille… (même si le personnage de Dyûl dans les Chroniques de Salfia s’en rapproche beaucoup, je sais, mais tqt)

Le plus simple, c’est d’ajouter votre touche personnelle. Elle est différente pour tout le monde, évidemment. Vous pouvez par exemple jouer avec ces clichés. Ajouter quelque chose d’inattendu au perso cliché. Par exemple, dans les Chroniques de Salfia, Dellas est un peu le cliché de l’archer agile joyeux. Mais on découvre qu’il a un humour très sarcastique (pas prévu au départ) puis dans le deuxième tome (ptit spoil ^^) qu’il a un sens profond de la musique. Ça a été mon moyen de casser avec l’archer agile senfoutiste. Tout ce qui peut casser un cliché est bon à mettre.

Pourquoi ne pas faire ce que les autres font déjà? Parce qu’il y a 99% de chances que l’un d’eux soit meilleur que vous. Vous n’êtes statistiquement probablement pas un écrivain de génie, un développeur ultra-doué, un réalisateur de renom. Ces gens vous battront si vous jouez sur le même terrain. Mais si vous faîtes votre propre truc, ils auront certes des meilleurs côtés comparables, mais le principal ne sera pas comparable, car se situant dans les idées. Vous aurez donc forcément des avantages, des points forts, et le public qui va avec. es personnages clichés seront mieux écrits, mieux transmits chez d’autres, désolé pour l’égo.

Ensuite, vous pouvez fusionner les clichés. Prenez l’archer rigolo et la magicienne calme, cela peut donner un archer très posé ou une magicienne déjantée, très drôle et casse-cou. Ce serait sympa, je trouve^^

De plus, créez vraiment un monde. Cela ne concerne pas ceux qui racontent une histoire qui se passe dans le monde réel, aux USA, durant l’âge d’or de la piraterie ou durant l’antiquité. Mais si vous faîtes de la fantaisie, de la science-fiction etc, inventer vraiment un univers, avec ses règles etc. On en parlera plus en détails dans un article dédié parce qu’il y a beaucoup à dire là-dessus.

Je rappelle l’exemple du cheval et de la voiture (dont on parlera) : personne n’aurait demandé une voiture quand on utilisait des chevals (oui) pour se déplacer. Si vous faîtes du classique, personne ne vous pointera du doigt comme la grosse daube qui chamboule tout et va à contresens, certes, mais vous ne révolutionnerez rien non plus. Va falloir vous habituer aux risques, parce que la vie n’est pas grand-chose sans eux.

Voilà, je vous conseille de toujours apporter une certaine valeur, que ce soit sur n’importe quel angle ou aspect de votre oeuvre. Apportez vraiment votre touche personnelle, nous sommes là pour ça et je vous y encourage vivement!

A la prochaine, chers créateurs! 😉

 

 

Chapitre 2 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Comme prévu, la deuxième partie du chapitre 2 des Chroniques de Salfia ^^


-« Je pense que l’on est suivis. Je n’ai pas entendu grand-chose, mais l’intuition ne trahit pas. »

-« Oh non… » tressaillit Jallie, qui ne put s’empêcher d’avoir peur.

Bien qu’accompagnée, elle n’avait vraiment pas l’habitude des créatures, de plus la nuit tombait et le sentiment d’insécurité était palpable.

-« Quoi, t’as peur? » répliqua Dellas en souriant, sur un air de défi.

-« La peur est signe de prudence. Restons sur nos gardes, c’est probablement un carnivore qui cherche son repas », conclut calmement Joll.

-« Dans ce cas il te mangera toi, y aura plus de viande! » plaisanta Dellas.

-« Peut-être qu’un petit accompagnement lui ferait envie », rétorqua Joll avec un sourire narquois.

-« Il a pas intérêt d’essayer. »

Voyant que les deux compairs restaient détendus malgré la probable menace, Jallie comprit que ces deux individus étaient habitués à ce genre de chose. »Un jour moi aussi je serai comme eux » se dit-elle. Quelques centaines de mètres plus loin, Jallie commençait sérieusement à fatiguer.

-« On devrait s’arrêter pour aujourd’hui », proposa la jeune fille.

-« On va aller le plus loin possible, on est capable de chasser une bête de nuit, mais pas endormis », avança alors Dellas.

