Chapitre 4 (1/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Chapitre 4, toujours en découpe.


Chapitre 4 : L’archipel de Nasakua

-« L’île de Granda? » répéta Jallie.

-« Ouais, c’est l’île qui fait le plus d’échanges avec Grandatum. Un grand lien commercial », lui précisa Joll. »C’est pourquoi on devra abandonner le bateau et finir à la nage. Et éviter de se faire remarquer. Ils seront au courant avant que l’on arrive. Avec les hitchkis les nouvelles vont très vite. »

-« Les hitchkis? »

-« Ce sont de petits oiseaux rosâtres très forts pour leur poids et facile à éduquer. Ils ont un grand sens de l’orientation. Bref les messagers parfaits », renseigna Dellas.

-« Ah oui, j’en avais entendu parler je crois. Mais pourquoi ne pas contourner l’île de Granda et aller directement à la prochaine? » proposa la jeune blonde.

-« Regarde », dit Joll en lui montrant sa carte de tissu à nouveau. »La prochaine après celle-ci est l’île de Merchaï. Elle est trop loin pour qu’on puisse y aller sans récupérer de carburant, d’eau de Kil. L’eau de Kil c’est l’eau spéciale dont je t’avais parlé qui produit une vapeur puissante. Elle permet aussi de récupérer un peu plus vite que l’eau normal si tu la bois. Mais légèrement. Bref on peut pas », minauda Joll, avant de reprendre la parole quelques secondes plus tard, l’air d’avoir eu une idée. »Ou sinon… On reste éloignés de la plage, on coupe le moteur, et on envoie Dellas voler de l’eau de Kil! »

-« Pourquoi pas l’acheter? Puisqu’on peut », répliqua le fiston.

-« Parce qu’on est sûr de rien avec l’argent. Je pensais en reprendre un peu avant de partir, mais avec les événements j’ai oublié », justifia son père. »De plus, l’eau de Kil coûte un certain prix, tu le sais. On pourrait ne plus pouvoir manger. »

-« Quoi, plus pouvoir manger à cause d’un bidon de carburant? » railla sa progéniture.

-« Pas un, si on fait tout le chemin il nous en faudra plusieurs. On en paiera quelques-uns, pas tous. Et tant qu’à en voler, autant voler le premier pour éviter de te faire voir, c’est plus prudent. »

-« Mmh.. ton raisonnement tient. »

-« Évidemment! Et puis depuis quand tu as des problèmes à voler ton prochain? »

-« On fait comme ça alors! » intervint Jallie.

-« Ça marche », répondit Joll.

-« Dellas fait tout le boulot pendant que nous on reste tranquille! » taquina l’adolescente avec un grand sourire narquois.

-« Tu y prends trop goût, toi », rétorqua le jeune homme.

*****

-« On y est! » annonça Joll en coupant le moteur.

-« Bon, à tout à l’heure! » salua son enfant en plongeant prestement dans l’eau de mer.

Quand il fut loin, Joll s’adressa à sa jeune amie.

-« Il est plein de vie hein », émit-il avec un doux sourire bienheureux.

-« Oui, ça c’est le moins qu’on puisse dire. »

-« Il ne devrait pas mettre longtemps. »

-« Espérons-le. Et aussi espérons qu’il ne se fasse pas attraper. »

-« Dellas Gomfore, se faire attraper? »

Joll éclata de rire comme pas permis. On devait l’entendre à des kilomètres.

« Ahaha, toi t’en as de bonnes tu sais. C’est un voleur hors-pair. T’inquiète pas pour ça va, il sait s’y prendre. Il est doué. Ce n’est d’ailleurs pas mon cas. Il a déjà essayé de m’apprendre mais c’est vraiment pas mon truc. »

-« Chacun son talent », dit Jallie, qui n’était pas surprise de cet aveu.

-« Oui, et toi tu dois trouver le tien. »

-« Exact. En tout cas je me sens très bien ici », lui avoua la jeune fille en regardant autour d’elle.

-« En quel honneur? » interrogea Joll.

-« En fait, j’avais toujours un peu peur, sur le grand continent. A cause de Doln. Bien que je ne sache pas à quoi il ressemble, il m’effraie. »

-« La peur de l’inconnu est la plus grande de toutes. Mais pourquoi tu te sens mieux ici, jeune fille? »

-« Parce que Doln ne nous atteindra pas ici, voyons! »

Elle souriait. Joll la regarda comme s’il comprenait quelque chose à l’instant. Il la considéra sérieusement.

-« Tu crois vraiment être en sécurité ici? »

-« Eh bien… oui, pourquoi? » s’inquiéta Jallie en arrêtant de sourire. »Il peut nous atteindre en mer? Je croyais qu’il ne quittait pas le grand continent? »

-« En effet, il ne le quitte pas, que je sache. Mais en mer il y a pire que Doln. »

-« Comment ça? » s’exclama Jallie.

-« Il y a Sahon. Il est pareil que Doln, en pire. Il détruit tout ce qui est à sa portée. Tout ce que les gens ont pu voir, c’est son gigantesque aileron dorsal. Tu sais que Doln signifie cupidité? Eh bien Sahon signifie péché en ancien galter. Tu sais mieux que moi ce qu’est un pêché je suppose », assura Joll en reprenant un petit sourire.

-« Une mauvaise action vis-à-vis de Sirion… Mais je ne savais pas qu’il y avait aussi un monstre géant dévastateur en mer… »

-« Voyons, ne t’inquiète pas tant. Ça ne changera rien. »

-« Malheureusement. »

-« Il paraît même qu’il y a une créature encore plus destructrice que Doln et Sahon réunis, qui elle arpente les cieux. Toute machine volante aurait du souci à se faire. »

-« Tu crois que c’est vrai? »

-« Non, cela me paraît trop gros. En tout cas je comprends bien pourquoi on ne t’en a pas parlé. Ton couvent se trouvait sur terre, tu étais censée y vivre jusqu’à ton dernier souffle, alors on ne t’a parlé que de ce qui te concernait. »

-« Dis, Joll… Les sirionîtes ont toujours été aussi nombreux et influents sur Salfia? »

-« Non. Ils étaient une religion comme une autre avant. Mais depuis La Faille, un sacré paquet de choses ont changé. Surtout celle-ci. Comme quoi il faut que les gens croient qu’on les ait punis pour se mettre à croire en quelque chose. C’est d’une stupidité. Mais les sirionîtes ne sont pas aussi dominants qu’ils te l’ont dit. Sirion a un peu plus de fidèles que les autres dieux, mais ça reste relativement léger. »

-« Mh », acquiesça l’ancienne sirionîte.

Elle reprit alors le sourire en changeant de sujet.

