Chapitre 2 (2/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Comme prévu, la deuxième partie du chapitre 2 des Chroniques de Salfia ^^


-« Je pense que l’on est suivis. Je n’ai pas entendu grand-chose, mais l’intuition ne trahit pas. »

-« Oh non… » tressaillit Jallie, qui ne put s’empêcher d’avoir peur.

Bien qu’accompagnée, elle n’avait vraiment pas l’habitude des créatures, de plus la nuit tombait et le sentiment d’insécurité était palpable.

-« Quoi, t’as peur? » répliqua Dellas en souriant, sur un air de défi.

-« La peur est signe de prudence. Restons sur nos gardes, c’est probablement un carnivore qui cherche son repas », conclut calmement Joll.

-« Dans ce cas il te mangera toi, y aura plus de viande! » plaisanta Dellas.

-« Peut-être qu’un petit accompagnement lui ferait envie », rétorqua Joll avec un sourire narquois.

-« Il a pas intérêt d’essayer. »

Voyant que les deux compairs restaient détendus malgré la probable menace, Jallie comprit que ces deux individus étaient habitués à ce genre de chose. »Un jour moi aussi je serai comme eux » se dit-elle. Quelques centaines de mètres plus loin, Jallie commençait sérieusement à fatiguer.

-« On devrait s’arrêter pour aujourd’hui », proposa la jeune fille.

-« On va aller le plus loin possible, on est capable de chasser une bête de nuit, mais pas endormis », avança alors Dellas.

-« Ah, oui », répondit Jallie, comprenant l’imprudence de ses propos.

Les trois compagnons marchèrent pendant près d’une heure. Une heure oppressante pour Jallie, qui sentait encore la présence de la bête. Elle regarda discrètement des deux côtés de la route, et ne vit que des arbres sombres, qui avaient alors un air… sombre. Elle ne voyait pas grand-chose d’autre que de la pénombre, seule la petite torche artisanale fabriquée par Dellas lui permettait de voir à quelques mètres.

-« On va s’arrêter ici. Gardez un œil ouvert », dit Joll.

Cette fois, les compagnons s’installèrent moins loin de la route, à une quinzaine de mètres seulement. Mais l’obscurité rendait la route invisible. Les trois compagnons étaient seuls dans le noir.

-« Ravive la flamme de la torche Dellas. Ça nous permettra de voir, au moins jusqu’à ce qu’on s’endorme, et ça éloignera sûrement la créature », intima sagement Joll.

Dellas ralluma la torche d’un mouvement du bras, et la posa au sol, à un endroit vierge de toute végétation. Jallie regardait autour d’elle, l’inquiétude avait entre-temps grandit… être seuls au milieu de la forêt obscure, c’était effrayant. Elle crut apercevoir l’espace d’un instant… quelque chose de flou et de sombre, bougeant dans l’obscurité, rôdant tel un prédateur… c’était terrifiant. Elle cligna des yeux et plus une trace… même pas dans son champ de vision. Elle tenta de se rassurer en se disant que ce n’était qu’une chimère de son esprit apeuré.

-« Bon, essayons de dormir », dit Dellas.

Quelques secondes plus tard, un grognement agressif se fit entendre. Une bête surgit de l’obscurité et se jeta sur Dellas. Heureusement, ce dernier eut le réflexe de se lever rapidement et d’attraper une dague. Il frappa vers la bête mais celle-ci disparut en une fraction de seconde comme de la fumée noire.

-« Jallie, attrape ton arbalète et ton carquois! » lança Joll en se levant.

La jeune fille s’exécuta. Dellas ramassa la torche avec sa main gauche.

-« Qu’est-ce que c’est, ça?! » demanda Dellas, paniqué.

Joll ne répondit pas immédiatement. Il regardait autour pour voir si la bête repassait à l’attaque. Quelques secondes plus tard, il répondit à la question soulevée par son fils.

-« C’est un sada hamere, littéralement ombre loup en ancien galter. C’est un gros loup capable de se téléporter à courte distance », expliqua-t-il en scrutant les alentours. »Je ne m’attendais pas à ça, je n’en avais jamais vraiment vu un… faites très attention, c’est un dur à cuire. »

Jallie ravala sa salive. Elle restait assez calme vu la situation, du moins, physiquement. A l’intérieur elle était pétrifiée. Voyant que Dellas et Joll étaient eux-mêmes inquiets, elle avait compris à quel point le danger était réel. Le sada hamere attaqua à nouveau. Cette fois, il visait Jallie. Celle-ci parvint de justesse à se tourner et à tirer un carreau à bout portant sur la bête, qui se téléporta un mètre à droite de Jallie, devant Dellas. La créature attaqua de nouveau le jeune homme, en poussant un grognement terrifiant. Le jeune adulte parvint à esquiver vers la droite mais le loup fit tomber la torche de l’archer qui s’éteignît avec le choc. La peur envahit alors totalement Jallie. Elle était dans le noir complet avec cette créature de la nuit. Le sada hamere ne grognait pas, il était donc presque impossible de savoir où il se trouvait. C’est ainsi que Jallie comprit que la créature était intelligente, et patiente… elle se comportait comme le ferait un chasseur, chaque chose prévue pour être aussi efficace que possible.

-« Dellas, rallume la torche!! », hurla Joll, dont la crainte commençait enfin à se faire ressentir.

-« Je la vois pas! » dépêcha le fils, aussi stressé si ce n’était plus.

-« Bouge-toi! »

Éclairé d’une flamiche dans la main, Dellas cherchait à tâtons la torche là où il l’avait vu tomber. Soudain il sentit une odeur forte, l’odeur de la gueule d’un animal. Il frappa immédiatement face à lui et entendit alors un grognement de douleur. Le grognement était assez faible, ce qui indiquait que la frappe n’avait pas entièrement touchée sa cible. Il ramassa un instant plus tard la torche qu’il ralluma d’un geste de la main. La lumière éclaira les alentours mais le sada hamere avait encore disparut. Jallie se collait à Joll, qui lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer. Elle se décolla aussitôt et tenta de prendre un air assuré. Soudain elle fut bousculée par Joll, ce dernier s’était fait sauter dessus par la créature, qui s’était téléportée pour l’attaquer. Elle vit alors Joll en train de se faire mordre par la bête, et tira aussitôt un carreau au niveau du ventre de la créature. Mais celle-ci se téléporta près de Dellas qui frappa de sa dague et toucha le loup au nez. Mais il avait frappé trop tôt, et n’avait donc touché le museau que légèrement, quoique plus que la première frappe. Jallie regardait Joll, choquée. Cette grosse morsure laissait voir la forme de la mâchoire sur le bras musclé du combattant.

-« Ça ira! » cria-t-il en voyant son regard.

La bête rôdait autour du groupe. Elle rattaqua. Jallie était visée, elle avait oublié de recharger son arme. Elle vit la gueule de la bête s’ouvrir pour la mordre, mais celle-ci fût frappée sur les deux flancs. A sa droite, une flèche de Dellas qui l’avait transpercée au niveau du torse, à sa gauche, un fouet d’eau lancé par Joll. La bête blessée s’écroula au sol devant Jallie, qui s’empressa de sortir son poignard pour le lui enfoncer dans le crâne. Mais la créature se téléporta au dernier moment et disparut encore du champ de vision des trois compagnons. Jallie rangea son poignard et reprit en main l’arbalète qui pendait devant elle, attachée à son buste par une bandoulière. Sa terreur en était à son paroxysme, et le motif était simple: elle avait vu à quoi ressemblait vraiment le sada hamere. Le gros loup avait des poils noirs longs et très fins. Ses yeux étaient d’une lueur rouge bluffante, et il était entouré d’une espèce de flamme violet sombre, comme une aura. Cette aura semblait vraiment être animée, car elle bougeait lentement. Son air était menaçant, et la bête était très vive. Jallie commençait sérieusement à voir la mort venir… Elle entendit alors Joll utiliser un sceau.

-« Récupération accélérée! » incanta l’homme.

Une sorte d’aura bleu clair l’entoura une seconde. Dellas jetait des coups d’œil nerveux dans tous les sens.

-« Regroupons-nous! » siffla Joll.

Les trois compagnons se rapprochèrent alors. Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas. Joll se toucha un tatouage de la main gauche et fit un geste brusque vers Jallie de cette même main.

-« Célérité augmentée! » cria-t-il en même temps.

Jallie comprit que c’était comme cela qu’un levito lançait un sceau. Il posait sa main sur le sceau et lançait le sort correspondant avec une incantation orale.

-« Qu’est-ce que ça fait? » demanda-t-elle.

-« Tu seras un peu plus rapide pendant une minute environ, ça t’aidera à réagir en cas de problème. »

Quelques instants plus tard, la bête n’attaquait toujours pas, sa présence ne se sentait presque plus.

-« Il doit être en train de récupérer, qu’est-ce qu’on fait? » demanda Dellas en s’adressant à son père.