-« Ah, oui », répondit Jallie, comprenant l’imprudence de ses propos.

Les trois compagnons marchèrent pendant près d’une heure. Une heure oppressante pour Jallie, qui sentait encore la présence de la bête. Elle regarda discrètement des deux côtés de la route, et ne vit que des arbres sombres, qui avaient alors un air… sombre. Elle ne voyait pas grand-chose d’autre que de la pénombre, seule la petite torche artisanale fabriquée par Dellas lui permettait de voir à quelques mètres.

-« On va s’arrêter ici. Gardez un œil ouvert », dit Joll.

Cette fois, les compagnons s’installèrent moins loin de la route, à une quinzaine de mètres seulement. Mais l’obscurité rendait la route invisible. Les trois compagnons étaient seuls dans le noir.

-« Ravive la flamme de la torche Dellas. Ça nous permettra de voir, au moins jusqu’à ce qu’on s’endorme, et ça éloignera sûrement la créature », intima sagement Joll.

Dellas ralluma la torche d’un mouvement du bras, et la posa au sol, à un endroit vierge de toute végétation. Jallie regardait autour d’elle, l’inquiétude avait entre-temps grandit… être seuls au milieu de la forêt obscure, c’était effrayant. Elle crut apercevoir l’espace d’un instant… quelque chose de flou et de sombre, bougeant dans l’obscurité, rôdant tel un prédateur… c’était terrifiant. Elle cligna des yeux et plus une trace… même pas dans son champ de vision. Elle tenta de se rassurer en se disant que ce n’était qu’une chimère de son esprit apeuré.

-« Bon, essayons de dormir », dit Dellas.

Quelques secondes plus tard, un grognement agressif se fit entendre. Une bête surgit de l’obscurité et se jeta sur Dellas. Heureusement, ce dernier eut le réflexe de se lever rapidement et d’attraper une dague. Il frappa vers la bête mais celle-ci disparut en une fraction de seconde comme de la fumée noire.

-« Jallie, attrape ton arbalète et ton carquois! » lança Joll en se levant.

La jeune fille s’exécuta. Dellas ramassa la torche avec sa main gauche.

-« Qu’est-ce que c’est, ça?! » demanda Dellas, paniqué.

Joll ne répondit pas immédiatement. Il regardait autour pour voir si la bête repassait à l’attaque. Quelques secondes plus tard, il répondit à la question soulevée par son fils.

-« C’est un sada hamere, littéralement ombre loup en ancien galter. C’est un gros loup capable de se téléporter à courte distance », expliqua-t-il en scrutant les alentours. »Je ne m’attendais pas à ça, je n’en avais jamais vraiment vu un… faites très attention, c’est un dur à cuire. »

Jallie ravala sa salive. Elle restait assez calme vu la situation, du moins, physiquement. A l’intérieur elle était pétrifiée. Voyant que Dellas et Joll étaient eux-mêmes inquiets, elle avait compris à quel point le danger était réel. Le sada hamere attaqua à nouveau. Cette fois, il visait Jallie. Celle-ci parvint de justesse à se tourner et à tirer un carreau à bout portant sur la bête, qui se téléporta un mètre à droite de Jallie, devant Dellas. La créature attaqua de nouveau le jeune homme, en poussant un grognement terrifiant. Le jeune adulte parvint à esquiver vers la droite mais le loup fit tomber la torche de l’archer qui s’éteignît avec le choc. La peur envahit alors totalement Jallie. Elle était dans le noir complet avec cette créature de la nuit. Le sada hamere ne grognait pas, il était donc presque impossible de savoir où il se trouvait. C’est ainsi que Jallie comprit que la créature était intelligente, et patiente… elle se comportait comme le ferait un chasseur, chaque chose prévue pour être aussi efficace que possible.

-« Dellas, rallume la torche!! », hurla Joll, dont la crainte commençait enfin à se faire ressentir.

-« Je la vois pas! » dépêcha le fils, aussi stressé si ce n’était plus.