« Parle-moi de la princesse qu’on a vue, s’il te plaît. »

-« La princesse Flécha Holonien. Issue d’une famille de reines honnêtes, ce qui est assez rare pour être remarqué. Une jeune harnassienne connue pour sa beauté, presque légendaire, ainsi que pour le vol de sa place et le retournement de son peuple contre elle. Ses parents sont morts un jour, et le conseiller de la famille royale a déclaré avoir connaissance d’informations compromettantes pour la famille Holonien. Il les donna au peuple qui, à cause de son talent pour l’éloquence, le crut sur ses foutaises. La princesse âgée alors de 2 ans fut exilée du territoire. Par chance, elle fut suivie par un petit garçon presque aussi jeune qui s’était déjà attaché à sa personne. Le protecteur royal, qui la nourrit, dans les forêts qui entourent Jotorn. Les deux ont grandi, et la princesse compte probablement réparer cette injustice. Et les voilà à Grandatum. »

-« Tu dis <<ses foutaises>>, comment sais-tu qu’il a menti? »

-« C’était il y a 18 ans. Mon meilleur ami était encore là. Frennks était encore là. Il le savait, et je lui fais absolument confiance. »

Jallie ne dit rien. Elle se rappela de Dellas. Il lui avait conseillé de ne rien dire là-dessus, et Joll n’avait pas l’air prêt à en parler. Un silence plutôt long eut lieu. Brisé lorsqu’une ombre apparut au loin.

-« Le voilà! » s’écria Jallie.

Dellas continuait de nager vers eux. Il monta ensuite sur le bateau, trempé. Il sortit le bidon de l’eau de mer.

-« Tadaaa! Alors heureux? »

-« Très bien fils! Allons-y! »

Le paternel versa une partie du bidon dans le moteur.

-« Pourquoi tu ne verses pas tout d’un coup? Ça t’évitera d’avoir à recommencer l’opération. »

-« Il y a une quantité maximum. Sinon tu te doutes bien qu’il le ferait », répliqua Dellas.

Bien plus tard, les compagnons arrivèrent près d’une île.

-« Si on a bien suivi la boussole, et qu’elle marche ce qui devrait être le cas, c’est l’île de Merchaï qui se trouve devant nous », calcula Dellas.

-« Il vaut mieux. Il vaut mieux. »

Joll dirigea le bateau vers les petits quais qu’il y avait. Il ralentit puis arrêta le moteur. Il prit les petites clés.

-« Comment peut-on fermer un moyen de transport? » demanda Jallie.

-« Cela verrouille l’ouverture du moteur. Inutile de voler un bateau s’il s’arrête très vite sans qu’on puisse le recharger. Mesure de sécurité contre les gens comme nous. S’ils l’avaient utilisée, on aurait été bien embêtés. Mais c’est pas le cas! », conclut Joll en ricanant.

Son fils rit à son tour, puis Jallie le fit comme par réflexe. Les trois compagnons marchèrent sur le petit quai puis sur le sable jaune et fin de la plage de Merchaï. La plus jeune cogitait un peu à propos de la philosophie de ses compagnons. Les Gomfore n’hésitaient pas à voler. Ils évitaient mais savaient malgré tout qu’il fallait parfois faire des entorses aux codes moraux pour réussir et survivre. Il fallait parfois se montrer égoïste, dans son intérêt. Mais cela ne les empêchait pas d’être des gens bons, prêts à aider leur prochain. C’était un bon compromis que la future femme approuvait. Les compagnons arrivèrent devant une taverne à terrasse ouverte. Ils aperçurent une situation un peu particulière, même pour une taverne.

-« Va te faire foutre, couard », clama haut et fort un très grand et large homme chauve, en armure sombre.

-« Répète ça pour voir, puholicide », provoqua calmement un galter aux poils jaune foncé, face à l’homme.

Il était entouré de trois autres galters, deux aux poils verts et un aux poils rouge très foncé.

-« J’ai dit : va te faire foutre, couard », reprit le grand homme avec détermination.

Après moins de deux secondes de regard, le galter dégaina sa hache à double tranchant et frappa l’humain, qui bloqua avec son espadon(énorme épée, encore plus grosse qu’une claymore), puis décapita le galter. Deux autres se jetèrent sur lui, l’un avec une lance, l’autre avec une épée à double tranchant. L’homme esquiva sur sa gauche et frappa d’un coup qui brisa la lance du galter rouge foncé, puis envoya un coup de pied frontal qui repoussa le vert. Ce dernier bouscula Jallie. Joll l’entoura de son bras par réflexe protecteur. L’autre galter vert lança d’un mouvement de la main une flamme dont le grand homme se protégea avec son espadon. L’autre s’était relevé et attaqua à nouveau. Cette attaque n’atteignit pas sa cible car le grand homme avait mit son arme en barrage qui transperça le cou du galter vert à épée. Le rouge sauta à la gorge de l’homme pendant que le galter vert utilisant le feu ne savait comment agir, de peur de blesser son compagnon. L’homme jeta violemment à terre son adversaire et lui écrasa le cou de son pied. L’autre galter se mit alors à fuir, mais l’homme ramassa le bout de lance à terre et le lança dans le dos non protégé du dernier assaillant, qui tomba au sol.

-« Qu’on me laisse boire en paix. »

Jallie se redressa et les trois compagnons avancèrent alors. Elle regarda Joll en attendant une explication, qu’il lui donna.

-« Cet homme en armure que tu as vu, est Hodgar Figan. Il vient de Puhud, ville réputée pour le pouvoir absolu de chez absolu que possèdent ses souveraines, appelées puholes. Il n’a pas supporté cela, l’histoire a mal fini pour sa souveraine. Depuis il est célèbre. C’est le seul qui ait tenu tête, directement, à une puhole depuis bien longtemps. Ça c’est la version courte. Très courte. »

-« Comment a-t-il fait pour survivre? La puhole n’était pas protégée? » demanda intelligemment Jallie.

-« Si, bien sûr. Mais tu l’as vu, peu osent s’opposer à lui, surtout avec sa force de caractère. Il a <<pissé au cul>> de la puhole. Littéralement », dit Joll en ricanant avec un grand sourire. »Il lui a ôté sa robe et lui a uriné sur la raie », ajouta le guerrier qui s’empêchait visiblement, non sans mal, d’éclater de rire. »Et il l’a tuée. Quand tu vois ça, t’oses pas dire quoi que ce soit, il faut être honnête. »

-« C’est l’histoire préférée de mon père, comme tu peux le voir », commenta Dellas.

-« Oui, je vois ça. »

-« Je suis fan de ce type », précisa Joll en souriant comme s’il faisait un aveu.

-« Moi je suis fan de moi », dit son fils, ironique.

-« Écoutez-moi le celui-là », rétorqua Jallie.

-« Voilà le magasin d’outils », trancha l’intéressé.

C’était un store en bois. Il y avait de tout et n’importe quoi là-bas.

-« On voudrait deux réservoirs d’eau de Kil, si vous voulez bien », dit Joll.

-« Bien sûr voyageurs », acquiesça la vendeuse en ramassant deux bidons derrière elle. Elle les posa sur le comptoir. »100 chri. »

-« 100? C’est bien cher je trouve », répondit le quadragénaire.

-« Le voyage depuis Kil est long et semé d’embûches. »

-« Mmh, c’est vrai », conclut le client en donnant 10 grosses pièces.

-« En vous remerciant. »

-« Pas de quoi », dit Joll en partant.