-« Je pense que le mieux est de s’en aller. Il est dangereux, dans un cas comme celui-là, il vaut mieux éviter le combat », dit l’homme qui saignait toujours du bras gauche, abondamment. »On va rejoindre la route et continuer notre chemin, pas de repos aujourd’hui. Ce serait trop dangereux. »

Dellas et Jallie acquiescèrent de la tête. Les trois compagnons partirent alors vers la route. Dellas était devant et éclairait leur chemin, Joll était juste derrière avec Jallie qui le collait presque à sa droite. Un réflexe défensif. Une fois sur la route, les compagnons reprirent la même direction, tout en étant sur leurs gardes. Moins d’une minute plus tard, la présence du sada hamere se faisait de nouveau sentir.

-« Vous ne » commença Jallie.

-« On sait. Tiens-toi prête », l’interrompit Dellas.

Elle fut de nouveau remplie de peur. Mais elle se dit « courage, on va y arriver« . A peine commençait-elle à relativement se calmer, que la bête lança l’offensive. Elle déboula de la forêt, et se jeta sur Dellas après une brève téléportation. Ce dernier l’esquiva de peu, et tenta de la frapper avec sa dague, mais la bête se téléporta tout juste derrière lui. Dellas eut le bon réflexe de mettre un coup de pied en arrière, et toucha de plein fouet la tête de la créature affamée, qui beugla dans la douleur, et recula avant de se mettre à tourner autour du petit groupe, qui se compacta. Les trois compagnons voyaient enfin la bête clairement sous la lumière de la torche. Le sada hamere était effrayant. Il grognait en même temps qu’il rôdait lentement. Tout le monde se préparait à l’assaut qui allait certainement arriver.

-« Dellas, tiens-toi prêt », dit calmement Joll.

Dellas sourit alors, comprenant que son père avait une idée. C’est alors que Joll se plaça face au sada hamere, devant les deux autres. Le gros loup arrêta alors de marcher et se tourna face à lui. Les deux adversaires se regardaient droit dans les yeux. Quelques secondes plus tard la bête féroce fonça sur Joll, qui lança alors un sceau.

-« Gravité annulée! »

La bête flotta alors dans les airs, tout en s’échouant vers eux presque lentement. Dellas tira immédiatement deux flèches d’un coup, droit dans le cou et le côté du crâne de la créature. Il fut suivi de très près par Jallie, qui s’était préparée, voulant participer aussi. Elle décocha un carreau qui alla se loger dans le ventre du sada hamere. La bête tomba une seconde plus tard, à la fin du sort, et s’écroula devant Joll, qui lui porta un coup de poing droit sur le haut du crâne, avec une force dévastatrice, pour s’assurer de sa mort rapide. Jallie fut impressionnée, mais elle n’en attendait pas réellement moins d’un tel spécialiste du combat à main nue. Elle avait cru voir une lueur rouge émaner des yeux de Joll.

-« Fiou, fini! » soupira Dellas, soulagé.

-« Il s’en est fallu de peu, cette créature était coriace. Elle était à la hauteur de sa réputation », commenta Joll.

-« Espérons que l’on n’en croisera pas d’autre », souhaita Jallie, tout aussi soulagée que les deux autres.

Joll regarda la carcasse de la bête. L’aura avait disparu à la mort du sada hamere. Il se releva et décréta:

-« Au moins on n’aura pas besoin de chercher notre prochain repas. Dellas, donne-moi une ficelle. »

Dellas sortit une ficelle de son sac et l’envoya à son père, qui attacha le loup par les pattes et le porta sur son dos.

-« Allons dormir, maintenant », déclara le fiston.

Jallie fit un oui de la tête. Les compagnons s’éloignèrent un peu de la route et se couchèrent auprès d’un arbre. Jallie s’endormit tout de suite.

-« Elle dort déjà », dit Joll.

-« Elle est jeune. Ça a dû lui faire tout drôle de changer de vie d’un jour à l’autre. A sa place j’aurais été terrifié. »

-« Elle a du courage, elle a fait face à un événement marquant, et elle a réussi. Tu as vu, elle a même tiré avec toi! »

-« Oui, et elle t’as pas empalé! » remarqua Dellas.

-« Demain on la laissera dormir autant qu’elle en a besoin. »

-« Oui, il vaut mieux pour elle », conclut Dellas, en levant brièvement les deux sourcils.

Il la regarda avec un sourire. Il trouvait cette petite fille dormante si mignonne. Il avait beaucoup de sympathie pour Jallie. Il l’avait déjà adopté. Quelques minutes plus tard, les deux hommes dormaient eux aussi.

Le lendemain, Dellas se réveilla le premier.

-« Et si je faisais cuire le loup? » pensa-t-il à voix haute, »ça leur fera plaisir de se réveiller en sentant la bonne odeur de la viande grillée », continua-t-il en ricanant.

Il se leva pour aller chercher du bois. Il ramassa deux morceaux avec un bout en V, qu’il planta pour faire les bases, et prit un gros bâton sur lequel il planta le loup après en avoir retirée la peau poilue. Il prit quelques morceaux d’un arbre mort et en fit un tas en dessous de la viande. Il alluma alors une brindille d’un geste de la main, et la plaça sous le tas de bois sec. Peu de temps après le feu était haut et caressait le gros steak placée au-dessus. La viande commençait quelques minutes plus tard à cuir. La couleur de cette viande rose devint un beau pourpre. Dellas trouvait cela très appétissant, et se lécha les babines en tournant leur futur repas. Ses deux compagnons se réveillèrent à-peu-près en même temps.

-« Qu’est-ce que tu fais? » demanda Jallie en se frottant les yeux.

-« Notre repas », répondit Dellas, en même temps que son père s’adressait à lui.

-« Aaaah! Ça c’est mon fils! Hmmm on va bien se régaler hein! » s’exclama Joll en se levant et en tapant l’épaule de sa progéniture.

-« Haha, peut-être, tu es goûteur volontaire? »

-« Bien sûr que oui! Toujours là pour me sacrifier pour mon abruti de fils, n’est-ce pas? »

-« Ouais c’est ça ben attend que la cuisson soit terminée gros vorace! »

Un grand sourire se dessina sur le visage de Jallie. Se réveiller dans une forêt, avec deux acolytes de bonne humeur devant une viande cuisante chassée la veille, c’était comme vivre un petit rêve. Le goût tant attendu de l’aventure. Quelques instants plus tard, la viande était à point, ou presque. Dellas utilisa une de ses dagues pour découper plusieurs morceaux, et le reste alla dans son petit sac. Joll mordit dans sa viande en premier, comme promis. Dellas et Jallie le regardaient.

-« Mmmmmh. C’est plutôt pas mal. Ça vaut pas du bon chihag, mais vu les efforts fournis pour l’obtenir, c’est raisonnable! »

-« Tant mieux, à table! » s’exclama Dellas.

Jallie repensa alors au combat qui avait eu lieu la veille. Elle remarqua alors que depuis son réveil elle n’avait plus vu la marque de morsure sur le bras de Joll. Elle vérifia alors, et la trace avait complètement disparu.

-« Comment ton bras a guéri? » demanda Jallie, incrédule.

-« La récupération. C’est vrai que tu viens d’un couvent, j’ai failli oublier. Laisse-moi t’expliquer comment ça marche. »

Jallie écoutait attentivement, sa soif de connaissances du monde avait repris le dessus.

-« Tu vois, quand tu te blesses, ton corps récupère petit à petit de ta blessure. C’est un processus lent, qui est dû à ton énergie interne. Tu te rappelles? » questionna l’homme.

-« Oui c’est la maul vitarri, et c’est de là que viennent nos pouvoirs, la magie tout ça… C’est ça? »

-« Oui exactement. Et bien ton corps s’auto-guérit. Mais ça prend du temps. Tu peux accélérer légèrement le processus en mangeant, en buvant ou en te reposant, bref, en nourrissant ton corps si on veut. Après, si la blessure est vraiment grave, tu auras, en plus d’une chance de mourir, une cicatrice qui restera pour le restant de tes jours. »

-« Oh… » dit la jeune fille.

-« Maintenant laisse-moi te parler d’une des appartenances. Je t’ai parlé des dlaritos et des levitos, c’est bien ça? »

-« Oui. »

-« Et bien je vais te parler de la troisième appartenance alors. Elle s’appelle daffilesto, daffiles signifiant « guérison » en ancien galter. Les daffilestos sont spécialisés dans la grosse accélération du processus de guérison. Pour faire simple, ils passent dans une sorte de transe qui leur permet d’entrer en contact directement avec la maul vitarri d’une personne, et augmentent ainsi son activité, et de même, sa régénération. Attention cela dit, le daffilesto en action ne peut répondre si on l’attaque, ou même lui parle ou quoi que ce soit. Il faut donc couvrir un daffilesto quand il guérit quelqu’un. Tu as tout compris? » monologua Joll.

-« Oui. C’est fascinant », affirma Jallie.

-« Bien », dit le quadragénaire avant de mordre dans sa viande.

-« Aller, finissons de manger et en route pour Grandatum », conclut Dellas.


J’espère que le récit, l’univers et les personnages vous plaisent! Moi, j’aime beaucoup les Gomfore, j’avoue ^^.

Merci de me lire, rdv au prochain chapitre!