-« Bouge-toi! »

Éclairé d’une flamiche dans la main, Dellas cherchait à tâtons la torche là où il l’avait vu tomber. Soudain il sentit une odeur forte, l’odeur de la gueule d’un animal. Il frappa immédiatement face à lui et entendit alors un grognement de douleur. Le grognement était assez faible, ce qui indiquait que la frappe n’avait pas entièrement touchée sa cible. Il ramassa un instant plus tard la torche qu’il ralluma d’un geste de la main. La lumière éclaira les alentours mais le sada hamere avait encore disparut. Jallie se collait à Joll, qui lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer. Elle se décolla aussitôt et tenta de prendre un air assuré. Soudain elle fut bousculée par Joll, ce dernier s’était fait sauter dessus par la créature, qui s’était téléportée pour l’attaquer. Elle vit alors Joll en train de se faire mordre par la bête, et tira aussitôt un carreau au niveau du ventre de la créature. Mais celle-ci se téléporta près de Dellas qui frappa de sa dague et toucha le loup au nez. Mais il avait frappé trop tôt, et n’avait donc touché le museau que légèrement, quoique plus que la première frappe. Jallie regardait Joll, choquée. Cette grosse morsure laissait voir la forme de la mâchoire sur le bras musclé du combattant.

-« Ça ira! » cria-t-il en voyant son regard.

La bête rôdait autour du groupe. Elle rattaqua. Jallie était visée, elle avait oublié de recharger son arme. Elle vit la gueule de la bête s’ouvrir pour la mordre, mais celle-ci fût frappée sur les deux flancs. A sa droite, une flèche de Dellas qui l’avait transpercée au niveau du torse, à sa gauche, un fouet d’eau lancé par Joll. La bête blessée s’écroula au sol devant Jallie, qui s’empressa de sortir son poignard pour le lui enfoncer dans le crâne. Mais la créature se téléporta au dernier moment et disparut encore du champ de vision des trois compagnons. Jallie rangea son poignard et reprit en main l’arbalète qui pendait devant elle, attachée à son buste par une bandoulière. Sa terreur en était à son paroxysme, et le motif était simple: elle avait vu à quoi ressemblait vraiment le sada hamere. Le gros loup avait des poils noirs longs et très fins. Ses yeux étaient d’une lueur rouge bluffante, et il était entouré d’une espèce de flamme violet sombre, comme une aura. Cette aura semblait vraiment être animée, car elle bougeait lentement. Son air était menaçant, et la bête était très vive. Jallie commençait sérieusement à voir la mort venir… Elle entendit alors Joll utiliser un sceau.

-« Récupération accélérée! » incanta l’homme.

Une sorte d’aura bleu clair l’entoura une seconde. Dellas jetait des coups d’œil nerveux dans tous les sens.

-« Regroupons-nous! » siffla Joll.

Les trois compagnons se rapprochèrent alors. Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas. Joll se toucha un tatouage de la main gauche et fit un geste brusque vers Jallie de cette même main.

-« Célérité augmentée! » cria-t-il en même temps.

Jallie comprit que c’était comme cela qu’un levito lançait un sceau. Il posait sa main sur le sceau et lançait le sort correspondant avec une incantation orale.

-« Qu’est-ce que ça fait? » demanda-t-elle.

-« Tu seras un peu plus rapide pendant une minute environ, ça t’aidera à réagir en cas de problème. »

Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas, sa présence ne se sentait presque plus.

-« Il doit être en train de récupérer, qu’est-ce qu’on fait? » demanda Dellas en s’adressant à son père.

-« Je pense que le mieux est de s’en aller. Il est dangereux, dans un cas comme celui-là, il vaut mieux éviter le combat », dit l’homme qui saignait toujours du bras gauche, abondamment. »On va rejoindre la route et continuer notre chemin, pas de repos aujourd’hui. Ce serait trop dangereux. »

Dellas et Jallie acquiescèrent de la tête. Les trois compagnons partirent alors vers la route. Dellas était devant et éclairait leur chemin, Joll était juste derrière avec Jallie qui le collait presque à sa droite. Un réflexe défensif. Une fois sur la route, les compagnons reprirent la même direction, tout en étant sur leurs gardes. Moins d’une minute plus tard, la présence du sada hamere se faisait de nouveau sentir.

-« Vous ne » commença Jallie.

-« On sait. Tiens-toi prête », l’interrompit Dellas.