Plus tard, en mer, Dellas dormait sur un des deux bancs du bateau, pendant que Jallie regardait par-dessus bord, et que Joll réfléchissait. »Et si ils ne savent rien? Et si elle était vraiment morte? » se prit à penser l’homme large.

-« Joll, ça va? »

-« Moui, oui », assura-t-il, extirpé de ses songes.

-« Tu t’inquiètes pour ton épouse? » devina la jeune fille.

-« Eh bien oui, vois-tu. Quand tu auras trouvé l’âme sœur, si tu y parviens, tu comprendras. »

-« C’est bien. »

-« Comment ça? »

-« Si tu t’inquiètes, c’est que tu l’aimes fort, non? Donc c’est bien. »

-« Pas s’il lui est arrivé quelque chose de grave. »

-« On verra. Quel est notre prochain arrêt? »

-« L’île la plus à l’ouest des îles Jakamo. Il ne faudra pas traîner. »

-« Pourquoi cela? »

-« Et bien parce que si les îles de Jakala et Jakamo se sont séparées, ainsi que leur tribu qui n’en formait qu’une, c’est à cause d’une divergence de points de vue. Il se trouve que les jakalis sont un peuple très respectueux et ouvert. Les jakamos sont très fermés aux étrangers et n’hésitent pas à leur trancher la gorge quand ils ne leur plaisent pas. Ils protègent farouchement leur territoire. C’est pourquoi nous nous dirigeons vers le bord est de l’île. Ainsi nous serons sûrs, en longeant l’île vers l’ouest, de trouvé le point ouvert. C’est là où beaucoup d’étrangers vivent et passent, on ne risque pas grand-chose. Mais on ne s’attardera pas pour plus de prudence. »

-« Dans ce cas, autant ne pas s’arrêter. On a bien pris deux bidons non? »

-« Certes. Mais on devra manger. C’est l’idée… »

-« Pourquoi n’a-t-on pas pris à manger sur l’île de Merchaï, dans ce cas? »

-« Eh bien… parce que la cuisine jakamo est délicieuse et à prix réduit », avoua Joll avec un sourire hébété.

-« Mais pourquoi les jakamos ont-ils créé un point ouvert, s’ils n’aiment pas les étrangers? »

-« Ils n’en ont pas créé un, c’est juste un endroit qui est devenu comme ça, et Dellas et moi lui avons donné un nom. Les premières fois que l’on venait sur l’île de Gesil, on ne le connaissait pas. Voyager était alors une tâche plus risquée », expliqua Joll avec un coup d’œil en l’air.

-« Qu’est-ce qui vous est arrivé? » questionna l’ancienne fille de couvent.

-« On a eu quelques soucis avec la population locale, des choses et d’autres… »

-« Je vois… »

-« Au fait je dois te dire. On va faire un plus long arrêt sur l’île d’Acarne. On doit passer voir des amis. »

-« Je croyais qu’ils étaient tous sur l’île de Gesil. »

-« Presque. Il y a un vieux couple sur celle-là. Ils vivent dans une maison, non loin de la plage. Nous les connaissons parce qu’ils sont amis avec nos amis de l’île de Gesil. »

-« Ah. Et qui sont vos amis de Gesil, au fait? »

-« La fille de feu mon ami Frennks Leonarde, Dyûl. Et le voisinage qui nous connaît bien et nous accueille chaque fois de manière chaleureuse et unique. Tu verras, l’île de Gesil est un endroit marginal et très sympathique. Les gens y sont très gentils. Ça va te plaire. »

-« Comme quoi j’ai bien fait de sortir du couvent, hein! »

Sur ces mots, Jallie se remémora Loria. Cette fille si innocente et bonne. Cette humaine aux yeux magnifiques. Deux émeraudes. Elle manquait beaucoup à l’aventurière. « Il fallait faire un choix » se rassura-t-elle. De toute façon elle avait promis de revenir la voir, et elle tiendrait sa promesse. Elle pensa alors à sa queue. Elle devait presque atteindre les 25 centimètres, du moins c’est l’impression que Jallie ressentait. Elle n’avait pas gratté depuis Grandatum. C’était bon signe. Elle ne se sentait toujours pas d’en parler à ses compagnons. Était-ce la honte? Peut-être. La peur? Certainement pas. Ou alors l’envie d’avoir son secret. Joll avait le sien, il ne parlait pas de son ami défunt. Les pensées de la jeune fille virèrent alors vers Tilia. Elle aimerait la revoir, la convaincre de la vacuité de sa religion. Et lui dire qu’elle avait réussi. Du moins jusque-là, c’était une réussite. Elle avait trouvé de bons amis, avait appris de bonnes choses et plus encore. Elle avait vu des gens célèbres. Le Bar Thanos, énigme des plus mystérieuses. La princesse Flécha Holonien, une des merveilles du monde. Le protecteur royal Clav Korun, un homme incroyablement fidèle. Hodgar Figan, certainement l’un des hommes les plus téméraires de Salfia. Tout cela en quelques jours. Le couvent paraissait si loin. Jallie effleura son pendentif, fait d’une feuille en or et d’une boule de cristal turquoise, le cadeau de son amie de longue date. Il se mit alors à pleuvoir, ce qui eut pour effet de réveiller Dellas.


J’espère que ça vous plait de plus en plus, merci de me lire 🙂

Voir plus loin /!\ (exemple du cheval et de la voiture)

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, le blog des créateurs indépendants!

Aujourd’hui je vais vous expliquer l’exemple auquel je fais régulièrement référence, et cela continuera, celui du cheval et de la voiture. Souvent employé par les entrepreneurs, il signifie une chose simple.

A une époque où les gens se déplaçaient à cheval, qui aurait dit qu’il serait bien de se déplacer dans 2 tonnes de tôle déplacées par un moteur à base d’un liquide noire trouvé en forant les fonds de la mer?

La réponse est simple : personne.

Cela n’existait pas.

Pourquoi je vous dit ça? Simplement parce que je vous que vous n’hésitiez absolument pas à créer quelque chose de totalement nouveau, même si cela vous paraît bizarre (c’est toujours l’impression que fait quelque chose de nouveau). Souvent les gens résistent à la nouveauté, mais finissent par l’aduler. Il n’y a qu’à voir le rock, le rap, le jeu vidéo, les tatouages… Bref.

Dans les années 70, aucun fan de science-fiction n’a dit « eh, mais ce serait bien un space opera inspiré de la politique de la 2ème GM avec des guerriers inspirés des samouraïs qui se battraient avec des sabres lasers de couleur! »

Et pourtant un certain George Lucas s’est ramené avec son idée du turfu, et a fini par faire un tabac. Idem pour le Seigneur des Anneaux, deux décennies plus tôt.

Si vous faîte un livre avec une mise en page complètement inhabituelle, un jeu vidéo avec des cinématiques uniques, une BD avec des cases qui servent à faire imaginer quelque chose seulement avec du texte… Tout ce genre d’idées finira peut-être par trouver un public affamé. Vous pourriez créer un nouveau genre (qui aurait cru que les telltales auraient percés dans le jeu vidéo?).