L’Indépendance

2.7

Bonjour à tous les créateurs et bienvenue sur Tisseurs d’Histoires et de Mondes, le blog des créateurs indépendants!

Aujourd’hui, je vais vous parler de la plus grande valeur que je vais vous transmettre via ce blog : l’indépendance! la famosa

Donc, pourquoi suis-je autant attaché au fait d’être indépendant et de ne pas signer chez une maison d’éditions, tenter de faire faire son jeu vidéo par un studio ou proposer son idée de film au CNC etc? Je vais vous l’expliquez.

Déjà, concernant l’édition, il y en a la blinde des raisons.

Premièrement, il y à les droits. Vous ne gardez pas tous les droits quand vous faîtes publier votre livre par une maison d’éditions classique. S’il y a une réédition, un projet de film etc concernant votre oeuvre, vous pourriez ne pas avoir le dernier mot. Moi, rien que l’idée de ne pas avoir TOUS les droits sur mon bébé, d’avoir un droit de regard, le dernier mot sur tout ce qui concerne mon oeuvre de A à Z, ça me bloque direct.

Deuxièmement, la paie. Il faut savoir que, comme le disent les vidéos de Samantha Bailly, un auteur est en général rémunéré de 50 centimes par livre vendu (est-ce pareil dans le rap US? issou). Sachant que si l’auteur tente de négocier, on lui répond gentiment que c’est dur avec les dépenses nianiania… En attendant, pour vivre de sa plume, un auteur doit donc parvenir à vendre plus de 20 000 exemplaires par an, surtout avec les impôts en France. Un peu du foutage de gueule, vous me l’accorderez.

Troisièmement on a les critiques. Basiquement, c’est plutôt une bonne chose, surtout par des pro du milieu, mais si on me dit « tu devrais rajouter une romance, ça plaira aux gens » etc, ça ne me plaira pas, je n’ai pas envie de transformer mon récit. Sachez que le but d’une maison d’édition restera toujours l’argent. Normal, ce sont des entreprises. La qualité n’est donc, pour eux, pas une fin en soi. Idem pour l’originalité, ils préféreront souvent un récit pomper sur Tolkien que quelque chose qui risquerait de dépayser les lecteurs.

Quatrièmement, nous avons les choix. Un éditeur vous fournira un graphiste à ses frais, certes, mais vous n’aurez certainement pas le dernier mot sur la cover de votre oeuvre. Ils vont cherchez à faire quelque chose qui se vend, pas en priorité quelque chose qui traduit l’univers du roman. Idem pour le titre, ils peuvent le changer s’ils estiment qu’un autre serait plus vendeur.

Cinquièmement, la taille du roman. Un bon exemple serait G.R.R Martin, qui écrit les Game of Thrones. Pour le cinquième tome (je crois) il avait un pavé de 2 000 pages. L’éditeur l’a vite calmé pour qu’il réduise le volume du bouquin. Si c’est trop long, pas bon, si c’est trop court, pas bon. Cela ne manque pas de logique mais pour un livre suivi par des millions de lecteurs je ne pense pas que la longueur les aurait autant démotiver. Un tel auteur devrait pouvoir choisir ce qu’il veut faire.

Sixièmement, l’attente. Pas un argument suffisant en soi, mais ajouté aux autres, il calme bien. Sachez qu’il faut minimum six mois pour avoir une réponse éventuelle d’un éditeur. Souvent vous n’en aurez pas si votre roman est refusé. On parlera plus en détails de l’édition classique, car même si je ne l’encourage pas, certains d’entre vous voudront toujours passer par là et nous ne sommes pas là pour mépriser, mais pour s’entraider quels que soient vos choix.

Septièmement, la censure. Aucune maison d’éditions n’a jamais censuré de bouquin, me direz-vous peut-être. Je répondrai que si votre roman aborde un sujet sensible, comme l’holocauste revisité à travers la fiction par exemple, il y a peu (aucune) de chances qu’un éditeur prenne le risque.

Huitièmement, les coups de bâtard.  Par exemple, JK Rowling, lors d’un des 19 refus essuyés avant de publier Harry Potter, avait reçu une lettre disant « ma liste est pleine, la chemise de rentrerait pas dans l’enveloppe ». Donc elle a envoyé son manuscrit à ses frais, et à un moment où elle était sans le sous, on ne le lui a même pas rendu. Où est le respect? Bien sûr, ce genre de choses est assez rare, mais ça fait chier.

D’ailleurs, c’est assez drôle. On vous parle souvent d’auteur qui du jour au lendemain s’est mis à vendre blindé de bouquins, mais on ne vous dit jamais combien de refus ils ont essuyés avant d’en arrivé là. C’est dommage, car après c’est vous qui vous prenez la désillusion quand vous entrez dans le game.

Neuvièmement, il y a la correction. A prendre avec des pincettes, mais quand vous tentez de vous faire publier il faut envoyer un manuscrit sans aucune faute. Soit vous êtes prof’ etc, et vous y passer du temps, soit vous payer des services qui vous coûteront plus de 1 000 euros, que peu d’entre vous peuvent se permettre, pour essayer d’être publier. En autoédition, (on en parlera en détails bien entendu) ce problème ne se pose pas. Les lecteurs peuvent supporter une faute de temps en temps, tant que ce n’est pas exagéré, bien sûr. Les filtres de l’édition évitent que les bouses soient publiées (comment ça, cinquantes nuances?) mais empêche aussi de bonnes choses de l’être pour des raisons limitées.

Pour ce qui est des choses spécifiques au jeu vidéo, ISSOU, j’ai envie de vous dire. Vous ne ferez jamais faire votre jeu par un studio sans qu’il modifie tout pour en faire quelque chose d’attrayant. Les studios surtout les AAA mais pas que, coûtent très cher avec le nombre d’employés. Les producteurs sont frileux, et ne prennent pas le moindre risque. C’est d’ailleurs pourquoi les jeux Ubisoft se ressemblent tous à l’heure actuelle, pour l’exemple. Jamais vous ne viendrez avec un concept novateur et serez acceptés par un studio. Ajoutez à cela qu’il faudra être un pro formé pour travaillez chez un studio, là où en indépendant seul les capacités comptent, quels que soient les moyens employés.

Pour les métrages, c’est encore pire. C’est clairement pas le CNC qui va vous aider, oubliez tout de suite cette idée naïve. Je rappelle aussi que le cinéma FR est un putain de système de castes. Plus le politiquemnt correcte etc… issou. Sans oublier le risque de vol, cinéma et télé étant lié, c’est pas Rémi Gaillard qui vous dira le contraire. Ce n’est peut-être pas monnaie courante, mais ça arrive souvent qu’un individu ayant eut le malheur d’expliquer son concept à l’oral se fasse piqué l’idée et ne puisse rien faire, car ne disposant pas de preuves tangibles, contre ça. N’oubliez pas que de toute façon ils ont des avocats hors de prix qui vous écraseraient en 2-2.

En résumé, l’indépendance, c’est quoi?

C’est la liberté d’écrire ce que vous voulez, comme vous le voulez, avec la mise en page que vous voulez, sur le sujet que vous voulez, dans la langue que vous voulez etc. La liberté de l’originalité, de créer quelque chose qui va peut-être révolutionner le monde du jeu vidéo, du roman, de la BD, des métrages, vous ne savez pas! En faisant quelque chose de pas nouveau, vous ne serez certes pas pointé du doigt comme le vilain petit canard, mais vous ne révolutionnerez rien. Il faut prendre des risques.

Etre chez une maison d’édition (de disque si vous êtes musicien, au passage), un studio de jeu vidéo ou au CNC etc, c’est comme être salarié. Je vous renvois à l‘idée d’entreprenariat, il y a d’excellentes chaînes youtubes/blog sur le sujet. En gros, on vous file votre travail, vous tient en laisse, et vous laisse des clopinettes sur les ventes. L’indépendance c’est aussi l’être financièrement, faire une meilleure marge, etc.

Quant à ceux qui me diront qu’être indépendant demande du travail, c’est vrai. Il faut plusieurs cordes à votre arc. Mais vous savez ce qu’on ne veut pas que vous sachiez? C’est PAREIL chez les éditeurs et cie. Les auteurs vont sur les salons du livres, jeu vidéo, conférences de l’audiovisuelle pour faire la promotion de leur oeuvre, casi-comme des autoédités, des indépendants. Les outils derrières vous seront juste moins puissants, et vous serez moins guidés.

Voilà pour le sujet de l’indépendance, c’est assez complet je pense.
Prochainement, nous parlerons de l’autoédition, chère à mon cœur. De l’édition traditionnelle pour les raisons citées plus haut. De l’indépendance dans le jeu vidéo et les métrages aussi. Et nous ferons très probablement des études de cas de créateurs, pour vous montrer ce qui peut se passer.

J’espère que cet article vous a plu et que vous êtes chaud bouillant comme moi pour être indépendants.

Inscrivez-vous sur le blog si vous voulez faire partie d’une communauté de créateurs indépendants qui s’entraident, se motivent, s’inspirent.

A la prochaine!