Elle fut de nouveau remplie de peur. Mais elle se dit « courage, on va y arriver« . A peine commençait-elle à relativement se calmer, que la bête lança l’offensive. Elle déboula de la forêt, et se jeta sur Dellas après une brève téléportation. Ce dernier l’esquiva de peu, et tenta de la frapper avec sa dague, mais la bête se téléporta tout juste derrière lui. Dellas eut le bon réflexe de mettre un coup de pied en arrière, et toucha de plein fouet la tête de la créature affamée, qui beugla dans la douleur, et recula avant de se mettre à tourner autour du petit groupe, qui se compacta. Les trois compagnons voyaient enfin la bête clairement sous la lumière de la torche. Le sada hamere était effrayant. Il grognait en même temps qu’il rôdait lentement. Tout le monde se préparait à l’assaut qui allait certainement arriver.

-« Dellas, tiens-toi prêt », dit calmement Joll.

Dellas sourit alors, comprenant que son père avait une idée. C’est alors que Joll se plaça face au sada hamere, devant les deux autres. Le gros loup arrêta alors de marcher et se tourna face à lui. Les deux adversaires se regardaient droit dans les yeux. Quelques secondes plus tard la bête féroce fonça sur Joll, qui lança alors un sceau.

-« Gravité annulée! »

La bête flotta alors dans les airs, tout en s’échouant vers eux presque lentement. Dellas tira immédiatement deux flèches d’un coup, droit dans le cou et le côté du crâne de la créature. Il fut suivi de très près par Jallie, qui s’était préparée, voulant participer aussi. Elle décocha un carreau qui alla se loger dans le ventre du sada hamere. La bête tomba une seconde plus tard, à la fin du sort, et s’écroula devant Joll, qui lui porta un coup de poing droit sur le haut du crâne, avec une force dévastatrice, pour s’assurer de sa mort rapide. Jallie fut impressionnée, mais elle n’en attendait pas réellement moins d’un tel spécialiste du combat à main nue. Elle avait cru voir une lueur rouge émaner des yeux de Joll.

-« Fiou, fini! » soupira Dellas, soulagé.

-« Il s’en est fallu de peu, cette créature était coriace. Elle était à la hauteur de sa réputation », commenta Joll.

-« Espérons que l’on n’en croisera pas d’autre », souhaita Jallie, tout aussi soulagée que les deux autres.

Joll regarda la carcasse de la bête. L’aura avait disparu à la mort du sada hamere. Il se releva et décréta:

-« Au moins on n’aura pas besoin de chercher notre prochain repas. Dellas, donne-moi une ficelle. »

Dellas sortit une ficelle de son sac et l’envoya à son père, qui attacha le loup par les pattes et le porta sur son dos.

-« Allons dormir, maintenant », déclara le fiston.

Jallie fit un oui de la tête. Les compagnons s’éloignèrent un peu de la route et se couchèrent auprès d’un arbre. Jallie s’endormit tout de suite.

-« Elle dort déjà », dit Joll.

-« Elle est jeune. Ça a dû lui faire tout drôle de changer de vie d’un jour à l’autre. A sa place j’aurais été terrifié. »

-« Elle a du courage, elle a fait face à un événement marquant, et elle a réussi. Tu as vu, elle a même tiré avec toi! »

-« Oui, et elle t’as pas empalé! » remarqua Dellas.

-« Demain on la laissera dormir autant qu’elle en a besoin. »

-« Oui, il vaut mieux pour elle », conclut Dellas, en levant brièvement les deux sourcils.

Il la regarda avec un sourire. Il trouvait cette petite fille dormante si mignonne. Il avait beaucoup de sympathie pour Jallie. Il l’avait déjà adopté. Quelques minutes plus tard, les deux hommes dormaient eux aussi.

Le lendemain, Dellas se réveilla le premier.

-« Et si je faisais cuire le loup? » pensa-t-il à voix haute, »ça leur fera plaisir de se réveiller en sentant la bonne odeur de la viande grillée », continua-t-il en ricanant.