Cela peut aller dans le fait de basculer entre deux personnages dans l’histoire, faire un gameplay ovni, filmer avec des angles ou couleurs différents, se différencier dans la longueur de l’oeuvre, changer d’antagoniste en plein milieu etc.

Vous pourriez chambouler l’histoire en mettant des armes à feu durant le Moyen-Age… Ce ne sont pas les possibilités qui manquent.

En conclusion, je ne vous dirait qu’une chose :

Faîtes ce que vous voulez!

Et on verra après.

A plus, chers créateurs 😉

 

Chapitre 3 (3/3) – Chroniques de Salfia Tome 1

La fin du chapitre 3, une partie plus longue que les précédente, m’enfin si vous êtes encore là c’est que ça vous intéresse donc ça devrait passer 😉


Ce hurlement était entre le cri de douleur, celui de souffrance, et celui de colère. Jallie fut frappée par la peur. Elle s’écarta vite de la fenêtre, et alla se blottir contre Joll, au sol. Elle resta contre lui, et finit par s’endormir à ses côtés, tel un chaton avec sa mère.

Le lendemain, le quadragénaire se réveilla à un matin déjà bien avancé.

-« Ben dis-donc, on avait bien besoin de dormir! »

Voyant son fils se réveiller à son tour, il secoua sa jeune amie.

-« Qu’est-ce qu’elle fait là? » demanda Dellas.

-« Je n’en sais rien. Jallie? Qu’est-ce que tu fais à dormir là? »

L’adolescente s’éveillait doucement. Puis elle se leva brutalement.

-« Je, j’ai eu peur, il y avait un, un truc bizarre! » s’exclama la jeune fille qui s’affolait.

-« D’accord, d’accord, calme-toi, tout va bien. Dis-moi ce qui s’est passé calmement », ralentit Joll en posant les mains sur les épaules de la blondinette.

-« Je me suis faite réveillée par des bruits, un homme a hurlé à l’assassin, et il y avait une créature à plumes qui poussait des cris horribles, elle avait l’air en colère et était sur le toit en face de la fenêtre, je ne sais pas ce que c’était… »

-« Si ça peut te rassurer, nous non plus. Je ne vois pas ce qui »

Joll fut interrompu par une personne qui ouvrit leur porte sans sommation. C’était un groupe de trois gardes, en cuir bleu, avec le symbole d’Ornée sur les épaules, teint en vert.

-« Vous trois! On veut vos identités tout de suite! Et on ne ment pas! » ordonna l’un des gardes.

-« Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe? » s’exclama Dellas.

-« J’te parie que c’est lié à la… » entama Joll, avant de s’arrêter lui-même.

-« Lié à la quoi? » demanda le deuxième garde, interloqué.

-« A l’auberge », dit Joll, en mentant.

-« Faux, il s’agit d’un problème de la ville. Une créature a cette nuit tué plusieurs personnes. Et par tué nous voulons dire : dévoré leur cœur avec une barbarie sans égale. Vous savez quelque chose? »

-« Non, nous ne savons rien », déclara Joll, catégorique, avant que Jallie ait le temps d’ouvrir la bouche.

-« Dans ce cas vos noms, je vous prie », ordonna le troisième garde qui avait un rouleau de papier en main avec crayon assorti.

-« Je suis Joll Gomfore, lui c’est mon fils Dellas, et elle c’est Jallie Noiris. »

-« Bien », dit le garde en écrivant, avant que les trois ne quittèrent la chambre.

-« Qu’est-ce qu’il faisait? » demanda Jallie.

-« Il écrivait nos noms. Tu sais écrire je suppose? » répliqua l’homme à la peau mate.

-« Oui. Mais pourquoi as-tu menti? »

-« S’ils apprennent que tu sais quelque chose, ce qui n’est pas à proprement parler le cas, ils te prendront comme suspecte. Mieux vaut éviter ça. Partons maintenant. On a intérêt à quitter la ville au plus vite. »

Les trois compagnons sortirent de l’auberge et virent un toit géant au-dessus de toute la ville qui masquait le ciel. Ce toit était de couleur jaune sombre.

-« Qu’est-ce que c’est que ce truc? » s’interrogea Jallie.

-« Le dôme. C’est ce que je craignais. »

-« Quoi? » dit Dellas en regardant son père.

-« Ils ont bouclé la ville. Ils ne laisseront sortir personne jusqu’à ce que ce problème soit réglé. Les portes doivent être fermées… On va en avoir pour un moment. »

-« Allons voir quand même », répliqua le jeune adulte.

Les trois humains arpentèrent les rues de la ville. Il y avait des gardes partout, interrogeant des personnes de tous types. Après quelques minutes, ils arrivèrent aux portes menant aux quais de Grandatum.

-« Halte. Personne ne sort. Mesure de sécurité. »

-« Nous ne sommes pas d’ici, nous ne savons rien de ce qui se passe et n’avons rien fait de mal, on ne faisait que passer, et on aimerait vraiment partir le plus tôt possible », tenta Dellas.

Mais le garde resta fermé à toute négociation éventuelle.

-« Et moi j’aimerais que tu la fermes et que tu me donnes ta bourse. Mais tu vois on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. »

Les gardes rirent de concert. Quant aux trois compagnons voyageurs, ils retournèrent vers le centre-ville.

-« Tu vois, on ne peut pas discuter avec des gardes Ornéens », soupira Joll à son fils.

-« Ah parce que t’as déjà eu l’impression que les autres gardes étaient plus ouverts d’esprit? »

-« Retournons à l’auberge puisqu’on ne peut rien faire », proposa Jallie. »Ça nous évitera sûrement des ennuis. »

-« Tu as tout-à-fait raison. Tenons-nous tranquille jusqu’à ce que toute cette histoire soit terminée », plussoya Joll.

Une fois à l’entrée de l’auberge, la gérante, une galtère au physique relativement avantageux, s’adressa à eux.

-« C’est rare qu’il y ait des problèmes dans cette ville vous savez… Dès qu’ils l’auront trouvé, tout redeviendra normal. En attendant vous pouvez rester ici autant qu’il vous est nécessaire. »

-« Merci à vous, c’est très gentil », dit Joll. »Dès qu’ils auront trouvé quoi? »

-« Le sothis-tossa. Vous avez des notions d’ancien galter? »

-« Moi oui », répondit Joll, »beaucoup même. Si je ne m’abuse sothis signifie corbeau, toss le verbe transformer et -a désigne un processus, l’équivalent du -tion de la langue moderne. Littéralement sothis-tossa veut dire transformation en corbeau. J’ai entendu parler de ça… Vous pensez que c’est vrai? »

La gérante sourit, ses moustaches de tigre frissonnèrent, et elle laissa passer un bref instant avant de répondre.

-« Vous avez une bonne maîtrise de cette langue. C’est rare chez les humains. Pour répondre à votre question mon cher, je ne pense pas que les sothis-tossa existent, je le sais. Et ils sont dangereux. »

La galtère regardait Joll avec une certaine… joie. Visiblement il lui plaisait, Jallie le voyait. »Elle n’a aucune chance« , pensa la jeune fille. On sentait bien malgré son calme apparent que Joll s’inquiétait pour son épouse et qu’il tenait énormément à elle. C’était certain.