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Chapitre 2 (1/2) – Chroniques de Salfia Tome 1

Certains chapitres ont étés coupés pour être plus digestes. Je sais que la plupart d’entre vous n’apprécieraient pas de devoir lire pendant 30 minutes sur un blog. ^^


Chapitre 2 : Le sada hamere

Les trois compagnons marchaient depuis peu.

-« Dîtes-moi, où allez-vous? » se renseigna Jallie.

-« Nous allons sur l’île de Gesil. C’est une île de l’archipel de Nasakua, qui est située au nord-ouest d’ici et de Salfia en général », expliqua Joll.

Il avait déjà le réflexe de lui exposer les choses en détail, comme s’il savait déjà ce qu’elle ignorait ou non. Jallie, maline, comprit immédiatement qu’elle n’était pas la première sirionîte qui croisait la route de ce Joll. Pourtant les filles de couvents ne quittaient jamais ces derniers. Il devait connaître une pejûle. Cette éventualité poussa l’adolescente à se méfier un peu plus de ce duo. Peut-être que le dénommé Dellas avait joué la carte du détesteur de Dasim pour l’amadouer. C’est alors qu’elle se trouva un brin paranoïaque. Après cette réflexion intense, elle reprit la discussion.

-« Pourquoi vous voyagez? »

-« Nous… cherchons ma mère. Elle a disparu. Elle allait rendre visite à des amis sur cette île. Elle n’est pas revenue. Cela fait longtemps, alors nous sommes venus la chercher » lui dit Dellas.

-« Ah… Vous n’avez pas peur qu’elle soit morte? » émit Jallie, se rendant compte trop tard qu’elle manquait cruellement de tact.

-« Ornael est une femme forte. Je ne pense pas. Nous la trouverons, un jour ou l’autre », répondit calmement Joll.

-« Au fait c’était une belle démonstration tout à l’heure Dellas! » s’enjoya Jallie pour changer de sujet.

-« Pas sûr qu’un jour tu arrives à en faire autant », dit-il en lui adressant un clin d’œil.

Dellas Gomfore était un jeune homme de taille plutôt bonne, aux cheveux châtain clair, très souriant. Il avait des yeux marron, était vêtu d’une armure de cuir légère et de vêtements de couleurs plutôt exotiques. Il portait à l’épaule son arc, dans son dos se trouvait un carquois de flèches bien rempli ainsi qu’un petit sac, et à sa taille étaient rangées deux dagues. Il avait aussi des couteaux de lancer attachés sur le torse.

-« Pour ça il faudrait d’abord déterminer son appartenance », commenta Joll.

-« Mon appartenance? » répéta la jeune fille.

-« Oui. L’appartenance est le style de combat d’une personne, pour simplifier. Il y a différentes appartenances. Nous en connaissons 5, mais ce sont simplement des regroupements, ils sont non-exhaustifs et certaines personnes ont des pouvoirs uniques qui n’y sont pas classés, et n’y seront peut-être jamais », lui expliqua Joll.

-« Et comment trouve-t-on son appartenance? »

-« C’est ce que tu as envie de faire, ce qui te correspond. »

-« Et vous, vous êtes quoi par exemple? » demanda Jallie, à qui cela paraissait aussi abstrait qu’à vous, cher lecteur.

-« Eh bien Dellas est un dlarito, cela signifie <<artificiel>> et <<to>> est l’équivalent du suffixe <<er>> de notre langue, désignant celui qui pratique. Un dlarito est un combattant qui utilise des armes ou son propre corps pour combattre. Il existe de nombreuses spécialités. Dellas est spécialisé dans l’utilisation des lames courtes et des armes de distance comme tu peux le voir. »

-« Et vous? »

Elle vouvoyait encore Joll, car ce dernier en imposait par son physique et son caractère visiblement bien trempé. Son âge et son relatif calme apparent en rajoutaient.

-« Moi je suis à la fois dlarito, spécialisé dans le combat à main nue, et levito, <<levi>> signifiant sceau. Un levito utilise des sceaux pour lancer un peu de tous les sorts, ça dépend. Pour cela le levito touche un sceau précis et lié à un sort, pour ensuite l’envoyer. Très souvent les sceaux sont tatoués sur le corps du levito, comme tu peux le voir sur mes épaules et mon torse. Mais certains utilisent des sceaux sous forme de parchemins, ou un peu des deux. »

-« C’est génial! Qu’y a-t-il d’autre? Quelles sont les 3 autres appartenances? » s’exclama Jallie, impatiente.

-« Les Daffilesto, Hazato et Kallato. Je te les expliquerai en temps utile. Quand tu auras appris ce que chacun est, tu pourras souvent reconnaître l’appartenance d’une personne en la voyant. Tout le monde sait que Dellas est un dlarito agile en le voyant. La langue utilisée pour les noms d’appartenances, entre autres, est »

-« L’ancien Galter, je sais. On m’en a souvent parlé au couvent », interrompit Jallie.

-« Bien. Dommage qu’elles ne vous l’apprennent pas. Mais tu devras aussi découvrir quel est ton élément de prédilection. Cet élément est celui avec lequel tu as une affinité. Tu ne le choisis pas », précisa Joll.

-« Et comment je saurai lequel c’est? »

-« Tu sentiras quelque chose de spécial en contact avec lui. Tu comprendras quand tu le croiseras », répondit alors Dellas.

-« Et vous c’est lequel? » demanda Jallie pendant qu’une charrette passa à coté d’eux en les saluant, salutations rendues.

-« Le mien c’est le feu, aouille! » répliqua Dellas, agitant sa main en mimant une brûlure.

-« Le mien est l’eau. Bien plus agréable », enchaîna Joll en regardant Dellas avec un air sarcastique.

-« Arrête tes bêtises sérieusement », répliqua Dellas en tentant de pousser son père de l’épaule. Ce dernier esquiva et l’attrapa par le cou pour mimer un étranglement en lui frottant le cuir chevelu. »Aïe, arrête! c’est bon! »

Les père et fils étaient joyeux, cela faisait très plaisir à Jallie qui n’avait connu que le sérieux et la piété des pejûles. Elle se mit à rire nerveusement. Elle sentait déjà un bon voyage s’annoncer avec cette rencontre, aussi hasardeuse que productive.

Plus tard durant le voyage; quand la nuit commença à tomber, Jallie demanda à Joll comment ils se dirigeaient.

-« A l’aide d’une boussole, bien sûr! Et d’une carte! Tiens regarde », répliqua Joll en déroulant ladite carte devant sa nouvelle amie. Nous sommes ici », dit-il en désignant à quelques millimètres près le couvent de Bafalsa, qui se situait au sud. « Notre but est cette île », continua-t-il en montrant l’île la plus au nord-ouest de l’archipel de Nasakua. »Nous traverserons plusieurs îles avant d’y arriver. Des questions? »

-« Non c’est bon », infirma Jallie en souriant.

Joll était quelqu’un de chaleureux. Elle le sentait.

-« Tant mieux parce que moi j’ai la dalle! » lança Dellas.

Jallie se demandait ce qu’il voulait dire par là, quand elle aperçut une charrette tirée par deux créatures très étranges. Ces créatures étaient poilues, mais pourtant possédaient des ailes. Cependant, elles ne pouvaient apparemment pas voler. Elles battaient de leurs ailes pour maintenir leur corps droit, leurs pattes arrière étant disproportionnées par rapport à leur très grandes pattes avant. Ces bêtes étaient munies de griffes et d’un bec étrange, comme courbé vers le bas. Leur pelage bleuté était très beau et à l’apparence douce et chaude. Quand la charrette s’arrêta elle resta bouche bée devant ces créatures.

-« Surprise? » remarqua Joll. »Cela s’appelle des berlegues. Ce sont les principales montures sur le grand continent. »

-« Le grand continent? »

-« Oui, c’est le continent principal de Salfia. Un nom qui manque d’imagination n’est-ce pas? » fit Joll en souriant.

Pendant ce bref instant, Dellas parlait au marchand ambulant.

-« Bonjour, nous voudrions trois grands bols de soupe de chihag s’il vous plait », demanda poliment Dellas.

-« Bien sûr », répondit le marchand en descendant de sa charrette. »Cela vous fera 18 chri ». Le marchand sortit une grande bouteille opaque d’une caisse de sa charrette, et remplit les trois bols que Dellas lui avait tout juste donnés, pendant que ce dernier lui préparait l’argent. »Vous avez de la chance », dit le marchand, »elle est encore bien chaude! »

-« Parfait! » s’écria Dellas, visiblement ravi.

Les deux hommes firent l’échange, puis le marchand rondelet remonta sur sa charrette.

-« Bon appétit, mes amis! » leur cria-t-il en partant.

-« Tiens », dit Dellas en tendant deux bols à son père. « Regarde ça Jallie », enchaîna-t-il en montrant une pièce de couleur bronze de l’autre main. »Ceci s’appelle un chri. C’est la monnaie de tout Salfia, prends-le! Ce sera ton premier! » dit-il en lançant la pièce à Jallie qui la rattrapa de justesse.

-« Merci. »

-« Allons manger, on se trouve un bois confortable, et on dort », intervint Joll.