Il se leva pour aller chercher du bois. Il ramassa deux morceaux avec un bout en V, qu’il planta pour faire les bases, et prit un gros bâton sur lequel il planta le loup après en avoir retirée la peau poilue. Il prit quelques morceaux d’un arbre mort et en fit un tas en dessous de la viande. Il alluma alors une brindille d’un geste de la main, et la plaça sous le tas de bois sec. Peu de temps après le feu était haut et caressait le gros steak placée au-dessus. La viande commençait quelques minutes plus tard à cuir. La couleur de cette viande rose devint un beau pourpre. Dellas trouvait cela très appétissant, et se lécha les babines en tournant leur futur repas. Ses deux compagnons se réveillèrent à-peu-près en même temps.

-« Qu’est-ce que tu fais? » demanda Jallie en se frottant les yeux.

-« Notre repas », répondit Dellas, en même temps que son père s’adressait à lui.

-« Aaaah! Ça c’est mon fils! Hmmm on va bien se régaler hein! » s’exclama Joll en se levant et en tapant l’épaule de sa progéniture.

-« Haha, peut-être, tu es goûteur volontaire? »

-« Bien sûr que oui! Toujours là pour me sacrifier pour mon abruti de fils, n’est-ce pas? »

-« Ouais c’est ça ben attend que la cuisson soit terminée gros vorace! »

Un grand sourire se dessina sur le visage de Jallie. Se réveiller dans une forêt, avec deux acolytes de bonne humeur devant une viande cuisante chassée la veille, c’était comme vivre un petit rêve. Le goût tant attendu de l’aventure. Quelques instants plus tard, la viande était à point, ou presque. Dellas utilisa une de ses dagues pour découper plusieurs morceaux, et le reste alla dans son petit sac. Joll mordit dans sa viande en premier, comme promis. Dellas et Jallie le regardaient.

-« Mmmmmh. C’est plutôt pas mal. Ça vaut pas du bon chihag, mais vu les efforts fournis pour l’obtenir, c’est raisonnable! »

-« Tant mieux, à table! » s’exclama Dellas.

Jallie repensa alors au combat qui avait eu lieu la veille. Elle remarqua alors que depuis son réveil elle n’avait plus vu la marque de morsure sur le bras de Joll. Elle vérifia alors, et la trace avait complètement disparu.

-« Comment ton bras a guéri? » demanda Jallie, incrédule.

-« La récupération. C’est vrai que tu viens d’un couvent, j’ai failli oublier. Laisse-moi t’expliquer comment ça marche. »

Jallie écoutait attentivement, sa soif de connaissances du monde avait repris le dessus.

-« Tu vois, quand tu te blesses, ton corps récupère petit à petit de ta blessure. C’est un processus lent, qui est dû à ton énergie interne. Tu te rappelles? » questionna l’homme.

-« Oui c’est la maul vitarri, et c’est de là que viennent nos pouvoirs, la magie tout ça… C’est ça? »

-« Oui exactement. Et bien ton corps s’auto-guérit. Mais ça prend du temps. Tu peux accélérer légèrement le processus en mangeant, en buvant ou en te reposant, bref, en nourrissant ton corps si on veut. Après, si la blessure est vraiment grave, tu auras, en plus d’une chance de mourir, une cicatrice qui restera pour le restant de tes jours. »

-« Oh… » dit la jeune fille.

-« Maintenant laisse-moi te parler d’une des appartenances. Je t’ai parlé des dlaritos et des levitos, c’est bien ça? »

-« Oui. »

-« Et bien je vais te parler de la troisième appartenance alors. Elle s’appelle daffilesto, daffiles signifiant « guérison » en ancien galter. Les daffilestos sont spécialisés dans la grosse accélération du processus de guérison. Pour faire simple, ils passent dans une sorte de transe qui leur permet d’entrer en contact directement avec la maul vitarri d’une personne, et augmentent ainsi son activité, et de même, sa régénération. Attention cela dit, le daffilesto en action ne peut répondre si on l’attaque, ou même lui parle ou quoi que ce soit. Il faut donc couvrir un daffilesto quand il guérit quelqu’un. Tu as tout compris? » monologua Joll.

-« Oui. C’est fascinant », affirma Jallie.

-« Bien », dit le quadragénaire avant de mordre dans sa viande.

-« Aller, finissons de manger et en route pour Grandatum », conclut Dellas.


J’espère que le récit, l’univers et les personnages vous plaisent! Moi, j’aime beaucoup les Gomfore, j’avoue ^^.

Merci de me lire, rdv au prochain chapitre!