-« Ouais c’est bien que vous le sachiez, mais nous on ignore ce que c’est alors nous expliquer serait un acte fort généreux », intervint Dellas avec un sarcasme de niveau avancé.

-« Un sothis-tossa est un homme qui subit une certaine transformation en une espèce de corbeau géant et ressent un besoin impératif de manger des cœurs, ou plus généralement des tissus de peau. Cette transformation a lieu quand la nuit est noire, et qu’un brouillard épais prend place. C’était le cas cette nuit », expliqua la gérante.

-« Est-ce qu’il est possible d’empêcher cette transformation grâce à une sorte de potion? » demanda Jallie, en cogitant.

-« Pas que l’on sache, mais qui sait », éluda la galtère.

-« En fait c’est un peu comme un loup-garou », remarqua Dellas.

-« Les loups-garous sont des légendes, les sothis-tossas sont bien réels », affirma la gérante en regardant le jeune homme avec un air sérieux. »Ils font partie des nombreuses choses à avoir débarqué sur Salfia depuis La Faille. »

-« Mais c’est pourtant impossible de savoir qui est ou non un sothis-tossa, alors comment comptent-ils le retrouver? » rationalisa Joll.

-« Grâce à des indices. Quand on sait comment chercher… »

-« Comment savez-vous tout cela? » interrogea Joll, intrigué.

-« Il faut lire pour s’instruire, lire pour se construire, lire pour pouvoir dire », cita la gérante.

-« Une phrase du sage Daphalte », comprit immédiatement le quadragénaire.

-« Bieen! » s’exclama la galtère. »Vous êtes bien singulier, comme humain. »

-« Ou est-ce certaines personnes qui ont des préjugés sur notre espèce? »

-« Mmmh c’est bien possible », admit la gérante avec un ton sensuel.

-« Ravi d’avoir eu cette discussion avec vous », conclut l’homme en partant vers l’escalier, suivi de ses deux acolytes.

-« Plaisir partagé. »

Une demi-heure plus tard, dans la chambre, Jallie commença à sentir sa queue naissante qui la grattait. Celle-ci était désormais d’un peu plus de vingt centimètres, et était difficile à cacher. L’adolescente l’avait mise dans son pantalon, espérant que personne ne le remarquerait, du moins, pour l’instant. La jeune fille fit une petite grimace que Dellas ne manqua pas de remarquer.

-« Qu’est-ce que tu as? »

-« Rien », mentit-elle. »Dis, elle était jolie la banquière. Pourquoi tu n’as pas tenté ta chance? »

-« Habile changement de sujet. Enfin pas tant que ça. Une banquière ne perd pas de temps à papoter avec un client, il y a bien trop de monde qui attend pour cela. Et puis ce n’était pas mon genre », précisa le jeune homme en réponse.

-« C’est quoi ton genre? »

-« Honnêtement, les filles comme toi. »

-« Intéressant. »

-« Va pas t’imaginer des trucs petite. »

-« Je le suis, mais ça ne durera pas. »

Pendant ce temps Joll scrutait les alentours par la fenêtre, avant de se retourner vers les jeunes gens soudainement.

-« Je crois que j’ai une idée. Oui j’en ai une. »

-« Qu’est-ce que c’est donc? » hasarda Dellas de façon désinvolte.

-« Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a non loin d’ici une taverne qui se nomme <<La Rébellion>>. »

-« Ouais, et alors? »

-« En quoi ça peut bien nous aider? » interrogea Jallie qui savait que Joll ne disait pas cela pour rien.

-« Je pense que s’il y a un endroit où l’on peut trouver des gens qui veulent sortir d’ici, c’est là-bas. »

-« Quoi, juste parce que la taverne s’appelle comme ça? »

-« Oui, c’est un bon moyen de se regrouper sans se connaître, les gens qui veulent se rebeller devraient se retrouver là-bas. Si quelques autres personnes y ont pensé, cela pourrait suffire. »

Dellas regarda dans le vide une seconde.

-« C’est pas bête. T’façon on a pas grand chose à perdre », dit-il.

-« Cela pourrait marcher! » poursuivit Joll.

-« On peut toujours essayer. »

-« Et bien alors allons-y sans tarder! » pressa Jallie.

-« Tu as entendu la chef? On y va! » plaisanta Joll.

-« Oui Jallie, on y va », ricana son fils en se levant.

Ils se dirigèrent vers le nord de la ville, et à la limite du centre-ville, trouvèrent la taverne en question. Ils y pénétrèrent, et allèrent directement s’asseoir à une table sur la droite, ni au centre, ni au fond dans un coin.

-« Tu vois ce que je vois, ça c’est du rebelle », murmura le quadragénaire.

-« De qui tu parles? »

-« Regarde au fond à droite. »

Dellas se retourna discrètement. Jallie l’imita. Il y avait un homme. Un homme aux cheveux longs. Des cheveux bruns très foncés, qui lui tombaient presque sur les épaules. Il avait un air sombre, et était habillé de tissus de bonne qualité, le torse blanc, les manches noires. Son pantalon était brun foncé, et il avait de nombreuses choses à sa ceinture, dont un pistolet et une poche de cuir. Il avait aussi un drôle de symbole sur la main. Un N entouré d’un cercle, et barré par un trait. Cet homme avait un peu de barbe, et buvait dans son verre très lentement. Dellas se retourna alors avec de grands yeux.

-« Oh putaaaaiiiiiin! » s’exclama à voix basse l’incrédule. »Je le crois pas! On ferait mieux de lever le camp, non? » s’emporta-t-il.

La peur était aisément lisible sur le visage du très jeune humain, alors que son père restait impassible. Jallie observa alors de nouveau l’homme, qui buvait, et avait le regard fixé vers l’horizon. Ce deuxième coup d’œil fut moins discret. Elle ne comprenait pas ce qu’il se passait, sensation qu’elle abhorrait.

-« Calme-toi, petit, je suis sûr qu’il est de notre côté pour le coup. Bon en attendant que tu digères je vais expliquer qui il est à Jallie », continua Joll, avant de tourner son regard vers la jeune fille curieuse. »Cet homme que tu vois là-bas, il se fait appeler le Bar Thanos. En ancien galter, cela veut dire le sombre vengeur. Un enfant de chœur quoi », ironisa le guerrier en souriant. »Il s’est fait connaître quelques mois après La Faille. Il a tué pas mal de personnes d’importance, nul ne sait pourquoi. En tout cas il ne recule pas devant le meurtre d’innocents pour arriver à ses fins quelles qu’elles soient. Il dit même que c’est pour la bonne cause. En tout cas une chose est sûre: évite de te le mettre à dos. Même à trois on ne pourrait probablement rien contre lui. C’est un combattant hors-pair. Voilà un bref résumé du personnage. C’est une version simplifiée tu t’en doutes, t’as qu’à regarder comment Dellas a réagi. Mon fils n’a en général peur de rien. »

Jallie acquiesça lentement, tout en digérant les informations reçues.

-« D’accord », conclut-elle.