-« Bien parlé! » répliqua Dellas.

Trois bols. Jallie fut quelque peu émue de voir que les deux hommes lui avaient acheté sa nourriture.

-« Ce marchand était gentil », remarqua la jeune fille.

-« En ces temps, tout le monde essaie de garder le sourire, le contact avec les autres en est le meilleur moyen. Saleté de Doln », pesta Dellas.

-« Au fait, qui est Doln, exactement? » interrogea Jallie.

-« Tu veux dire qu’est-ce que c’est », rectifia Joll en s’asseyant contre l’arbre qu’il avait choisi. »C’est le monstre gigantesque qui dévaste des villes depuis La Faille. Je ne sais pas à quoi il ressemble, je ne l’ai jamais vu. C’est une vraie plaie. Au moins quand on ira en mer, on aura plus aucune chance de le croiser. Et ça ne me dérange pas. »

-« Tiens », dit Dellas en tendant un bol à Jallie.

-« Merci beaucoup. Vous êtes des gens géniaux. Mais au fait, c’est quoi le chihag? »

-« De la viande pour faire simple », expédia Joll.

-« Ah ». Elle goutta une gorgée de soupe. »C’est très bon! »

-« Faut dire que la nourriture des couvents doit pas être fameuse… Mais c’est vrai que c’est bon », confirma Dellas en souriant.

-« Nous sommes à côté de la route, demain nous serons sans doute réveillés par une charrette. Nous nous entraînerons un peu avant de partir », prévit Joll.

Jallie avait déjà fini son repas, car elle était affamée. Elle regardait Joll. C’était un homme qui imposait sa présence. Il était plus grand que son fils, et était très bien bâti. Il avait de longs cheveux noirs coiffés en dreadlocks moyennement épais. Ses yeux étaient noisette, d’un marron profond. Il possédait des gants de cuirs et rien d’autre en haut. Il avait des tatouages sur les épaules et le torse, à l’évidence ses sceaux. Il portait des bottines de cuir, un large pantalon noir, et avait quelques morceaux de cuir en lamelle accrochés à la ceinture. A la gauche de sa taille, il portait une gourde bleu aigue-marine, remplie d’on ne savait quoi. Dellas l’interrompit dans ses pensées.

-« Tu as mangé bien vite, dis! Tu ne le montrais pas mais tu avais très faim! »

-« Oui, c’est vrai », admit-elle avec un petit sourire gêné.

-« Tiens prend le reste, tu en as plus besoin que moi. Comme le dit mon père, il faut manger pour grandir et être fort comme un markas! »

-« Euhmm.. merci Dellas. »

Plus tard les compagnons s’endormirent tous trois, Jallie la première.

Le lendemain matin la jeune fille se réveilla. Elle entendait le bruit d’une charrette au loin, probablement passée. Bizarrement, elle était seule. Soudain, une tête à l’envers poppa devant la sienne. C’était Dellas.

-« Alors, bien dormis? » s’enquit-il joyeusement.

-« Très bien… » elle remarqua qu’il était pendu à une corde. »Comment tu fais ça? »

-« Bah j’ai une flèche encordée, accrochée à ma ceinture. C’est très utile pour se frayer son chemin. C’est quoi ça? » poursuivit-il en lui enlevant son pendentif.

Il le fit en une seconde, sans qu’elle ne le sente vraiment.

-« Eh! C’est personnel, rends-le moi! » s’exclama la jeune fille qui tentait de reprendre son bien. Mais Dellas évitait sa main avec une aisance remarquable… même déconcertante.

-« Ici! Non là! Va falloir être plus rapide si tu le veux vraiment! Haha! »

-« La plaisanterie a assez duré. Rends-le moi. »

-« D’accord, tiens », dit-il finalement en retombant à terre. »Tu as l’air d’y tenir dis-moi. »

-« Oui, c’est le souvenir d’une amie chère. »

-« Dans ce cas garde-le précieusement. »

-« Où est Joll? »

-« Il est allé te chercher quelques trucs. Et si je t’entraînais à l’arc en attendant? » proposa le jeune homme en souriant.

-« Volontiers », répondit immédiatement l’adolescente.

Elle était contente d’enfin apprendre à se défendre. Les deux jeunes gens marchèrent quelques mètres avant de se placer face à un gros arbre à l’écorche rugueuse. Dellas montra à Jallie comment tenir l’arme.

-« Tu le tiens comme ça, tu tires la flèche vers toi et… tu la lâches d’un coup pour qu’elle s’élance », expliqua Dellas en tirant sur l’arbre. »Tu vois ça? » dit-il en récupérant sa flèche, »ce trou sera le centre de la cible, ton objectif. »

-« Très bien! » affirma Jallie en prenant l’arme.

Elle tenait l’arc et se rendait compte qu’il était un peu grand pour elle. Elle remarqua aussi en tendant la corde, que cela était bien plus dur qu’elle le pensait. Elle tira et la flèche atterrit au pied de l’arc. Dellas eut un fou rire. Jallie le regarda une fraction de seconde sans rien dire, puis recommença.

-« Tiens le droit jusqu’au bout, sois ferme! »

Jallie écouta les conseils de Dellas et tira une seconde flèche. Celle-ci atterrit sur l’extrémité droite de l’arbre. Dellas ricana. Une voix sortit de derrière Jallie.

-« Qui était tireur d’élite à son âge? » intervint Joll.

Il portait un sac et quelque chose d’attachée dans son dos.

-« Eh bien moi », répondit calmement Dellas.

-« Elle ne s’est pas entraînée pendant des années, elle. »

-« Pas faux. »

-« Entraîne-toi, Jallie, et tu deviendras forte. Et surtout n’oublie pas: un combattant sait être humble. Dellas lui ne le comprend pas vraiment. J’espère que toi tu le feras. »

-« Oui je le ferai. Je n’oublierai pas d’où je viens. »

-« Parfait, j’ai quelques choses pour toi », annonça Joll en souriant et en déposant son sac, il sortit ce qu’il avait dans le dos. »Voilà une arbalète. C’est globalement plus précis et plus facile à manier qu’un arc. Le carquois de carreaux qui va avec. Et voici un poignard. Ça te servira si tu es en danger. »

-« Merci beaucoup. Je ne sais quoi vous dire… »

-« Tu m’as l’air de quelqu’un de sincère et qui connaît la valeur des choses. C’est un plaisir de t’avoir avec nous. »

-« C’est vrai on t’aime bien! » intervint Dellas.

-« Merci, moi aussi je vous apprécie. »

-« Et j’ai autre chose. Des échantillons. On va savoir quel élément est le tien. »

-« Comment on va faire?? »

-« Simple. Tu vas les mettre un par un sur le coté droit de ta poitrine. C’est là que se situe l’âme et l’énergie interne, ou maul vitarri, en ancien galter. »

-« D’accord », acquiesça la jeune fille en faisant un grand oui de la tête.

-« Il y a 9 éléments. Le feu, la glace, l’eau, la foudre, la terre, l’air, la lumière, l’obscurité, et le chaos. Ce dernier est une sorte d’énergie rouge et noir, infligeant de gros dégâts et est certainement le plus puissant de tous. C’est aussi le plus rare. Les 8 autres se valent à-peu-près », commenta Joll avant de renverser le sac sur le sol. »A toi. »

-« Oui. »

Jallie commença par prendre un petit tissu trempé. Elle le plaqua sur sa poitrine et attendit quelques secondes. Rien ne se passa. Elle reposa le tissu un peu plus loin. Dellas et Joll la regardait sans rien dire. Elle prit ensuite la bougie, elle n’eut pas le temps de dire que celle-ci était éteinte que Dellas fit un geste de la main qui l’alluma. Elle l’approcha alors de sa poitrine à quelques centimètres. Rien de plus que la chaleur de la flamme. Elle reposa la bougie et passa à une boule de terre. Rien non plus. Elle ramassa alors une petite boule de verre, noire à l’intérieur. Visiblement l’artefact contenait de l’énergie obscure. Il ne se passa rien une fois de plus. Elle passa alors à un bout de métal légèrement électrifié. Elle se demanda alors où Joll avait pu trouver tous ces objets. Elle plaqua le morceau sur sa poitrine. Elle ressentit la même tension que dans sa main, rien de plus. Elle prit alors un glaçon et recommença l’opération. Elle sentit un mouvement indescriptible dans sa poitrine, comme des vents, une boule de vents… En voyant son visage surpris, Dellas prit la parole.

-« La glace, tiens. On va peut-être pas s’entendre finalement… »

-« Très bien! » s’exclama Joll, »la glace est un élément honorable, ils le sont tous. »

-« Super… Qu’est-ce que ça signifie? »

-« Eh bien ça veut dire que tu es plus résistante qu’autrui au froid. Et que comme Dellas te l’a montré, tu pourras utiliser la glace à ta guise, et la faire apparaître. Mais cela s’apprendra sur le long terme. »

-« D’accord », acquiesça Jallie.