-« Bien. Dellas tu vas mieux? Je vais le voir. »

-« Quoi?! » s’étouffa le fiston.

Mais son géniteur était déjà debout et en direction du Bar Thanos.

« Mon père est dingue. »

Jallie regardait Joll. Ce dernier prit une chaise et se plaça à table avec le sombre vengeur, face à lui. L’homme fixait Joll sans rien dire.

-« Je me présente, Joll Gomfore. Inutile de faire de même, je sais qui tu es. »

-« Que veux-tu? » lâcha le Bar Thanos d’une voix calme mais obscure.

Impossible de savoir de quelle humeur il était à l’idée de cette discussion.

-« Je suppose que toi aussi tu es venu ici parce que tu veux quitter la ville, quoiqu’en disent les gardes. »

Le Bar Thanos attendit un long instant avant de répondre, ce qui eut pour effet de mettre Joll mal à l’aise. Même lui n’était pas insensible à cette légende vivante.

-« C’est exact. »

-« Quelle que soit ta force, tu ne peux pas briser les portes. Il faut donc récupérer les clés de la ville. »

-« Et où sont-elles selon toi, Joll? »

-« Je n’en sais rien. »

Le Bar Thanos souffla.

« Mais toi si », continua Joll.

Après une autre pause, le sombre vengeur reprit la parole.

-« En effet. Le gouverneur de Grandatum les a sur lui. »

-« Et il est enfermé à clé dans son manoir. En temps de crise ce n’est pas ce genre de personne qui va risquer quelque danger que ce soit. »

-« Que me proposes-tu, Joll Gomfore? » s’impatienta le Bar Thanos, tapotant la table en bois de son index.

-« Une alliance temporaire, histoire qu’on parte d’ici. Ni plus ni moins. »

Un long silence. Une minute, peut-être plus. Il ne bougeait pas. Il but alors une gorgée.

-« J’accepte. »

-« Bien », dit Joll, sans laisser paraître d’émotion.

Il fit alors signe aux deux jeunes de venir à table. Jallie se leva la première, puis Dellas, qui avait pris l’air assuré pour faire bonne impression devant le vengeur.

-« Les renforts? » maugréa calmement le Bar Thanos.

-« Mon fils Dellas, et Jallie. Ils participeront », s’expliqua Joll pendant que les deux jeunes gens prirent place. »D’après le Bar Thanos ci-présent, c’est le gouverneur qui a les clés des portes de la ville. Mais vu la situation, il est certainement enfermé à triple-tour dans son manoir bien au chaud. On doit donc s’y introduire. »

-« Le mieux », commença le vengeur, »c’est que l’on feigne une attaque par les portes arrière, et que l’on attende que ce lâche monte à l’étage, où on l’attendra bien sagement. J’aurais besoin de vous deux pour grimper là-haut avec moi et l’attendre. Vous en serez capables, Dellas Gomfore, Jallie? »

-« Oui nous pourrons le faire », répondit immédiatement le premier concerné.

-« Oui. »

-« Dans ce cas il faudra que monsieur Gomfore attaque par les portes arrière, sans hésiter à se faire remarquer. Mais il ne faudra pas en faire trop. Maintenant que les choses soient bien claires, si vous essayez de partir avec les clés sans moi… Je vous retrouverai, croyez-moi. »

-« Nous n’en doutons pas », assura sereinement Joll, imperturbable. » Je ne pense pas qu’attaquer seul en bas soit la meilleure solution, c’est trop risqué. Seul ils vont m’attraper, ou en tout cas ils ne seront pas assez impressionnés. »

-« C’est évident. C’est pour cela que nous allons faire appel à un autre partenaire. Les dons de Joll pour convaincre les gens devraient faire l’affaire sur ce plan-là », lança le Bar Thanos en ricanant.

-« Bon. Qui dois-je convaincre? »

-« Ce ne sera pas difficile, car ils n’ont aucun intérêt à rester en ville, bien au contraire », précisa le vengeur. »Allez voir l’homme en armure derrière vous. Celui qui parle à la jeune harnassienne. »

Joll se retourna et aperçut l’homme décrit.

-« Qui est-ce? » demanda Dellas.

-« Le protecteur royal autoproclamé Clav Korun, fidèle serviteur de la princesse déchue Flécha Holonien, à sa droite. Je suppose que vous avez entendu parler de cette histoire? » dit le sombre vengeur.

-« Oui… Il nous sera forcément utile », éluda Joll en se levant.

Dellas avait du mal à soutenir le regard du Bar Thanos, et celui-ci prenait un plaisir malsain à le fixer de plus belle. Quelques instants plus tard, le quarantenaire revint avec le protecteur et la princesse. La princesse était une femelle magnifique aux traits fins, une harnassienne aux longs cheveux rouge framboise, qui lui descendaient sur la poitrine. Elle était vêtue de très beaux habits de couleurs vives et variées. Le protecteur était un homme plutôt grand et fort, assez jeune, la vingtaine comme la princesse. Il avait des cheveux bleus assez courts et une armure de métal blanc rayonnant. Le Bar Thanos les observa sans expression. Cet homme-là avait l’air d’avoir 30 ans, mais rien n’était sûr à ce sujet.

-« On est avec vous », commença le protecteur en prenant une chaise pour la princesse avant de prendre la sienne. »Clav Korun, protecteur de la princesse légitime de Jotorn, que voici, Flécha »

-« Flécha Holonien, oui nous savons », coupa le vengeur, agacé par cette forme de vénération aveugle. »Enfin à part peut-être la petite sirionîte », continua-t-il en souriant.

-« Je ne suis pas une sirionîte », répondit sèchement Jallie, ce qui surprit Dellas, qui blanchit d’un seul coup.

Les trois compagnons se demandaient tous comment le Bar Thanos pouvait avoir deviner que Jallie venait d’un couvent. Il avait dû remarquer un signe, ou quelque chose du genre…

-« Tant mieux, je déteste les sirionîtes », grogna le Bar Thanos.

-« Joll nous a expliqué le plan », recentra Clav, pragmatique.

-« Alors allons-y », conclut le Bar Thanos, en se levant, suivi par le groupe.

Les 6 alliés sortirent de la taverne. Ils marchèrent plus à l’ouest. Sur la route, Jallie doutait du plan.

-« Dellas, ce plan ne te paraît pas un peu… simple? »

-« Simple et efficace. Qu’est-ce que tu veux de plus? »

-« Moui. »

-« De toute façon j’ai une confiance absolue pour ce qui est de la stratégie du Bar Thanos. »

Ce dernier jeta un coup d’oeil à Dellas, qui croisa son regard, puis se retourna vers Jallie, intimidé.

-« Voilà le manoir », annonça Clav Korun. »Dellas, Jallie, Bar Thanos, à vous de grimper là-haut et d’atteindre le manoir. Nous attendrons quelques instants et nous passerons à l’action. Faites attention aux gardes sur les toits. Évitez de tuer si possible. »

-« Nous le ferons », le rassura Dellas.