-« Bien, entraîne-toi quelques minutes avec ton arbalète, et nous partirons. »

Jallie s’attela à la tâche. Elle sortit un carreau du carquois. Elle le planta sur la droite de l’arbre, un peu moins éloigné du centre que la dernière flèche. Le deuxième carreau alla un peu trop à gauche, mais c’était bien mieux. Le troisième alla presque dans le mille.

-« La chance du débutant », justifia Dellas.

Après quelques tirs déjà plutôt satisfaisants, les trois compagnons prirent la route ensemble. Quelques instants plus tard, Jallie ne pouvait déjà plus retenir sa soif de savoir.

-« Dis-moi Dellas, qu’est-ce que tu peux faire avec le feu?? » demanda la jeune fille.

-« Pas grand chose à vrai dire. C’est loin d’être ma spécialité… » dit-il avant de lui faire une petite démonstration.

Dellas fit apparaître devant lui une flamme de quelques centimètres de haut, flottant dans le vide.

-« Ah, et toi Joll? »

-« J’ai une certaine maîtrise, bien que je n’aie pas le niveau d’un kallato. »

Joll commença à faire des mouvements larges et secs vers l’avant et de l’eau jaillissait en formant comme des fouets qui fendaient l’air. Ces fouets étaient d’un bon mètre de long et d’environ 30 centimètres de large.

-« Waouh! Je pourrai faire ce genre de chose? Oui je le ferai, j’apprendrai à maîtriser mon élément, ça va être génial! » s’exclama Jallie.

-« C’est ça l’esprit! » réagit Joll, ravi.

Les trois compagnons rirent ensemble. Le soir commençait à tomber. Les compagnons marchaient toujours.

-« Dis-donc, on voit toujours pas le bout de cette forêt… » remarqua Jallie.

-« Elle est très grande, à l’image de notre monde », répliqua Joll.

-« Oui. C’est parce que c’est une forêt qu’il n’y a aucun village? Tout ce que j’ai vu pour l’instant c’est une maison isolée… »

-« Oui, il y a peu d’habitations dans la forêt de Bafalsa. Peu de gens osent s’écarter des routes ici… »

-« Avec ce qui m’est arrivé l’autre jour, je comprends pourquoi… Enfin viv »

-« Chut! » interrompit Joll en tendant l’oreille.

Les deux jeunes humains se turent. Joll attendit un instant avant de reprendre la parole.

-« Je pense que l’on est suivis. Je n’ai pas entendu grand-chose, mais l’intuition ne trahit pas. »

-« Oh non… » tressaillit Jallie, qui ne put s’empêcher d’avoir peur.


A suivre, comme on dit 😉

Chapitre 1 – Chroniques de Salfia Tome 1

Voici les Chroniques de Salfia. C’est le deuxième roman que j’ai commencé à écrire, début 2015, et le premier que j’ai fini! Je le publierai courant 2018, selon l’avancement du graphiste. Sur ce blog vous aurait une grosse démo représentant les 60% du bouquin. En corrigé et a priori en version finale.

J’ai commencé ce roman de fantasy parce que je trouvais (et trouve toujours) que c’est un genre qui peine à se renouveler, à cause d’auteurs qui préfèrent reprendre le background de Tolkien que de créer le leur… Marre d’un manque d’originalité qui est censé faire ce magnifique genre de littérature. Alors je vous présente mon gros bébé, début d’un univers énorme qui prendra plus de dix tomes en ligne droite, plus des spin-offs et préquels. Autant dire que vous aurez de quoi faire!

Acte I : Des liens naissants

Chapitre 1 : L’évasion

La pejûle se plaça face au piédestal. Elle s’apprêtait, comme tous les jours à 14 heures, à donner sa leçon d’histoire. C’était un moment inratable de la journée pour toutes les jeunes filles du couvent sirionîte. Jallie s’en lassait… Elle était une jeune humaine de 15 années, aux cheveux blonds comme le blé et aux yeux bleus, de taille modeste pour son âge. Malgré l’envie de soupirer qui la submergeait, elle se força à écouter la pejûle. Les pejûls étaient les prêtres et prêtresses sirionîtes, appartenant à la religion du dasim, et croyaient en une seule divinité : leur dieu Sirion. La pejûle s’éclaircit la voix. Elle débuta son récit :

-« Aujourd’hui, enfants de Sirion, je vais vous conter l’histoire de la découverte de La Faille, qui, comme vous le savez, a perturbé le monde d’il y a quelques années pour qu’il devienne celui qu’il est aujourd’hui. Tout commença avec un humain nommé Spal Donata. Il était le seigneur d’une petite contrée du nord-est de Salfia, mais n’était pas satisfait de ce statut. En effet, l’homme désirait plus de pouvoir et estimait que la renommée de sa famille lui valait d’être le roi d’un royaume tout entier. Il tenta de nombreuses fois de faire assassiner son souverain, sans succès. Alors un jour, Spal se dit que si l’on ne voulait pas lui donner une région connue, il n’aurait qu’à en découvrir une autre, ainsi personne ne pourrait lui contester son droit de règne. Il songea alors qu’au nord-est de sa contrée, se trouvait une forêt que personne n’avait jusque-là franchi complètement. La raison était simple, cet endroit était réputé pour être extrêmement dangereux.

Ainsi Spal prit avec lui une escorte et entreprit un raid pour découvrir ce que la forêt cachait derrière elle. Durant la traversée de ces bois, son escorte disparut petit à petit. Spal Donata se retrouva seul, mais il n’abandonna pas, sa soif de gloire se révélant être plus forte que sa peur de la mort. Il finit alors par sortir de la forêt, et de l’autre côté se trouvaient de petites collines couvertes de roches aux couleurs orangées. Un peu plus loin se tenaient deux falaises couvertes de ces mêmes roches. Il était impossible de contourner ces falaises, aucun chemin excepté… une fissure qui les séparait au centre. L’ouverture était bien assez large pour permettre à un homme de passer, ce qui poussa Spal à y pénétrer. Quelques mètres plus loin, la fissure se transformait en canyon. Le passage orangé, que l’on appelle désormais La Faille, menait plusieurs centaines de mètres plus loin à une autre brèche, la sortie, très certainement. Spal comprit alors que de l’autre côté de La Faille résidait une terre inconnue de tous. Mais il commit là une terrible erreur car c’était bel et bien la terre sacrée de Sirion qui se trouvait là-bas. Sirion ne permit donc pas à Spal d’avancer plus encore, et le terrassa d’un rayon de lumière. Depuis lors, il punit le peuple de Salfia pour sa curiosité et sa cupidité. Il le fit en provoquant l’apparition de monstres partout sur nos terres, ainsi que du terrible Doln, monstre gigantesque qui dévaste les villes de notre monde, prions Sirion pour qu’il ne s’attaque pas à ce couvent. Quelqu’un ici peut nous rappeler ce que signifie Doln? »

Une fille vêtue d’une robe turquoise répondit à la question immédiatement. Les robes bleues munies d’une capuche blanche étaient le vêtement porté par les filles de couvent. Celles des pejûls étaient vertes, avec une capuche blanche. L’adolescente était une harnassienne, race semblable aux humains. Les harnassiens avaient la peau pâle, légèrement lumineuse et très souvent colorée, et étaient dépourvus d’oreilles sans pour autant l’être d’ouïe. Elle répondit à la question soulevée par son aînée:

-« Doln veut dire cupidité, en ancien galter. »

-« Bien. C’est tout pour aujourd’hui, tâchez de cogiter sur cette histoire, et surtout, ayez foi en Sirion », conclut la pejûle avant de se séparer du piédestal pour quitter la salle.

Jallie cogitait en effet. Cette histoire ne tenait pas debout, et elle en était consciente. Elle se précipita donc à l’extérieur, et rattrapa la pejûle dans un couloir latéral construit avec le même bois sombre que le reste du couvent.

-« Pejûle Tilia, j’aimerais discuter avec vous si vous le permettez. »

La galtère se retourna avec un sourire aux lèvres. Les galters étaient la race connue la plus ancienne de Salfia, plus ancienne encore que les humains. C’était une race d’humanoïdes qui possédaient de petites oreilles rondes, mais surtout qui avaient un pelage rayé de tigre, pour les femelles, et de lion avec une crinière pour les mâles. Les couleurs de pelage étaient variées. Celui de Tilia était mauve, plutôt clair. Il ne s’agissait là que de poils, le corps étant, oreilles et queue exceptées, formé de manière identique à celui des humains. La pejûle Tilia était calme, et chaleureuse, mais croyait inconditionnellement à sa religion.

-« Bien sûr. Que veux-tu me dire aujourd’hui, Jallie? »

-« Alors, si l’histoire de la découverte de La Faille s’est bien passée comme vous l’avez dit, comment pourriez-vous savoir ce qui s’est passé, puisque Spal est mort? »

-« C’est une bonne question, qui restera sans réponse. Tu dois accepter de ne pas avoir d’explication à tout, il y a une importante part de mystère dans ce monde. »

Jallie n’était pas convaincue du tout. Cette version de l’histoire paraissait trop idéalisée par les sirionîtes.