Les trois grimpèrent sur la maison se situant sur leur droite. Une fois en haut, Dellas, arrivé en premier, endormit un garde en l’étranglant. Il courut vers le manoir en se déplaçant avec une fluidité et une aisance incroyable, même le Bar Thanos le regardait. Dellas se balançait d’une main à l’autre, à ses pieds, sur les obstacles et assommait les gardes avec les manches de ses dagues. Il fit alors signe aux deux autres de venir quand il eût atteint le manoir. La voie était libre. Pendant ce temps, en bas:

-« Nous y allons », annonça Clav. »Nous reviendrons, princesse, attendez-nous là », continua-t-il en tenant les mains de la jeune harnassienne, qui acquiesça de la tête.

-« Allez », pressa Joll.

Les deux hommes forts marchèrent d’un pas assuré.

-« Où vous comptez aller comme ça? » beugla un garde.

-« Défoncer le gouverneur, si cela ne vous dérange pas! » provoqua Joll, haut et fort.

-« Attaque! » s’égosilla le garde.

Une horde d’autres gardes accourut. Clav dégaina alors sa claymore(grosse épée) aussi reluisante que son armure. Il frappa sur les gardes qui reculèrent devant une telle force. Joll en profita pour passer.

-« Rattrapez-le! » ordonna un garde.

-« C’est moi votre adversaire! » lança Clav.

Joll se retrouva face à d’autres gardes, l’un d’eux lui tira une balle de pistolet qui le blessa au torse. Les autres étaient prêts à tirer.

-« Portail entrée et sortie! » lança Joll.

Le sceau empêcha les balles suivantes de le toucher, car elles passèrent dans le premier portail et ressortirent dans le second qui se trouvait derrière l’utilisateur du sceau. Joll savait bien évidemment que les gardes n’auraient pas le temps de recharger. Il frappa un combattant d’un coup de pied circulaire qui le plia en deux, esquiva le coup d’un autre garde qui manqua de lui couper les cheveux, puis lui asséna un coup de pied retourné dévastateur au menton. Il bloqua alors un coup d’épée vertical avec sa main droite gantée, et fonça à travers deux gardes pour arriver devant la porte. « Je savais que ces gantelets me serviraient« , pensa-t-il. Il la brisa d’un coup d’épaule comme seul lui pouvait le faire. De son côté, Clav réfléchissait en se battant. »On n’a rien prévu pour partir… » se disait-il. »De toute façon les gardes iront vérifier si le gouverneur va bien« , se rassura-t-il finalement, simultanément il frappa le visage d’un garde du plat de sa lame. A l’intérieur, un garde fuyait Joll en montant dans l’escalier principal en colimaçon, et cria:

-« Gouverneur, montez! »

-« Mais que se passe-t-il? », trembla le concerné, un homme mat bien coiffé et bien habillé.

Sa chevelure noire était impeccable. Un homme riche, qui fuya vers sa chambre en haut.

-« C’est cela, fuyez! » railla son assaillant.

Le gouverneur arriva quelques secondes plus tard dans sa grande chambre personnelle, qui était ouverte. Il la ferma immédiatement à clé après y être entré.

-« Vivement que ces problèmes soient »

-« Salut, gouverneur », coupa Dellas en sortant de l’ombre pour placer une dague sous la gorge du riche homme.

Ce dernier écarquilla les yeux, face à cette rencontre absolument inattendue.

-« Vous avez quelque chose dont nous avons besoin », poursuivit le Bar Thanos qui se trouvait de l’autre côté de l’homme d’importance.

-« Toi… Non! » s’affola ce dernier, instantanément terrifié.

-« Tout ce qu’on veut c’est les clés des portes. Donnez-les-nous et nous vous laisserons. Nous devons vraiment partir », s’excusa presque Jallie.

-« Je… elles sont accrochées autour de mon cou. Prenez-les et partez. »

Dellas arracha les clés. C’était deux grosses clés métalliques rondes.

-« Je ne reçois », commença le Bar Thanos, »jamais d’ordre. »

Sur ces mots, le vengeur planta sa fine épée en plein dans la gorge du gouverneur. Le sang fusa, et Dellas reçut une tâche sur l’épaulière droite. Le corps de la victime s’écroula.

-« Pourquoi tu as fait ça?! Ce n’était pas nécessaire! » se plaignit Dellas, les yeux grands ouverts et la mâchoire serrée.

-« Tu ne fais toujours que ce qui est nécessaire, toi? »

-« Non, mais, enfin… Il ne fallait pas le tuer! »

Le Bar Thanos se rapprocha doucement jusqu’à ce que son visage arrive à une quinzaine de centimètres de celui de Dellas.

-« Qu’est-ce qu’il y a? Tu vas prévenir ton père? »

Il perçait les yeux de Dellas d’un regard froid. Le jeune homme avait le sang glacé, il n’osa rien dire, il pensait à une chose seulement: « Vais-je mourir?« . Le sombre vengeur le fixa un peu et sortit par la fenêtre, suivi de Jallie, puis du jeune homme troublé. Les trois humains couraient sur les toits, et en sautant d’une bâtisse à l’autre ils entendirent:

-« A l’assassin! Ils ont tué le gouverneur! Sonnez l’alarme! »

L’alarme de Grandatum retentit. C’était un son à trois variantes, hurlant mais peu agressif pour les oreilles. Tous les gardes de la ville s’agitèrent alors, bien que la très grande majorité ne sache pas pour quelle raison. Les gardes qui combattaient Clav le protecteur abandonnèrent le combat et accoururent au manoir, sans se préoccuper de Joll qui passa simplement à côté d’eux. Il arriva très bientôt à Clav qui avait retrouvé la princesse Flécha.

-« Qu’est-ce qu’il se passe? » demanda à voix haute le protecteur royal.

-« Apparemment, le gouverneur a été tué. C’est ce qu’ils ont crié », répondit Joll.

-« Comment ça? Mais nous devions le laisser en vie, non? » s’inquiéta Flécha Holonien.

-« C’est un coup du Bar Thanos. J’en mettrais ma main au feu », dit Clav sur un ton sérieux, un brin agacé.

-« Évidemment », affirma Joll avant de voir son fils atterrir devant lui. »Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Dellas? »

-« Il l’a tué, je n’y suis pour rien », renseigna son enfant comme pour s’excuser, juste avant que le vengeur et la jeune fille n’atterrissent juste à côté de la maison et d’eux.

-« Partons. Vers la porte nord, c’est la plus proche », clarifia le Bar Thanos.

Clav Korun grogna, et les 6 alliés éphémères coururent vers le nord-ouest, où se situait la porte vers le port de Grandatum. Ils croisèrent bientôt des gardes. Un groupe de cinq. Dellas attrapa l’arc qui se trouvait à son épaule, et décocha une flèche qui repoussa un garde. Le Bar Thanos fit de même avec son pistolet. Joll et Clav frappèrent pour se frayer un chemin. Flécha et Jallie suivirent derrière.

-« Voilà la porte », annonça Dellas d’une voix forte.

Il faillit rentrer de plein fouet dans celle-ci mais se freina à temps. Il tenta une clé qui ne marcha pas, puis l’autre qui ouvrit les grandes portes. Le bruit lourd de la porte droite que Dellas poussa fut suivi des bruits de pas des 6 individus. Dehors il n’y avait aucun garde, ils étaient tous coincés à l’intérieur. Dellas jeta les clés au sol sans prendre le temps de fermer les portes nord. Ils couraient tous.

-« Adieu, ce fut un plaisir! » lança le vengeur qui partit vers l’est.

-« Au revoir et merci! » crièrent poliment la princesse et son protecteur en se dirigeant vers le sud-ouest. Leur phrase s’adressait probablement au trois compagnons et pas au Bar Thanos.

-« Bonne chance à vous! » répondirent les Gomfore.

-« Et merci aussi! » ajouta Jallie.

Les trois compagnons partaient eux vers les quais au nord. Quelques secondes plus tard, ils arrivèrent devant une flopée de navires et de bateaux. Ils s’arrêtèrent un bref instant.

-« Celui-là! » s’écria Joll, en désignant un petit véhicule visiblement sobre.

Ils sautèrent tous trois dans ce bateau.

-« Tiens, l’eau de Kil! », lança Dellas en passant à son père un bidon métallique gris rempli de liquide.

-« Merci, fils! »

Le quadragénaire versa de l’eau dans un réservoir carré à l’arrière du bateau. Il activa ensuite une pédale et le bateau fonça vers l’avant, un bruit de moteur retentissant. Une balle rebondit sur le côté du bateau, près du bras de Dellas. Celui-ci se retourna pour voir des gardes sur les quais.

-« C’est bon », souffla-t-il.

-« De justesse », confirma son père.

Jallie souffla. La peur était partie. Ils étaient saufs.

-« Plus jamais on passe dans cette ville, plus jamais! » s’exclama Dellas.

-« Tope-la fiston! » lui dit Joll avant de taper la main de son fils. »Toi aussi Jallie! » poursuivit-il avant de faire de même avec la jeune fille, qui recommença avec Dellas.

-« Direction le nord, vers l’île… euh… » hésita le jeune homme.

-« L’île de Granda, imbécile! » réprimanda Joll en plaisantant à moitié, l’euphorie aidant.


En espérant toujours que ce récit vous plaise. Direction le chapitre 4, ça va commencer à s’amuser 😉

Merci de me lire et n’hésitez pas à vous diriger vers les articles sur la création!

S’accompagner ou créer seul?

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, le blog des créateurs indépendants!

Aujourd’hui, comme l’indique le titre de l’article, on va aborder la question de « s’accompagner ou tout créer en solo? »

La création, c’est d’abord quelque chose de profond et de personnel. Mais les personnels peuvent s’ajouter les un aux autres pour créer une oeuvre. Les créatifs peuvent créer ensemble.

Evidemment la question est différente selon que vous vouliez écrire un roman, une BD, développer un jeu vidéo, ou réaliser un métrage. Pour ce dernier média d’ailleurs, on ne traitera pas vraiment la question (évidemment qu’il faut du monde pour les acteurs), excepté la partie écriture qui est semblable à celle d’un roman.

Pour premier exemple, j’ai vu des histoires sur Wattpad qui étaient écrites par plusieurs écrivains (Les Six Fragments pour ne citer qu’elle). Ainsi, chaque personnage principal était écrit par un auteur différent, ce qui est pratique pour leur donner une personnalité et des tics de langage propres.

Cela reste délicat, car il faut s’arranger pour les horaires et le rythme de création, se parler pour définir ce qui se passera, etc. Il faut éviter les disputes entre les membres du groupe (comme partout), s’arranger pour la publication, etc. Maintenant, les avantages sont clairement là : cela réduit la charge de travail, il faut moins de temps pour finir le projet, basiquement.

Concernant le jeu vidéo, cela est évidemment un gros plus de le faire à plusieurs. Un jeu vidéo est long et fastidieux à créer, alors avoir une équipe de personnes motivées est génial. Surtout que vous pourrez répartir les tâches en fonction des talents de chacun (bande son, codage pur, graphisme…).

Pour ce qui est de la création en solo, c’est carrément plus libre, vous choisissez tout, c’est votre bébé, vous le gérer entièrement. C’est plus simple et pratique pour gérer votre temps, vous n’avez pas à envoyer les graphismes pour qu’untel les ajoute au jeu en codant par exemple, ni à envoyer un chapitre pour qu’untel fasse la suite avec son personnage, etc. Vous n’avez aucun compte à rendre, pas de critiques de votre équipe, pas de différence d’implication. Si vous êtes un créateur du dimanche, personne ne vous le reprochera avec subtilité. Ceci dit je vous invité à être + ou – régulier afin de ne pas avoir à replonger dans votre oeuvre à chaque séance, le cas échéant vous perdriez du temps.

Pas non plus de problèmes humains, untel qui a effacé les graphismes un jour de colère et le regrette mais ça ne répare pas les dégâts, untel qui fait faux plan parce qu’il a le cul de travers, etc. Moins de mauvaises surprises donc (bonnes aussi).

Parlons gloire et argent, tout cela sera pour vous seul si vous êtes en solo, ne faîtes pas comme si vous vous en fichiez ;p . Certes, le roman, la BD et le jeu vidéo ne vous rendront pas célèbres, mais ne pas avoir à partager les gains peut s’avérer excellent. Surtout si vous publier un livre, ce qui rapporte rarement des dizaines de milliers d’euros (oui, pour les francophones, je suis français perso). Surtout bis si vous publier en édition traditionnelle, partager 50 centimes par vente en 5 donnerait des gains ridicules. Un best seller francophone, 10k exemplaires, ferait donc 1k euros par personne. Issou. Difficile de vivre de sa plume à plusieurs, à moins de combler la répartition de revenus en étant très productifs (1 livre tous les 3 mois au lieu de 1 an et demi, mais bon, chaud quoi).

Si vous créer à plusieurs, de façon général, ce sera beaucoup moins long. Pour un jeu vidéo, cette différence sera énorme. Vous aurez plus d’idées, des idées infinies d’ailleurs. Quand vous serez à court d’inspi, un autre enchaînera avec une idée, puis un autre, ce qui inspirera les autres etc, bref ça coulera tout seul! A plusieurs vous aurez bien plus de motivation, ce qui peut jouer surtout si vous débuter, vous vous dîtes que cela à l’air bien de créer car Maxime le dit ^^’. Alors vous motiver à plusieurs peut vous permettre de vous lancer, et de vous auto-motiver par la suite. Cela aidera lors des « épreuves », comme la publication où vous devrez passer par beaucoup de choses qui vous perdront, vous décourageront. A plusieurs on passe toutes les épreuves, ça fait nian-nian mais c’est vrai!

A vous donc de choisir, c’est surtout une question de tempérament. Moi j’ai fais mon choix mais peut-être que l’un d’entre vous me convaincra de créer avec lui! 😉

En attendant, je vous souhaite une bonne création et à plus chers créateurs!


Les Six Fragments : https://www.wattpad.com/story/143896027-les-six-fragments (elles écrivent aussi sur instagram, leur compte porte le nom du roman 😉 )