-« J’ai une autre question. Pourquoi nous ne pouvons pas sortir, et découvrir le monde? »

-« Jallie, nous en avons déjà discuté maintes et maintes fois. Dehors il n’y a que chaos et tristesse. Ici tu es à l’abri des monstres. Ici personne ne te jugera pour qui tu es. Ici nous sommes toutes en paix. »

-« Je n’ai pas peur des monstres. Vous êtes là pour me juger, aucune fille n’ose dire réellement ce qu’elle pense car les pensées contraires au Dasim sont considérées comme déviantes. Ce n’est pas la paix, c’est le silence absolu. »

Tilia soupira. Ses yeux verts, brillants, semblèrent éteints l’espace d’une seconde.

-« Voyons, nous essayons de vous montrer le droit chemin. C’est pour cette raison que vous êtes là. Tu devrais te sentir privilégiée et non prisonnière. Tu ne te rends pas compte à quel point la vie ici est belle. Dehors toutes les factions se font la guerre, il n’y a que traîtrise, mensonge, batailles… Et cela concerne ton peuple en particulier. Les humains, se sont toujours déchirés entre eux, et cela ne fait que grandir plus encore… En plus de Doln… »

-« Justement, et si il y avait un moyen de faire disparaître Doln? »

-« Cela est pur fantasme. Doln est notre punition. Il ne disparaîtra que lorsque Sirion en aura décidé ainsi. »

-« Selon vous. »

-« Selon les sirionîtes. Sache que nous sommes la religion largement dominante sur Salfia. Il y a une raison à ce fait. »

-« Certes. Je retourne dans ma chambre. »

-« Que tes idées s’éclaircissent. J’espère sincèrement que tu trouveras la réponse à tes interrogations. »

Jallie arriva plus tard dans sa chambre. En réalité, son retour dans cette pièce avait été précipité par une sensation désagréable au bas du dos. Elle effleura la zone douloureuse, et sentit quelque chose qui émergeait de son épiderme. Quand elle tenta de tirer, une douleur extrêmement aiguë la fit cesser sur-le-champ. La jeune âme ne savait que faire, alors elle prit la décision d’attendre.

La journée s’écoula lentement, la douleur parfois s’estompait, parfois revenait. Le soir arrivé, elle discutait avec la fillette avec qui elle partageait la chambre, Loria. C’était une humaine de 13 ans, plutôt grande pour son âge. Elle était brune et pouvait vous sublimer de ses magnifiques yeux verts. Jallie la considérait comme sa petite sœur, car les deux amies avaient toujours partagé la même pièce.

-« Je me demande souvent si les pêjules nous racontent ce qu’elles croient vraiment ou si elles nous mentent pour nous garder ici… » songea Jallie. »Dans les deux cas ce qu’on nous dit est faux. Toute notre éducation est fausse. »

-« Comment on peut le savoir? »

-« Je sais pas. Si on sortait d’ici, on pourrait nous faire notre avis par nous-mêmes. On aurait les avis des autres, on découvrirait Salfia. On pourrait la traverser en long et en large. On verrait tant de choses… Notre monde est sûrement très grand, tu te rends compte? »

-« Je t’ai déjà dit que moi je reste ici. J’ai pas envie de partir. Ici on s’occupe de nous, et on est en sécurité », objecta Loria.

-« Oui… Mais je n’aime pas vivre dans un petit coin bien à l’abri du monde. Et être inconsciente de ce qui se passe pour les autres. Tu veux vraiment finir ta vie ici, n’avoir rien accompli?

-« Je n’en sais rien. Pour l’instant je reste. Bon, bonne nuit. »

-« Bonne nuit Loria », répondit la blondinette avant de se lever pour embrasser le front de sa très jeune amie.

En se couchant, Jallie ne put s’empêcher de réfléchir. Elle était persuadée que cette vie n’était pas celle dont elle rêvait, ni même celle qu’elle voulait vivre. Le dilemme était pour elle de choisir entre rester avec Loria et découvrir le monde extérieur. Elle mit du temps à s’endormir. A trois heures du matin, elle ne somnolait toujours pas, certainement plus à cause de la douleur qu’elle ressentait au bas du dos, qu’au reste.

Le lendemain, la journée se fit longue. En effet la douleur que ressentait Jallie ne la quittait pas. Que faire? Ne rien dire et continuer à souffrir en silence ou en parler et risquer… Elle ne savait quoi. En fait il n’y avait aucune raison qu’une pejûle lui cause des problèmes à cause d’une blessure. Mais Jallie se doutait que ce n’en était pas une, elle sentait quelque chose de bizarre. C’était douloureux mais quand la jeune fille effleurait le bas de ses lombaires, elle ressentait une douceur. Elle avait un mauvais pressentiment. Aux environs de 17 heures, elle rendit visite à Tilia. La galtère était différente, elle avait l’air de vraiment comprendre les sentiments de Jallie, de l’écouter, de chercher à saisir ses inquiétudes. Les autres pejûles n’étaient pas comme ça. Quand Jallie frappa à la porte de l’appartement de Tilia, elle entendit un « entre » bienveillant. C’était évidemment la voix espérée de la croyante.

-« Jallie. Qu’y a-t-il? »

-« J’ai mal… Enfin, c’est bizarre… Vous pourriez regarder s’il vous plaît? » annonça timidement la jeune adolescente.

-« Bien sûr, fais-moi voir. »

Jallie souleva sa robe. Elle montra à sa confidente ce qui était déjà devenu…. Un début de queue. Un membre sortait de sa peau à quelques centimètres et était déjà recouvert de poils aussi blonds que ses cheveux, d’où la douceur ressentie au toucher. Tilia resta bouche bée.

-« C’est grave? » intima Jallie, l’air inquiet.

Tilia ne répondit pas. Le regard de la pêjule était un champ de bataille où stupéfaction et inquiétude s’affrontaient. En la voyant, les yeux saphir de Jallie s’agrandirent.

« Répondez-moi, enfin! » s’exclama-t-elle alors, en proie à un indomptable stress.

-« Tu… Tu en as parlé à qui? » s’enquit Tilia, hésitante.

-« Uniquement à vous. C’est grave? »

-« C’est visiblement une queue… »

-« Quoi? Mais c’est impossible, je suis humaine! »

-« Tu dois être… spéciale. Je ne sais vraiment pas quoi te dire. Sauf une chose. N’en parle à personne d’autre. Si les autres pejûles l’apprennent, elles pourraient te considérer comme une des créatures qui ont débarquées sur Salfia depuis La Faille. »

-« D’accord, mais qu’est-ce que je peux faire? »

-« Rien. Si c’est dans ta nature tu ne peux pas lutter. Ne prends pas ta spécificité comme une malédiction. »

Jallie abaissa le regard et fixa le plancher de bois lisse. Elle releva ensuite la tête vers son interlocutrice.

-« Merci de ne rien dire. »

-« Il n’y a pas de quoi, Jallie », assura Tilia.

La blondinette commença alors à se diriger vers la porte de la chambre.

-« Attend. »

-« Qu’y a t-il? » s’informa l’adolescente.

-« Écoute, je sais que tu veux quitter le couvent. Je ne suis pas de ton avis, mais je pense que tu dois faire ce que tu veux au fond de toi. Tu as tout à fait le droit de découvrir le monde comme tu l’entends. De plus, avec ce qui est en train de t’arriver… Il vaut mieux que tu trouves une personne qui pourra tout t’expliquer. »

-« Vous allez m’aider? » chuchota Jallie avec une véhémence retenue.

-« Oui je vais t’aider », confirma Tilia en closant les yeux et en baissant d’un ton. »Ce soir je fais la veillée. Je te laisserai partir. Tu pourras facilement grimper les réserves de nourriture pour passer par-dessus les murs. »

-« Merci infiniment pejûle Tilia! » s’enjoya la blonde, en proie à une euphorie nouvelle.

-« Désormais tu peux m’appeler simplement Tilia. Nous sommes plus proches qu’avant et… je vois bien que tu ne crois pas au dasim. Mais je veux que tu me promettes une chose, Jallie, et tu as intérêt. »

-« Quoi donc? » s’étonna la concernée, ressentant la résolution dans le regard de sa confidente.

-« Une fois que tu seras dehors tu devras être forte. Tu devras faire preuve d’un grand courage, faire attention à toi. De nombreux dangers attendent une jeune fille inconsciente comme toi. Tu devras être débrouillarde. Promet-moi de faire attention à toi, d’accord? » clarifia Tilia en versant une petite larme pleine d’émotion.

-« Je te le jure. Un jour je reviendrai vous voir, toi et Loria. C’est une promesse. »

-« Bien. Au revoir, Jallie. »

Tilia embrassa le front de l’adolescente, une preuve d’affection que la jeune humaine n’allait pas oublier de sitôt. Durant toutes ces années, c’est vrai que des liens s’étaient formés entre elles. Jallie ne s’en était pas rendu compte, mais Tilia tenait à elle et la considérait comme à part. Un peu comme la mère que Jallie n’avait jamais eu. L’adolescente ressentit alors un brin de nostalgie. »Ce couvent va me manquer » se prit-elle à penser. Elle lança à Tilia un regard profond, remplit de gratitude, puis se redirigea vers la porte.

La nuit venue, la dissidente préparait son départ. Elle rangeait des fruits dans un sac et une fleur du jardin faisant office de souvenir. Elle refermait le sac lorsque Loria se redressa sur son lit.

-« Tu es réveillée. Tant mieux je n’aurais pas à te déranger comme ça », se résolut Jallie.

-« Qu’est-ce que tu fais? » interrogea la pré-adolescente, encore assoupie.

-« Tu veux toujours rester dans ce couvent Loria? »

-« Oui. Je ne me sens pas de partir. Pourquoi? »

-« Parce que moi je suis sur le point de le faire. Pour de bon. »

-« Tu vas vraiment t’en aller? »

-« Oui, Mais ne t’inquiète pas, un jour je reviendrai te rendre visite, à toi et à Tilia. C’est promis. »

-« Tu vas me manquer », regretta Loria.

Le stoïcisme qui avait tendance à agacer Jallie arrangea bien les choses cette fois-ci.

-« Toi aussi mon amie. Plus que tu ne le crois. »

-« Tiens, avant de partir prend ce collier », dit la plus jeune en se levant.

-« C’est le même que le tiens, tu en as un double? Je ne savais pas. »

-« Oui. C’est pour toi », annonça Loria en tendant le présent.

C’était un pendentif représentant une feuille en or avec une boule turquoise de cristal, un bijou magnifique qui avait toujours entretenu la convoitise de son amie plus âgée.

-« Merci. »

-« Comme ça, quand on se reverra, même si on a grandies et changées, on se reconnaîtra », expliqua alors Loria avec un large sourire.

Jallie la trouvait splendide quand elle souriait ainsi. C’était sa marque de fabrique.

-« Oui. Au revoir, Loria, fais bien attention à toi », conclut Jallie en prenant sa jeune amie dans ses bras.

-« Toi aussi, Jallie », répondit sa chère amie.

-« Ne t’inquiète pas pour ça », la rassura l’aventurière en herbe avant de lui embrasser le front avec amour.

Elle colla ensuite le haut de sa tête sur le sien, et la regarda dans les yeux. Puis elle la libéra et se retourna vers la porte de leur chambre. En sortant elle adressa un dernier sourire à sa chère amie, qui le lui rendit, puis quitta la chambre. Jallie traversa un couloir, et arrivée au jardin obliqua vers le fond de celui-ci. Elle déboucha en virant à gauche sur un tas de foin, accompagné de tonneaux et de caisses de nourriture. Elle grimpa sur les caisses et ensuite sur le mur grisâtre de pierre qui cloisonnait le couvent. Elle sauta sur l’herbe qui entourait les lieux. Elle atterrit dans la forêt alentour. La plupart des couvents sirionîtes se trouvaient dans une forêt, afin de se séparer du reste du monde. A la vue de cette incroyable liberté, les yeux de Jallie rayonnèrent. Elle avança droit devant elle. Elle ne savait pas du tout où elle allait, n’ayant aucun outil pour se diriger. Mais peu lui importait la direction, elle était libre et s’apprêtait à découvrir Salfia.

L’ex-sirionîte avait marché des heures, elle se reposa au pied d’un arbre, dont la racine était courbe et confortable. Elle dormit très bien car sa queue naissante lui faisait moitié moins mal. Quand elle s’éveilla, elle prit son sac à dos et marcha approximativement dans la même direction que la veille. Après quelques centaines de mètres, elle croisa une route de terre dégagée qu’elle suivit. Moins d’une minute plus tard, elle aperçut une forme au loin. La chose n’était guère plus, au départ, qu’une tâche qui bougeait. En s’approchant elle reconnut une silhouette animale. Elle était surprise, n’ayant jamais vu d’animaux autrement que dans un livre illustré de dessins.

Quand elle s’approcha, elle était face à une bête couverte de poils rouge foncé qui dévorait les restes d’un autre animal. Elle était soucieuse. Et ses craintes se confirmèrent quand la bête se désintéressa de son festin et se mit à avancer vers elle en grognant. La jeune fille courut aussi vite qu’elle put dans la direction opposée. Malgré ses efforts, le prédateur la rattrapait. C’était un horrible animal, qui possédait des dents acérées ainsi que des griffes très épaisses. C’était un félin, du moins cela y ressemblait. Jallie comprit en une fraction de seconde, ou du moins crut comprendre, ce à quoi Tilia lui avait dit de se préparer. Voilà la vie extérieure. Si l’on n’est pas prudent et fort, on ne fait pas de vieux jours. Elle eut l’idée de grimper sur un arbre à côté de la route qui coupait la forêt. Elle s’attrapa à une branche et bascula pour y grimper. Une fois dessus, la bête grattait l’écorce avec une fureur d’affamé. La fille paniquée se dit que même si le chasseur ne laissait pas tomber, il finirait bien par partir à un moment. Mais sinon, que ferait-elle? Ses inquiétudes prirent fin lorsqu’une flèche transperça net le crâne de la bête, qui se plaqua contre le bois de l’arbre. Elle aperçut deux hommes non loin de là. Jallie fixa alors l’animal. Elle était un peu choquée, c’était la première fois qu’elle assistait à la mort de quelque chose, surtout une mort si violente. Elle songea alors que c’est ce qu’elle allait voir régulièrement à l’avenir. Les deux hommes s’étaient entre-temps approchés de l’arbre et l’un d’entre eux l’interpella.

-« Tu comptes le regarder comme ça encore longtemps?! » s’exclama le jeune avec pêche.

Il lui tendait la main pour l’aider à descendre. Jallie sauta en ignorant cette attention.

-« C’est bon je peux descendre toute seule », lança-t-elle. »Merci pour le… »

-« Tigre de Bafalsa. »

-« De quoi? »

-« Bafalsa, c’est le nom de cette grande forêt », intervint l’autre homme, plus âgé.

-« Qui es-tu, gente demoiselle? » demanda le jeune, avec un petit air de sarcasme.

-« Je m’appelle Jallie. J’étais au couvent mais je me suis échappée », répliqua la jeune fille.

Elle était consciente qu’elle ne devrait pas dire cela à n’importe qui. Pourtant elle l’avait annoncé consciemment et sans hésiter, en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Elle tenait à montrer qu’elle était déterminée et n’était pas une simple gamine sans défense. Le plus jeune était nettement plus grand qu’elle. Le plus âgé l’était plus encore, et particulièrement large en prime.

-« Je vois », se résigna l’indifférent jeune homme. »Je te comprends, tous ces sirionîtes et leurs histoires abracadabrantesques. Leur blabla me fatiguerait assez pour que je m’échappe moi aussi », poursuivit-il en ricanant.

-« Comment savez-vous qu’il s’agit d’un couvent sirionîte? »

-« Ben nous savons où nous sommes. Ce qui n’est visiblement pas ton cas. Et puis de toute façon y a que les sirionîtes pour avoir des idées stupides comme construire des couvents. Je me présente, je suis Dellas Gomfore et voici mon père Joll. Quel âge as-tu dis-moi?

-« 15 ans. Et toi? » rétorqua-t-elle.

Elle s’était dit que s’il la tutoyait, elle ferait de même. Le dénommé Dellas semblait s’en contreficher complètement.

-« Moi j’ai 19 ans. Mon père 38. Où comptes-tu aller maintenant que tu as quitté ton couvent? »

-« Je ne sais pas. Je compte découvrir le monde. »

-« Dans ce cas pourquoi ne pas venir avec nous? Nous pourrons t’apprendre toutes les choses que tu ignores encore. Et si tu viens d’un couvent, il doit y en avoir énormément », lui fit remarquer Joll Gomfore, avec un sourire qu’elle ne parvint à déchiffrer.

Surprise par cette proposition éclair, Jallie s’empressa de répondre par la positive.

-« Oui j’aimerais beaucoup venir avec vous. »

-« Bien. Tu ne sais pas te battre je suppose? Eh bien à nos côtés tu pourras apprendre », remarqua Joll.

-« Oui j’adorerais apprendre à combattre. »

-« Ca tombe bien papa est un spécialiste quand il s’agit d’apprendre aux autres », commenta Dellas, le plus jeune.

-« La clé c’est de faire ce qui te correspond. Bon, mettons-nous en route », vivifia alors le père, très bronzé.

-« Oui! » s’exclama Jallie, très enthousiaste.

Les trois compagnons se mirent à marcher sur le chemin de terre et de petites pierres. Jallie était rassurée. Elle était en sécurité avec ces deux-là, et elle allait apprendre à se débrouiller seule. Surtout qu’ils seraient là pour lui expliquer tout un tas de choses qu’elle ignorait. Malgré qu’elle ne les connaissait pas, elle leur faisait confiance. Bien que pour le moment, elle n’était pas prête à leur parler de sa queue naissante.


Merci à ceux qui me lisent! 

L’acte I sera publié en entier sur ce blog, ensuite il vous faudra attendre la sortie du roman entier en auto-édition, courant 2018!

J’espère que ce récit vous plaît, j’y met un maximum d’originalité, des concepts que j’aime, etc… Ça sort du cœur, comme on dit.

Si vous avez des critiques, n’hésitez surtout pas, sans langue de bois. 😉